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DOCUMENTS DU MOUVEMENT COMMUNISTE INTERNATIONAL

La lutte idéologique et la question de l’unité du mouvement communiste

L'article qui suit provient du tout dernier numéro de la revue A World to Win (2004/30), publiée en solidarité avec le Mouvement révolutionnaire internationaliste (MRI). Il traite en profondeur de la question de la conception maoïste de l'unité et de la méthode pour l'atteindre.

Comme l'explique l'article, il s'agit là d'une question fort importante actuellement, au moment où d'une part, l'impérialisme mène des attaques débridées contre les peuples du monde, tandis que d'autre part, une nouvelle vague de luttes révolutionnaires émerge avec de plus en plus de vigueur. La question de l'unité des forces révolutionnaires apparaît donc comme une nécessité urgente, à l'échelle internationale comme dans chacun des pays.

Au Canada, il n'y a pas en ce moment plusieurs collectifs communistes révolutionnaires, comme c'était le cas par exemple dans les années 70, qu'il suffirait de regrouper afin de créer un parti unifié. Mais il y a, très certainement, des centaines d'individuEs, inorganiséEs, qui s'identifient au communisme, qui le soutiennent et qui souhaitent développer une pratique conséquente. Ces individuEs ne sont pas nécessairement rejoints par le PCR(co), dont la présence reste encore confinée dans l'est du pays et dont le rayonnement demeure limité. La tâche de regrouper et de rallier tous ceux et celles qui subjectivement veulent lutter contre le capitalisme et pour le communisme est donc à poursuivre et à compléter.

Dans ce contexte, la méthode présentée dans cet article (« unité-lutte-unité ») et la conception qui la sous-tend (savoir la nécessité d'une lutte de principes sur les questions centrales de la révolution, tant au niveau idéologique que politique) s'avèrent ici aussi extrêmement appropriées.

Nous avons nous-mêmes fait l'expérience, avant la création du PCR(co), d'une « unité » opportuniste et sans principes, comme celle dont on parle dans cet article. Au tournant des années 90, le groupe Action socialiste (antérieur au PCR[co]) avait ainsi accueilli dans ses rangs une petite organisation marxiste-léniniste alors appelée Libération, qui était elle-même issue d'une des grandes organisations m-l des années 70 - le PCO. Cette unité, basée essentiellement sur le fait que les deux groupes partageaient un certain nombre de points communs (nécessité d'un parti, critique du nationalisme, etc.), n'a tenu qu'à peine quelques années, à défaut d'une ligne idéologique claire et partagée par les deux groupes et en l'absence d'une conception stratégique générale de la révolution au Canada. (Pour plus d'informations sur cet épisode, lire l'article intitulé « Action socialiste [1986-2000] : Petite histoire d'une riche expérience », paru dans la revue Socialisme Maintenant! n° 8.)

À l'échelle internationale, le PCR(co) soutient la conception présentée dans cet article et s'inscrit pleinement dans la démarche proposée par la direction du MRI.

La rédaction

La question de l'unité a toujours occupé une place importante dans l'histoire du mouvement communiste international. La nécessité d'unir la classe ouvrière et les masses opprimées sous la direction d'une avant-garde unique pour faire face à un ennemi puissant et bien organisé tant à l'échelle nationale qu'internationale s'est posée de manière constante, tout au long de l'histoire. Les masses souhaitent ardemment que les révolutionnaires s'unissent ; elles éprouvent d'ailleurs bien des difficultés à comprendre pourquoi les révolutionnaires sont souvent diviséEs. Mais malgré son évidente nécessité, et en dépit du fait que les masses la souhaitent, l'unité a toujours été difficile à atteindre. Depuis l'époque de Marx et Engels jusqu'à aujourd'hui, le mouvement communiste international a été marqué par des luttes féroces et répétées. De fait, ce n'est qu'à travers de telles luttes que l'idéologie scientifique du prolétariat a pu émerger et se distinguer, face aux autres courants qui parlent au nom de la classe ouvrière et des oppriméEs, et à servir de base à l'unification d'un seul parti d'avant-garde capable de rallier les larges masses. Au moment où la question de l'unité des forces communistes d'avant-garde se pose de nouveau et de manière urgente à la fois à l'échelle nationale et internationale, il nous faut une compréhension ferme du rapport dialectique qui existe entre unité et lutte et de la question de savoir comment on peut forger l'unité du mouvement communiste.

Si on retourne aux origines du mouvement maoïste, on peut voir qu'il est né de la révolte contre tout ce qui était pourri au sein du mouvement communiste de l'époque - ce qu'on a appelé le révisionnisme : les mots « communiste », « marxiste-léniniste » ou même « internationalisme », s'ils étaient encore utilisés, avaient été dépouillés de leur signification révolutionnaire, qui se résume à la lutte pour renverser la dictature des classes exploiteuses et établir en lieu et place le règne (la dictature) du prolétariat et des masses populaires, comme partie intégrante d'une lutte internationale de longue durée visant l'abolition de la société de classe dans son ensemble.

C'est la lutte menée par Mao contre les dirigeants révisionnistes d'Union soviétique - qui s'étaient emparés du pouvoir et y avaient restauré le capitalisme - qui a permis l'émergence de ce qui allait devenir le mouvement maoïste. En Chine, la lutte menée par Mao contre le révisionnisme moderne a servi de base à ce qui allait s'avérer sa plus importante contribution au prolétariat international, à savoir le déclenchement de la Grande révolution culturelle prolétarienne (GRCP) et sa thèse sur la continuation de la révolution sous la dictature du prolétariat. Nous ne pouvons qu'effleurer, dans le cadre de cet article, les énormes réalisations qui ont été faites dans le cadre de la GRCP - le soulèvement sans précédent de dizaines de millions d'ouvrières, d'ouvriers, de paysannes, de paysans et d'intellectuelLEs révolutionnaires qui ont lutté pour reconquérir les morceaux de l'État qui avaient été usurpés par les révisionnistes qui souhaitaient ramener la Chine vers l'arrière, sur la voie du capitalisme.

Comme la Révolution d'Octobre l'avait fait naguère, la GRCP a envoyé des ondes de choc partout à travers le monde. Dans un pays après l'autre, les éléments révolutionnaires au sein du mouvement communiste se sont ralliés derrière la bannière de Mao et de la Révolution culturelle. Partout, les nouvelles forces révolutionnaires en émergence ont eu à affronter l'opposition féroce des révisionnistes, à qui elles ont du mener une bataille acharnée. Parmi les forces qui se sont ralliées à Mao et à ses idées, on retrouvait surtout des jeunes révolutionnaires, ainsi qu'une poignée de vétérans du mouvement communiste qui se sont révoltés contre les chefs de file du révisionnisme. Ensemble, inspirées par l'énorme agitation révolutionnaire qui se passait en Chine et animées par un profond sentiment de responsabilité face à la bataille anti-impérialiste qui se déroulait à l'échelle mondiale, ces forces ont osé lutté contre la vision bien établie des révisionnistes modernes, qui arboraient le drapeau du marxisme-léninisme mais qui pratiquaient, dans les faits, la conciliation et la compromission avec l'impérialisme et la réaction.

Cette grande bataille d'envergure internationale contre le révisionnisme moderne s'est déroulée de manière différente selon les pays. Dans les pays dominés, elle a surtout porté sur la question de la stratégie en vue de la prise du pouvoir, plus particulièrement quant à savoir s'il fallait, ou non, suivre la voie tracée par la Chine, i.e. mener une guerre populaire prolongée avec laquelle les bastions ennemis dans les grandes villes se voient encerclés par les campagnes. Les révisionnistes se sont opposés avec l'énergie du désespoir à ce que ces enseignements de Mao soient repris dans le cadre des processus révolutionnaires qui se déroulaient dans ces pays. Mais les nouvelles forces révolutionnaires en émergence ont combattu les révisionnistes à la fois sur le terrain, et aussi sur le plan théorique, en faisant le débat sur toutes les questions vitales auxquelles le mouvement faisait face. Aujourd'hui encore, on peut entendre les échos des braillements hystériques des révisionnistes et des opportunistes qui n'ont cessé de se plaindre des premiers pas entrepris par le mouvement maoïste visant à implanter la ligne de Mao en faveur de la guerre populaire prolongée. En Inde, rappelons-le, Charu Mazumdar avait initié la révolte dite de Naxalbari, qui fut rapidement et fort justement qualifiée de « tempête printanière », étant donné l'effet absolument électrisant qu'elle a eu sur les masses révolutionnaires de ce pays. De fait, la révolte de Naxalbari a répandu les étincelles de la lutte armée et transformé le spectre politique de l'Inde tout entière. Pendant ce temps, en Turquie, Ibrahim Kaypakkaya avait non seulement développé une critique cinglante des erreurs commises par les révisionnistes et les opportunistes au sein du mouvement révolutionnaire de ce pays, mais il avait également formé les premières escouades armées qui ont semé la panique parmi les révisionnistes et les réactionnaires, tout en faisant naître l'espoir de millions d'oppriméEs. Puis, au Bangladesh, Siraj Sikdar et son groupe de maoïstes n'ont pas hésité à plonger dans le tourbillon des contradictions apparues au moment où les masses de ce qui était alors le Pakistan oriental se sont révoltées, contre l'oppression nationale et l'invasion subséquente de leur pays par l'armée indienne. Le PBSP - le nouveau parti maoïste alors formé au Bangladesh - a dès lors connu une croissance rapide et il a réussi à mettre le programme politique du prolétariat (i.e. la guerre populaire prolongée et la révolution de démocratie nouvelle) à l'ordre du jour du pays. Enfin, aux Philippines, José Maria Sison a dirigé la formation du Parti communiste et de la Nouvelle armée populaire, qui continuent encore aujourd'hui à combattre l'impérialisme et la réaction. Dans tous ces cas que nous venons d'évoquer, comme dans de nombreux autres encore, ce n'est qu'à travers la lutte qu'on a pu atteindre une plus grande unité. Au moyen de la lutte idéologique, et en lien avec la lutte politique pour conquérir le pouvoir, des petits groupes que les savants révisionnistes aimaient bien qualifier de « sectes » ont rapidement réussi à rassembler des milliers de révolutionnaires, tout en gagnant l'appui de millions de gens.

Dans beaucoup d'autres pays également, les fondements de ce qui allait devenir le mouvement maoïste tel qu'on le connaît maintenant ont été établis à la même époque, en lien avec les positions politiques et idéologiques qui avaient été prises par ceux et celles qui avaient rompu avec le révisionnisme moderne. Aux États-Unis, Bob Avakian, qui allait devenir le leader du Parti communiste révolutionnaire (RCP, USA), a joué un rôle central dans la lutte pour gagner une partie du mouvement révolutionnaire au maoïsme. Au Pérou, Abimael Guzmán (le président Gonzalo) a mené toute une série de luttes contre le révisionnisme, qui ont éventuellement conduit à la reconstruction du Parti communiste du Pérou sur la base d'une ligne correcte et avec une direction conséquente. En Europe, des partis maoïstes importants ont été formés et se sont développés rapidement là aussi, dans la foulée des grandes turbulences qui ont marqué cette époque, comme ce fut le cas lors des événements de Mai 1968 en France.

Unité-lutte-unité

La formation du mouvement maoïste tel que nous le connaissons aujourd'hui constitue une bonne illustration des lois du matérialisme dialectique. Mao nous a enseigné que ce sont les contradictions, l'unité et la lutte entre les contraires, qui font avancer quelque processus que ce soit - qu'il s'agisse d'un processus naturel, social ou conscient. Le mouvement communiste n'y fait pas exception, dans chaque pays comme à l'échelle internationale. Le mouvement communiste en lui-même représente une telle unité entre les contraires ; c'est un champ de bataille permanent entre les idées et les forces qui représentent les intérêts à long terme du prolétariat dans la lutte pour la prise du pouvoir et la construction d'une société communiste, et celles qui proposent la soumission ou la conciliation avec l'impérialisme et la réaction et qui abandonnent l'objectif du communisme. Cette lutte constante passe par différentes étapes et adopte des caractéristiques différentes, en fonction des conditions de la lutte des classes dans un pays donné et à l'échelle internationale. Du point de vue quantitatif, cette lutte se déroule la plupart du temps sous le mode de la discussion et du débat à l'intérieur d'un seul parti unifié, au moyen de la critique et de l'autocritique, du bilan des pratiques, de même que sous d'autres formes qui permettent de confronter les idées justes et les idées erronées et finalement, d'adopter un point de vue commun, partagé par l'ensemble des communistes - incluant ceux et celles qui auront commis des erreurs.

Du point de vue qualitatif, toutefois, les maoïstes reconnaissent que c'est dans les périodes, somme toute assez rares, pendant lesquelles se déroule une lutte de lignes intense où les objectifs même du mouvement sont remis en question, que des bonds et des ruptures se produisent et ce, contrairement à la période « normale » où les changements se produisent de manière plus graduelle. C'est dans de telles périodes, comme ce fut le cas par exemple à l'époque de Lénine lorsqu'il lutta contre les révisionnistes de la Deuxième Internationale et avec la lutte menée par Mao contre le révisionnisme moderne, que le mouvement communiste a le plus à gagner, et en même temps le plus à perdre. On ne peut éviter que de telles luttes éclatent, de temps à autre, dans un pays ou un autre, ou plus généralement à l'échelle internationale. Et lorsque ça se produit, la capacité des cadres et dirigeantEs communistes de reconnaître quelle est la ligne idéologique et politique la plus juste et de lutter pour la faire triompher peut avoir des conséquences décisives pour l'avenir du mouvement communiste, qui auront un impact pendant plusieurs années, voire même des générations entières.

Le processus d'unité-lutte-unité au sein du mouvement communiste est lié et conditionné par le processus plus général de la révolution prolétarienne mondiale. C'est la lutte de classes elle-même qui constitue la scène et qui détermine les conditions dans lesquelles se déroulent les luttes internes au mouvement communiste. Ainsi, Lénine et Mao n'ont pas mené ces grandes batailles que nous avons évoquées simplement parce que ça leur chantait : leurs combats reflétaient, au niveau idéologique et sur le plan théorique, les luttes intenses qui secouaient le monde et qui mettaient aux prises, d'une part les forces de l'impérialisme et de la réaction, et d'autre part celles du prolétariat et des peuples opprimés. La bataille que Lénine a menée contre la trahison de la Deuxième Internationale a été rendue nécessaire par l'explosion de la Première Guerre mondiale, qui a eu pour effet de mettre la question du renversement de la bourgeoisie à l'ordre du jour dans de nombreux pays. Les révisionnistes de la Deuxième Internationale étaient clairement les représentants de la bourgeoisie dans les rangs de la classe ouvrière ; ils se basaient sur ces couches qu'on a appelées « l'aristocratie ouvrière », à qui on accordait certains privilèges en échange de leur soutien à leur propre classe dominante dans sa guerre contre ses rivaux impérialistes.

En même temps, les larges masses prolétariennes étaient horrifiées et proprement dégoûtées par les massacres qui se produisaient et aspiraient à une alternative révolutionnaire. Dans la plupart des pays toutefois, il n'y avait pas de direction capable de représenter les intérêts de classe de la masse des ouvriers et des ouvrières, de gagner leur adhésion et de les entraîner dans la lutte contre la bourgeoisie. Il y avait bien quelques dirigeantEs ou des cercles révolutionnaires qui luttaient contre les traîtres, comme Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg en Allemagne, qui ont d'ailleurs donné leurs vies dans le cadre de l'héroïque révolte spartakiste qu'ils ont dirigée, et à qui le prolétariat international conscient rend hommage encore de nos jours. Néanmoins, il faut avouer qu'en dehors de la Russie tsariste, les forces révolutionnaires étaient bien trop confuses au niveau idéologique et trop faibles au niveau organisationnel pour pouvoir diriger les millions qui auraient pu prendre d'assaut les citadelles impérialistes. Sans la direction de Lénine et du Parti bolchevique, la Révolution d'Octobre n'aurait pu avoir lieu, et l'Internationale communiste n'aurait pu être formée non plus.

De la même manière, les événements qui se sont produits dans le cadre de la lutte des classes qui s'est déroulée en Chine ont eu des conséquences profondes sur l'ensemble du mouvement prolétarien international. Lorsque la ligne de Mao a été renversée après sa mort en 1976, la Chine a changé de couleur, littéralement ; des centaines de millions d'ouvrières, d'ouvriers, de paysannes et de paysans ont été ramenéEs dans l'enfer du capitalisme, pendant qu'une nouvelle bourgeoisie s'est enrichie de manière frénétique, recourant au vol, à la corruption, aux perturbations et à l'asservissement, comme on l'a rarement vu dans l'histoire de l'humanité. D'une forteresse de la révolution prolétarienne mondiale qu'elle était, la Chine s'est transformée en un maillon supplémentaire de la chaîne mondiale de l'impérialisme et de la réaction. Cela a eu des conséquences douloureuses, qu'on ressent encore aujourd'hui. Même si Mao et les révolutionnaires autour de lui nous avaient constamment mis en garde contre la possibilité que les révisionnistes s'emparent de la Chine et avaient appelé les révolutionnaires du monde entier à aider les masses chinoises à les renverser, si jamais ils réussissaient à s'emparer du pouvoir, le mouvement maoïste international a réagi de façon très inégale à cet énorme défi. De fait, une majorité de partis et d'organisations ont soutenu les nouveaux dirigeants chinois, ainsi que la campagne qu'ils ont déclenchée contre la soi-disant « bande des Quatre », qu'on a accusée de scissionnisme et d'« ultra-gauchisme » alors qu'il s'agissait en fait des plus proches collaborateurs de Mao. Après le coup d'État révisionniste en Chine, d'autres partis et organisations ont tout simplement perdu confiance dans la ligne de Mao ; certains ont profité de l'attaque menée par Enver Hodja et le Parti du travail d'Albanie contre la pensée-maozedong (c'est ainsi qu'on appelait le maoïsme, à l'époque) pour renier les précieux développements que Mao avait apportés à la science révolutionnaire du prolétariat. Hodja et ses supporters ont dès lors tenté de ressusciter certains vieux concepts fatigués qui avaient eu cours au sein du mouvement communiste et que les maoïstes avaient pourtant rejeté depuis longtemps, comme par exemple, en niant la validité de la guerre populaire prolongée dans les pays dominés et en rejetant les critiques faites par Mao des conceptions métaphysiques de Staline, notamment. Et puis, enfin, il y a eu tous ces autres - i.e. le cœur même de ce qu'avait été jusque là le mouvement maoïste - qui se sont retrouvés désemparés et démoralisés et se sont avérés incapable de poursuivre la lutte révolutionnaire, face à une défaite aussi écrasante qui leur a fait perdre toute confiance dans l'avenir de la révolution mondiale.

Heureusement, il y eut une minorité relativement petite du mouvement maoïste qui a su faire face à la pression et organiser la riposte, en se servant des acquis que Mao et le quartier général révolutionnaire en Chine avaient apportés. Ce sont ces forces qui devaient éventuellement former le Mouvement révolutionnaire internationaliste (MRI), en 1984. Dès sa création, le MRI s'est audacieusement proclamé comme étant le centre politique international embryonnaire des forces maoïstes et a annoncé son intention d'aller de l'avant et de lutter pour la création d'une Internationale communiste de type nouveau. Au départ, le MRI a été attaqué et même tourné en dérision par plusieurs dans le mouvement révolutionnaire ; d'autres, pour qui la taille ou la force apparente d'une organisation semble plus importante que sa ligne politique, ont simplement choisi de l'ignorer. C'est ce même pragmatisme, qui évalue la justesse d'une position politique en fonction des forces qu'elle peut rassembler à un moment donné, qui a conduit certains maoïstes à mal évaluer, voire même à appuyer les révisionnistes en Chine - simplement parce que celle-ci demeurait un pays puissant, même s'il ne s'agissait plus d'un pays socialiste (sauf en paroles - et encore...). Mais le MRI et les partis qui l'ont mis sur pied ont persévéré et ont finalement réussi certaines percées stupéfiantes, au moment même où la réaction mondiale s'amusait à proclamer sa « victoire définitive » sur le communisme. Une des organisations fondatrices du MRI, le Parti communiste du Pérou (PCP) - qui avait déjà amorcé la guerre populaire en 1980 - a réalisé des avancées continuelles tout au long de la décennie, au point où les impérialistes et les réactionnaires se sont mis à craindre ouvertement la possibilité d'une victoire maoïste. Comme on le sait, la guerre populaire au Pérou a subi un « revers momentané » après l'arrestation du président Gonzalo en 1992 et l'émergence subséquente d'une ligne opportuniste de droite au sein du Parti, qui appela à l'abandon de la lutte armée au profit d'un « accord de paix ». Mais la persévérance du Comité central du Parti, qui a maintenu le cap sur la guerre populaire en dépit de conditions difficiles, continue à inspirer les maoïstes du monde entier et fait ressortir toute l'importance de la ligne idéologique et politique que le MRI représente.

Au niveau idéologique, le MRI s'est unifié encore plus en 1993 en reconnaissant le marxisme-léninisme-maoïsme (MLM) comme étant désormais la synthèse de l'idéologie prolétarienne. Certains ont alors attaqué le MRI en disant qu'il voulait ainsi « créer une nouvelle division au sein du mouvement communiste international ». D'autres ont tenté d'amoindrir l'importance de cette décision en disant qu'il ne s'agissait que d'un simple changement cosmétique, sans conséquence politique : ces gens se référaient indistinctement à la « pensée-maozedong, ou maoïsme », comme s'il s'agissait de deux termes interchangeables. En fait, la reconnaissance du maoïsme par le MRI, telle qu'exprimée dans le document intitulé Vive le marxisme-léninisme-maoïsme !, reflétait la compréhension à la fois plus élevée et plus unifiée de notre idéologie, que le mouvement avait alors réussi à atteindre.

L'importance de ce développement fut illustrée en pratique peu de temps après, lorsque les camarades du Parti communiste du Népal (maoïste) (PCN[m]) - qui avait été formé en relation étroite avec le mouvement communiste international, et en particulier avec le MRI - ont amorcé la guerre populaire en 1996, qui embrase désormais tout le pays.

Avant que le PCN(m) puisse débuter la guerre populaire, il lui a d'abord fallu régler le cas des points de vue de M.B. Singh - un dirigeant de longue date du mouvement maoïste népalais. Singh avait mené la lutte contre l'adoption du maoïsme à l'intérieur du MRI et dans ce cadre, il avait défendu l'idée qu'il était impossible de déclencher une guerre populaire prolongée au Népal, tant que la révolution ne triompherait pas d'abord dans l'Inde voisine. La rupture organisationnelle entre M.B. Singh et ceux et celles qui allaient éventuellement jouer un rôle central dans la formation du PCN(m) tirait en fait son origine dans la division qui était apparue en 1986 au sein de l'organisation qui s'appelait alors le Parti communiste du Népal (Mashal) : celui-ci s'était retrouvé avec deux centres distincts - le « Comité central » et le « Comité central d'organisation ». Les cadres et les membres à la base du Parti voyaient bien que la révolution ne se produirait jamais sous la direction de Singh. Néanmoins, au départ, la critique idéologique et politique de Singh ne fut pas assez soutenue pour permettre le développement d'une véritable lutte de lignes au sein du Parti. Ce n'est qu'un peu plus tard, lorsque les questions idéologiques et politiques qui étaient en jeu sont apparues plus claires, et en lien avec les développements survenus dans le mouvement communiste international, que le Parti a été en mesure de répudier ce qu'on a appelé « l'école de pensée de M.B. Singh ». Au fur et à mesure où la critique s'est développée, les effets négatifs liés au fait que le Parti était divisé sur des bases politiques encore confuses se sont estompés ; des forces de plus en plus nombreuses se sont ralliées autour d'un seul centre politique et éventuellement, on a atteint une forte unité, comme on n'en avait jamais connu auparavant au Népal. C'est la consolidation du Parti autour du maoïsme et la répudiation systématique de « l'école de pensée de M.B. Singh » qui ont ouvert la porte au déclenchement de la guerre populaire, le 13 février 1996. Il y a plusieurs décennies de ça, Lénine avait déjà indiqué que les luttes politiques qui avaient marqué la formation du mouvement révolutionnaire en Russie avaient présagé du rôle politique que les différents courants présents au sein du mouvement ouvrier allaient jouer dans la période de crise et de révolution qui devait suivre. Les débats qui opposent un nombre de gens relativement petit au départ peuvent parfois révéler les intérêts bien déterminés des classes antagonistes, lorsque survient un soulèvement révolutionnaire. Au Népal, après que la ligne maoïste eut conduit au déclenchement et aux avancées subséquentes de la guerre populaire, des questions politiques qui n'avaient jusque là attiré l'attention que de cercles militants restreints, ont soudainement fait l'objet de larges débats parmi les masses ; dès lors, il devint beaucoup plus facile d'apprécier la justesse de telle ou telle ligne idéologique ou politique, telle qu'elle pouvait se traduire dans la vie réelle. Cela a notamment fait en sorte que nombre de cadres et de militantEs parmi ceux et celles qui avaient soutenu une ligne erronée, ont pu éventuellement être gagnéEs aux positions maoïstes et ont contribué fortement à la révolution en marche. Ainsi, on peut voir que la lutte contre M.B. Singh (avec ce que cela a entraîné en terme de « désunion ») fut en fait une condition à l'atteinte d'une unité plus grande et plus fondamentale encore - savoir l'unité entre les communistes authentiques, les larges masses ouvrières et paysannes et les intellectuelLEs révolutionnaires qui cherchaient une solution véritable aux problèmes de la société népalaise. Cela a illustré une fois de plus cette vérité qui veut que l'unité ne peut être que le résultat d'une lutte.

Aujourd'hui, le marxisme-léninisme-maoïsme est devenu le cri de ralliement des forces communistes authentiques du monde entier. On constate que loin d'être un facteur de division et de désunion, l'adoption du maoïsme par le MRI a au contraire servi de pôle de regroupement et à l'atteinte d'une plus grande unité, dans certains pays comme à l'échelle internationale.

Est-ce un qui se divise en deux ou deux qui fusionnent en un ?

Parmi les contributions les plus importantes faites par Mao se trouvent les développements qu'il a apportés au matérialisme dialectique et au matérialisme historique. Mao a particulièrement insisté sur le fait que l'unité et la lutte entre les contraires était une loi centrale de la dialectique, qu'il a d'ailleurs brillamment transposée dans des domaines comme la construction du socialisme et du parti, l'économie politique et la guerre révolutionnaire (parmi d'autres). Comme on l'a vu, il est absolument essentiel d'avoir une bonne compréhension de la question de savoir comment les lois de la dialectique s'appliquent au processus de création et de renforcement d'un parti d'avant-garde.

Un des terrains de lutte les plus importants parmi les grandes batailles qui se sont déroulées en Chine fut certes celui de la philosophie. Mao a dû mener une lutte aiguë contre le leader des révisionnistes, Liu Shaoqi - qui devait éventuellement être renversé pendant la Révolution culturelle - mais aussi contre celui qui fut son principal représentant dans le domaine philosophique, Yang Xianzhen. En 1963, au moment même où Mao lançait ouvertement la polémique contre Khrouchtchev et les révisionnistes du Parti communiste de l'Union soviétique, le dit Yang développait l'argument voulant que « toutes les choses et tous les phénomènes sont unis d'une manière indivisible », les uns avec les autres (pour un compte-rendu détaillé de ce débat, voir Beijing Information, 22/01/1971 et 23/04/1971). Il prétendait notamment que « l'analyse se résume à la formule "un se divise en deux", tandis que la synthèse signifie le processus par lequel "deux fusionnent en un" ».

Afin de s'assurer que la lutte contre le révisionnisme se développe autant en Chine qu'à l'échelle internationale, Mao a dû réfuter vigoureusement cette thèse. Il réaffirma alors que « toutes les choses, tous les phénomènes répondent au principe "un se divise en deux" » : « Dans la société humaine comme dans la nature, un tout se divise toujours en parties, seulement le contenu et la forme varient selon les circonstances. » (« Intervention à la Conférence nationale du Parti communiste chinois sur le travail de propagande », Œuvres choisies, tome V, Éditions en langues étrangères, Beijing, p. 470.)

Pendant la Révolution culturelle, les révolutionnaires au sein du Parti communiste chinois (PCC) ont répondu ainsi aux arguments de Yang Xianzhen : « La philosophie marxiste nous apprend que l'analyse et la synthèse constituent à la fois une loi objective et une méthode pour comprendre la réalité. L'analyse nous montre qu'une entité donnée se divise toujours en deux parties distinctes, qui demeurent liées par la lutte ; la synthèse, quant à elle, se produit lorsqu'au terme de cette lutte, une des parties en vient à prendre le dessus, i.e. à éliminer la deuxième, ou à en disposer. L'ancienne contradiction se trouve donc à avoir été résolue, et dès lors une nouvelle émerge ; l'ancien est éliminé, c'est le triomphe du nouveau. Plus simplement, on pourrait dire que la synthèse signifie qu'une des parties a bouffé la deuxième. [...]

« L'analyse et la synthèse sont interconnectées. Il y a synthèse dans l'analyse, et analyse dans la synthèse. [...]

« Le processus visant à faire le bilan de notre expérience est lui aussi un processus d'analyse et de synthèse. En menant des luttes variées dans le cadre de leur pratique sociale, les êtres humains ont accumulé de riches expériences : certaines ont été victorieuses ; d'autres pas. En faisant le bilan, il importe de distinguer ce qui est juste de ce qui est erroné, de soutenir ce qui est correct et de rejeter ce qui ne l'est pas. Cela veut dire qu'il faut, en se basant sur le marxisme-léninisme et la pensée-maozedong, reconstruire les riches connaissances empiriques que la pratique nous a permis de percevoir ; il nous faut "écarter la crasse et conserver ce qui est essentiel, éliminer le faux et retenir le vrai, procéder en allant de l'un à l'autre et de l'extérieur vers l'intérieur", élever notre connaissance basée sur la perception vers une connaissance rationnelle et enfin, saisir la loi inhérente à telle ou telle chose ou phénomène. Le mouvement des contraires - par lequel un se divise en deux - se poursuit à travers tout ce processus. En procédant de cette manière pour faire le bilan de notre expérience, nous serons capables de soutenir la vérité et de corriger nos erreurs, de "populariser nos expériences fructueuses tout en tirant les leçons des mauvaises". » (« The Theory of "Combine Two Into One" is a Reactionary Philosophy for Restoring Capitalism », Peking Review, 23/04/1971 - notre traduction.)

Ce passage, écrit au cœur même de la Révolution culturelle, a subi avec succès l'épreuve du temps et peut nous guider encore aujourd'hui, au moment où nous cherchons à faire un pas en avant vers l'unité des communistes à l'échelle internationale et dans nos pays respectifs. Même si, en apparence, on peut penser que l'unité des communistes en provenance de différentes organisations se produira à la travers la fusion de « deux en un », il s'agit là d'une vision erronée, en ce qu'elle ne tient pas compte de la réalité du processus à travers lequel une chose nouvelle est amenée à prendre forme. La synthèse représentera certes une unité nouvelle, mais comme on l'a vu, on ne peut la confondre avec le principe qui veut que « deux fusionnent en un ». En fait, la synthèse ne peut être que le résultat de la lutte grâce à laquelle une contradiction ou un ensemble de contradictions se voit résolue et suite à laquelle une transformation se produit et une nouvelle contradiction apparaît.

Lorsqu'ils ont mené la lutte contre cette conception (« deux fusionnent en un »), les camarades du PCC ont également fortement critiqué la théorie visant à « la recherche des points communs ». Cette théorie était défendue elle aussi par Liu Shaoqi, Yang Xianzhen et par d'autres qui prétendaient par exemple qu'il fallait chercher les « points communs » entre le capitalisme et le socialisme, et entre la bourgeoisie et le prolétariat. De fait, si on s'attarde uniquement à la surface des choses plutôt qu'à ce qui en constitue l'essence, on pourra facilement trouver plusieurs « points communs » entre le marxisme et le révisionnisme. Ainsi, les révisionnistes ne prétendent-ils pas eux aussi représenter les intérêts du prolétariat, favoriser le socialisme, et même le communisme ? Ne prétendent-ils pas, de la même manière, s'opposer à l'impérialisme ? Mais si on va au-delà de la surface, on verra bien que le révisionnisme et le marxisme sont en fait des ennemis implacables, sur quelque question que ce soit.

L'unité doit être conçue comme le résultat d'une lutte ; et la synthèse, comme un bond qualitatif suite auquel une nouvelle entité peut être formée - qui est dès lors elle-même basée sur une nouvelle contradiction. L'unité et la synthèse ne peuvent certainement pas être le résultat de simples « négociations » visant à la recherche de « points communs », sans égard aux questions cruciales qui sont l'objet de la lutte. L'histoire du mouvement communiste - passée et récente - nous donne plusieurs exemples de ce fait qu'une approche basée sur la recherche de « points communs » n'a jamais été fructueuse et s'est en fait toujours avérée néfaste pour l'avenir du mouvement.

Si on retourne à l'époque de la création de l'Internationale communiste elle-même, on voit que Lénine a combattu avec vigueur pour y inclure les forces les plus larges qui soient, mais sans toutefois faire quelque compromis que ce soit sur les questions centrales qui étaient en jeu. Il a notamment insisté pour que les membres de l'Internationale rompent clairement avec les faux dirigeants révisionnistes et il a vigoureusement combattu toute volonté de conciliation avec eux, au nom de « l'unité ».

On peut trouver d'autres exemples, tout aussi significatifs, si on fouille dans un passé plus récent. Nous avons fait mention un peu plus haut de la révolte dirigée par Ibrahim Kaypakkaya contre les révisionnistes en Turquie, incluant ceux qui se présentaient faussement comme étant partisans de Mao et de la Chine révolutionnaire (nous faisons référence ici aux révisionnistes de Shafak qui, sans surprise aucune, ont éventuellement appuyé le coup d'État contre-révolutionnaire en Chine et dont le principal leader, Perencek, continue encore aujourd'hui à être un ennemi juré du mouvement révolutionnaire en Turquie). La lutte menée par Kaypakkaya a permis d'atteindre une nouvelle et plus grande unité, sous la forme du TKPML, qui a rapidement galvanisé des centaines de milliers, voire des millions de supporters partout au pays. Mais comme toute unité, celle-ci fut également marquée par la lutte, et le martyre éventuel de Kaypakkaya, de même que les reculs qui ont été enregistrés sur le terrain de la lutte armée, ont conduit à de nouvelles batailles au sein du TKPML, notamment sur la question du bilan de l'expérience révolutionnaire et de la ligne idéologique et politique à mettre en œuvre.

Nous ne souhaitons pas refaire ici toute l'histoire de la lutte de lignes au sein du TKPML (nous en avons déjà traité dans un article paru dans notre édition 2000/28, intitulé « Open Letter to the TKP/ML » ; on peut lire également les documents de congrès du Parti communiste maoïste [Turquie et Kurdistan Nord] - le MKP - issu de l'ex-TKP[ML], publiés quant à eux dans A World to Win 2002/29). Comme la direction du Parti communiste maoïste l'a expliqué dans son bilan, après la mort de Kaypakkaya, un fort courant opportuniste a émergé au sein du TKPML, qui s'est prolongé pendant plus de 30 ans. Ce courant refusait de reconnaître le fait que les développements apportés par Mao ont amené le marxisme-léninisme à une étape supérieure, et il remettait en question la validité de l'analyse faite par Kaypakkaya voulant que la guerre populaire prolongée constitue la voie de la révolution en Turquie. En l'absence d'une ligne idéologique et politique correcte, la désunion du TKPML s'est également manifestée sur le plan organisationnel : le Parti a été traversé de part en part par le fractionnisme, l'indiscipline et les scissions.

La division des forces communistes d'avant-garde a certes pesé lourdement sur la lutte des masses de Turquie. Comme c'est souvent le cas, les masses ressentent durement la division ; elles constatent son effet paralysant, en pratique. Les masses voient ce phénomène se produire en surface ; mais pour qu'elles en arrivent à aller au-delà et à saisir l'essence même de la lutte entre marxisme et révisionnisme qui fonde de telles divisions, cela prend du temps : elles ne peuvent s'emparer spontanément du marxisme-léninisme-maoïsme. Et ce qui est vrai pour les masses l'est tout autant pour les militants et militantes de base du parti - surtout si elles et ils n'ont pas déjà acquis une bonne expérience dans l'application du MLM (ce qui était généralement le cas du TKPML de l'époque). Les militants et militantes de base vont eux et elles aussi avoir tendance à s'arrêter à la surface des problèmes, plutôt que d'y aller en profondeur ; elles et ils vont constater la désunion et la paralysie, sans nécessairement déceler les problèmes de substance qui relèvent de la ligne idéologique et politique.

Telle était donc la situation générale lorsque plusieurs tentatives d'unir les principaux regroupements se revendiquant du TKPML ont été entreprises. L'un des efforts les plus importants à avoir été réalisé en ce sens fut la formation, en 1993, du Comité central unifié provisoire - le CCUP. Ayant réussi à rallier la majorité du TKPML, le CCUP a donc suscité beaucoup d'enthousiasme à la base, parmi les membres et supporters du Parti. (À noter que le TKP/ML [Centre partidaire maoïste] ne participait pas quant à lui au Comité central unifié provisoire.) Sauf que le CCUP avait été formé, justement, sur la base d'une négociation en vue de trouver les « points communs » entre les différents groupes qui l'ont constitué. Même les « points communs » qui semblaient justes, en apparence - comme l'adoption du marxisme-léninisme-maoïsme - n'étaient en fait que du verbiage formaliste qui dissimulait la même incompréhension du maoïsme (comme on a pu le voir sur la question de la critique des erreurs de Staline faite par Mao, et celle des développements que ce dernier a apportés à l'idéologie prolétarienne). D'autres anciennes positions erronées du TKPML, incluant notamment une évaluation injuste et malfaisante du Mouvement révolutionnaire internationaliste, ont également été incorporées dans la ligne du Comité central unifié provisoire.

Au bout du compte, tout ce processus n'en valut même pas la peine. Le CCUP s'est avéré parfaitement incapable de répondre aux attentes de ses membres et supporters, et encore moins de donner naissance à une nouvelle vague de lutte révolutionnaire en Turquie. Le même ancien fractionnisme, l'indiscipline, la désunion et la paralysie qui existaient auparavant se sont poursuivis sous de nouvelles formes. Au bout de quelques années à peine, une nouvelle scission s'est produite au sein du Parti. En l'absence d'une conception juste qui aurait pu guider tout ce processus de lutte et faire avancer le Parti, et à défaut d'une véritable méthode « d'unité-lutte-unité » qui eut été basée sur le MLM, le TKPML s'est avéré incapable d'atteindre à une plus grande unité et de développer une pratique révolutionnaire plus avancée.

Cette situation n'a commencé à changer qu'assez récemment, alors que les membres et dirigeantEs du TKP(ML) ont amorcé un processus plus systématique visant à répudier les positions antérieures erronées du Parti. Elles et ils ont fait le bilan de l'expérience passée de l'ensemble du mouvement communiste de Turquie en s'appuyant sur le MLM, tout en s'unissant fermement au mouvement communiste international - et en particulier au MRI. La lutte amorcée par le TKP(ML) fut donc menée de façon bien différente que le TKP/ML (également connu sous le nom d'« Ozgur Gelecek ») l'avait fait : les questions brûlantes auxquelles le mouvement est confronté en Turquie ont été discutées et prises en charge correctement et les différences entre les deux groupes (le TKP[ML] et le TKP/ML) ont été élevées au rang d'une véritable lutte de lignes.

En Turquie comme ailleurs, le processus d'unification des communistes à l'intérieur d'un seul et même Parti n'est pas encore achevé. Le TKP/ML compte encore très certainement un grand nombre de membres, supporters et cadres dirigeantEs qui peuvent et devront jouer un rôle actif au sein d'un éventuel parti d'avant-garde unifié. La possibilité de compléter le processus qui a été amorcé et d'atteindre une « unité nouvelle » matérialisée par l'existence d'un parti d'avant-garde unique, dépendra en fin de compte des ruptures qui seront faites avec les anciennes conceptions erronées, qui sont désormais concentrées au sein du TKP/ML et qui se sont notamment manifestées par son départ du MRI et son adhésion à une autre approche centriste visant à construire « l'unité » du mouvement communiste international. (Là-dessus, on peut lire également l'article précité, paru dans notre édition 2000/28, qui traite précisément de cette question.) Encore une fois, il est clair que la répudiation de la ligne idéologique et politique erronée et la rupture avec elle sont des éléments-clés pour atteindre l'unité et aller de l'avant.

Qui sont les scissionnistes ? Et qui donc défend l'unité ?

L'histoire nous a également appris que ce sont toujours les forces authentiquement maoïstes qui luttent pour atteindre l'unité, tandis que les révisionnistes et les opportunistes, quant à eux, recourent toujours au fractionnisme, aux scissions et aux intrigues. Les partis et les organisations marxistes-léninistes-maoïstes sont le théâtre d'une lutte constante entre les deux lignes ; et comme on l'a vu, cela peut parfois donner lieu à des batailles internes assez aiguës. Mais si cette lutte est guidée par une ligne et une direction correctes, elle débouchera sur une plus grande unité au sein du parti - entre les dirigeantEs et les membres, dans un premier temps ; mais plus important encore, entre le parti et les larges masses elles-mêmes.

Quant à eux, les partis bourgeois et réactionnaires sont le foyer de toutes sortes de querelles, mettant aux prises des cliques et des individuEs qui se chamaillent tantôt pour obtenir des gains personnels, tantôt pour renforcer leur autorité ou leur prestige individuel, voire même pour se partager les fruits de la corruption. Ces partis peuvent certes, pendant un certain temps, arriver à maintenir une unité de façade ; mais ils n'obtiennent l'obéissance de leurs troupes que par des menaces de représailles, l'espoir d'obtenir une récompense, l'ignorance, ou encore même la terreur. Dès qu'apparaît une première fissure, ces partis se divisent très rapidement, et on peut voir leurs dirigeantEs s'entre-déchirer comme des crabes pris dans le filet.

Cela se produit ainsi tout simplement parce que les partis bourgeois ne représentent aucunement - et ne peuvent représenter - les intérêts des larges masses prolétariennes et opprimées et qu'ils sont donc forcés, par conséquent, de les confondre et de les tromper. Ces partis sont tenus de faire appel à leurs sentiments les plus arriérés et ignobles, comme moyen d'exercer leur dictature. Mais même si leur contrôle sur les masses peut parfois apparaître assez solide, il est certain que tôt ou tard, ces partis devront faire face au jugement des masses. Cela, l'histoire l'a prouvé à maintes reprises, dans à peu près tous les pays.

Lorsque des partis représentant la bourgeoisie nationale ou la petite bourgeoisie réussissent à diriger, le plus souvent sans conviction, telle ou telle lutte contre l'impérialisme ou contre des réactionnaires locaux, ils s'arrogent généralement le droit de parler au nom du peuple tout entier. Ainsi, ils réussissent parfois à rallier beaucoup de gens derrière eux, y compris parmi les classes opprimées. Mais même dans ces circonstances, le caractère réel de la bourgeoisie comme classe exploiteuse, finit invariablement par prendre le dessus. Ces partis ne peuvent s'appuyer sur les masses opprimées sans arrière-pensées, et ne peuvent faire appel à leurs intérêts supérieurs. Ils finissent toujours par se compromettre et par avoir recours aux sentiments les plus arriérés et ignobles, tels le nationalisme étroit, la bigoterie religieuse, l'oppression des femmes, etc. Lorsque ces partis en viennent à prendre le pouvoir, ils se compromettent rapidement avec le système impérialiste mondial et dès lors, le caractère populaire qu'ils ont pu avoir dans le passé est amené à disparaître très rapidement : ces partis, à leur tour, finissent par ressembler comme deux gouttes d'eau aux autres partis bourgeois et réactionnaires, qu'ils avaient pourtant combattus. (La trajectoire des forces nationalistes kurdes en Irak illustre clairement ce phénomène : elles ont commencé par lutter pour la reconnaissance et l'extension des droits du peuple kurde, mais ont fini par servir d'instruments aux mains des impérialistes américains dans leur volonté d'asservir non seulement les Kurdes, mais l'ensemble des peuples qui composent l'Irak.)

Lorsqu'une organisation maoïste s'éloigne de la ligne révolutionnaire, inévitablement, l'idéologie et la politique révisionnistes finissent par avoir un impact au niveau organisationnel : telle organisation en viendra à adopter certaines caractéristiques propres aux partis bourgeois et réactionnaires.

Mao avait brillamment résumé ce dont il s'agissait en matière d'unité et d'organisation, avec cette célèbre formule : « Pratiquez le marxisme et non le révisionnisme ; travaillez à l'unité et non à la scission ; soyez francs et honnêtes, ne tramez ni intrigues ni complots. » (Voir le Rapport sur la révision des Statuts du PCC, présenté au Xe congrès du Parti communiste chinois.) L'élément-clé de cette formule, c'est évidemment le premier postulat, qui souligne la nécessité impérieuse d'appliquer une ligne MLM correcte. Car autrement, on ne peut atteindre l'unité et on finit inévitablement par connaître une scission. De fait, ceux qui s'éloignent du marxisme sont incapables de mener une lutte de principe, franche et ouverte, pour faire valoir leur point de vue. Ils ont toujours tendance à recourir aux attaques personnelles, à répandre des rumeurs et des ragots, à obscurcir les questions politiques centrales qui sont au cœur du débat, et à se concentrer sur des questions mineures ou secondaires. À partir du moment où on s'éloigne du marxisme, on finit par perdre confiance dans les masses - y compris dans les militantEs de base du parti - de sorte que les intrigues et les complots deviennent le seul moyen de faire triompher son point de vue. De plus, on finit toujours par sacrifier les intérêts fondamentaux et à long terme du prolétariat mondial, au profit des intérêts étroits et à court terme d'une petite minorité. La lutte pour l'unité des communistes authentiques et pour le développement d'une plus grande unité entre le parti et les masses est une tâche permanente pour l'ensemble des marxistes-léninistes-maoïstes, qui doivent demeurer constamment vigilantEs pour éviter le style de travail et les formes de lutte propres aux partis bourgeois, réactionnaires et révisionnistes.

Le cas des anciens partis communistes qui se sont transformés en partis révisionnistes n'est pas différent, à cet égard, des autres partis réactionnaires. Lorsque ces partis en viennent à exercer le pouvoir, le supposé centralisme démocratique et la discipline dont ils se revendiquent ne constituent en fait qu'un moyen d'exercer leur dictature réactionnaire contre les masses - y compris contre les membres du parti à la base. Le Parti communiste chinois est aujourd'hui un parfait exemple d'un tel parti bourgeois, réactionnaire et fasciste. Ceux qui ont arrêté des milliers et des milliers de partisanes et de partisans de Mao, incluant sa conjointe Jiang Qing ; qui ont violemment réprimé les ouvrières, ouvriers, paysannes et paysans, de façon à pouvoir s'emparer du pouvoir politique ; qui se sont fait connaître dans le monde entier comme étant les « bouchers de la Place Tian An Men » : ceux-là représentent un parti qu'on ne pourra jamais « rectifier » mais qu'il faudra renverser par la force, comme tous les autres partis qui exercent une dictature réactionnaire contre les masses du peuple.

La lutte pour l'unité est à l'ordre du jour

Dans tous les pays du monde existe un besoin constant d'unité entre les forces communistes authentiques. Mais ce besoin, et parfois ce désir d'unité ne sont pas toujours suffisants pour passer à travers la lutte visant à unifier l'avant-garde. Là encore, le facteur-clé reste l'émergence d'une ligne idéologique et politique marxiste-léniniste-maoïste correcte, capable de rallier l'immense majorité des forces communistes.

L'histoire nous montre que la voie par laquelle une telle ligne émergera peut varier grandement d'un pays à l'autre, en fonction des conditions spécifiques. Au Pérou par exemple, le président Gonzalo a lui-même dirigé le développement du PCP à travers toute une série de luttes, dont certaines remontant assez loin dans l'histoire du mouvement communiste de ce pays ; le camarade Gonzalo a joué un rôle central dans plusieurs d'entre elles, qui furent menées contre différentes formes de révisionnisme et d'opportunisme. Au Népal toutefois, la formation du PCN(m) a suivi une voie différente, que le camarade Prachanda devait résumer en expliquant que les forces qui ont joué un rôle central dans la création du Parti n'avaient pas nécessairement été parmi les plus aguerries antérieurement, au sein du mouvement communiste de ce pays.

L'élaboration d'une ligne correcte dans un pays donné est un processus de longue durée qui connaît nécessairement des avancées et des reculs. Il s'agit en outre d'un processus sans fin, dans la mesure où une telle ligne n'est jamais fixée pour de bon et qu'elle fait l'objet d'une lutte constante, en rapport avec l'évolution de la lutte des classes elle-même. Dès lors, le danger existe de faire l'erreur de chercher la ligne « parfaitement juste », dans l'absolu ; et comme cela s'avère impossible, d'utiliser l'absence d'une telle ligne juste à 100 % comme prétexte pour refuser l'unité qui pourrait pourtant être atteinte à un moment donné. La recherche de la « justesse absolue » de la ligne idéologique et politique relève d'un point de vue idéaliste et métaphysique, contraire au matérialisme dialectique, qui sépare l'être de la pensée, et la pratique de la théorie : une telle démarche ne peut conduire qu'au sectarisme et s'avérer stérile. Une des grandes qualités des dirigeantEs communistes, c'est de savoir identifier correctement quelles sont les questions politiques et idéologiques centrales auxquelles le mouvement révolutionnaire est confronté, et de se concentrer sur elles, précisément. Même si on ne peut jamais présumer de la manière dont une bataille idéologique ou politique évoluera - puisqu'elle touche toujours plusieurs aspects différents et implique souvent une variété de questions - notre point de départ doit toujours être d'identifier et de résoudre la contradiction principale à laquelle le mouvement est confronté, au moment où elle émerge. Cela permet alors de résoudre d'autres questions secondaires, qui sont importantes elles aussi, ayant trait par exemple au style de travail, au bilan de certains débats moins cruciaux qui ont pu avoir lieu dans l'organisation, etc. Dans la mesure où les communistes en arriveront à bien comprendre les questions centrales en termes de ligne idéologique et politique, il leur sera possible de s'unir bien plus fermement ; ainsi, elles et ils ne se laisseront pas distraire par des questions relativement mineures, qui pourraient autrement entraver le processus d'unité.

Notre mouvement a acquis une énorme expérience à cet égard, autant dans les différents pays qu'à l'échelle internationale. Nous avons accompli de grandes réalisations, et nous en accomplissons encore de nouvelles, comme c'est le cas par exemple en ce moment au Népal où se déroule la guerre populaire. Mais nous savons que le mouvement communiste international a également subi des revers importants, notamment en Chine, dont nous pâtissons encore. Pour élaborer une ligne correcte, il faut absolument faire le bilan de toute cette riche expérience, faite de luttes, de sacrifices, d'avancées et de reculs. Cela implique que nous ayons également une bonne compréhension de l'expérience du prolétariat international dans son ensemble, à la lumière du marxisme-léninisme-maoïsme, autant que celle du prolétariat, des masses opprimées et de l'avant-garde communiste dans chaque pays individuellement.

Dans un certain nombre de pays, l'expérience révolutionnaire a été acquise par des contingents communistes distincts, ayant agi indépendamment les uns des autres. Ce phénomène caractérise particulièrement le mouvement communiste en Inde. Pour des raisons qui tiennent autant à l'histoire du mouvement communiste qu'à la diversité et à la taille immense de ce pays, des forces communistes diverses se sont investies dans des luttes qui le furent tout autant, incluant certaines expériences de guerre populaire qui ont été menées à différents endroits du pays. La tâche de synthétiser ces différentes expériences, autant les plus récentes que celle du grand soulèvement de Naxalbari à la fin des années 60, est désormais à l'ordre du jour. Ce bilan, en soi, sera lui aussi l'objet d'une lutte : Quelles sont les leçons essentielles qu'on doit en tirer ? Et quelles sont les faiblesses qui doivent être surmontées ? Comme ce fut le cas ailleurs, ce processus de bilan sera marqué par des bonds et des ruptures, avant d'arriver à sa conclusion. Celle-ci ne pourra être autre chose que l'établissement d'un seul parti d'avant-garde doté d'une ligne marxiste-léniniste-maoïste correcte, et uni au sein du MRI. Les points de vue négatifs qui ont pu avoir été défendus jusqu'à aujourd'hui et les pratiques erronées qui ont été développées devront être répudiés, tandis que les réalisations positives exceptionnelles que le mouvement communiste a su accomplir en Inde devront être soutenues et développées.

L'Inde nous donne elle aussi un autre exemple de la futilité des efforts visant à unir les maoïstes sur la base des « points communs ». Vers la fin des années 90, un tel mouvement visant à unir un certain nombre de forces au sein du mouvement maoïste indien a donné naissance à une organisation qui fut appelée Janashakti. Sa mise sur pied avait été accueillie avec enthousiasme par plusieurs au sein du mouvement. Mais l'unité qu'on disait avoir atteinte s'est en fait avérée fausse et dérisoire. Elle était basée, là aussi, sur des négociations visant à déterminer les « points communs » qui existaient déjà entre les organisations souhaitant fusionner entre elles. Mais ces « points communs » incluaient notamment une évaluation erronée du mouvement de Naxalbari dirigé par Charu Mazumdar. De fait, le bilan que ces organisations en faisaient remettait cette expérience en question ainsi que les leçons qu'elles a fournies. Comme ce fut le cas trop souvent dans l'histoire du mouvement communiste international, cette unité opportuniste était basée sur le principe de « deux qui fusionnent en un » : on a combiné un soutien verbal à la stratégie de la guerre populaire avec une ligne qui considère que la construction d'organisations de masse pacifiques est une « étape nécessaire » avant de procéder au déclenchement de la guerre populaire ; tout comme on a combiné le principe de mener une lutte extra-légale avec le fait de participer à la vie parlementaire pendant une longue période historique... Cet éclectisme, qui met le marxisme sur un pied d'égalité avec l'opportunisme, aura toujours pour conséquence que le marxisme ne servira que de décoration, alors que prédomineront une orientation et une pratique révisionnistes. Dans le cas de l'organisation Janashakti, l'unité sans principes qui avait été établie n'a pas duré beaucoup plus longtemps qu'une bulle de savon. L'enthousiasme que l'unification avait d'abord suscité a dès lors vite fait place à une démoralisation encore plus profonde. Tout ça ne veut pas dire pour autant que rien ne peut être tiré de l'expérience et des conceptions de l'organisation Janashakti ; ses membres et dirigeantEs peuvent certes encore contribuer à la formation d'un parti d'avant-garde marxiste-léniniste-maoïste unifié en Inde. Mais pour que leur expérience s'avère utile, pour qu'elle serve les masses populaires, il est essentiel d'adopter la méthode « d'un qui se divise en deux », et en particulier de critiquer et répudier l'opportunisme et le révisionnisme.

Sur la ligne internationale du parti communiste

Toute organisation politique est guidée par une position, un point de vue et une méthode. On ne peut concevoir qu'un parti puisse appliquer une ligne idéologique et politique déterminée s'agissant de faire la révolution dans son propre pays, en même temps qu'une ligne différente pour ce qui est de son rapport au mouvement communiste international. Ça aussi, l'histoire nous l'a prouvé à maintes reprises.

La création des partis communistes et leur adhésion à l'Internationale dans les années qui ont suivi la Révolution bolchevique de 1917 participaient d'un seul et même processus. Le fait d'appuyer - ou pas - la dictature du prolétariat qui avait émergé de la Russie tsariste était directement lié à la lutte pour établir un tel système dans son propre pays. De la même façon, le fait d'appuyer la lutte menée par Mao contre le révisionnisme et de soutenir la Révolution culturelle constitua une ligne de démarcation obligée, qui démarqua les communistes révolutionnaires authentiques des différentes variétés de révisionnisme dans tous les pays.

Mais il faut se souvenir que ce qui nous apparaît si évident aujourd'hui a fait l'objet de luttes amères à une autre époque. Entre Lénine et les révisionnistes modernes, il y avait tout un tas d'opportunistes et de centristes qui tentaient d'embrouiller les lignes de démarcation, que ce soit au nom de l'unité du prolétariat, ou simplement par pragmatisme - cette philosophie qui veut « tout ce qui fonctionne » est correct. Au moment où Mao proclamait qu'« on a raison de se révolter » et dirigeait une lutte épique contre le révisionnisme ayant eu des répercussions partout dans le monde, d'autres forces influentes, dont notamment le Parti du travail du Vietnam - qui dirigeait à cette époque la plus importante lutte au monde contre l'impérialisme US - tentaient de maintenir une fausse « unité » au sein du mouvement communiste international, qui eut inclus la clique révisionniste soviétique. Bien sûr, on peut comprendre les énormes difficultés auxquelles la direction vietnamienne était confrontée dans sa lutte contre les États-Unis, et la nécessité qu'il y avait de faire jouer la diplomatie et de faire certains compromis. Mais il nous faut également tirer les leçons de la trahison tragique qui a amené le Vietnam à demeurer pris dans l'étau du système impérialiste mondial et ce, même après que les masses eurent combattu de façon héroïque et victorieuse contre l'ennemi impérialiste le plus puissant de la planète. L'opportunisme, le pragmatisme, le centrisme et le révisionnisme sur la scène internationale ne pourront jamais avoir pour effet que d'amoindrir, saper et en dernière analyse, détruire la lutte révolutionnaire sur le front domestique.

Et ce qui était vrai dans le passé l'est encore aujourd'hui. Après le coup d'État révisionniste en Chine, il était inévitable que le mouvement maoïste connaisse un profond désarroi. Pendant un certain temps, les divers contingents du mouvement communiste international ont senti le besoin d'avancer séparément. Certains d'entre eux étaient mieux placés que d'autres pour tirer les leçons de la défaite chinoise et de ses implications sur l'ensemble du mouvement. Pour le Mouvement révolutionnaire internationaliste, il ne s'agit aucunement de prétendre à quelque privilège que ce soit, du seul fait que le MRI ait su reconnaître plus rapidement la vraie nature des révisionnistes chinois et qu'il ait assumé de manière décisive la responsabilité de lutter contre eux. Comme Mao l'a si joliment indiqué, « tous ceux qui font la révolution méritent un traitement égal, peu importe qu'ils s'y soient joints plus tard que tôt » (notre traduction).

Aujourd'hui, contrairement à la période précédente où la plupart des forces communistes travaillaient séparément, toutes, ou presque, cherchent présentement à s'unir à l'échelle internationale. La question qui se pose donc est : avec qui peut-on et faut-il s'unir ? Autour de quelle ligne et quelle idéologie ? Et avec quel objectif ? Dans ce cadre, l'attitude qu'une organisation adopte face au MRI n'est pas une question sans importance. Il est impossible d'avoir une ligne correcte sur la question de la révolution dans son propre pays tout en étant hostile ou en restant indifférent à l'égard du MRI. A contrario, le fait de faire une mauvaise évaluation du MRI devrait être considéré comme un signal d'alarme et nous inciter à découvrir et à déraciner les aspects erronés que cela recèle dans notre propre ligne idéologique et politique.

Il faut noter aussi que les regroupements qui se forment au niveau international tendent à refléter la ligne qu'appliquent les partis qui les initient, dans le cadre de la lutte des classes qui se déroule dans leurs propres pays. Ainsi, le crétinisme parlementaire qui caractérise le Parti du travail de Belgique (PTB) va de pair avec ses efforts visant à effacer les leçons chèrement acquises de la lutte contre le révisionnisme moderne et à « réunifier » le mouvement communiste international sur une base totalement opportuniste et anti-maoïste. Les programmes non révolutionnaires de groupes tels le Parti marxiste-léniniste d'Allemagne, le Parti communiste du Népal (Mashal), le Parti communiste de l'Inde (Drapeau rouge), qui font tous trois partie de la Conférence internationale de partis et organisations marxistes-léninistes, constituent en quelque sorte le ciment qui fait tenir ensemble cet étrange amalgame. Il est clair qu'on ne peut garder à jamais un pied dans le camp révolutionnaire tout en refusant de rompre avec les révisionnistes et les opportunistes.

Présentement, l'existence du MRI crée un environnement favorable à l'unité des forces maoïstes authentiques, à l'échelle nationale comme à l'échelle internationale. Cela, on l'a vu clairement, notamment en Afghanistan, où les forces MLM se sont ralliées pour renforcer le Parti communiste d'Afghanistan. En Inde, le MRI a lancé un appel pour que cessent les affrontements armés qui opposaient les deux plus importants groupes maoïstes dans ce pays. Au moment où le MRI a pris l'initiative de tenir une conférence régionale en Asie du Sud en 1999, certains avaient tenté de rejeter cette initiative en disant qu'il s'agissait d'une ingérence inopportune dans les affaires de la région. Pourtant, personne ne peut nier aujourd'hui que cet appel a joué un rôle fort important, ayant contribué à ce que cessent les affrontements et à ce qu'une atmosphère positive soit mise en place au sein du mouvement maoïste en Inde. (L'appel adopté par la Conférence régionale du MRI en Asie du Sud en 1999 a été publié dans notre édition 2000/26.)

Cela signifie-t-il que le MRI, à lui seul, regroupe actuellement toutes les forces maoïstes et que celles qui n'en font pas partie ne le sont pas vraiment ? Une telle prétention serait bien sûr parfaitement ridicule. D'importantes organisations maoïstes ne font pas partie du MRI : ces organisations peuvent et devront jouer un rôle vigoureux dans le processus d'unification des communistes authentiques, tant à l'échelle nationale qu'internationale. Comme nous l'avons bien établi dès notre fondation, l'objectif même du MRI implique qu'il devra éventuellement être remplacé par une Internationale communiste de type nouveau. Lorsque ça se produira, cela représentera une synthèse, une nouvelle contradiction, un niveau qualitatif supérieur à celui qu'on a connu jusqu'à maintenant. La question qui se pose en ce moment, c'est de savoir s'il faut s'appuyer sur les réalisations du MRI pour aller de l'avant et ériger un pôle maoïste authentique à l'échelle internationale, ou s'il faut d'abord liquider le MRI comme centre embryonnaire et le remplacer par une sorte de grand groupe de discussion éclectique et inefficace regroupant maoïstes et opportunistes, ou quelque autre forme de ce genre. Chaque organisation communiste actuellement doit se demander si elle souhaite appuyer de tout cœur le processus d'unification des forces maoïstes authentiques ou si elle préfère rester en arrière et laisser les autres s'en occuper. Voulons-nous favoriser l'unité sur la base du marxisme-léninisme-maoïsme, ou préférons-nous subordonner les questions idéologiques et politiques au profit d'autres considérations, comme par exemple le fait de vouloir se renforcer à court terme et uniquement de façon temporaire ? (Nous sommes quant à nous stupéfaits de constater que des forces révisionnistes notoires comme le sont les FARC en Colombie sont encore considérées comme étant « marxistes-léninistes » par certains au sein du mouvement maoïste !) « Soutenir de tout cœur » ou « rester à la traîne » du processus d'unification des forces authentiquement maoïstes à l'échelle internationale est une question de ligne absolument vitale. C'est le genre de question qu'on ne peut se permettre de laisser sous le tapis, d'autant plus qu'elle est inextricablement liée à la capacité de former un seul parti d'avant-garde dans un pays donné.

Présentement, un « vent d'unité » se lève qui fait naître l'espoir parmi les révolutionnaires dans beaucoup de pays. Les grandes batailles qui apparaissent à l'horizon exigent que les forces communistes consacrent d'énormes efforts pour surmonter leurs insuffisances et consolider leur unité - une unité qui soit plus élevée, plus solide et plus juste que celle qui existe aujourd'hui. La lutte pour atteindre l'unité des maoïstes n'est pas une chose simple ; mais la révolution, on le sait bien, ne l'est jamais elle non plus. En redoublant nos efforts et en n'ayant pas peur de rejeter ce qui est mauvais et de soutenir ce qui est juste, il sera possible de faire un pas en avant et d'unir les communistes authentiques, tant au niveau national qu'international.

A World To Win (Nº 2004/30)
Traduction : Arsenal

(paru dans la revue Arsenal n° 3)

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