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LE PCC RÉVISIONNISTE TENTE DE SE RÉIMPLANTER AU QUÉBEC

« L'unité de la gauche » : un programme liquidateur

Devant la faiblesse relative de la gauche et particulièrement des organisations révolutionnaires, plusieurs se demandent pourquoi il existe autant de petites organisations ; en un mot, pourquoi le mouvement est-il si divisé. Ne serait-il pas mieux de regrouper tout ce beau monde ensemble, à l'intérieur d'une seule et même organisation ? Il s'agit là d'une question pertinente, dans la mesure où il n'y aura pas d'avancées politiques réelles sans unité de la classe ouvrière, pas plus qu'il n'y aura de révolution sans unité des forces révolutionnaires.

Mais l'unité des révolutionnaires n'est pas la seule condition à la victoire du socialisme : il faut aussi, voire surtout, un programme, une stratégie correcte pour faire la révolution, basés sur une compréhension et une vision parfaitement claires des enjeux de la lutte des classes à l'échelle nationale et internationale. Et un tel programme, une telle stratégie, ne peuvent se développer sans une base idéologique solide, sans adhésion ferme à l'idéologie prolétarienne, à la science de la révolution.

« Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire », disait Lénine. « La ligne politique est déterminante en tout », ajoutait Mao. De fait, il n'y a d'unité possible, qui tienne et qui se tienne et qui soit porteuse de progrès pour le mouvement révolutionnaire, que si elle repose sur une ligne idéologique et politique correcte. C'est cette ligne, au bout du compte, qui permettra que l'unité se réalise (et non l'inverse).

Ceci dit, les communistes n'élèvent pas la division au rang d'un principe ! Tout en procédant aux démarcations nécessaires (« avant de s'unir et pour s'unir, il faut se démarquer », expliquait Lénine), il est tout à fait possible et juste d'éviter le sectarisme et de garder l'esprit ouvert - une attitude qu'adoptent d'ailleurs les véritables marxistes, et en particulier le courant maoïste dont une des principales caractéristiques est justement le rejet de tout dogmatisme.

L'état de division - relative, disons-le encore - de la gauche canadienne tient en fait à plusieurs facteurs dont le sectarisme, s'il existe, ne peut être considéré comme étant le principal. Il y a un certain nombre de divisions qui découlent de la politique de la bourgeoisie, qui réussit à fractionner la classe ouvrière et ses organisations en alimentant le nationalisme, le racisme, le sexisme : il va sans dire que ces divisions doivent être fermement combattues, d'abord et avant tout en luttant contre ce qui les favorise.

Mais les divisions auxquelles on fait ici référence (pourquoi existe-t-il autant d'organisations qui se réclament du communisme ? pourquoi les trotskistes et les maoïstes ne travaillent-il pas ensemble ? pourquoi les partisans de Mao sont-ils eux-mêmes divisés ?) tiennent surtout au fait qu'il n'y a pas de compréhension commune, qu'il n'y a pas de bilan partagé de l'expérience historique du mouvement ouvrier révolutionnaire, des victoires et, surtout, des échecs qu'il a connus depuis 150 ans.

On peut bien aujourd'hui faire comme si de rien n'était, affirmer que « le passé, c'est le passé » et qu'il faut repartir à neuf ; mais si on ne fait pas un bilan sérieux du mouvement communiste international, si on ne tire pas les leçons, positives et négatives, de l'expérience historique, il y a de fortes chances qu'on se condamne à répéter les mêmes erreurs, et surtout à essuyer les mêmes revers. Alors, à quoi bon gommer les divergences réelles, dont la plupart tiennent justement aux différentes évaluations qui sont faites du passé, au profit d'une unité vite réalisée mais finalement artificielle, et qui au bout du compte s'effritera rapidement et ne permettra en rien d'avancer sur la voie de la révolution ?

La fusion de deux petites organisations, minuscules, ne donnera jamais plus qu'une organisation minuscule. Si, en plus, cela se fait au détriment des acquis politiques, des éléments de ligne plus avancés d'une d'entre elles, cela ne donnera rien de bon du point de vue des intérêts de la classe ouvrière.

Nous, du groupe Action socialiste, avons déjà fait l'expérience d'une telle unité sans principes, lorsque que nous avons intégré le noyau de militants qui constituait le groupe Libération, à la fin des années 80. Quelques années plus tard, ces camarades devaient nous quitter dans l'amertume, en raison de divergences idéologiques et politiques profondes qui n'avaient jamais été aplanies, pour former une nouvelle organisation, le Groupe communiste ouvrier (GCO).

Aujourd'hui, le GCO, dont la principale caractéristique est peut-être justement son rejet de tout principe, se lance dans une campagne tous azimuts pour réaliser à nouveau ce qu'il appelle « l'unité de la gauche ». Il y a quelques mois, son journal a présenté sous un jour très favorable l'activité du PDS (le « Parti de la démocratie socialiste ») une organisation social-démocrate, nationaliste étroite et qui plus est, infestée de trotskistes. En ce moment même, le GCO se rapproche à une vitesse accélérée du vieux Parti communiste canadien (PCC), révisionniste, auquel il a d'ailleurs accordé son soutien aux dernières élections fédérales. Le leader de ce parti, Figueroa, était même l'invité d'honneur de la dernière fête annuelle du GCO, tenue il y a quelques semaines.

Entendons-nous bien. Nous savons que le PCC traverse une crise, comme l'ensemble des partis pro-soviétiques d'ailleurs, depuis l'éclatement de son parti-père il y a six ans. Dans ce contexte, il peut être amené à procéder à un certain nombre de remises en question, auxquelles nous devons être attentifs. Il y a toujours eu et il y a certes encore au sein de ce parti des militantes et militants honnêtes, trompés-es par leurs dirigeants et qui peuvent être ramenés-es sur le chemin de la révolution, avec lesquels on doit débattre.

Mais voilà : garder l'esprit ouvert et agir en conséquence est une chose ; et glisser sous le tapis la critique du révisionnisme dans lequel ce parti s'est compromis en est une autre. À ce que l'on sache, si on se fie à ses documents publics, on peut dire sans se tromper que malgré l'abandon des pires excès de langage qui lui donnaient souvent un air ouvertement de droite, le PCC continue toujours à nier le marxisme-léninisme, à défendre et à soutenir le social-impérialisme et à promouvoir une conception pacifiste du passage au socialisme, entre autres tares. (Nous reviendrons, éventuellement, sur l'histoire de ce parti et son évolution actuelle.)

Évidemment, nous n'avons pas d'objection de principe à marcher à ses côtés lors d'une manifestation quelconque. Si le PCC, disons, était prêt à descendre dans la rue pour s'opposer à la pénétration de l'impérialisme canadien à Cuba, nous dirions bravo ! et manifesterions avec lui. Quoique à bien y penser, cela ne risque pas de se produire de sitôt... Qu'à cela ne tienne, envisageons donc plutôt une manifestation contre les coupures à l'assurance-chômage, ce sera plus réaliste.

Dans un tel cas, nous ferions nôtre cette belle formule de Trotski (eh ! oui, une fois n'est pas coutume ; preuve que nous ne sommes pas sectaires !) : contre l'ennemi commun, il faut « frapper ensemble, marcher séparément ». C'est-à-dire que si le PCC veut mettre son poing sur la gueule à la bourgeoisie, nous on veut bien l'aider, et on va continuer de frapper nous aussi.

Le problème c'est que depuis la dernière campagne électorale fédérale, nos ex-camarades du GCO ne marchent plus « séparément », à côté du PCC : ils rampent, tout simplement, derrière lui ! C'est là toute la différence entre une politique révolutionnaire et une politique sans principes, pragmatiste, qui finalement n'aboutit qu'à la liquidation du point de vue révolutionnaire et au triomphe des idées révisionnistes.

Un appui plus qu'enthousiaste

L'attitude à prendre et les mots d'ordre à mettre de l'avant lors des élections sont des questions tactiques, qui doivent être déterminées selon la situation du moment. Règle générale, les communistes ne rejettent pas la possibilité de participer aux élections, ni même d'appuyer un autre parti ou d'autres candidates et candidats. L'essentiel, c'est que cette attitude et ces mots d'ordre servent à faire avancer les idées communistes, et non celles de la bourgeoisie - dussent-elles être « de gauche ».

Lors du dernier scrutin fédéral, nous avons pour notre part fait campagne pour une politique ouvrière autonome, contre tous les partis bourgeois. Prenant acte du sentiment d'indifférence « plus fort et beaucoup plus répandu que par le passé » au sein de la classe ouvrière et du gouffre qui sépare de plus en plus la bourgeoisie d'avec la majorité de la population laborieuse, nous avons exprimé l'idée que « de telles élections sans issue ne méritaient pas mieux que d'être boycottées » (Le Drapeau rouge/The Red Flag, n° 1, 01/05/97).

De fait, et alors que le nombre de Canadiennes et de Canadiens ayant droit de vote a augmenté depuis quatre ans, il y a avait cette fois-ci moins de gens inscrits sur les listes électorales qu'en 1993. Puis, parmi eux, seulement 66,1 p. 100 ont exercé leur droit de vote, à comparer à 69,6 p. 100 en 1993 et à 75 p. 100 en 1984 et 1988. De plus, aucun des partis en lice n'a réussi à susciter l'adhésion d'une partie significative de l'électorat. En fait, comme l'a montré le tableau que nous avons publié dans le numéro de juin du Drapeau rouge, les abstentions et les votes nuls ont largement devancé le score obtenu par le Parti libéral, qui formera pourtant un gouvernement majoritaire. Quant aux partis d'opposition, aucun d'entre eux n'a réussi à obtenir plus de 13 p. 100 d'appui par rapport à l'ensemble des inscrites et inscrits.

Si, généralement, on peut penser que les abstentionnistes ne sont pas nécessairement les individus les plus progressistes qui soient (on y retrouve, par exemple, ceux qui refusent toute politique, y compris la politique révolutionnaire), il est clair qu'une progression aussi marquée reflète une réelle rupture avec la bourgeoisie et ses partis. Cela, bien sûr, n'a rien d'extraordinaire en soi et n'a surtout rien de définitif. C'est justement le rôle des communistes d'approfondir cette rupture, d'agrandir cette brèche qui s'est ouverte, et de faire naître une autre politique qui, elle, soit réellement révolutionnaire. Tel est le sens de la campagne que nous avons menée ce printemps lors du scrutin.

Nos ex-camarades du GCO, quant à eux, ont choisi d'appeler à voter pour le Parti communiste canadien, et accessoirement, là où le PCC n'avait pas de candidat, pour les autres candidates et candidats affichant l'étiquette communiste (y compris le « PCCML », notoirement contre-révolutionnaire). Cette position surprenante de la part d'une organisation directement issue du mouvement M-L des années 70 est d'autant plus incompréhensible que le PCC est loin d'être un parti de masse, auquel cas la question d'un soutien tactique, tout en gardant un aspect critique, aurait pu être envisageable (nous ne disons pas que cela aurait été correct, mais à tout le moins que ça aurait mérité d'être débattu). De toute manière, le soutien donné au PCC par le GCO n'avait absolument rien de tactique, et il était encore moins critique.

Au vu des résultats de l'unique candidat présenté par le PCC au Québec - pour lequel le GCO, présent seulement dans cette province, a fait activement campagne -, ce n'est certainement pas de cette manière, en tout cas, que le GCO brisera l'isolement politique que ses militants disent ressentir. Le « candidat communiste dans Laurier-Sainte-Marie », Mathieu Ravignat, n'a en effet obtenu que 123 votes, soit 0,3 p. 100 des suffrages exprimés dans ce comté. Ce qui le place bon dernier parmi les plus de 400 candidates et candidats qui postulaient un siège au Québec !

Un tract... stupéfiant !

Pour bien faire comprendre qu'il ne se soumettait pas entièrement au parti révisionniste, le GCO a participé à la campagne du PCC en diffusant son propre matériel, i.e. essentiellement un tract dans lequel il expliquait sa consigne de vote et présentait le programme du PCC (tout en le falsifiant un peu beaucoup, probablement pour mieux faire passer la pilule, comme on le verra plus loin).

Voici comment le GCO justifiait son appel à voter pour le PCC :

« Dans le comté de Laurier-Sainte-Marie, le Parti communiste du Canada présente Mathieu Ravignat. Son programme en douze points tranche avec tout ce que vous avez pu entendre des autres grands partis. La campagne menée par le PCC n'a pas la même ampleur que celle des Libéraux ou du Bloc québécois. Malgré tout, ce programme mérite qu'on s'y attarde. Il résume un grand nombre de revendications populaires. C'est d'ailleurs sur la base de ce programme que nous, du Groupe communiste ouvrier - journal La nouvelle forge, avons décidé de donner notre appui à la campagne de Mathieu Ravignat dans Laurier-Sainte-Marie. »

(Tract diffusé par le GCO, non daté, portant le titre « Pour une alternative populaire dans Laurier-Sainte-Marie, votez communiste ! Votez pour Mathieu Ravignat ! »)

Suivait ensuite la présentation des fameux douze points du programme électoral du PCC. Comme on peut le voir, il ne s'agit pas là seulement d'un appui tactique, mais bien d'un soutien complet, sans aucune réserve, au programme de ce parti. Un programme qui pour l'essentiel ne vise qu'à replâtrer le capitalisme et dans lequel on parle de tout, sauf de la révolution. Un programme, surtout, qui se porte à la défense de ce pauvre Canada menacé par « l'américanisation » (c'est là le vieux point de vue nationaliste canadien du PCC, dont la position là-dessus n'a pas bougé d'un iota, malgré sa soi-disante évolution des dernières années).

Dans le premier chapitre qui porte sur l'emploi, on parle de la nécessité pour l'État d'intervenir dans l'économie, de réduction de la semaine de travail à 32 heures et d'autres revendications de cet ordre (mais on ne dit toutefois rien sur la flexibilité et la précarité de l'emploi qui sont souvent associées à ce genre de propositions). On y parle aussi de « développer des industries primaires et manufacturières respectueuses de l'environnement », de « reconstruire l'infrastructure économique et sociale du Canada ». Là où ça devient franchement amusant, c'est lorsqu'on constate que le GCO a tout bonnement fait disparaître ces deux derniers points du programme du PCC ! D'un simple coup de ciseaux, couic !, le GCO s'assurait que personne ne puisse connaître le véritable sens, pro-capitaliste, du programme du PCC. C'est sans doute là, dans le fond, la vraie raison pour laquelle le GCO a choisi de diffuser un tract indépendant.

La deuxième rubrique, ensuite, porte sur la question nationale. On y revendique la convocation d'une « Assemblée constituante » ayant pour but de rédiger une nouvelle constitution, sans toutefois poser la question de la nature de classe d'une telle assemblée, et comme si les tâches de la révolution bourgeoise n'étaient pas encore achevées au Canada. Puis, on reconnaît au Québec le droit à l'autodétermination ; mais étrangement, pour les nations autochtones, on ne reconnaît que le droit à l'autonomie gouvernementale, une nuance bigrement importante, qui démontre encore là le point de vue nationaliste canadien, fondamentalement social-chauvin, du PCC (et du GCO). Fait intéressant, et contrairement aux autres, cette rubrique n'a été ni censurée ni falsifiée par le GCO, qui l'a reproduite intégralement. Il faut dire que même à l'époque, le Parti communiste ouvrier, avec lequel le GCO affirme sa filiation, niait aux autochtones le droit à l'autodétermination. Rien de surprenant à ce que le GCO soit tout à fait à l'aise avec cette position !

Le chapitre suivant, le troisième, traite des rapports entre le Canada et les États-Unis. C'est là un aspect fondamental de la ligne du PCC, qui dévoile encore plus clairement sa ligne révisionniste. Celui-ci intitule cette rubrique « Défendre la souveraineté canadienne - refréner les entreprises multinationales » - un titre qui, sous la baguette magique du GCO, devient « S'opposer à la domination américaine sur le Canada ». Fondamentalement, cela veut bien sûr dire la même chose - à savoir qu'il faut appuyer « notre » bourgeoisie nationale (impérialiste) contre la superpuissance américaine ; mais avouons que ça a l'air un peu moins réactionnaire.

On parle dans ce chapitre d'exiger l'annulation de l'ALENA, de restituer le financement de la Société Radio-Canada, de s'opposer à la fuite des capitaux, etc. Cette fois-ci encore, le GCO a fait disparaître les aspects les plus probants du programme du PCC, tels « développer les liens commerciaux qui défendent l'indépendance canadienne » (il faudrait plutôt lire « promouvoir les intérêts de la bourgeoisie impérialiste canadienne sur les différents marchés »), ou encore favoriser « la propriété publique et le contrôle démocratique du système bancaire et d'assurance », une mesure par laquelle PCC dévoile bien toutes les illusions qu'il entretient sur l'État.

Par la suite, on trouve toute une série de rubriques qui reprennent certaines revendications traditionnellement portées par les syndicats et les groupes populaires. Certaines sont justes, d'autres pas. On parle de «;taxer les riches », de « sauver les programmes sociaux universels », d'« égalité totale pour les femmes », d'« un futur pour la jeunesse », de « lutte contre le racisme et la discrimination », d'« élargir les droits démocratiques », et tutti quanti.

À noter que parmi ces revendications, le PCC propose de hausser le salaire minimum à 9 $. Pourtant, dans son programme syndical, que le GCO a salué dans son journal La nouvelle forge (n° 23, mars 1997), le PCC revendiquait qu'il soit relevé « à au moins 12 $ l'heure ». En l'espace de quelques semaines, élections obligent, le PCC a donc réduit drastiquement ses propres revendications, question sans doute d'apparaître plus respectable aux yeux de la bourgeoisie !

Le problème finalement avec toutes ces revendications, c'est qu'elles sont présentées comme une simple liste d'épicerie. Le PCC fait l'impasse sur comment on pourra les obtenir, et surtout sur le lien entre la lutte pour ces revendications et la révolution socialiste. De fait, pour le PCC, la question ne se pose même pas. La révolution ne fait tout simplement pas partie de son programme, même pas en petits caractères au bas de la dernière page !

Certes, le PCC parle de socialisme et affirme que la cause de tous les problèmes est le capitalisme. Mais ses propositions vont dans le sens non pas de l'abolir mais de le réformer, de l'améliorer, de façon à le rendre plus humain et plus acceptable. Le PCC veut un Canada qui fonctionne mieux, dont les deux grandes fractions bourgeoises dominantes (canadienne anglaise et québécoise) se partageront la gestion - les nations autochtones ayant la portion congrue.

Le PCC ne propose pas de détruire l'État bourgeois et de le remplacer par un État de dictature du prolétariat, mais suggère plutôt de le renforcer - en nationalisant certains secteurs économiques - et de faire en sorte qu'il soit plus efficace (réforme électorale, renforcement des lois contre les crimes de haine, etc.).

Sa vision exclue carrément toute idée de changement révolutionnaire. Sa perspective est réformiste, gradualiste, en parfaite logique avec sa conception d'un « passage pacifique au socialisme », sans violence, sans révolution, sans destruction de l'État bourgeois. Voyez ce qu'il écrit, en conclusion de son programme :

« Les communistes pensent que le développement de mobilisations larges et unies aujourd'hui peut aider à ouvrir la voie à des transformations fondamentales. Notre but à long terme est l'émancipation sociale et un vrai pouvoir populaire - un Canada socialiste, où les principales industries et ressources seraient la propriété commune de la société tout entière. »

Construisons le mouvement pour l'alternative populaire ! », programme électoral 1997 du Parti communiste du Canada)

De « l'État et la propriété de peuple tout entier » de l'URSS de Khrouchtchev à la « propriété commune de la société tout entière » du Canada de Figueroa, il y a une filiation directe, une source commune, qui est celle du révisionnisme moderne. Ce qui est désolant, c'est de voir les militants du GCO tomber dans ce piège, eux qui pourtant viennent d'un courant qui est justement né et s'est construit dans la lutte contre le révisionnisme.

Dans son tract qui présente le programme électoral du PCC, le GCO explique lui aussi sa conception du changement de société, dangereusement similaire à celle de ce parti :

« Comme communistes, notre but à long terme est l'émancipation du peuple travailleur et l'instauration d'un Canada socialiste où les moyens de production seraient socialisés et contrôlés démocratiquement par les travailleurs et les travailleuses. Seule la mobilisation sur une large échelle de tout le peuple travailleur pourra ouvrir la porte à une telle perspective. »

(op. cit., souligné par nous)

Lisez bien ce que dit le GCO : seule la mobilisation du « peuple travailleur », c'est-à-dire pas autre chose - et surtout pas la révolution -, ouvrira la porte au socialisme. En fait d'abandon des principes communistes, on ne peut trouver plus clair.

Combattons le néo-révisionnisme !

Derrière le rapprochement qui s'opère entre le GCO et le PCC, on retrouve en fait les conceptions de tout un courant qui s'active à l'échelle internationale à remettre en cause les conclusions justes de la lutte anti-révisionniste initiée et dirigée par Mao Tsé-toung et le Parti communiste chinois au cours des années 60. Le principal parti qui fait la promotion de cette ligne est le Parti du travail de Belgique (PTB), une organisation dont les membres du GCO s'inspirent d'ailleurs depuis bon nombre d'années.

Le PTB tente actuellement de former un agglomérat d'organisations issues des courants pro-chinois, pro-albanais et révisionnistes. Il s'oppose à ce qu'on maintienne les « vieilles divisions du passé ». Le PTB rejette ouvertement la thèse léniniste voulant qu'avant de s'unir, il faut avoir atteint une unité idéologique solide à travers une lutte de principes. « Dans les circonstances actuelles, écrit son dirigeant Ludo Martens, prôner cette voie revient à maintenir les divisions et en créer de nouvelles. » (Rapport du Séminaire communiste international du 2-4 mai 1997 à Bruxelles, page 3)

Il existe, indépendamment de la volonté de Martens, des divisions réelles, objectives, entre les différentes organisations qui se réclament du communisme et de la classe ouvrière. Celles-ci ne sont pas artificielles : elles reposent sur la lutte de classes réelle, sur l'expérience pratique et théorique du mouvement communiste international depuis 150 ans. Prendre acte de cet état de fait n'a rien à voir avec une quelconque forme de sectarisme. Mais vouloir faire disparaître tout bêtement ces divisions, comme le propose le PTB, c'est s'assurer de liquider le point de vue révolutionnaire, qui s'est justement forgé dans la lutte contre le révisionnisme.

L'expérience du « séminaire international » du PTB, même si elle reste limitée, le prouve d'ailleurs déjà amplement. À la rencontre du mois de mai dernier qu'il a organisée, le PTB a réussi à faire signer par une majorité de participants (dont le GCO) une résolution qui évalue positivement Enver Hohxa et le Parti du travail d'Albanie ; une autre qui « admire » la République populaire démocratique de Corée, «;fondée sur le socialisme » et « tout à fait en mesure de subvenir aux besoins alimentaires de ses propres citoyens » (sic) ; une dernière, enfin, qui reconnaît « Cuba socialiste » et le « camarade Fidel Castro » et qui exprime sa confiance comme quoi les dirigeants révisionnistes cubains « ne trahiront jamais le socialisme ».

En appliquant une telle ligne d'unité à tout prix, les révolutionnaires ne réussiront jamais à « influencer » les révisionnistes et à les amener sur des positions plus correctes. Ce qui va se passer, comme le montre le « séminaire international » et comme on l'a vu avec le soutien accordé au PCC par le GCO, c'est que les organisations qui proviennent du courant révolutionnaire vont se faire carrément bouffer par le révisionnisme !

Dans le dernier numéro de son journal People's Voice (juillet 1997), le leader du PCC, Figueroa, se vante de ce que grâce à la campagne électorale de Mathieu Ravignat dans Laurier-Sainte-Marie et aux relations qu'il a développées avec le GCO, le PCC, qui avait pratiquement disparu de la carte au Québec, est en voie de rétablir sa présence dans cette province.

Le Comité exécutif du PCC en appelle à ses nouveaux « amis et sympathisants » au Québec à se « rapprocher encore plus » du PCC, à « étudier et discuter sa ligne politique » et à « joindre ses rangs ». Si le GCO maintient son cours actuel, la question n'est pas tant de savoir s'il répondra oui à cet appel qui lui est à l'évidence dirigé, mais bien quand il le fera.

Souhaitons que les plus lucides parmi ces camarades, ceux pour qui la lutte anti-révisionniste veut encore dire quelque chose, sauront quitter le navire avant qu'il ne se saborde.

Démasquons le révisionnisme et ceux qui le défendent !
Travaillons à la reconstruction de partis authentiquement communistes,
et non à la revitalisation des partis révisionnistes qui se meurent !

(paru dans la revue Socialisme Maintenant! n° 2)

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