QUESTION NATIONALE
Lénine sur le « social-patriotisme »
« En quoi consiste l'essence économique de la "défense de la patrie" dans la guerre de 1914-1915 ?... La guerre est menée par toutes les grandes puissances à des fins de pillage, pour le partage du monde, pour les débouchés, pour l'asservissement des peuples. À la bourgeoisie, elle rapporte un accroissement des bénéfices. À la mince couche de la bureaucratie et de l'aristocratie ouvrières, puis à la petite-bourgeoisie (les intellectuels, etc.) qui s'est "jointe" au mouvement ouvrier, la guerre promet des miettes de ces bénéfices. La base économique du "social-chauvinisme" (ce terme est plus exact que celui de "social-patriotisme", qui enjolive la chose) est la même que celle de l'opportunisme : l'alliance de la couche insignifiante des "élites" du mouvement ouvrier avec "leur" bourgeoisie nationale contre la masse du prolétariat. L'alliance des valets de la bourgeoisie avec la bourgeoisie contre la classe exploitée par la bourgeoisie. Le social-chauvinisme, c'est l'opportunisme achevé.
« Le social-chauvinisme et l'opportunisme ont le même contenu politique : la collaboration des classes, la renonciation à la dictature du prolétariat, à l'action révolutionnaire, la servilité devant la légalité bourgeoise, le manque de confiance dans le prolétariat, la confiance dans la bourgeoisie. Les mêmes idées politiques. Le même contenu politique pour ce qui est de la tactique. »
(L'opportunisme et la faillite de la IIe Internationale, 1915)
« L'arme la plus puissante du prolétariat dans sa lutte pour la révolution socialiste est son unité. De cette vérité incontestable il découle non moins incontestablement que, lorsque des éléments petits-bourgeois viennent en grand nombre au parti du prolétariat et peuvent gêner le combat pour la révolution socialiste, l'unité avec ces éléments devient préjudiciable et funeste à la cause du prolétariat. Les événements actuels ont précisément montré que, d'une part, les conditions objectives étaient mûres pour une guerre impérialiste (c'est-à-dire une guerre qui correspond au stade le plus élevé, au stade ultime du capitalisme), et que, d'autre part, les dizaines d'années de l'époque dite pacifique ont accumulé dans tous les pays d'Europe une masse de fumier petit-bourgeois opportuniste à l'intérieur des partis socialistes. Il y a déjà près de quinze ans, depuis l'époque de la fameuse "bernsteiniade" en Allemagne, et même plus tôt dans nombre d'autres pays, que la question de cet élément opportuniste, étranger, au sein des partis prolétariens, a été mise à l'ordre du jour : et il ne se trouverait sans doute pas un seul marxiste en vue qui n'ait reconnu maintes fois que les opportunistes sont un élément non prolétarien, hostile à la révolution socialiste. Nul doute que cet élément social ne se soit accru très rapidement au cours des dernières années : fonctionnaires des syndicats légaux, parlementaires et autres intellectuels, commodément installés dans le mouvement de masse légal, certaines couches d'ouvriers les mieux rétribués, petits employés, etc., etc. La guerre a clairement montré qu'au moment d'une crise (or, l'époque de l'impérialisme sera inévitablement une époque de crises de toutes sortes), la masse des opportunistes, soutenus et, pour une part, directement inspirés par la bourgeoisie (ce qui est particulièrement important !) passe aux côtés de cette dernière, trahit le socialisme, nuit à la cause ouvrière et la conduit à sa perte. Dans toute crise, la bourgeoisie viendra toujours en aide aux opportunistes et essaiera d'écraser la partie révolutionnaire du prolétariat, sans reculer devant rien, en recourant aux mesures militaires les plus arbitraires, les plus brutales. Les opportunistes sont des ennemis bourgeois de la révolution prolétarienne qui, en temps de paix, accomplissent à la dérobée leur besogne bourgeoise en s'incrustant dans les partis ouvriers, mais qui, dans les périodes de crise, se révèlent aussitôt les alliés déclarés de toute la bourgeoisie unie, des conservateurs aux bourgeois les plus radicaux et les plus démocrates, des libres penseurs aux éléments religieux et cléricaux. Quiconque n'a pas compris cette vérité après les événements dont nous sommes témoins, se leurre irrémédiablement soi-même et leurre les ouvriers. »
(Que faire maintenant ?, 1915)
« L'idée fondamentale de l'opportunisme, c'est l'alliance ou le rapprochement (quelquefois l'entente, le bloc, etc.) entre la bourgeoisie et son antipode. L'idée fondamentale du social-nationalisme est exactement la même. La parenté politique et idéologique, la liaison, l'identité même de l'opportunisme et du social-nationalisme, ne font absolument aucun doute. Or, il va de soi que ce ne sont ni les individus ni les groupes que nous devons prendre pour base, mais bien l'analyse du contenu de classe des courants sociaux et l'examen politique et idéologique de leurs principes essentiels, primordiaux. »
(Sous un pavillon étranger, 1915)
« L'unité avec les opportunistes, n'étant rien d'autre que la scission du prolétariat révolutionnaire de tous les pays, marque en fait, aujourd'hui la subordination de la classe ouvrière à "sa" bourgeoisie nationale, l'alliance avec celle-ci en vue d'opprimer d'autres nations et de lutter pour les privilèges impérialistes. »
(Le socialisme et la guerre, 1915)
(paru dans la revue Socialisme Maintenant! n° 3)
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