La vie de Karl Marx
L'article qui suit est paru dans l'édition datée de mai dernier du journal La Galère - un journal de rue publié à Trois-Rivières depuis un peu plus d'un an. Après une première expérience ( Le Vagabond) qui avait été tuée dans l'œuf par les notables locaux qui le trouvaient trop dérangeant, et suite à l'abandon de son fondateur, une nouvelle équipe s'est réunie et a pris les moyens de relancer un nouveau journal de rue. La Galère se distingue notamment par le fait que la grande majorité des textes qui y sont publiés sont l'œuvre de celles et ceux qui le distribuent, contrairement par exemple au journal L'itinéraire, de Montréal, qui publie surtout les textes de rédacteurs et rédactrices professionnelLEs et ne laisse qu'une portion congrue aux camelots. Un diffuseur et collaborateur de La Galère y a fait publier ce texte, qui constitue une bonne introduction à la vie et l'œuvre de Karl Marx. (Pour plus d'info sur le journal La Galère : www.lagalere.qc.ca).
La rédaction
Je voudrais vous présenter une personne qui a révolutionné le monde de la pensée sociale et qui a permis à de nombreuses personnes de se libérer du vieux carcan despotique qui courbait leur pauvre dos depuis des siècles. Cet homme est celui qui a guéri ma cécité face à la triste réalité de ce monde terrible. Il a développé chez moi le sens critique et le devoir philosophique, que toute personne sensée se devrait d'avoir afin de pouvoir combattre l'injustice qui règne d'une main de fer sur ce monde. Le plus fidèle allié de l'injustice est sans contredit le capitalisme, cette bête sauvage qui détruit tant de vies. J'espère que vous aurez le goût d'en apprendre plus sur cet homme incroyable après cette lecture.
Karl Marx est né le 5 mai 1818 à Trèves en Prusse rhénane, ancienne province allemande. Il vivait dans une famille aisée et cultivée mais qui n'était cependant pas révolutionnaire. Son père, d'origine israélite, était un avocat libéral mais très ouvert. Après le Lycée de Trèves, Karl s'inscrit à l'Université de Bonn où il entreprend des études en droit. Mais il s'intéresse surtout à l'histoire et à la philosophie, où il commence à découvrir Hegel et ses idées. Il finit ses études à l'Université de Berlin en 1841 en soutenant une thèse de doctorat sur la philosophie d'Épicure. Il n'était encore, à cette époque, qu'un idéaliste hégélien. Il était entré dans le cercle des hégéliens de gauche à Berlin, dont faisait aussi partie Bruno Bauer [1], critique et philosophe allemand. Ces groupes de jeunes philosophes recherchaient des conclusions athées et révolutionnaires dans la philosophie de Hegel. Marx voulait devenir professeur mais la politique réactionnaire du gouvernement allemand l'obligea à changer de voie. C'est ce même gouvernement qui retira la chaire de philosophie à Ludwig Feuerbach en 1832 à cause de ses idées athées et qui avait interdit à Bruno Bauer de donner des conférences à Bonn. L'hégélianisme de gauche faisait de rapides progrès en Allemagne. Ludwig Feuerbach, commença, dès 1836, à critiquer la théologie et à s'orienter vers le matérialisme, surtout avec son livre Essence du christianisme. Marx était à ce moment très intéressé par la philosophie de cet homme. Le 1er janvier 1842 parut le premier numéro de La Gazette Rhénane à Cologne, créée par des bourgeois radicaux de Rhénanie tels que Camphausen, Hansemann et d'autres leaders de l'opposition libérale. Karl Marx et Bruno Bauer en était les principaux collaborateurs et Marx finit par devenir le rédacteur en chef du journal en octobre 1842. Sous sa plume et sa direction, le journal s'affirma de plus en plus dans la tendance démocratique révolutionnaire. Le gouvernement décida de le soumettre à une double censure, puis à une triple censure, et enfin finit par l'interdire le 1er avril 1843. Son activité de journalisme fit reconnaître à Marx que ses connaissances en économie politique étaient insuffisantes et il se lança dans l'étude de ce sujet.
Le 19 juin 1843, il épousa sa chère compagne, Jenny von Westphalen qui le soutiendra sa vie durant. Elle provenait d'une famille aristocratique réactionnaire de Prusse. Le frère aîné de Jenny deviendrait ministre de l'intérieur en Prusse à l'une des époques les plus réactionnaires : 1850-1858. À l'automne 1843, Marx se rendit à Paris pour publier une revue radicale avec Arnold Ruge [2]. Il ne parut cependant qu'un seul exemplaire de cette revue à cause des difficultés de diffusion clandestine en Allemagne et des divergences entre Ruge et Marx. Dans les articles qu'il publia dans cette revue, Marx se montra de plus en plus sous son vrai jour : celui d'un révolutionnaire qui critique tout ce qui existe et qui fait appel aux masses et au prolétariat. En septembre 1844, Friedrich Engels arrive à Paris et c'est à ce moment que l'amitié entre lui et Marx se soudera à jamais. Ils deviendront les meilleurs amis du monde, contre vents et marées. Ils prirent part ensemble à la rude vie des révolutionnaires de Paris et combattirent avec fermeté les doctrines du socialisme petit-bourgeois, dont celles de Louis-Joseph Proudhon.
En 1845, le gouvernement prussien demanda à la France d'expulser Marx du pays. Celui-ci décida donc de s'installer à Bruxelles et décida avec Engels, en 1847, de s'affilier à une société secrète à l'époque, la Ligue des communistes. Ils jouèrent un rôle très important au 2e Congrès de cette ligue (Londres, novembre 1847) où ils furent chargés de rédiger la charte de la ligue, dont une des principales clauses était que la ligue ne devait pas être une société secrète, comme l'a toujours prôné Marx. C'est ainsi que fût publié, en février 1848, le Manifeste du Parti communiste où Marx et Engels exposaient avec clarté la nouvelle conception du monde, le matérialisme conséquent étendu à la vie sociale, la dialectique - science la plus vaste et la plus profonde de l'évolution -, la théorie de la lutte des classes et du rôle révolutionnaire dévolu, dans l'histoire mondiale, au prolétariat - créateur d'une société nouvelle, la société communiste. Au moment de l'éclatement de la Révolution de février 1848, Marx fut expulsé de Bruxelles. Il retourna à Paris afin de participer à la révolution, mais lorsque celle-ci se termina, en mars, il retourna à Cologne et s'y fixa. Du 1er juin 1848 au 19 mai 1849, parut la Nouvelle Gazette Rhénane dont Marx était le rédacteur en chef. La théorie que Marx et Engels avaient développée dans le Manifeste du Parti communiste se trouva brillamment confirmée par les événements révolutionnaires de 1848-49, et par la suite par l'apparition de nombreux mouvements prolétariens à travers le monde. La contre-révolution victorieuse traduisit Marx en justice où il fut acquitté le 9 février 1849. On l'expulsa ensuite d'Allemagne le 16 mai 1849. Il décida donc de s'établir à Londres et devait y rester jusqu'à la fin de ses jours.
En feuilletant la correspondance de Marx et Engels dans ces années, vous pourrez constater que son existence d'émigré fut très pénible. Sa famille et lui croulaient sous la misère et sans l'apport financier de son meilleur ami, Engels, Marx aurait sûrement succombé à la misère. Marx dut mener une lutte sans merci aux courants socialistes petit-bourgeois et non prolétariens contre qui il se défendit sur leurs attaques personnelles contre lui. Il élabora sa théorie matérialiste et étudia sérieusement l'économie politique. Il bouleversa les fondements de cette science dans ses ouvrages Contribution à la critique de l'économie politique (1859) et Le Capital (livre 1, 1867). En 1864, Marx mit en pratique ses idées en participant à la création de l' Association internationale des Travailleurs à Londres, le 28 septembre 1864. Il rédigea sa première Adresse et de nombreuses résolutions, déclarations et manifestes. Il voulut forger une tactique unique pour la lutte prolétarienne à travers tous les pays en se battant contre les diverses formes du socialisme non prolétarien (Mazzini, Proudhon, Bakounine, le trade-unionisme libéral anglais, les oscillations vers la droite des lassaliens en Allemagne, etc.). Lorsque que se produisit la chute de la Commune de Paris en 1871, Marx écrivit un compte-rendu très profond, si juste et efficace dont le titre est La Guerre civile en France. Lors du Congrès de l'Internationale à La Haye en 1872, Marx fit accepter le transfert du Conseil général de l'Internationale à New York. La scission s'était produite peu de temps auparavant, provoqué par les bakouninistes. La 1re Internationale avait accompli sa première mission historique et cédait la place à une époque de croissance infiniment plus considérable du mouvement ouvrier dans tous les pays, spécifié par son développement en extension, et par la formation de partis socialistes ouvriers de masse dans de nombreux États.
L'immense apport que Marx donna à l'Internationale et à ses travaux théoriques ruina encore plus sa santé, déjà si fragile. Il continua de rédiger Le Capital mais sa maladie l'empêcha de le terminer. Le 2 décembre 1881, sa femme mourut. Et ce fut au tour de Marx, endormi paisiblement dans son fauteuil, de ne plus jamais se réveiller : on était le 14 mars 1883. Il fut enterré avec sa femme au cimetière de Highgate, à Londres. Plusieurs de ses enfants moururent jeunes lors de leur grande misère et ses trois filles épousèrent des socialistes d'Angleterre et de France.
On ne peut oublier les travaux que Karl Marx et son ami Friedrich Engels apportèrent à la science politique et économique. Ils ne seront jamais relégués aux oubliettes comme le souhaitent ardemment tous les penseurs bourgeois de notre époque. Ils resteront à jamais gravés dans nos mémoires et les peuples qui se soulèveront dans un avenir proche ne feront qu'authentifier ce que Marx à prôné toute sa vie durant : la lutte des classes. Il faut surtout combattre les gens qui essaient de mystifier cette lutte par des moyens comme la souveraineté, l'anarchisme ou les courants de gauche divergents. Cessons d'appuyer les politiques bourgeoises et impérialistes de nos gouvernements, levons-nous et détruisons ce mur fragile qu'est le capitalisme. À bas les gouvernements capitalistes et bourgeois et vive la révolution prolétarienne !
- Stéphane Périgny
1) (1809-1882) Philosophe, historien de la religion et publiciste allemand. Il fût privat-dozent à la faculté de Théologie de Berlin. Dans son livre Critique des Évangiles, il s'éleva contre la conception orthodoxe de Dieu en critiquant la Bible. Il devint par la suite National-libéral.
2) Arnold Ruge, 1802-1880. Hégélien de gauche et écrivain politique radical. Privat-dozent à l'Université de Halle, il fût emprisonné pour ses activités politiques de 1826 à 1830. Il fonda les Annales de Halle, et ensuite les Annales franco-allemandes avec Karl Marx. Il se rallia à la politique de Bismarck après 1866.
(paru dans le bulletin En Avant! n° 4)
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