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Patriarcat : comment prendre en compte les différences de classes ?

Le féminisme bourgeois refuse de considérer les différences de classes. Pour lui, il faut considérer le pouvoir des hommes ou le capitalisme : il faut choisir entre les deux. Pour s’occuper du patriarcat, il faut diminuer l’importance du capitalisme et, dans les cas extrêmes, purement et simplement ignorer les différences de classes.

On peut répondre de deux façons : soit on dit que c’est le capitalisme et les différences de classes qui sont importants, pas le patriarcat. Mais, ce faisant, on respecte les paramètres du féminisme bourgeois, sa façon de poser le problème : ou bien le patriarcat, ou bien le capitalisme. En proférant des injures anticommunistes, le féminisme bourgeois s'assure ainsi d'avoir le champ libre pour la lutte antipatriarcale : à vous la lutte des classes, à nous le patriarcat. La deuxième façon est de dire qu’on a tort d’opposer les deux probléma­tiques puisque l’oppression patriarcale proprement dite se vit différemment selon les classes et qu’elle est plus accentuée pour les ouvrières.

Prenons pour exemple le partage des tâches ménagères ou éducatrices. Le bourgeois, si sa bourgeoise ne se les paie pas, pourra engager une femme de ménage ou une gardienne pour éviter des conflits trop ouverts dans le ménage. En fait, il ne sacrifie rien de ses privilèges patriarcaux puisqu’il ne fait toujours pas le ménage ou l’entretien des enfants. L’ouvrier, lui, ne peut faire ce compromis avec sa compagne. Ou il abandonne ses privilèges en partageant les tâches ménagères et d’éducation, ou il réprime sa compagne. C’est pourquoi la violence masculine sévit plus en milieu ouvrier : la disproportion de pouvoir entre l’ouvrier et l’ouvrière est plus grande qu’entre le bourgeois et la bourgeoise : par exemple, la monoparentalité est beaucoup plus difficile à vivre sur l’aide sociale qu’avec un salaire de petite-bourgeoise. Donc, si la violence sévit plus en milieu ouvrier, ce n’est pas parce que les ouvriers sont plus salauds que les bourgeois avec leur femme, mais parce que la disproportion de pouvoir est plus grande entre les deux sexes en milieu ouvrier. L’ouvrier violent poursuit les mêmes buts que le bourgeois, le maintien de ses privilèges masculins, mais il doit user de plus de violence pour le faire. On aborde ainsi le problème par le biais des intérêts matériels, c’est-à-dire comme des marxistes. Tenir compte des différences de classes n’a rien à voir avec des vues psychologisantes comme le désespoir des ouvriers face à leurs perspectives de vie : alors, pourquoi ne se défoulent-ils pas sur leurs patrons ? Pourquoi les ouvrières, avec des revenus encore plus bas que les ouvriers et des perspectives de vie encore plus sombres, ne commettent-elles que 2 % des meurtres contre conjoints alors que les hommes en commettent 98 % contre leur conjointe. Pourquoi les hommes commettent-ils la presque totalité des incestes et autres actes de pédophilie ? Seule une approche matérialiste par les intérêts matériels peut expliquer ces faits : pour assurer leurs privilèges, les hommes essaient de les consolider et d’en acquérir de nouveaux en ne mettant aucun frein à leurs appétits de pouvoir : les différents privilèges se justifient et se renforcent réciproquement et rappellent à la femme sa condition de dominée.

Comme les ouvrières subissent plus intensément l’oppression patriarcale que les bourgeoises, nous pouvons dire qu’une position de classe sur cette question doit mettre la question de l’oppression patriarcale sur le même plan que leur exploitation en tant qu’ouvrière. L’oppression patriar­cale impose une deuxième journée de travail aux femmes ou les retient à la maison : dans les deux cas, cela compromet leur implication dans la révolution. D’une part, l’oppression patriarcale empêche l’implication des femmes dans la révolution. D’autre part, sans révolution, pas de libération des femmes possible. Cela contredit-il que la contradiction principale se trouve entre le prolétariat et la bourgeoisie ? Non. Déclarer qu’une telle contradiction est principale veut dire que dans toutes les autres contradictions secondaires, nous devons adopter les intérêts du prolétariat avec la révolution et le communisme en perspective. Or les intérêts du prolétariat sur la question du patriarcat, c’est prôner un féminisme radical de classe : féminisme parce que nous combattons pour l’égalité des hommes et des femmes; radical parce que nous sommes conscientEs qu’une partie des hommes du prolétariat ne laisseront pas tomber leurs privilèges sans certaines pressions, ce qui ne contredit nullement que ce sont des contradictions au sein du peuple ; de classe parce que nous défendons les ouvrières et que notre but est d’impliquer les ouvrières dans une révolution pour renverser la bourgeoisie et que les capitalistes s’appuient sur les privilèges mâles pour leur imposer une surexploitation sur le marché du travail. C’est donc sur cette base que nous devons unir le prolétariat pour renverser la bourgeoisie en luttant pour la défense de ses intérêts en tant qu’ouvriÈRES et la défense des intérêts des ouvrières en tant que femmes.

- Un camarade de Montréal

(paru dans le bulletin En Avant! n° 4)

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