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OCTOBRE 1917-1997

La révolution, plus nécessaire que jamais

Le monde entier ne pourra s'empêcher de souligner cette année le 80e anniversaire de la révolution socialiste d'Octobre 1917 en Russie.

La bourgeoisie, les églises et tous les réactionnaires à l'échelle du monde en profiteront pour chercher à la salir et à la calomnier devant tous les micros qu'on leur tendra avec avidité. Il se trouvera aussi plein de faux amis de la révolution (révisionnistes, trotskistes, révolutionnaires de salon, opportunistes) qui nous rempliront les oreilles de leurs fadaises, ayant perdu de vue ce qu'elle fut pour l'essentiel.

On n'osera toutefois pas clamer à tue-tête, comme on l'a fait au moment de l'effondrement de l'URSS et des pays de l'Est, que le communisme est mort, devant la misère qui s'est installée dans ces pays depuis que le capitalisme est revenu ; néanmoins, on dira que la Révolution d'Octobre a fini par être mise en échec parce qu'en définitive, elle était allée trop loin. Des intellectuels bourgeois et des journalistes profiteront de l'occasion pour chercher à montrer aussi que la nature du capitalisme a changé depuis l'avènement de la mondialisation des marchés et qu'il n'y 'a plus lieu de le combattre. Après tout, ceux qui l'ont combattu n'ont pas réussi à faire mieux ! Pour ces « experts », la misère atroce qui se vit parmi les masses, tant à l'Est qu'à l'Ouest et jusque dans les pays impérialistes les plus riches, est vue comme un moindre mal qu'il faut finalement accepter, faute de mieux.

On nous comptera toutes ces fables mais on ne présentera pas, par contre, le point de vue masses ouvrières et paysannes en lutte (et de celles qui n'attendent que le moment propice pour les y rejoindre), parce qu'elles gardent bien en mémoire les effets bénéfiques sur leur vie qu'a produits la première révolution socialiste et parce qu'elles puisent dans la pratique du mouvement communiste la force et la science pour combattre cette société capitaliste pourrie.

Le communisme n'est pas mort

Le communisme n'est pas mort. Ce qui est mort à l'Est n'avait plus rien à voir avec le communisme. C'était le capitalisme d'État qui dominait ces pays. Les masses travailleuses n'y voyaient aucunement leurs besoins satisfaits et n'avaient pas plus de contrôle sur leurs conditions de vie et de travail que sous le capitalisme à l'Ouest. Ce n'était pas non plus des « États ouvriers » auxquels il n'y aurait eu qu'à ajouter un peu de démocratie pour les rendre parfaits, comme l'ont toujours prétendu les trotskistes. C'était des États bourgeois, différents de ceux de l'Ouest mais auxquels la libéralisation rend désormais similaires.

Aujourd'hui, les masses travailleuses de l'Est ne trouvent rien de ce qui leur était promis. Leur lot, c'est plus de misère encore, plus d'oppression, plus d'exploitation et des guerres nationalistes dévastatrices et sanguinaires. La libéralisation n'a pas guéri la crise qui s'approfondit à vive allure. Et les pays comme la Chine et Cuba, qui se disent toujours socialistes, s'orientent dans le même sens.

À l'Ouest, ce n'est bien sûr pas mieux ; là aussi, la crise fait rage de plus belle. La social-démocratie a été réélue en France mais elle est toujours aussi anti-ouvrière et anti-immigré-e qu'au temps de Mitterrand, ce qui montre encore une fois que la voie préconisée par la Deuxième Internationale (dont sont membres entre autres le Parti socialiste français, le Nouveau parti démocratique du Canada, le Parti socialiste suédois, le Parti travailliste anglais, etc.) ne peut réussir. Quoiqu'en pensent les partis de la Deuxième Internationale et les trotskistes qui les appuient continuellement tout en cherchant à les radicaliser, le capitalisme ne peut être humanisé. Si les masses travailleuses et populaires souffrent, ce n'est pas non plus parce que les bourgeoisies gèrent mal le capital. C'est plutôt que le capitalisme a fait son temps.

La mondialisation, c'est l'impérialisme

La théorie de la « mondialisation des marchés » qu'on voudrait nous vendre cherche à montrer que le capitalisme est viable et surtout, que nous ne vivons plus à l'époque de l'impérialisme et des révolutions socialistes.

La réalité est pourtant tout autre. L'impérialisme est le stade du capitalisme pourrissant. Il est en crise. C'est d'ailleurs sa troisième. La première a conduit à la Première Guerre mondiale et à la révolution russe ; la deuxième, à la Seconde Guerre mondiale et à la révolution chinoise. La troisième crise se poursuit et s'intensifie. Elle n'en est encore qu'au stade des guerres économiques inter-impérialistes. Le révisionnisme moderne, qui est devenu dominant dans le mouvement ouvrier depuis Khrouchtchev, a réussi jusqu'ici à empêcher les révolutions de naître. Le capitalisme ne pourra plus connaître au cours des prochaines années le développement qu'il a connu dans les années 50 et 60 au Canada ainsi que dans les pays impérialistes, et qui lui a permis de calmer les révoltes ouvrières et de contrer le mouvement marxiste-léniniste naissant et encore entaché d'économisme.

Sauf dans la zone du Pacifique, où il progresse quelque peu encore, le capitalisme en Europe, aux États-Unis et au Canada n'aura que plus de misère à offrir à la classe ouvrière. Les marchés ouverts en Europe de l'Est ne seront pas assez sûrs et stables dans un avenir rapproché pour donner une bouffée d'air frais à ces vieux impérialistes essoufflés.

Dans cette perspective, une période d'instabilité économique, sociale et politique s'ouvrira non seulement dans les zones de tempêtes et de révoltes habituelles que sont l'Afrique, l'Asie et l'Amérique latine, mais aussi en Europe, aux États-Unis et au Canada, voire même dans les pays de l'Est. La montée actuelle des nationalismes vise justement à endiguer les rivalités qui se préparent dans les intérêts bourgeois pour la défense de son usine, de sa région et de son pays.

Les conditions objectives pour la révolution socialiste dans le monde sont présentes mais les forces révolutionnaires pour la réaliser encore peu nombreuses. Dans les pays impérialistes, le mouvement ouvrier n'est pas encore revenu de la prospérité qu'il a connue suite à la Deuxième Guerre mondiale et n'arrive pas à rompre avec le tripartisme et la collaboration de classes, même si la misère croît à une vitesse effarante.

Dans les pays pauvres, des révolutions pointent mais elles sont encore peu nombreuses. Il ne semble pas se préparer de guerre inter-impérialiste imminente, mais la crise qui se développe tant dans les pays impérialistes que dans les pays pauvres crée assez de désordre et d'instabilité pour permettre le développement des forces révolutionnaires.

Lutter contre le révisionnisme

Mais il est clair, toutefois, que pour construire un mouvement révolutionnaire victorieux, il faudra mener une lutte idéologique féroce. La social-démocratie, avec l'appui que lui donne le trotskisme, en prenant le pouvoir ici et là, a montré toute sa fourberie ; le révisionnisme n'est pas autant discrédité et est encore énormément présent dans le mouvement ouvrier, tant à l'Est qu'à l'Ouest. Si l'on veut avancer vers des révolutions véritables, il est important d'en faire la critique et de montrer comment il a trompé et trompe encore le mouvement ouvrier.

Malheureusement, il y a actuellement une tendance opportuniste dans le mouvement révolutionnaire qui néglige la lutte contre le révisionnisme pour pouvoir « ratisser plus large ». Il est bien sûr intéressant de constater que des partis qui s'affichent comme étant communistes en URSS atteignent une certaine influence, à tout le moins électorale, parmi les masses. Cela permet de voir que la bourgeoisie ment effrontément quand elle dit que le communisme est mort. Mais si on approfondit les programmes de ces partis, même ceux d'Anpilov ou d'Andreeva qui semblent plus à gauche, on n'y trouve aucune critique sérieuse du révisionnisme. Revenir à « l'époque dorée » de Brejnev et à son « marxisme-léninisme » sclérosé ne saurait nous faire avancer véritablement.

Au niveau international, le Parti du travail de Belgique (PTB) est le principal parti qui se fait le défenseur de cette ligne opportuniste visant à unir tout le monde avant de se démarquer et qui néglige de mettre au cœur de son travail la lutte conséquente contre le révisionnisme moderne, qui a bousillé les révolutions russe et chinoise et a aussi empêché que d'autres révolutions surgissent.

Au Canada, s'unir avec le Parti communiste révisionniste pour mener une campagne électorale commune et même organiser une assemblée conjointe sur la Révolution d'Octobre, comme l'a fait récemment le Groupe communiste ouvrier, renforce dans les faits le révisionnisme plutôt qu'il n'aide à construire un parti qui soit véritablement révolutionnaire.

Dans les années 70, les marxistes-léninistes ont eu le mérite de remettre sur le tapis la nécessité incontournable de la révolution. Leur action a eu un impact important sur le développement de l'unité et de la combativité de la classe ouvrière et des masses populaires au Canada et dans le monde. Issu d'une petite-bourgeoisie qui s'était radicalisée grâce aux luttes de libération nationale et à la combativité des luttes ouvrières des années 60, le mouvement ne put toutefois développer assez loin sa critique du révisionnisme. Cela l'empêcha de s'allier l'avant-garde ouvrière. Seule, la petite-bourgeoisie qui l'animait s'essouffla vite et fit marche arrière. Le mouvement M-L n'avait pas été capable de se donner une assise idéologique assez solide pour résister à l'assaut de la bourgeoisie.

C'est dans ce sens qu'il faut se pencher encore aujourd'hui sur la révolution russe, qui ébranla le monde au début du siècle dans une situation où le capitalisme et la misère des masses étaient dominants partout dans le monde comme aujourd'hui, et se rappeler la lutte idéologique courageuse que dut mener Lénine pour qu'elle se réalise.

L'exemple de la révolution russe

La révolution russe, qui éclata quelque 70 ans après la parution du Manifeste du parti communiste de Marx et Engels, s'appuyait sur les travaux scientifiques de ces deux fondateurs du mouvement communiste et sur l'expérience courte et éphémère de la Commune de Paris de 1871, qu'elle dépassait de beaucoup en envergure : le pouvoir prolétarien réalisé alors à la grandeur d'une ville s'étendait à la Russie sur tout un pays, par surcroît l'un des plus vastes.

Cette révolution qui, selon les mots mêmes du communiste américain John Reed, n'avait pris que 10 jours pour « ébranler le monde » devait continuer à le faire jusqu'à aujourd'hui. Preuve vivante que le socialisme pouvait vaincre, la Révolution d'Octobre, après avoir enflammé et mobilisé les masses ouvrières et paysannes de Russie, allait mobiliser celles du monde entier.

Cette révolution réalisée sous la direction de Lénine devint en quelque sorte la référence de tous les mouvements de lutte dans le monde. Elle inspira les révolutions nationales contre les pays colonisateurs et le combat contre les guerres impérialistes de rapine. C'est à elle qu'on doit aussi l'amélioration des conditions de vie et de travail de la classe ouvrière dans les pays impérialistes. C'est cette révolution et le mouvement communiste qu'elle a inspiré qui en fin de compte ont permis de gagner le peu de civilisation atteinte au XXe siècle, jusqu'à ce qu'elle soit relayée par la révolution de 1949 en Chine qui s'en était inspiré, et surtout par la Grande Révolution culturelle prolétarienne réalisée dans le même pays au début des années 60, toutes les deux sous la direction de Mao.

Comme la Commune de Paris qui avait éclaté sans crier gare et avait surpris tout le monde (Marx y compris, qui s'y rallia et la soutint), la révolution socialiste de 1917 n'allait pas suivre de règle ni le processus mécanique théorisé par Kautsky, le principal dirigeant de la Deuxième Internationale que dut combattre Lénine.

En gestation depuis le XIXe siècle, elle allait éclater à une rapidité étonnante, passant de la révolution bourgeoise en février à la révolution socialiste en octobre. Cela étonna et inquiéta les bourgeoisies qui l'attaquèrent férocement de mille et une manières mais suscita aussi un vif débat chez les révolutionnaires, qui s'est poursuivi jusqu'à aujourd'hui et permet d'ailleurs de distinguer les vrais des faux.

Le fruit d'une lutte idéologique forcenée

Certes, les forces productives étaient peu développées dans la Russie de 1917. Les industries étaient encore peu nombreuses ; l'agriculture, semi-féodale. Depuis l'échec de la révolution de 1905, le prolétariat russe s'était développé à vive allure et, même s'il n'était encore, selon Lénine, qu'une « minorité minime » face à une « majorité paysanne écrasante », il ruait dans les brancards contre la guerre impérialiste et pour le pain. La paysannerie, qui était majoritaire dans l'armée et qui à cette occasion s'était politisée au contact du prolétariat, exigeait aussi la paix et s'appropriait par la force les terres des féodaux d'où le pain pourrait lui parvenir.

Après la chute du Tsar en février, la bourgeoisie avait formé le gouvernement provisoire, pour qui le développement du capitalisme passait obligatoirement par la poursuite de la guerre, donc d'une exigence accrue de sacrifices de la part du peuple, et le soutien aux féodaux contre la paysannerie pauvre en lutte.

Ce programme bourgeois divisait le mouvement ouvrier. Les mencheviks (droitiers) et les socialistes-révolutionnaires (gauchistes) appuyèrent le gouvernement provisoire alors que Lénine convainquit le Parti bolchévik de l'incapacité de la révolution bourgeoise de résoudre les contradictions en faveur du peuple et de la nécessité d'enclencher immédiatement la révolution socialiste pour y arriver.

Les mencheviks considéraient que seule la révolution bourgeoise pouvait développer les forces productives, et qu'il fallait donc la soutenir malgré tout. D'ailleurs, on utilise parfois cet argument encore aujourd'hui chez les opportunistes de droite pour chercher à démontrer que la Révolution d'Octobre ne fut que bourgeoise. Les socialistes-révolutionnaires prétendaient quant à eux que les communautés de paysans pauvres dans les campagnes développaient spontanément un communisme qu'on pouvait parfaire en soutenant le gouvernement provisoire.

Lénine avait déjà démontré la pauvreté des analyses des socialistes-révolutionnaires dans son livre sur Le capitalisme en Russie. Selon lui, le capitalisme qui se développait en Russie avait beaucoup d'emprise sur les communautés paysannes pauvres.

Au moment de la Révolution d'Octobre, Lénine va s'attaquer principalement aux points de vue opportunistes de droite défendues par les mencheviks. Alors que les socialistes-révolutionnaires (gauchistes) ne se servaient aucunement du marxisme pour asseoir leur analyse, les mencheviks s'en servaient comme un dogme plutôt que comme un guide pour l'action. Ils ne pouvaient voir que la situation en Russie était le résultat de la lutte des classes. Le capitalisme était impuissant face aux contradictions de classes vécues alors. La révolution bourgeoise était incapable de donner la paix, le pain et la terre pour répondre aux aspirations du peuple russe. Seul le prolétariat pouvait faire cela en prenant le pouvoir et en construisant le socialisme.

Mao et la Révolution d'Octobre

Les opportunistes de tout acabit se sont embourbés et s'embourbent encore en parlant de la Révolution d'Octobre parce qu'ils s'y arrêtent et n'en voient pas l'approfondissement et la continuation qui se sont produits en Chine. On ne peut saisir aujourd'hui ce que fut véritablement la Révolution d'Octobre sans la voir dans cette perspective.

La pesanteur de l'opportunisme dominant depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale empêcha les révolutionnaires du monde de se rallier massivement derrière cette issue révolutionnaire ouverte sur une quinzaine d'années par les deux révolutions chinoises. Depuis la dissolution de la Troisième Internationale, le révisionnisme qu'on qualifie de moderne pour le distinguer du révisionnisme de Kautsky s'était considérablement renforcé dans les partis communistes influents dans le monde, en particulier avec Garaudy du Parti communiste français, Apteker de celui des États-Unis et Ryerson au Canada.

Il était pourtant évident que l'insistance que martelait inlassablement Mao pour installer la politique prolétarienne au commandement durant toute la construction du socialisme et la pratique qu'il suscita en ce sens, de la coopération dans l'agriculture en passant par le Grand bond en avant jusqu'à la Grande Révolution culturelle prolétarienne, étaient tirées directement de la vision léniniste du socialisme et en représentaient une profonde assimilation et une judicieuse synthèse dans ce qu'elle avait de plus essentiel.

Lénine percevait clairement que Kautsky n'avait rien compris à Marx quand il prétendait que le socialisme était un mode de production précis et structuré semblable à ceux qui l'avaient précédé. Lénine y voyait plutôt une période de transition politique dirigée par le prolétariat et sous sa dictature vers l'extinction de toutes les classes, un processus où la lutte des classes prime sur le développement des forces productives et en détermine en quelque sorte le développement par étapes ; un temps où la victoire du prolétariat n'est pas acquise tant qu'on n'atteint pas le communisme (le haut communisme, comme le nommait parfois Marx), une période qui commence en définitive au moment où la bourgeoisie ne peut plus répondre aux aspirations du peuple, ce qui crée alors une situation révolutionnaire.

La construction du socialisme dans la Russie de 1917 et en Chine quelque 30 ans plus tard n'était certes pas une tâche facile puisque dans ces deux pays, la paysannerie était dominante et le prolétariat très peu nombreux, contrairement à ce qui existe dans les pays impérialistes où c'est le prolétariat qui est en majorité. Elle nécessita une lutte idéologique acharnée et nécessite encore plus d'efforts pour qu'on arrive à la comprendre profondément et à en assimiler les fruits judicieux et pleins de saveur qu'on peut en tirer. Lénine, en son temps, eut à combattre le révisionnisme de Kautsky, de la Deuxième Internationale et des mencheviks ; Mao, celui de Khrouchtchev et des économistes Liou et Teng dans son propre parti. Mais c'est à travers cette lutte contre l'opportunisme qu'apparut vraiment ce qu'est véritablement le socialisme.

Après des victoires éclatantes qui ont amélioré le sort des masses les plus pauvres dans ces deux pays, le révisionnisme finit à terme par l'emporter au profit du capitalisme. Le mouvement communiste n'avait pas encore assez mûri dans la pratique la théorie révolutionnaire qui est la sienne.

Le monde doit changer de base

Les révolutions qui ont eu lieu n'ont pas donné les résultats escomptés. Cela est triste, bien sûr. Mais ces révolutions n'ont pas été inutiles. Elles nous ont montré justement comment l'œuvre de Marx était profonde et d'avant-garde, comment elle allait loin dans l'analyse du capitalisme et de l'aliénation qu'il entraîne à travers les rapports sociaux eux-mêmes qu'il met en place.

La religion masquait la réalité sous le féodalisme, elle était quelque chose d'extérieur aux rapports sociaux, et conséquemment plus facilement repérable. Sous le capitalisme, l'idéologie travaille à travers les rapports sociaux. Les rapports marchands et l'accumulation de capital sont bien réels mais ils mystifient en même temps les rapports qui s'établissent entre les êtres humains. C'est de ces rapports dont il faut se défaire, ainsi que de la mystification qu'ils engendrent, pour aller au communisme. Conséquemment, pour y arriver, s'il faut développer les forces productives, il faut aussi briser les rapports sociaux aliénants que ce développement engendre.

Le fonctionnement du capitalisme, qui transforme tout en marchandise et empêche que se nouent des rapports réels entre les être humains, a donné bien du mal aux révolutionnaires. La lecture économiste et humaniste de l'œuvre de Marx que faisaient Kautsky (et la Deuxième Internationale), Trotski (et la Quatrième Internationale) et diverses tendances dans la Troisième Internationale elle-même, a pesé lourd sur le mouvement communiste.

La glorieuse Révolution d'Octobre en URSS en est morte et bien d'autres n'ont même pas pu naître. Partout dans le monde, des luttes ont été bloquées par les tendances économistes et révisionnistes et ainsi, le prolétariat fut invité plus souvent qu'autrement à suivre sa bourgeoisie dans le développement des forces productives, se fermant les yeux sur les rapports de production aliénants que cette stratégie engendrait.

D'autres Révolutions d'Octobre à venir

Quelque 150 ans après la publication du Manifeste du parti communiste, cette bataille pour mener la révolution au Canada et dans le monde est toujours actuelle et ne pourra sortir encore là que d'une lutte idéologique aussi forcenée qu'elle le fut hier contre l'opportunisme, principalement droitier. De la Commune de Paris en passant par la Révolution d'Octobre en Russie jusqu'à la Révolution culturelle en Chine, le mouvement révolutionnaire se retrouve riche d'une pratique approfondie capable de mener le monde au communisme. Alors que les révolutions à Cuba ou au Nicaragua, de même que les tentatives menées au Salvador ou même en Bolivie, empreintes du courage du Che mais toutes menées sous l'emprise du révisionnisme, n'ont fait que semer la confusion.

Pendant que le capitalisme s'embourbe de plus en plus et en de maintes régions du monde et n'arrive plus à répondre aux aspirations minimales des masses, les révolutionnaires doivent tourner tous leurs efforts et leur soutien vers le phare qui luit sous la pesanteur décuplée du révisionnisme, comme en d'autres temps le Parti bolchévik de Lénine et le Parti communiste chinois de Mao ont été des phares qui ont éclairé la voie de la révolution.

Aujourd'hui, ce phare c'est le Parti communiste du Pérou dont la guerre populaire, malgré l'emprisonnement de son président depuis plus de cinq ans, continue à ébranler le Pérou et le monde. C'est là que les révolutionnaires peuvent sûrement trouver la synthèse de la pratique et de la théorie communistes la plus profonde et s'en servir pour réaliser de façon encore plus éclatante, chacun dans leur pays, d'autres Révolutions d'Octobre.

Seule la révolution socialiste peut nous débarrasser de ce capitalisme moribond qui s'abreuve du sang des peuples et des masses travailleuses et nous mener au communisme.

(paru dans la revue Socialisme Maintenant! n° 3)

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