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UN NOUVEAU TEXTE DE LA CAMARADE PARVATI

La participation des femmes dans l'armée populaire

L'article que nous présentons dans les pages qui suivent a été écrit par une membre du Comité central du Parti communiste du Népal (maoïste), la camarade Parvati. Il est paru en février dernier dans le magazine The Worker, publié en anglais au Népal par le Département international du PCN (maoïste). Cet article traite à la fois d'un point de vue théorique et pratique, de l'expérience acquise par les camarades népalaises et népalais suite à l'implication massive des femmes au sein de l'Armée populaire de libération (APL), mise sur pied et dirigée par le Parti. Il fait suite à un premier article, paru un an plus tôt, qui portait plus généralement sur la question du leadership des femmes dans la guerre populaire au Népal, que nous avions alors traduit et publié sous forme de brochure. [1]

Comme nous l'avions écrit, la participation des femmes dans la révolution qui secoue actuellement la vieille société féodale et monarchique népalaise constitue une des réalisations les plus spectaculaires du mouvement maoïste de ce pays. Dans une entrevue accordée au magazine A World to Win en 2001, le principal dirigeant du PCN (maoïste), le camarade Prachanda, expliquait que « les femmes ont objectivement laissé les hommes loin derrière elles, du point de vue des sacrifices et du dévouement qu'elles ont consentis pour la guerre populaire ». Puis d'ajouter : « Notre Parti consacre actuellement beaucoup d'efforts à mettre en place des plans et des mesures qui permettront aux femmes de se développer comme dirigeantes communistes. C'est ainsi, et seulement ainsi, qu'on assurera le succès de la révolution. »

Comme on pourra le voir à la lecture de ce nouvel article, les révolutionnaires qui agissent actuellement dans ce qui reste un des pays les plus pauvres de toute la planète accomplissent non seulement des transformations sociales considérables, mais ils osent aborder avec tout le sérieux nécessaire les questions brûlantes de la révolution. Leur attitude contraste avec celle de certains auteurs qu'on dit pourtant éduqués et intelligents, comme le « journaliste » Normand Lester (la vedette du mouvement nationaliste bourgeois au Québec), qui a écrit récemment dans la revue porno et masculiniste Summum un délirant article intitulé « Maman joue au petit soldat », dans lequel il prétend que « les femmes sont faites pour faire l'amour, pas la guerre » et que leur « faiblesse physique les rend inaptes au combat ».

Lester, qui tient pour une « évidence » le fait que « la femme n'est pas l'égale de l'homme », n'a sûrement jamais entendu parler de ce qui se passe au Népal (ni dans les autres pays où il y a des luttes révolutionnaires ou anti-impérialistes armées), lui qui pourtant se prétend un spécialiste des questions militaires (entre autres vanités). Cet ultra-nationaliste à moumoute considère que la guerre doit être réservée aux hommes, parce qu'elle « est avant tout une épreuve de force brute et d'endurance physique ». Bien sûr, ses conceptions misogynes ne lui permettent pas d'admettre que les femmes peuvent elles aussi faire preuve de pas mal de force brute et d'endurance physique, quand elles en ressentent la nécessité. Mais là, Lester nous montre qu'il ne comprend absolument rien de ce que c'est qu'une guerre, qui n'a rien d'un jeu ou d'une épreuve de force pure, en soi, mais qui repose sur un enchevêtrement autrement plus complexe de contradictions sociales : car s'il s'agissait uniquement d'une « épreuve de force brute », l'armée américaine n'aurait aucune difficulté à administrer l'Irak occupée, et elle n'aurait jamais subi l'humiliant revers qui fut le sien au Vietnam.

En lisant les propos de ce bien petit monsieur en parallèle avec l'article de la camarade Parvati, il nous fait soudainement bien plaisir de ne pas faire partie de son camp et de pouvoir offrir toute notre solidarité au le mouvement communiste international, en particulier aux camarades du PCN (maoïste)...

La rédaction

Introduction

« Rien n'est impossible dans ce monde si vous osez escalader les montagnes. »

Mao Zedong

Lorsque le Parti communiste du Népal (maoïste) a initié le déclenchement de notre historique guerre populaire en 1996, nous n'avions pour nous battre que quelques bâtons, des faucilles, des khukris, et quelque chose comme deux pistolets [2]. Huit ans plus tard, l'Armée populaire de libération (APL) dispose pourtant d'un arsenal hautement considérable.

De la même manière, on se souviendra que dans la phase initiale de la guerre populaire, nos forces combattantes étaient minimales et n'agissaient pour l'essentiel que dans le cadre d'actions d'autodéfense. Désormais, l'APL est composée de 2 divisions [3], 7 brigades, 19 bataillons, plusieurs compagnies et sections, sans compter les dizaines de milliers de miliciennes et de miliciens qu'elle dirige.

Au départ, les premières forces déployées par le PCN (maoïste) n'affrontaient que la police locale; tandis que maintenant, la guérilla doit combattre l'Armée royale du Népal au grand complet, soutenue par les États-Unis (ce pourquoi nous préférons d'ailleurs l'appeler Armée royale états-unienne). Parmi les nombreuses caractéristiques de notre guerre populaire, l'une des plus importantes est certes la participation phénoménale des femmes au sein de l'APL et leur implication directe au combat.

Lors de la Troisième réunion élargie du PCN (maoïste) tenue juste avant le déclenchement de la guerre populaire en 1995, il avait été décidé qu'au moins deux femmes devaient faire partie de chacune des escouades qui allaient être mises sur pied. Aujourd'hui, les femmes comptent pour le tiers des membres de l'APL. Elles sont désormais commandantes adjointes dans certains bataillons; commandantes et commandantes adjointes dans plusieurs compagnies et sections; certaines occupent le poste de commissaire politique, à un niveau ou à un autre. Le martyre récent de la camarade Sapan Shiela, qui commandait une compagnie de l'APL, le 17 septembre 2003, nous donne un vibrant exemple de la place que les femmes y occupent désormais. La camarade Shiela a donné sa vie à la révolution alors qu'elle combattait l'Armée royale dans la région de Bhawang-Jamkot, située dans l'ouest du pays.

Avec le temps, on a pu voir également un grand nombre de femmes impliquées dans des actions de guérilla urbaine audacieuses, comme des vols de banque, des assassinats sélectifs et des actions de destruction de biens et immeubles appartenant à l'État, notamment dans le plateau central du Terai, la capitale Katmandou et d'autres centres urbains. Au niveau des milices, leur participation s'avère tout simplement phénoménale, dépassant même souvent celle des hommes. En outre, les femmes jouent un rôle important dans la protection des conseils populaires révolutionnaires qui ont été établis dans plusieurs régions et districts; elles participent également à la consolidation des bases d'appui, en y effectuant diverses tâches de construction.

De ce fait, les femmes sont devenues partie prenante de ce qui constitue l'ossature du nouvel État actuellement en émergence. L'application du concept d'« unE citoyenNE, une armée » mis de l'avant par le Conseil populaire révolutionnaire unifié dans ses récentes Directives pour l'administration du pouvoir populaire, a rendu encore plus pertinente l'implication des femmes dans le travail militaire.

Aujourd'hui, la guerre populaire a atteint le stade où on s'apprête à passer de l'étape de l'équilibre stratégique à celle de l'offensive stratégique. Étant donné que la période qui vient sera décisive pour la révolution népalaise, il importe de généraliser et de synthétiser l'expérience des femmes combattantes au sein de l'APL et de bien saisir l'étendue des limites et des défis auxquels elles font face. Mais avant de nous y attarder plus spécifiquement, voyons d'abord comment les femmes ont participé aux différentes guerres qui se sont succédées jusqu'à maintenant.

Les femmes et la guerre

Avec la disparition des communautés primitives matriarcales, la contradiction entre l'être humain et la nature s'est transformée en contradiction entre les êtres humains eux-mêmes, qui a notamment pris la forme des guerres de classes. L'appropriation privée des richesses et la recherche du profit individuel ont eu pour effet que les femmes furent confinées à leurs fonctions biologiques liées au maintien et à la reproduction des classes sociales. Dans un tel contexte, leur participation aux guerres fut réduite, plus souvent qu'autrement, à un simple rôle de soutien.

Les femmes ont été souvent utilisées simplement pour augmenter le moral des troupes (ainsi, lorsqu'on envoie des comédiennes renommées et autres célébrités féminines sur le champ de bataille); parfois, elles furent utilisées comme chahuteuses (pour ridiculiser la « perte de masculinité » des combattants ennemis), comme aidantes au niveau logistique (cela s'est produit massivement lors des Première et Seconde guerres mondiales), comme infirmières (telle Florence Nightingale) ou encore comme espionnes (en témoigne, le fameux exemple de Matahari).

Les rares fois où des femmes se sont retrouvées à participer activement au combat, ce fut de façon très limitée et exceptionnelle, comme dans le cas de Laxmi Bai en Inde, qui a combattu sous la contrainte, ou encore celui de Jeanne d'Arc en France, poussée par le désespoir. Et encore, lorsque ça s'est produit, ces femmes ont dû porter des vêtements masculins et dissimuler leur véritable identité.

Le cas largement publicisé des amazones qui ont effectivement combattu au Royaume du Dahomey aux XVIIIe et XIXe siècles, fut en fait le résultat d'un acte de désespoir de la part du roi, qui avait placé des régiments entiers de femmes à l'arrière de ses troupes dans le but de tromper son adversaire, lui donnant l'impression que ses forces étaient plus importantes qu'elles ne l'étaient en réalité. Ce n'est qu'après qu'elles eurent été contraintes de participer au combat que le roi a découvert qu'elles pouvaient être aussi vaillantes que les hommes et qu'il les a intégrées à l'armée régulière.

Plus près de nous, les femmes de l'organisation des Tigres de l'Eelam tamoul (le LTTE) ont elles aussi été incorporées sur le front militaire, mais seulement après qu'elles eurent prouvé leurs habiletés dans les activités de soutien logistique ou dans les forces d'appoint chargées de soutenir les troupes masculines.

Les femmes et les guerres de classes

Il a fallu l'apparition des guerres de classes révolutionnaires pour qu'on assiste enfin à une augmentation significative de la participation des femmes aux activités militaires. Ce phénomène a été rendu possible parce que les guerres de classes s'attaquent directement aux rapports socio-économiques oppressifs, aux rapports de production et à la pauvreté qui affectent les femmes encore plus que les hommes. Les guerres de classes ont un lien direct avec la lutte contre l'oppression des femmes; non seulement secouent-elles les fondements des États réactionnaires, mais elles ébranlent également toute la structure familiale, qui est elle-même profondément retranchée derrière la religion.

Contrairement aux guerres ethniques, religieuses ou régionales, les guerres de classes ne créent pas de divisons au sein du peuple; au contraire, plus elles se développent, et plus elles tendent à l'universalité. Elles tirent leur puissance de l'action collective des masses, en particulier des masses opprimées (parmi lesquelles on compte une majorité de femmes). En outre, la dictature que les États révolutionnaires appliquent contre les oppresseurs et l'élargissement de la démocratie pour les masses constituent un puissant attrait pour les femmes. Les États révolutionnaires ne font pas que consolider les fonctions productives des femmes, mais ils protègent également leurs fonctions reproductives. Puisque leur oppression est enracinée plus profondément que celle que subissent les autres groupes opprimés, les femmes comprennent facilement la nécessité de mener une guerre de classe vaste et étendue. Ainsi, l'histoire est remplie d'exemples de participation des femmes dans les guerres de classes.

La participation directe du prolétariat féminin dans la Commune de Paris en 1871 marque le premier grand jalon dans l'histoire du mouvement de lutte des femmes opprimées. Le fait même qu'elles furent alignées aux côtés de leurs camarades masculins pour être fusillées par les forces réactionnaires montre le degré de haine que leur participation à la révolution avait généré.

De la même manière, la participation des femmes au combat en Union soviétique lors de la Seconde Guerre mondiale fut également tout à fait phénoménale. Les chiffres suivants nous en donnent une bonne indication :

« Les statistiques officielles font état du fait que 800 000 femmes étaient membres de l'Armée rouge, tandis que 200 000 autres faisaient partie des forces irrégulières (partisanes et partisans). Ces statistiques nous permettent d'établir que les femmes formaient environ 8% de la totalité des effectifs militaires de l'Union soviétique (qui comprenaient 12 millions d'hommes). De ces 800 000 femmes, environ 500 000 sont réputées avoir combattu au front, tandis que 250 000 autres ont à tout le moins suivi un entraînement militaire dans les écoles du Komsomol. » [4]

En Chine, des milices exclusivement féminines ont notamment été formées dans les régions qui étaient contrôlées par les forces japonaises, au moment où elles occupaient le pays; plus tard, ces milices ont combattu les armées blanches qui continuaient à attaquer les frontières de la Chine après la naissance de la République populaire.

Enfin, la guerre du Vietnam fut elle aussi marquée par une forte participation féminine. L'image de ces soldats américains de forte carrure, certes, mais complètement dominés par des Vietnamiennes menues et sous-équipées continue encore aujourd'hui à hanter les dirigeants états-uniens. Ce qu'on raconte ici donne une idée de la participation des femmes dans la guerre de libération vietnamienne, tant aux niveaux quantitatif que qualitatif :

« Madame Dinh fut élevée au rang de générale de l'Armée populaire de libération du Vietnam (APLV) sur la base des réalisations qu'elle avait accomplies à titre de co-fondatrice du Front de libération nationale et de dirigeante du soulèvement de Ben Tre. Sa nomination reflétait également la participation significative des femmes au sein de l'APLV [...] qui formaient environ 40% des commandantEs de régiments. » [5]

La participation des femmes dans la guerre populaire prolongée

« Les femmes sont la pépinière de la guerre. »

Ho Chi Minh

L'oppression de classe et de sexe que subissent les femmes étant elle-même de nature prolongée, la perspective de la guerre populaire prolongée (GPP) s'avère donc très attirante pour elles. Même si la GPP est d'abord et avant tout une méthode visant à mettre sur pied un État de démocratie nouvelle, son processus de développement autorise la réalisation de constantes transformations. Elle permet en outre de briser la culture féodale et de résister à la culture impérialiste; ce faisant, la guerre populaire prolongée aide les femmes à se réaliser pleinement et à atteindre une vie plus digne.

La GPP est particulièrement importante dans le cas du Népal, où les femmes sont appelées à franchir un bond immense, allant du patriarcat féodal et médiéval tel qu'il subsiste encore aujourd'hui (les vierges, notamment, y sont toujours objet de vénération), à la révolution de démocratie nouvelle. Ce bond en avant suppose une longue période de métamorphose dans leur propre façon de voir les choses.

Les caractéristiques qui distinguent la guerre populaire des autres méthodes de guerre, parmi lesquelles le fait d'apprendre à mener la guerre en combattant et de faire primer l'idéologie sur les armes; la construction de bases d'appui; le développement de l'initiative locale, l'auto-suffisance et la préservation des forces; le fait de cibler et d'attaquer l'ennemi là où il est le plus faible et de retraiter lorsqu'on est dans une position de faiblesse; et en particulier, ces principes fondamentaux que Mao a résumés dans sa célèbre « formule en 16 caractères » (« L'ennemi avance, nous reculons; l'ennemi s'immobilise, nous le harcelons; l'ennemi s'épuise, nous le frappons; l'ennemi recule, nous le pourchassons ») : toutes ces caractéristiques sont susceptibles de favoriser la participation des femmes. La guerre populaire prolongée est la stratégie militaire des secteurs les plus faibles de la société, en lutte contre un pouvoir d'État beaucoup plus fort.

Le concept des bases d'appui, notamment, est particulièrement bien adapté à la lutte de libération des femmes; ainsi, les gains et les résultats qu'elles obtiennent de par leur lutte peuvent y être mis en pratique immédiatement, avant même que la guerre soit pleinement achevée. La mise en œuvre de l'égalité des droits dans les domaines de la propriété, des coopératives et des fermes communautaires, l'ouverture de restaurants et de garderies, par exemple, s'y avère tout à fait possible. De même, il devient possible de garantir aux femmes un certain nombre de postes de direction au sein des organismes du nouvel État en formation.

Le développement éventuel de la guerre jusqu'à la mise sur pied de formations militaires plus avancées donne aux femmes suffisamment de marge de manœuvre pour pouvoir assimiler, corriger et améliorer les habiletés de combat qu'elles ont nouvellement acquises. La GPP prépare les femmes en vue de l'insurrection, au moment où les éléments de vitesse, de surprise et de concentration des forces dans le but d'assurer la conquête définitive du pouvoir d'État central s'avèreront déterminants. (Notons ici que dans le monde de plus en plus polarisé dans lequel on vit, la possibilité, voire la nécessité d'une fusion entre la guerre populaire prolongée et l'insurrection doit être prise en considération dès le début de la lutte armée, sachant que dans les pays sous-développés, l'emphase doit être néanmoins mise sur la GPP, alors que dans les pays développés, c'est l'insurrection qui prédomine.) Voilà pourquoi il faut considérer la question de la participation des femmes, à la fois dans la guerre populaire prolongée et l'insurrection, d'un point de vue stratégique. Dans le cas du Népal, elle revêt encore plus d'importance.

Les conditions spécifiques du Népal, comme par exemple le fait que les femmes n'y ont aucun droit à la propriété et qu'elles sont grossièrement abandonnées par l'État, alors même où elles constituent pourtant l'épine dorsale de l'économie paysanne de subsistance, fournissent une base matérielle fertile à leur adhésion massive à l'Armée populaire de libération. Pendant que les hommes sont contraints de faire leur service militaire ou de s'expatrier vers les centres urbains du Népal, voire en Inde, afin d'y trouver un job quelconque, les femmes doivent s'occuper seules des enfants et des aînés. Elles deviennent de facto des cheffes de famille monoparentales qui doivent nourrir leurs familles dans des régions éloignées et difficiles.

Un des éléments qui les désespère au plus haut point et qui les pousse à vouloir prendre leur revanche, c'est le phénomène de la polygamie qui se développe d'autant plus, dans de telles conditions, et qui finit par leur imposer un double fardeau. Il faut savoir que le droit féodal ne condamne les mariages multiples que très légèrement. Ce phénomène fait que les femmes sont nombreuses à sympathiser avec l'APL et à inciter leurs filles à joindre ses rangs, quand elles ne deviennent pas elles-mêmes combattantes à plein temps.

La pression qui pousse les femmes à se marier de plus en plus jeunes (afin de se décharger du fardeau de la chasteté) a en outre amené plusieurs filles d'origine indo-aryenne à joindre l'APL : pour elles, il s'agit d'un bon moyen de briser les chaînes du féodalisme. De la même manière, les femmes d'origine tibéto-birmane, bien qu'elles soient relativement libres de choisir leurs partenaires, finissent immanquablement par se retrouver dans le cercle vicieux d'une vie monotone et rigoureuse, consacrée strictement à la reproduction : pour elles aussi, l'APL offre l'opportunité d'explorer et d'expérimenter directement une plus grande liberté.

L'APL offre également une nouvelle avenue aux femmes de nationalité tharu, qui se sont récemment affranchies de l'esclavage dans la région du Terai. Celles-ci étaient exploitées non seulement économiquement mais aussi sexuellement, par les membres des hautes castes brahmanes et chhetris qui vivent dans les montagnes environnantes. En armant les femmes dalits, l'APL leur a donné les moyens de combattre le système des castes, excessivement rigide, qui les considère et les traite encore plus brutalement que si elles étaient des chiens.

Contrairement aux hommes, les femmes du Népal ont peu de possibilités de trouver un emploi dans les centres urbains du pays (qui sont du reste très peu développés); dans l'Inde voisine, tout ce qu'elles peuvent espérer, c'est de se livrer au racket de la prostitution. Alors, la plupart d'entre elles sont réduites à rester derrière, dans les campagnes et les zones rurales, si bien que ce sont elles qui deviennent la cible de l'Armée royale qui se livre au pillage et qui incendie leurs maisons, leur bétail et leurs récoltes (quand ses mercenaires ne décident tout simplement pas de les violer et de les assassiner). Ce phénomène bien réel a eu pour conséquence d'accélérer le rythme d'adhésion des femmes à l'APL : elles y voient là une bonne façon de venger les nombreuses exactions qu'elles ont subies et continuent de subir.

Les femmes du Népal se trouvent donc dans la même situation que Marx avait décrite en parlant du prolétariat : elles n'ont vraiment rien d'autre à perdre que leurs chaînes!

Le rôle de l'APL dans la transformation des combattantes

« La révolution communiste est la rupture la plus radicale avec le régime traditionnel de propriété; rien d'étonnant si, dans le cours de son développement, elle rompt de la façon la plus radicale avec les idées traditionnelles. »

Marx et Engels
Manifeste du parti communiste, 1848

L'Armée populaire de libération contribue à transformer la situation des femmes non seulement sur le fond, mais également de façon très pratique. Elle leur permet en outre d'acquérir le respect et la dignité dont elles ont toujours été privées. Pendant trop longtemps, on a pris les femmes pour acquis; pendant trop longtemps, elles ont enduré les violences en silence, dans la sphère privée comme dans la sphère publique. Aujourd'hui, les hooligans, les goons et les batteurs de femmes n'osent même plus s'approcher des femmes dans les zones de guérilla, à moins d'y être accompagnés par les forces armées réactionnaires.

L'APL a fait de ces femmes insécures de véritables insurgées. Elle les a débarrassées de tout l'attirail imposé par le féodalisme, au profit de vêtements fonctionnels et unisexes. Les combattantes de l'APL sont désormais conscientes non seulement de leur développement idéologique, mais aussi de leur développement physique. Elles prennent conscience de leur sexualité, des questions de mariage et de reproduction, qui ont un impact direct sur leur activité politique et militaire.

On peut dire sans se tromper que l'Armée populaire de libération a aidé les femmes à briser les quatre murs des maisons dans lesquelles elles étaient enfermées, qu'elle les a aidées à voyager et à se rendre aux quatre coins du pays. La participation des femmes dans l'APL leur a permis d'élargir leur sphère d'activité, passant de l'utérus jusqu'à atteindre l'universalité. D'esclaves domestiques « invisibles » qu'elles étaient, elles sont devenues des combattantes révolutionnaires professionnelles qui assument ouvertement des postes de responsabilité. Cela les a renforcées physiquement aussi bien que mentalement, en leur permettant de développer une façon de penser plus objective qui satisfasse aux exigences d'une vie de combat rigoureuse.

Auparavant, les femmes n'avaient pas même la notion du temps : elles bossaient dès l'aube et jusqu'à la fin du jour, parfois même après minuit; désormais, ce sont elles qui animent les dispositifs de minuterie des bombes à retardement... Auparavant, tout ce qu'elles apprenaient à « tirer », c'était les cheveux d'autrui; désormais, l'APL leur apprend à tirer avec des armes de haut calibre...

De pieuses et soumises qu'elles étaient, les femmes sont devenues des combattantes féroces! Auparavant, elles tendaient leurs oreilles pour capter les rumeurs qui circulaient; aujourd'hui, elles écoutent la radio et s'informent des nouvelles nationales et internationales. Auparavant, les seules fois où elles saignaient, c'était en période de menstruation; désormais, elles versent leur sang pour chasser le système monarchiste soutenu par l'impérialisme yankee!

En se renforçant au plan idéologique et en développant leurs habiletés de combat, les femmes en sont également venues à transformer leur langage corporel. Elles projettent désormais un air de confiance et de dignité. D'analphabètes qu'elles étaient, elles s'expriment désormais avec un vocabulaire enrichi par la terminologie idéologique et militaire. Elles peuvent enfin envisager les choses de manière philosophique; ainsi, de considérer la vie et la mort comme étant les deux revers de la même médaille, qu'on doit appréhender en fonction de la nécessité et du risque. Elles étudient la dialectique et sont en mesure de voir ce qui est positif dans une situation négative, et vice-versa. Elles apprennent la loi des contradictions et arrivent à distinguer les contradictions principales des contradictions secondaires, ce qui est relatif de ce qui est absolu, les bonds quantitatifs des bonds qualitatifs.

Les combattantes de l'APL sont maintenant familières avec des concepts tels la nature des rapports entre l'État et le gouvernement, entre l'impérialisme et les pays du tiers-monde, et entre l'impérialisme U.S. et les autres puissances impérialistes. À bien des égards, on peut considérer que les femmes membres de l'APL sont déjà plus avancées que celles qui sont impliquées dans les organisations de masse dirigées par le Parti. Le rythme de transformation des femmes dans l'armée est si rapide qu'elles hésitent à quitter le champ de bataille lorsque des problèmes de santé surviennent, ou quelque autre situation qui pourrait justifier leur transfert sur un autre front. Tout cela nous rappelle cette fameuse phrase de Lénine qui disait que la guerre transforme en 10 jours ce qui prendrait normalement au moins 10 ans.

Le rôle des combattantes dans la transformation de l'APL

La participation des femmes dans l'APL fut non seulement salutaire pour elles-mêmes, mais elle a eu pour effet d'accentuer considérablement le caractère de masse de l'armée. Sous leur impulsion, l'APL est devenue beaucoup plus diversifiée et multi-fonctionnelle. Les femmes en ont fait une véritable armée populaire, dans le plein sens du terme. Leur participation a grandement contribué à faire en sorte que l'armée soit en mesure d'étendre ses activités, des combats en tant que tels jusqu'à l'organisation du travail productif.

Les femmes ont aidé, en quelque sorte, à « adoucir » l'APL; elles ont introduit des sentiments de compassion dans ce qui reste généralement une vie de combat assez rigoureuse. Mais par-dessus tout, la participation des femmes au sein de l'APL a détruit l'image masculine traditionnelle des forces combattantes. Ce faisant, elles ont permis à l'APL de nager plus efficacement dans l'océan des masses; les femmes savent prendre la température de l'eau, si bien que l'APL en arrive à naviguer plus en douceur.

Une force combattante

La participation des femmes au sein de l'APL a fait de celle-ci une force plus opiniâtre, disciplinée, cultivée et qui sait où elle va. Sur le terrain, on s'est généralement rendu compte que là où les hommes sont portés à abandonner le combat, les femmes sont prêtes à le poursuivre; là où les hommes sont prêts à rendre les armes, les femmes les empoignent encore plus fortement et ce, même dans les circonstances les plus difficiles. Ainsi, quand les hommes ont tendance à chanceler sous la torture, les femmes sont portées à résister jusqu'au bout, même au prix de leur vie.

On s'est également rendu compte que tandis que les hommes hésitent parfois à aller à l'offensive, les femmes ont tendance à s'y porter sans chercher d'excuses. Les femmes ne refusent que rarement d'accomplir une tâche qu'on leur confie : elles vont toujours tenter de s'y essayer au moins une fois avant d'abandonner. En outre, lorsque se produisent des revers, elles s'avèrent plus patientes et gardent leur sang-froid plus aisément, alors que les hommes deviennent facilement nerveux et irritables. Leur engagement et leur dévouement au travail aident à combattre la tendance à aller au plus facile qui existe chez les hommes.

De plus, l'implication des femmes a eu un effet qu'on pourrait qualifier « d'autonettoyant » dans les rangs de l'APL : l'alcoolisme, le jeu, les divertissements bon marché et la séduction facile ne vont certes pas de pair avec la participation des femmes. Celle-ci a également fortement contribué à hausser le moral des troupes, tout en démoralisant l'armée ennemie. En fin de compte, la participation des femmes a élevé le niveau de conscience général de l'APL, en termes de conscience de classe, mais aussi de conscience de la réalité des genres. Cette conscience s'est vue particulièrement renforcée après que des combattantes eurent été brutalement torturées, violées et assassinées par les forces réactionnaires.

En outre, la participation des femmes dans l'APL lui a permis d'approcher plus facilement les familles des membres de l'armée ennemie; son pouvoir de persuasion s'est avéré dès lors décuplé, que ce soit pour convaincre leurs hommes, par ce biais, de refuser de combattre contre l'APL, ou même encore de les amener à déserter et à joindre les rangs de l'armée révolutionnaire. La participation des femmes a permis à l'armée populaire d'étendre son réseau de renseignement à l'échelle locale. Elle a contribué à améliorer ses capacités médicales. De plus, l'implication des femmes dans l'APL a accéléré le processus d'unification et d'intégration entre les différentes castes, groupes ethniques et groupes régionaux : les mariages interethniques y sont évidemment pleinement autorisés (contrairement à ce qu'on voit dans la société civile). Ce faisant, les distinctions autres que celles de classes s'y sont trouvées amoindries; l'APL possède désormais un caractère beaucoup plus multinational, multilingue, multiethnique et multiracial. Cela contraste grandement avec la situation qui prévaut au sein de l'Armée royale, dont les forces sont divisées sur des bases ethniques, religieuses, régionales, de caste et de classe.

Enfin, la participation des femmes dans l'APL aide à prévenir les tendances militaristes ainsi que la tendance à se comporter comme une sorte de « guérilla errante » qui se substituerait aux masses et négligerait de les militariser.

Une force organisationnelle

Une des différences fondamentales entre une armée populaire et une armée réactionnaire, c'est que la première agit également comme une force politique et organisationnelle. En fait, on peut dire de notre Armée populaire de libération qu'elle est essentiellement une armée idéologique avec un visage militaire. En territoire hostile, c'est l'APL qui organise les masses, et non l'armée ennemie; à ce niveau, la participation des femmes s'avère particulièrement cruciale.

Les masses acceptent plus facilement la présence des femmes combattantes que celle des hommes; elles arrivent ainsi à surmonter plus facilement leur crainte initiale (et normale) à l'endroit d'une force militaire telle que la nôtre. De la même manière, la présence des femmes dans les tribunaux populaires rend ceux-ci plus accessibles, en particulier auprès des femmes qui souhaitent l'établissement d'une justice égalitaire. Tout cela augmente la force organisationnelle de l'APL.

Également, le caractère multiethnique, multiracial, pluri-régional et mixte de l'APL, renforcé par les mariages interethniques et le remariage des veuves qu'elle autorise, fait de l'APL une véritable locomotive sociale qui vient ébranler la culture féodale monolithique et arriérée de la société népalaise. L'expérience nous montre que la participation des femmes au sein de l'APL a facilité la réhabilitation des familles réactionnaires qui avaient d'abord fui les bases d'appui : la gestion des relations et des contradictions dans la sphère familiale étant un domaine traditionnellement réservé aux femmes, celles-ci ont acquis des habiletés en cette matière, qu'elles peuvent désormais mettre à profit dans le cadre de l'APL.

Une force productive

L'existence de bases d'appui alors même où l'état de guerre se poursuit permet à l'APL d'y agir comme force productive. À cet égard, l'inclusion des femmes dans l'APL a permis une réelle diversification de la production. En faisant participer les femmes aux travaux de construction habituellement réservés aux hommes (tels la construction de routes, de ponts, d'habitations, de canaux d'irrigation, etc.) et à l'inverse, en amenant les hommes à participer aux tâches autrefois l'apanage des femmes (collecte du fourrage et du carburant, préparation des repas, travaux ménagers, etc.), l'APL a pu commencer à briser les divisions traditionnelles entre travail intellectuel et travail manuel, et entre travail d'ordre public et d'ordre privé, et de ce fait, à propager une nouvelle culture progressiste parmi les masses.

La participation des femmes au sein de l'APL a également eu pour conséquence que le travail productif est désormais plus plaisant, plus coopératif, plus apprécié par les masses et plus satisfaisant pour toutes les couches de la population - autant les femmes que les hommes, les enfants, les jeunes et les plus vieux, ainsi que les personnes handicapées. Ainsi, il arrive fréquemment que l'APL vienne en aide aux familles monoparentales afin de compléter leurs travaux, notamment au moment des récoltes. Étant donné la présence de femmes dans ses rangs, les masses ont plus de facilité à approcher l'APL; elles leur confient leurs problèmes plus aisément.

L'accent qu'on met sur le fait que l'APL est une véritable armée populaire et qu'en ce sens, elle est bien différente de la vieille armée de métier, anti-populaire, bureaucratique et retranchée des classes réactionnaires, prend tout son sens dans la mesure où on reconnaît effectivement le caractère stratégique de la participation des femmes. L'incorporation des femmes dans l'APL ne fait pas que rendre l'armée populaire plus efficace et plus visible; elle en fait surtout une institution radicalement et structurellement différente, qui pourra contrer les vieilles habitudes léguées par une armée centralisée et confinée dans ses quartiers généraux.

Les femmes combattantes face à l'Armée royale

« Connais ton adversaire et connais-toi toi-même, et tu pourras sans risque livrer 100 batailles. »

Souentse [6]

Une des plus importantes contradictions à laquelle les forces armées réactionnaires sont confrontées où que ce soit dans le monde, c'est le fait qu'alors qu'elles sont un instrument de coercition au service de la classe dominante, elles sont néanmoins contraintes de s'appuyer sur les classes opprimées pour remplir leurs rangs. Les armées réactionnaires tentent de résoudre cette contradiction par une structure de commandement extrêmement forte, centralisée et bureaucratique, dans laquelle seule une poignée d'officiers de haut rang (dont la plupart proviennent des classes et groupes dominants - castes, sexe, religions, régions, groupes linguistiques, etc.) est autorisée à prendre des décisions. Par la suite, leurs ordres sont transmis aux soldats ordinaires, qui proviennent habituellement en masse des classes opprimées et qui doivent se taper les jobs sales, pénibles et risqués.

Ayant monopolisé le pouvoir au sein de l'institution armée, les classes dominantes doivent faire en sorte de détruire, si on peut dire, cette espèce d'affinité ou de solidarité de classe naturelle qui pourrait exister entre les simples soldats et les masses. Elles y arrivent au moyen de procédés visant à les brutaliser et à les déshumaniser délibérément, dans le but qu'eux-mêmes se conduisent ainsi et deviennent à leur tour sans pitié à l'égard des masses.

C'est ici qu'intervient la question des femmes, à la fois comme instruments et victimes de cette brutalité.

Premièrement, la brutalité que les soldats sont amenés à exercer contre leurs sœurs de classe se voit facilitée en ce qu'elle constitue un simple prolongement de la violence domestique déjà existante, intégrée à l'instruction militaire. Deuxièmement, ce type de gestes posés contre des cibles plus faciles contribue à donner aux soldats un sentiment de supériorité qui leur remontera le moral - cela, en l'absence de toute idéologie qui puisse justifier leur comportement. Troisièmement, leur confinement pour une longue période sur des bases militaires isolées les rend insécures face au risque de perdre leurs conjointes; les hommes sont alors amenés à canaliser leurs frustrations contre les femmes révolutionnaires, qu'ils n'hésitent pas à violer et à tuer. Enfin, l'armée réactionnaire est alimentée par une idéologie religieuse, qui considère les femmes rebelles comme des hérétiques qui méritent d'être sévèrement punies. Cette combinaison de motifs fait des armées réactionnaires de tous les pays, parmi les institutions les plus brutales, misogynes et anti-populaires qui soient.

Au Népal, l'Armée royale constitue effectivement une des institutions les plus haïes de toutes les institutions de l'État réactionnaire; cela est vrai pour les masses en général et pour les femmes en particulier, mais ce l'est encore plus pour les combattantes de l'APL. Cela, parce que l'Armée royale représente une base d'appui traditionnelle du système monarchique, qui fut constamment utilisée pour écraser les différents mouvements démocratiques qui se sont succédés depuis 1951 (date à laquelle le système oligarchique des Rana a été renversé).

Le temps passant, l'Armée royale est devenue de plus en plus impopulaire, au fur et à mesure où elle s'est imposée comme instrument au service de l'impérialisme U.S., perdant ainsi le peu de caractéristiques qu'elle avait d'une armée nationale. Aux yeux des femmes, l'Armée royale représente en outre un instrument de défense de ce féodalisme patriarcal qu'elles détestent tant et qui les maintient dans l'ignorance, la noirceur, la religion et l'oubli. Quant aux combattantes de l'APL, plus précisément, l'Armée royale leur apparaît comme une force ennemie contre laquelle elles doivent mener non seulement une guerre de classe, mais également une guerre de sexe, pour mettre fin aux viols, à la torture et à la mort.

Où que ce soit dans le monde, les classes réactionnaires ont naturellement tendance à sous-estimer la force du peuple : c'est là un phénomène universel. Celui-ci est d'autant plus évident s'agissant des femmes. Ainsi, au Népal, l'armée féodale a généralement eu tendance à sous-estimer la force des combattantes de l'APL. Toutefois, cette situation est en train de changer. Aux débuts de la guerre populaire, la police [qui fut la première à combattre la guérilla] prenait les hommes plus au sérieux que les femmes; elle avait tendance à « épargner » celles-ci, alors qu'elle était impitoyable à l'égard des hommes. Plutôt que de les tuer, on emprisonnait les femmes, et parfois on les violait.

À partir du moment où les forces de police ont été militarisées, on a assisté à une hausse marquée du nombre de viols et des cas de torture à l'endroit des femmes; certaines ont même été assassinées, de façon sporadique. Enfin, avec l'entrée en scène de l'Armée royale, il y a eu une augmentation stupéfiante des actes de brutalité commis à l'encontre des femmes; désormais, ce sont autant les combattantes que les cadres féminins du Parti, et même les simples sympathisantes qui sont victimes de viol et d'assassinat. Le phénomène des viols de masse est même apparu (sur lequel on tente toutefois de garder le silence).

L'Armée royale a toujours porté un regard sexiste sur les combattantes de l'APL. Elle considère que ces femmes n'ont joint la guérilla que pour obtenir des gratifications de nature sexuelle de la part de leurs camarades masculins. Il est arrivé fréquemment que les spin doctors de l'Armée royale fassent état, auprès des médias, de la « découverte » de condoms dans la jungle et les zones de guerre sous contrôle de l'APL. Les comportements obscènes et abusifs affichés par les soldats de l'Armée royale face aux combattantes de l'APL ont eu pour effet, d'une part, de rendre les femmes encore plus conscientes de leur situation et de renforcer leur détermination à se battre; d'autre part, d'inciter les hommes de l'APL à vouloir les venger encore plus férocement. Les viols brutaux, la torture et l'assassinat des combattantes de l'APL ont rendu leurs camarades masculins bien plus sensibles à l'oppression des femmes, renforçant ainsi l'unité de classe des oppriméEs contre l'armée réactionnaire.

De fait, la brutalité croissante exercée contre elles a donné aux femmes un élan les amenant à vouloir joindre les rangs de l'APL. Pour plusieurs, le fait de rallier l'armée populaire représente une bonne façon de se venger des exactions que l'Armée royale a commises, contre elles ou leurs proches.

Il faut noter que tout récemment, l'Armée royale a commencé à faire de la publicité pour inciter les femmes à joindre ses rangs. Dans quelle mesure réussira-t-elle à augmenter ainsi sa force de frappe? On peut d'ores et déjà en juger à la lumière des tentatives similaires qui ont été faites dans d'autres pays.

Le caractère de classe et profondément sexiste des forces armées réactionnaires constitue une sérieuse entrave à la réalisation des projets de ce genre. Les femmes qui y sont recrutées sont généralement maintenues dans une position subordonnée; elles y ont une valeur décorative, bien plus qu'une véritable valeur au combat. Le fait qu'elles soient recrutées non pas par choix, mais en réponse au fait que les femmes participent de plus en plus massivement à la lutte des classes, aux combats de rue, aux différents mouvements de lutte et dans les guerres révolutionnaires qui se développent, en fait un phénomène essentiellement pratique, tactique et temporaire. Les exemples suivants nous en donnent un aperçu.

Voyons d'abord celui des femmes dans l'armée israélienne, dont on parle souvent et qu'il importe de démystifier. Bien qu'elles y soient effectivement conscrites, elles ne sont jamais envoyées au combat. [7] On les utilise comme force d'appoint, principalement dans le domaine civil, comme infirmières, aide-soignantes, employées de bureau, conductrices de véhicules (à la limite), etc. Dans les pays riches comme les États-Unis, les femmes sont rarement envoyées au front; l'expérience montre que lorsque ça se produit, les hommes qui les côtoient ont exagérément tendance à vouloir les protéger à tout prix (ce qui, au fond, est tout aussi humiliant), au détriment des objectifs de leur mission.

En outre, les médias font régulièrement état des cas d'abus verbaux, de harcèlement sexuel et même de viol que subissent les soldates de la part de leurs collègues masculins. Ainsi, c'est de deux choses l'une : soit les hommes s'avèrent sur-protecteurs à l'endroit des femmes, soit ils s'en servent comme objets sexuels.

Dans les pays du tiers-monde comme en Inde, l'expérience des femmes dans les forces armées réactionnaires est encore pire. Elles y sont humiliées, et les bataillons dont elles font partie font systématiquement l'objet de quolibets de la part des hommes. [8] La nature de classe des forces armées réactionnaires, leurs conceptions patriarcales et leurs structures bureaucratiques font qu'elles ne peuvent admettre une pleine et entière participation des femmes dans les zones de combat. On peut être certainEs, d'ores et déjà, que l'expérience des femmes dans l'Armée royale du Népal n'ira pas plus loin que celles-là. En fait, elle sera sans doute encore plus mauvaise, dans la mesure où cette institution tire sa force de l'institution patriarcale la plus archaïque et réactionnaire qui soit, à savoir la monarchie.

Les défis auxquels les femmes combattantes sont confrontées

« Lutte, échec, nouvelle lutte, nouvel échec, nouvelle lutte encore, et cela jusqu'à la victoire - telle est la logique du peuple, et lui non plus, il n'ira jamais contre cette logique. »

Mao Zedong
Rejetez vos illusions et préparez-vous à la lutte, 1949

Toute expérience nouvelle, quelle qu'elle soit, et particulièrement lorsqu'il s'agit de briser de vieilles traditions figées, est condamnée à connaître certains contretemps et à entraîner de nouveaux défis. Ceci n'est pas moins vrai dans le domaine militaire, comme dans le cas du Népal où les femmes participent à l'Armée populaire pour la première fois aux côtés des hommes. Elles ont donc plusieurs défis à relever.

La conception patriarcale

La conception féodalo-patriarcale ne reconnaît pas les femmes comme individues à part entière; elle ne les considère qu'en fonction de leurs capacités reproductives. Cette conception trouve certes écho au sein de l'APL, d'une façon ou d'une autre, et ce, même si on essaie de la combattre par l'éducation politique. Elle apparaît notamment dans cette tendance qu'ont les hommes à sous-estimer les capacités de leurs camarades féminines. [9] Même lorsqu'elles ont prouvé leur vaillance, les hommes ont tendance à ne voir là qu'un phénomène temporaire, qui disparaîtra lorsqu'elles se marieront et qu'elles auront des enfants.

Il existe une forte tendance à ce qu'on considère quelque indisposition ou maladie que ce soit, liée à leur système reproductif, et qui les force à se reposer temporairement, comme un signe de faiblesse physique de la part des femmes. Ainsi, il n'est pas rare qu'on envisage le mariage comme une « solution » aux problèmes qu'elles connaissent.

Certains hommes sont également enclins à considérer que les femmes qui accèdent à des postes de commandement au sein de l'APL obtiennent leur promotion non pas en raison de leurs accomplissements et de leurs capacités mais seulement parce que « le Parti en a décidé ainsi ». Par conséquent, ces hommes n'affichent pas le même enthousiasme pour établir l'autorité de ces commandantes qu'ils le feraient si c'était des hommes qui avaient été promus. Une autre manifestation de cette tendance à sous-estimer les capacités des femmes se produit parfois lorsqu'on les exclut de l'élaboration des plans et des politiques et qu'on les confine plutôt à des tâches traditionnellement féminines. Les femmes doivent souvent travailler deux fois, voire trois fois plus fort que les hommes pour établir leur autorité au sein de l'Armée populaire; heureusement, elles y sont arrivées dans la majorité des cas jusqu'à maintenant.

Le problème du manque d'initiative

Tandis que les hommes ont parfois tendance à afficher une trop grande confiance en eux, les femmes ont souvent de la difficulté à prendre des initiatives. Même si elles ont toutes les capacités nécessaires, il arrive qu'elles préfèrent attendre que les hommes agissent avant elles. Elles sont assidues, disciplinées et toujours prêtes à se sacrifier à la tâche, mais lorsqu'il s'agit de formuler de nouveaux plans, de manipuler de nouvelles armes ou de débattre des questions de ligne politique, elles sont souvent portées à se dérober. Avec pour résultat qu'elles finissent par se limiter d'elles-mêmes aux tâches plus traditionnellement féminines, plutôt que de relever de nouveaux défis.

Les femmes ont également tendance à accepter d'être victimes des circonstances : ainsi, lorsqu'elles négligent de planifier leurs grossesses, ce qui les prive de la continuité nécessaire au développement de leurs capacités de direction.

Enfin, et en dépit du fait qu'elles possèdent une riche expérience sur le terrain, les femmes ne sont pas portées à systématiser leur travail et à produire des rapports, ce qui contribue d'autant à leur marginalisation.

En raison de l'oppression féodalo-patriarcale dont elles sont victimes depuis leur tout jeune âge, les femmes sont plus enclines que les hommes à souffrir des conflits internes, ce qui les conduit parfois à s'exprimer sous le mode des « crises » et à adopter des comportements qu'on qualifie d'hystérique. Leur perspective parfois plus étroite a notamment tendance à se manifester plus fortement quand elles sont entre elles. Cela prend la forme de la jalousie, du doute exprimé envers le leadership d'une autre camarade, et de la plus grande considération qu'elles vont accorder à l'opinion d'un homme plutôt qu'à celle d'une femme.

La question de la continuité et du développement du leadership au sein de l'APL

Les femmes du Népal ont réalisé un bond impressionnant en passant de la cuisine au champ de bataille. Néanmoins, la question de la continuité et du développement de leur leadership sur le front militaire pose encore de nombreux défis. Ainsi, tandis qu'il n'est pas rare de voir des hommes de plus de 40 ans encore actifs au combat, on n'y voit que très peu de femmes de plus de 25 ans. Étant donné que le développement des capacités de direction dans une armée ne peut être le résultat que d'un travail de longue haleine et qu'il est intimement lié à une pratique rigoureuse, systématique et prolongée, le manque de continuité qui affecte les femmes (dû à la réalité de leurs fonctions reproductives) peut éventuellement les priver d'accéder aux postes de commandement. Ceci explique en bonne partie pourquoi leur nombre diminue au fur et à mesure où on monte dans la hiérarchie de l'APL.

Tandis que le vieil État fixe (officiellement) à 18 ans l'âge minimum à partir duquel les femmes peuvent se marier, l'APL a haussé la barre à 20 ans, ce qui, de fait, a permis à plusieurs d'entre elles de consacrer une période plus significative à l'acquisition de nouvelles connaissances et habiletés. Toutefois, parce notre armée n'a pas établi d'âge minimum à partir duquel elles sont autorisées à mettre au monde un enfant, certaines ont connu des grossesses hâtives et ont vu ainsi leur continuité dans le travail militaire affectée. On retrouve plusieurs facteurs en arrière-plan de ce phénomène, auxquels on doit s'adresser tant aux niveaux philosophique, idéologique, physique que pratique.

Ainsi, on a souvent pu constater que ce sont leurs partenaires qui insistent auprès des femmes pour qu'elles aient des enfants en bas âge. Le risque de blessure et l'incertitude qui existe quant à leur propre survie en situation de guerre semble pousser les hommes à vouloir s'assurer de pouvoir laisser physiquement leur trace. Une plus grande maturité politique de leur part leur permettrait de comprendre que leur trace idéologique est pourtant bien plus importante. Même si généralement, les combattantes n'apprécient pas le fait de devenir mères si jeunes, elles finissent par accepter la situation et donner naissance à au moins un enfant. Cela, en dépit du fait que leur propre vie de combattante reste hautement incertaine et vulnérable.

Alors, même si les combattants et les combattantes ne manquent pas de courage et qu'ils et elles sont prêtEs à donner leur vie pour la révolution, ils et elles semblent hésiter à sacrifier leur paternité ou leur maternité...

D'un point de vue théorique, la question de la continuité et du développement du leadership au sein de l'APL se pose en termes encore plus complexes, dans la mesure où les femmes ont à traiter avec une division du travail naturellement associée à leurs fonctions reproductives. Les questions de liberté et de nécessité qui se posent doivent donc être abordées correctement et de façon dialectique. La vie rigoureuse et incertaine conditionnée par l'état de guerre exige que les hommes et les femmes consentent à sacrifier leur paternité et leur maternité, au moins pour une certaine période. Mais cela, on ne peut l'imposer par la force : ça ne peut être que le résultat d'une plus grande clarté idéologique.

En pratique, il faut également mentionner que la faible disponibilité et la fiabilité incertaine des mesures de planification des grossesses ont elles aussi contribué à ce que surviennent des grossesses non désirées. Puis, le fardeau de l'entretien des enfants que les femmes portent bien souvent de façon unilatérale et l'absence de services de garde adéquats ont amené certaines femmes à devoir quitter l'APL. Heureusement, les progrès de la guerre populaire ont enfin permis le développement de services de garde pour les familles des martyrEs et les combattantEs à plein temps de la guérilla dans les zones régionales spéciales qui ont été établies, notamment dans les districts de Rolpa et de Rukum. Ailleurs, plusieurs garderies ont également été ouvertes.

De plus, l'expansion rapide de l'Armée populaire de libération a permis la mise en place de départements auxiliaires, où les camarades peuvent être affectéEs temporairement en cas de blessure ou de maladie, et où les combattantes en particulier peuvent être transférées lorsqu'elles tombent enceinte, sans devoir pour autant quitter les rangs de l'armée. Lorsque ça se produit, et bien qu'elles y perdent certaines habiletés qu'elles ont acquises sur le front militaire, elles peuvent à tout le moins en profiter pour en acquérir d'autres. Les combattantes qui se trouvent dans cette situation conservent en outre leur plein statut au sein de l'appareil militaire et gardent un lien avec ce qui se passe sur le front. Elles peuvent ainsi réintégrer plus facilement et plus rapidement leurs fonctions, lorsque la situation le permet.

Les problèmes de santé

Les problèmes de santé sont possiblement les plus importants parmi tous ceux auxquels les combattantes et les combattants sont confrontéEs. Heureusement, il semble qu'on soit de plus en plus sensible aux problèmes de santé des femmes. Il s'avère notamment que les femmes qui joignent les rangs de l'APL semblent avoir souffert plus fortement que les hommes de malnutrition avant de s'y intégrer. La rigueur de la vie militaire et l'irrégularité de l'approvisionnement en nourriture les rend ainsi encore plus vulnérables. Cela est particulièrement évident en période menstruelle, alors qu'elles ont des besoins nutritionnels supplémentaires.

Généralement, il reste qu'on ne prête pas encore assez d'attention aux problèmes de santé que connaissent les femmes. On a encore tendance à ne pas tenir compte des perturbations liées au cycle menstruel, et à s'en dessaisir. Certaines interventions et mesures préventives très simples pourraient pourtant améliorer la situation.

Il est arrivé que des femmes aient délibérément caché leurs problèmes ou leurs souffrances (cela, même si les commissaires et commandants masculins autour d'elles étaient clairement soucieux de leur bien-être), simplement parce qu'elles craignaient de devoir s'absenter d'un entraînement militaire ou d'une opération d'envergure. Les femmes en viennent souvent à penser que la source de leurs « faiblesses » se trouve dans leur propre utérus; que les difficultés qu'elles rencontrent en période menstruelle « prouvent » qu'elles sont plus faibles que les hommes; que ces derniers sont plus forts parce que plus grands, plus gros et plus musclés; etc.

Ce qu'il faut pourtant comprendre, c'est que le cycle menstruel lui-même et la protection que l'utérus apporte contre les maladies épidémiques font que les femmes sont en réalité biologiquement plus fortes que les hommes. De la même manière, s'il est vrai que les hommes sont généralement en mesure de déployer une plus grande force sur une courte période, les femmes font souvent preuve d'une plus grande endurance. Il est donc inutile de vouloir comparer leurs forces respectives, précisément parce qu'elles sont de nature différente. Par conséquent, il faudrait que dans l'APL, on améliore nos connaissances de l'anatomie et des spécificités des hommes et des femmes en matière de santé, pour bien saisir quelles sont leurs forces et leurs faiblesses respectives. Et aussi, qu'on cesse de gonfler les problèmes que rencontrent les femmes en période menstruelle, alors que les problèmes que connaissent les hommes lorsqu'ils sont au combat (il leur arrive d'avoir envie de pisser) sont passés sous silence...

Il serait plus juste d'affirmer que les concepts de « sexe faible » et de « sexe fort » sont parfaitement subjectifs. Ces caractérisations simplistes sont autant dommageables pour les hommes que pour les femmes. De toutes manières, les hommes et les femmes ne sont pas en compétition les uns contre les autres : ils et elles sont appeléEs à se compléter, plutôt qu'à se combattre.

Tous ces défis auxquels les femmes combattantes sont confrontées au sein de l'APL doivent être appréhendés avec sérieux, d'autant plus que des trois principaux instruments de la révolution, l'armée populaire est certes celui où les transformations se produisent le plus rapidement. Le rythme des changements tactiques qui se produisent, la mobilité et la flexibilité qu'ils requièrent font de l'armée populaire le centre de gravité des contradictions, des possibilités de changement et de transformation. De fait, la plupart des contradictions hommes-femmes ont vite trouvé écho au sein de l'APL. Leur résolution aidera à plus long terme à résoudre les contradictions du même genre qui apparaîtront sur d'autres fronts. Pour cette raison, la récente décision prise par le PCN (maoïste) à l'effet d'ouvrir un département des femmes à l'intérieur de l'APL représente un pas en avant fort appréciable.

Les questions de ligne politique et leur effet sur l'implication des femmes dans l'armée

« La ligne idéologique et politique est déterminante en tout. Si la ligne du Parti est juste, alors tout finira par s'arranger. [...] Mais si elle est erronée, on perdra même ce qu'on a déjà gagné. »

Mao Zedong
Summary of Talks with Responsible Comrades at Various Places, 1971 [11]

La guerre est la forme de lutte la plus élevée pour résoudre les contradictions entre les classes et/ou les nations qui s'opposent. La position de classe adoptée par une armée s'avère donc absolument vitale, tant pour une armée révolutionnaire qu'une armée contre-révolutionnaire. Pour faire la révolution et contenir la contre-révolution, il est donc essentiel de politiser l'armée populaire.

Toutefois, une ligne politique juste ne peut suffire en elle-même à garantir le succès, si elle ne se reflète pas également sur le plan organisationnel. Ceci est d'autant plus vrai dans le cas de notre armée populaire : dans la situation actuelle, les questions de nécessité y surpassent souvent les questions de liberté, ce qui peut entraîner le développement d'un certain conservatisme militaire nuisible à la participation des femmes. On retrouve actuellement trois grandes tendances au sein de l'APL : 1) le capitulationnisme de droite; 2) le dogmato-révisionnisme; et 3) l'application scientifique et créative du marxisme-léninisme-maoïsme (le MLM) et de ce que nous appelons la « voie de Prachanda » [9].

Le principal danger auquel le mouvement révolutionnaire fait face actuellement provient de la ligne opportuniste de droite, qui surestime la force de l'ennemi et sous-estime celle du peuple. Au sein de l'APL, la sous-estimation de la puissance de combat des femmes participe de cette tendance.

Celle-ci se manifeste également par la tendance à n'utiliser les femmes que comme force d'appoint. Ainsi, on ne les utilise que sur le plan tactique, alors que les habiletés spécifiques qu'elles ont acquises et leurs qualités particulières sont pourtant d'une importance stratégique pour l'APL. Plutôt que de les envoyer au front, on confine les femmes dans des rôles de soutien, tels la collecte de renseignements, la messagerie, l'assistance médicale, etc. Et lorsqu'elles ont enfin la chance d'aller au front, la moindre hésitation et le moindre contretemps servent à « prouver » leur incapacité à combattre.

L'approche des opportunistes de droite est très pragmatiste, et c'est encore plus évident s'agissant de la sexualité féminine. Les droitistes ne font aucun effort pour essayer de retarder les mariages et de planifier les grossesses, qui ont pourtant un impact direct sur la capacité des femmes à combattre. Et lorsqu'une femme tombe enceinte, on considère qu'il s'agit là d'un problème qui ne la concerne que « spécifiquement », et ça devient un prétexte pour la transférer dans un département civil de l'APL ou dans une organisation de masse dirigée par le Parti.

En s'appuyant lourdement sur le fait que ce genre de problèmes fait partie de la réalité objective que vivent les femmes (une réalité qui est essentiellement le produit du féodalisme patriarcal qui règne au Népal), les opportunistes de droite négligent de mettre la politique au poste de commande, au profit d'une politique pragmatiste qui cherche à trouver une « solution » particulière à chaque problème qui émerge et qui touche les femmes au sein de l'armée. Au bout du compte, cette approche en vient tout simplement à nier le rôle stratégique de la participation des femmes dans l'Armée populaire de libération.

Étant donné que le PCN (maoïste) est actuellement sur le sentier de la guerre, la tendance capitulationniste de droite n'ose pas toujours s'y exprimer ouvertement; c'est pourquoi elle prend souvent la forme du dogmato-révisionnisme, qui semble apparemment plus à gauche mais qui n'en est pas moins de droite, fondamentalement. Cette tendance n'hésite pas à mettre de l'avant des mots d'ordre radicaux et des positions qui semblent extrêmes, notamment en ne jurant que la par la classe ouvrière, et seulement elle.

Les dogmato-révisionnistes ne s'en tiennent qu'à ce qu'ils ont lu dans les classiques et négligent d'analyser les situations concrètes telles qu'elles se présentent. Ce faisant, ils sous-estiment eux aussi les problèmes spécifiques que rencontrent les femmes et la discrimination sexuelle dont elles sont victimes dans les zones de guerre. Ils considèrent la maternité et les questions liées à la reproduction comme une autre opportunité pour les femmes de prouver leur solidité (« sur le champ de bataille et celui du berceau », dit-on). Cela nous ramène au concept de la superwoman, que les capitalistes ont développé depuis déjà un certain temps (la femme parfaite, au bureau comme dans la cuisine).

Au nom d'un certain romantisme révolutionnaire, les tenants de ce point de vue sous-estiment les difficultés pratiques réelles auxquelles les femmes sont confrontées. Dès lors, lorsque les combattantes n'atteignent pas tous les résultats escomptés, on les retire du front, graduellement, pour les transférer ailleurs - tout ça, en invoquant la nécessité. Tout comme les droitistes, les dogmato-révisionnistes tombent donc eux aussi dans le piège de la négation du rôle stratégique des femmes au sein de l'Armée populaire. En s'appuyant uniquement sur les efforts subjectifs visant à susciter leur implication sans tenir compte de la réalité objective, les dogmato-révisionnistes faillissent à transformer leur idéologie (si juste qu'elle puisse apparaître sur papier) en une force matérielle réelle et favorisent le développement des conceptions militaristes à l'intérieur de l'APL.

Ceux et celles qui appliquent le MLM et la voie de Prachanda de façon créative analysent les problèmes et les défis auxquels les femmes sont confrontées dans l'APL de façon dialectique. On doit s'attaquer aux problèmes liés à l'oppression spécifique des femmes dans le cadre plus général de l'idéologie MLM. Les véritables maoïstes considèrent la maternité et les questions de reproduction non pas comme des problèmes spécifiques aux femmes, mais comme des défis qui concernent la révolution dans son ensemble, et donc tout le Parti. Ils et elles vont tenter de les régler de manière dialectique, en prévenant et en contrôlant les grossesses, ou bien en les espaçant, dépendant du niveau de conscience des femmes, des tâches qu'elles accomplissent, des positions qu'elles occupent et de la situation concrète qui prévaut à l'endroit et dans la région où elles se trouvent, etc.

De cette façon, les maoïstes en arrivent à démontrer à la face de cette société féodale que la destinée des femmes n'a pas à être déterminée par leurs fonctions biologiques! Le fait qu'à tout moment, les combattantes et combattants de l'APL peuvent se retrouver en situation de vie ou de mort en fait des personnes extrêmement fortes au point de vue idéologique. Cela favorise le développement d'une culture nouvelle et de nouvelles idées, qu'on acceptera d'autant plus facilement qu'elles sont scientifiques.

Conclusion

« Nous sommes pour l'abolition des guerres; la guerre, nous ne la voulons pas. Mais on ne peut abolir la guerre que par la guerre. »

Mao Zedong
Problèmes de la guerre et de la stratégie, 1938

La guerre populaire est une guerre défensive. Ainsi, plutôt que d'entrer dans une course aux armements sans limite et meurtrière (comme le font les États réactionnaires entre eux, en particulier les pays impérialistes), la guerre populaire maoïste cherche d'abord à désarmer l'armée ennemie (notamment pour s'armer elle-même). Cette nature, défensive par essence, de la guerre populaire favorise la participation des femmes.

C'est un fait que la guerre, en soi, constitue un acte de brutalité à l'endroit des hommes et des femmes. En fait, c'est même un acte de brutalité contre toute l'espèce humaine. L'idée même d'une armée permanente et séparée du reste de la société est profondément dommageable, à long terme, pour toute société digne de ce nom, et pour les combattantes et les combattants elles-mêmes et eux-mêmes. Mais dans un monde de plus en plus polarisé et divisé sur des bases de classes, la guerre est devenue une nécessité incontournable pour le prolétariat. Dans un premier temps, elle est indispensable pour lutter contre les fauteurs de guerre impérialistes; puis, elle le sera aussi lorsqu'il s'agira de protéger la démocratie prolétarienne conquise de haute lutte contre les requins impérialistes, qui tenteront de s'y attaquer en faisant intervenir leurs laquais.

La guerre s'avère d'autant plus nécessaire pour les femmes opprimées, qui sont victimes de la violence de classe, impérialiste et patriarcale. Les femmes ressentent encore plus profondément le besoin de mener la guerre pour mettre fin à toutes les guerres, de façon à empêcher les tueries intercommunautaires et à sauvegarder l'avenir de l'humanité.

On sait qu'en situation de guerre, il est particulièrement approprié d'attaquer l'ennemi sur son point le plus faible. Dans les pays féodaux comme le Népal, la question des femmes constitue justement le point le plus faible de la réaction. Cela, on peut le constater par la difficulté qu'ont leurs armées de recruter des femmes (et lorsqu'elles y arrivent, comme on l'a vu, celles-ci sont rarement amenées à combattre, pour toutes sortes de raisons).

L'armée révolutionnaire, au contraire, considère la participation des femmes comme étant stratégique. Ainsi, elle encourage les femmes à devenir non seulement des combattantes, mais également des organisatrices politiques et sociales. De fait, la participation des femmes au sein de l'Armée populaire de libération au Népal a fait naître un tas de nouvelles opportunités dans la lutte pour leur libération, et elle a considérablement enrichi l'expérience du mouvement révolutionnaire.

L'idéologie réactionnaire, qui tire sa force du patriarcat, de la propriété privée et de la religion, ne pourra jamais conduire les femmes à un niveau de participation tel que la guerre populaire le permet. En l'absence d'une idéologie scientifique, la réaction s'appuie sur la religion et les valeurs patriarcales pour hausser le moral de son armée, encourageant ainsi ses soldats à s'en prendre avec encore plus de cruauté aux femmes révolutionnaires (par le viol, la torture et les assassinats). Ces crimes qui ont été commis par l'armée réactionnaire au Népal ont fait ressortir très clairement son caractère de classe, mais également son caractère profondément sexiste. À terme, ils ont contribué et contribuent à renforcer l'alliance de classe entre les femmes et les hommes. Ces crimes ont également eu pour effet de démystifier le rôle de l'Armée royale, qui se présente comme la gardienne des intérêts nationaux du pays mais qui, dans les faits, mène une brutale guerre de classe, en particulier contre les femmes, à qui elle est loin d'assurer la protection. Ce faisant, l'armée réactionnaire a montré qu'elle a perdu toute honneur et dignité.

L'expérience des femmes dans l'Armée populaire de libération remet également en question la myopie des féministes sectaires, qui ne voient les femmes que comme des victimes de la guerre, plutôt que des agentes de changement et de transformation. Elle brise l'image pacifiste des femmes que ces féministes tentent de donner. Les femmes révolutionnaires n'appuient pas l'idée d'une paix des cimetières éternelle et absolue; elles souhaitent atteindre la paix de haute lutte, en se battant contre le patriarcat et les ennemis de classe. En restant muettes face aux viols de masse, à la torture et aux assassinats commis contre les femmes révolutionnaires pour ne s'en prendre qu'à la violence domestique masculine, ces féministes ont montré le caractère factice de leur point de vue qui prétend s'en prendre à « tous les hommes » (sauf les militaires, bien sûr) et unir « toutes les femmes » (mais surtout pas les révolutionnaires...).

Les féministes sectaires devraient pourtant se rendre compte que les viols, la torture et les assassinats commis par l'État réactionnaire ont eu pour effet, au contraire, d'atténuer les divisions qui existent entre les hommes et les femmes du peuple. De l'autre côté, l'APL offre un cadre dans lequel les femmes peuvent exprimer directement leur sentiment de vengeance contre ceux qui les ont agressées, violées, torturées et méprisées. Ceci contraste grandement avec l'approche réformiste des partis et des organisations non-gouvernementales qui prônent une alliance avec les classes réactionnaires; cette approche en vient à nier la possibilité pour les femmes d'obtenir justice, en la reportant aux calendes grecques. Dans les faits, l'APL a donné des crocs au mouvement des femmes, en rendant possible leur émancipation, en pratique!

Nous avons appris de l'expérience passée que tout comme l'État révolutionnaire lui-même, une armée populaire peut elle aussi dégénérer, une fois la révolution accomplie, se bureaucratiser et s'aliéner les masses. Un des moyens de combattre cette tendance, c'est de soumettre l'État et l'armée populaire à la vigilance constante, au contrôle et à l'intervention de la population. La militarisation des masses populaires s'inscrit dans cette perspective.

Cela est d'autant plus important dans le monde unipolaire dans lequel nous vivons aujourd'hui, alors que toute tentative de « déstabiliser » un gouvernement en place, où que ce soit sur la planète et de la part de quelque mouvement de résistance révolutionnaire ou national que ce soit, ne peut manquer de susciter l'intervention des impérialistes yankee. Et on a vu déjà que là où ils interviennent, ils ne font aucune distinction entre les forces révolutionnaires et les masses : en Irak comme en Afghanistan, les impérialistes n'ont pas hésité à assassiner brutalement les masses du peuple.

Dans ce cadre, la participation des femmes au combat devient encore plus stratégique. Les femmes constituent le groupe opprimé le plus nombreux; on les retrouve parmi toutes les couches du peuple. Elles sont également au cœur de toute la structure sociale. Les femmes peuvent donc contribuer avec beaucoup plus de facilité à la militarisation des masses populaires. Et comme elles seront les dernières à gagner leur libération, elles n'hésiteront pas à continuer à se battre activement pour poursuivre la révolution jusqu'au bout, i.e. jusqu'à l'obtention de leur pleine libération. Ainsi, leur participation au sein de l'Armée populaire de libération aura non seulement pour effet de hâter l'avènement de la révolution, mais elle permettra aussi d'accélérer le processus de continuation de la révolution.

De plus, leur implication aidera à prévenir la bureaucratisation de l'APL, puisque celle-ci irait à l'encontre de leur propre participation. La participation des femmes découragera les tendances au développement d'une armée retranchée et séparée des masses; elle favorisera plutôt la création d'une véritable armée d'infanterie. Éventuellement, elle aidera aussi à démocratiser l'armée populaire. Tout cela contribuera, à terme, au dépérissement de l'armée elle-même, ce qui en retour créera un environnement favorable à la disparition de l'État.

On voit donc à quel point la participation des femmes est absolument stratégique pour notre Armée populaire de libération!

Parvati
Traduction : Arsenal


1) Cet article est disponible ici: www.pcr-rcp.ca/fr/autres/parvati.

2) Et encore : un seul des deux fonctionnait réellement, et on le surnommait affectueusement le « vieillard »!

3) [NDLR] En août dernier, postérieurement à la publication de cet article, le Comité central du PCN (maoïste) a annoncé la formation d'une troisième division au sein de l'APL.

4) Joshua S. GOLDSTEIN, War and Gender, Royaume-Uni, Cambridge (éditeur), 2001, p. 65 [notre traduction].

5) Mary Ann TETREAULT, « Women and Revolution in Vietnam », dans Kathleen BARRY (dir.), Vietnam's Women in Transition, Londres, Macmillan Press, 1996, p. 47 [notre traduction].

6) [NDLR] Théoricien militaire de la Chine antique, souvent cité par Mao.

7) J.S. GOLDSTEIN, op. cit., note 3, p. 86.

8) Santosh SINGH, « Humiliated Even as Soldiers: The Women's Battalion on the CRPF », dans Madhu KISHWAR (dir.), Manushi, n° 135, 2003, p. 16.

9) La camarade Shilu, qui a dirigé l'historique évasion de la prison de Gorkha et qui était déjà une commandante d'escouade avant d'être emprisonnée, m'a personnellement raconté que des camarades masculins ont alors raté l'occasion de s'évader, simplement parce qu'ils n'avaient pas confiance dans le plan que les prisonnières avaient élaboré! Celles-ci avaient même creusé un tunnel spécifique pour permettre aux hommes de s'évader... Rappelons que lors de cette action héroïque ayant eu lieu en 2001, six femmes se sont échappées de cette prison à sécurité maximum.

10) [Notre traduction.]

11) [NDLR] « Prachanda » est le nom de guerre du principal dirigeant du PCN (maoïste). Le Parti définit la voie de Prachanda comme « l'ensemble des idées qui ont été développées jusqu'à maintenant à travers l'application du marxisme-léninisme-maoïsme aux conditions concrètes du Népal ».

(paru dans la revue Arsenal n° 4)

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