PETITE HISTOIRE D'UNE GRANDE DÉVIATION POLITIQUE
Le révisionnisme, ou la contre-révolution
Qu'est-ce que le révisionnisme ? Lénine nous en disait ceci :
• Le révisionnisme, c'est la révision des principes marxistes que l'on justifie en prétextant de nouvelles circonstances. Dans les faits, c'est une avancée de la bourgeoisie dans les rangs du prolétariat qui vise à diviser le mouvement syndical et politique du prolétariat et qui a pour résultat la scission du socialisme.
Tout au long de l'histoire, le prolétariat a lutté sur trois fronts : théorique, politique et économique ; de cette lutte, on peut dégager les moments forts suivants :
- 1848, le Manifeste du parti communiste de Marx et Engels est élaboré. C'est le fondement du programme du prolétariat.
- 1871, la Commune de Paris est érigée : pour la première fois, le prolétariat prend le pouvoir.
- 1905, c'est la répétition générale de la grande révolution en Russie.
- 1917, c'est le triomphe de la Révolution d'Octobre. La classe ouvrière établit la dictature du prolétariat qui ouvre une nouvelle ère dans l'histoire de l'humanité.
- 1949 : c'est la victoire de la Révolution chinoise, qui établit la dictature démocratique populaire dirigée par le prolétariat. Ce bond du camp de la révolution socialiste va considérablement modifier le rapport de forces entre la bourgeoisie et le prolétariat dans le monde.
Les luttes revendicatives du prolétariat ont créé le syndicalisme et la grève, non seulement comme instruments de lutte économique, mais aussi pour préparer la classe ouvrière aux grandes batailles à venir. Par contre, les liquidateurs, les révisionnistes, les faiblards et les anarchistes comme Georges Sorel (sociologue français, 1847-1922, auteur de Réflexions sur la violence) leur prêtèrent une tout autre signification qui pourrait se résumer ainsi : « avec la grève, on prend le pouvoir ». Lénine a quant à lui établi la nécessité d'établir un parti de type nouveau, pour combattre l'influence liquidatrice du vieux révisionnisme généré par les partis ouvriers embourgeoisés, qui s'appuyaient sur l'aristocratie ouvrière, la bureaucratie syndicale et le crétinisme parlementaire respectueux de l'ordre établi.
Le marxisme fut fondé par Marx. Marx et Engels ont pris ce que l'humanité avait produit de mieux : la philosophie classique allemande, l'économie politique anglaise et le socialisme français, pour fonder l'idéologie du prolétariat. Le marxisme n'aurait pas fait long feu s'il n'avait pas lutté contre les positions erronées qu'il eût à affronter : celles de Proudhon (Pierre-Joseph Proudhon, théoricien socialiste français, 1809-1865), individualiste et anarchiste ; les déviations de droite de Dühring (Eugen Dühring, philosophe et économiste allemand) qualifiées supposément de « créatrices » et avec qui Engels a polémiqué et divergeait totalement ; les positions opportunistes qui ont surgi dans le parti social-démocrate allemand.
Plus tard, le vieux révisionnisme reviendra à la charge, après la mort d'Engels, avec Bernstein et Kautsky (franco-allemand), à qui Lénine a infligé une dure défaite. En résumé, le marxisme à sa première étape, a vu à établir la philosophie marxiste et le matérialisme dialectique, l'économie politique marxiste et le socialisme scientifique. Lénine développera le marxisme et l'élèvera à une seconde étape, le marxisme-léninisme. Cet approfondissement se forgea dans la dure lutte contre le vieux révisionnisme qui niait la philosophie marxiste en se basant sur un néokantisme qui osait placer une limite à la connaissance, et demeurait dans l'ère de l'idéalisme, et non dans celle du matérialisme dialectique.
En économie politique, ces points de vue niaient la paupérisation croissante ; selon eux, l'impérialisme et le capitalisme pouvaient satisfaire les demandes du prolétariat. C'était là nier la théorie de la plus-value et la nature même de l'impérialisme. Au niveau du socialisme scientifique, ils niaient la lutte des classes et la violence révolutionnaire, en propageant plutôt le pacifisme et le crétinisme parlementaire.
À la mort de Lénine, Staline poursuivra la construction du socialisme en URSS pendant 13 ans, luttant contre les déviations de Trotski, Zinoviev et Kamenev jusqu'en 1937.
En Chine, le Parti communiste unifié sous la direction de Mao Tsé-toung, développa le marxisme-léninisme pour élever un cran plus haut la théorie du prolétariat, devenue marxisme-léninisme-maoïsme. Cette tâche fut accomplie au milieu d'une lutte tenace et persistante pour écraser les lignes opportunistes de droite à l'intérieur du Parti communiste chinois, telles celles de Liou Chao-chi, Teng Siao-ping et Houa Kouo-feng. Sur la scène internationale, cette nouvelle avancée permit également de diriger la lutte et de mettre en déroute le révisionnisme moderne, incarné par Khrouchtchev.
En 1948, Tito se démasqua. Les idées de Browder jouèrent également un rôle néfaste contre la révolution. En 1957 et en 1960, les partis communistes et ouvriers se réunirent à Moscou, après le XXe congrès du PCUS, où Khrouchtchev va usurper le pouvoir et attaquer la dictature du prolétariat, sous prétexte de combattre Staline. L'influence soviétique était alors très importante dans le monde et c'est pourquoi les positions adoptées à l'occasion de ces réunions demeurèrent ambiguës. Seuls le Parti communiste chinois et le Parti du travail d'Albanie avaient alors maintenu fermement leurs positions de principes. La position de Mao permit de modifier quelques positions du PCUS. En 1961, le XXIIe congrès du PCUS était convoqué. Ainsi ont été systématisés les principes du révisionnisme moderne.
En conclusion, on peut dire que le révisionnisme :
- s'infiltre dans le mouvement du prolétariat et le divise ;
- représente une négation complète du marxisme, auquel il a substitué une philosophie bourgeoise ;
- nie l'appauvrissement croissant de l'humanité et l'inéluctabilité de l'effondrement de l'impérialisme ;
- tente de détourner et de falsifier le socialisme scientifique ;
- vante le crétinisme parlementaire et le pacifisme ;
- contribue à la restauration du capitalisme et à l'électoralisme bourgeois ;
- glorifie et dirige des luttes armées pour mieux ensuite capituler ;
- jette sans principes les masses contre les masses (les fronts d'autodéfense, les rondes paysannes paramilitaires), sans tenir compte des contradictions ;
- maintient de faux partis communistes qui n'en ont que le nom ;
- participe et cohabite avec les civils et les militaires les plus réactionnaires ;
- vend les ouvriers et trahit les luttes populaires.
En outre, les révisionnistes soutiennent la thèse de Khrouchtchev du « culte de la personnalité », qu'on a utilisée pour combattre Staline, mais qui fut un prétexte pour liquider le point de vue marxiste. En vérité, il s'agissait de combattre la dictature du prolétariat. Gorbatchev n'a été que la continuité de la ligne révisionniste, telle qu'incarnée par les Chinois Liou Chao-chi et Teng Siao-ping.
Sur cette question du culte de la personnalité, la position juste du mouvement communiste a été et est encore :
La révolution, le parti et la classe créent des dirigeants, qui engendrent eux-mêmes une direction qui, selon la nécessité et le hasard historique, nourrissent à son tour une pensée. Il y a une différence de taille qui résulte de cette compréhension : le dirigeant, c'est avant tout un rôle dans l'organisation, dans le parti. Par chef et par direction, nous entendons la reconnaissance de l'autorité du parti dans la révolution, autorité acquise et éprouvée dans une longue lutte, où la théorie et la pratique ont démontré qu'elles étaient capables de mener les masses et de les faire avancer vers la victoire de leur idéal de classe.
Des exemples de groupes révisionnistes en Amérique latine
Durant les années 60, le révisionnisme russe et l'opportunisme trotskiste, de même que d'autres courants bourgeois et contre-révolutionnaires - quelques-uns d'entre eux jouant le rôle d'agents de l'impérialisme yankee ou d'autres puissances - ont infiltré et même dirigé des actions armées, supposément révolutionnaires, dans différents pays d'Amérique latine.
CUBA : a joué un rôle très important au service de l'URSS, non seulement en Amérique latine, mais aussi en Angola, et dans d'autres régions du globe, au Nicaragua, au Salvador, au Guatemala, en Bolivie, au Pérou, au Venezuela. On est passé des mains d'un impérialisme à un autre, d'un « protecteur » à un autre. On a présenté la politique cubaine comme un cas exceptionnel, un « modèle » proprement cubain. Le régime cubain a une lourde responsabilité en Amérique latine, car il a suscité d'immenses espoirs, mais ces espoirs se sont estompés à mesure que le temps a passé, dès le début des années 1970 en fait. Fidel Castro cherchait alors à abandonner la stratégie de la lutte armée, prétendant qu'elle avait échoué. C'était laisser se consumer un feu qu'il avait lui-même allumé.
De démocrate bourgeois qu'il était, Castro est devenu un combattant progressiste, mais il ne fut jamais un marxiste accompli, quoiqu'il ait pu prétendre, et il a toujours menti à son peuple et au monde. Il a utilisé le marxisme après coup, comme une alternative et de manière opportuniste, lorsque le Département d'État des États-Unis lui a tourné le dos. Ce fut seulement alors que Castro et ses acolytes embrassèrent une forme de capitalisme d'État, enrobé de marxisme, tel que mis de l'avant par le XXe Congrès du PCUS en 1956. Aujourd'hui, Castro est allé jusqu'au Vatican pour se mettre à genoux et baiser les mains du pape, lui demandant d'appuyer sa « révolution »... ce qu'il a obtenu ! Castro cherche Dieu et les dollars de l'impérialisme pour sauver Cuba, mais il n'a jamais véritablement cherché le socialisme. Il a imploré l'impérialisme yankee de lui permettre de « réintégrer pleinement la grande famille des nations », ce qui signifie redevenir une colonie parmi les colonies ou semi-colonies des États-Unis en Amérique latine. Il n'a jamais critiqué ou remis en question un des régimes présidentiels, civils ou militaires en Amérique latine.
Ce Castro encourageant la troisième voie, c'est une version rajeunie des différents projets de la petite bourgeoisie pour se substituer au prolétariat comme force dirigeante de la révolution et lui arracher sa direction, préférant s'appuyer bien plus sur un groupe de « héros » petits-bourgeois que sur l'action des masses populaires. La révolution cubaine défendait une forme de guérilla inspirée par le foquisme, par l'action de bandes armées en constant déplacement. On cultiva le spontanéisme, initiant des actions militaires sans tenir compte des conditions politiques et des aspirations des masses. En se situant ainsi au-dessus de la conscience des masses, les dirigeants cubains ont éteint la révolution, de collusion avec les révisionnistes et les trotskistes, et sacrifiant de nombreux combattants qui ont payé de leur sang et qui s'étaient honnêtement engagés dans cette lutte trompeuse dirigée par ces révisionnistes de la troisième voie.
Dans le cas concret du Pérou, Castro s'est complu de manière éhontée en faveur des régimes réactionnaires, civils et militaires. Il a commencé dès le début des années 70, en affirmant avec insolence que s'il était Péruvien, il « appuierait et défendrait le gouvernement militaire du général Juan Velasco Alvarado », un gouvernement tyrannique qui a employé la répression et le crime pour maintenir la bourgeoisie bureaucratique et arrêter la moindre montée de protestation populaire. Le dirigeant cubain a maintenu le même genre de conduite lors de l'arrivée au pouvoir du régime assassin et fasciste de Alan Garcia Pérez ; même lorsque la nouvelle se répandit à l'échelle internationale qu'il était responsable du massacre de 300 prisonniers et prisonnières de guerre, Castro a continué de vanter les mérites de Garcia, le considérant comme un anti-impérialiste. Il a non seulement gardé le silence sur le massacre, mais a continué à promouvoir les voyages amicaux et le bon voisinage entre les deux gouvernements.
COLOMBIE : Six groupes ou mouvements subversifs ont lentement pourri pendant des dizaines d'années d'actions armées, sans avoir jamais réellement menacé le système et la lutte des classes de ce pays. C'est qu'il y manquait une véritable stratégie, celle basée sur l'idéologie du prolétariat. La majorité de ces mouvements n'ont jamais rompu avec les positions révisionnistes qui provenaient du social-impérialisme et qui à l'opposé, cherchaient désespérément à faire alliance avec les forces de la contre-révolution.
L'aspiration principale de ces mouvements était de se faire reconnaître par la communauté internationale comme une force belligérante. Ils parlaient et luttaient pour une ouverture démocratique et pour la « trêve ». C'était une prière adressée aux gouvernements bourgeois pour « humaniser la guerre », comme si on pouvait humaniser la lutte des classes. Pour cela, ils allèrent de dialogues en dialogues, de trêves en trêves, sans direction ni perspectives. Le même scénario s'est répété au Guatemala et au Salvador. Dans ce dernier cas, cela fut encore plus grave, alors que depuis 1984, le Front Farabundo Marti pour la libération nationale (FMLN) survivait en tâchant de négocier la guerre... Le reste est désormais connu : ils ont capitulé pour satisfaire leurs appétits électoralistes, après avoir laissé le peuple salvadorien verser tant de sang héroïque.
NICARAGUA : Plutôt que d'instaurer la dictature du prolétariat, on l'a remplacé par une junte de commandants pluri-classistes (sociaux-démocrates, révisionnistes et pseudo-maoïstes) ; plutôt que d'instaurer un état ouvrier et paysan, on a préféré construire un État « pour toutes les classes ». Ce fut donc une révolution inachevée, car elle visa non pas à détruire le pouvoir de la grande bourgeoisie, mais préféra se contenter d'une opposition anti-somoziste. Et ensuite, avec la pression de la contre-révolution, Ortega a sacrifié le reste pour satisfaire ses ambitions électorales et pour comble, il a perdu ce peuple héroïque au profit de forces plus réactionnaires.
LE MEXIQUE ET L'EZLN : Le 1er janvier 1994, le monde entier a été témoin de la prise d'assaut par l'Armée zapatiste de libération nationale, de trois villes dans l'État du Chiapas au Mexique, dont San Cristobal de las Casas, à quelques kilomètres de Tuxtla Guiterrez. Cette lutte s'est rapidement fait connaître. Les dirigeants se sont soudainement convertis en vedettes de la télé et de la presse internationale, tous déguisés en guérilleros dans le style castriste et livrant des déclarations à qui mieux mieux, posant pour les caméras des touristes, sans que ceux-ci aient peur - si ce n'est que de ne pas pouvoir ramener ces beaux souvenirs mexicains gratuits.
On entendit surtout les déclarations d'un dirigeant appelé sous-commandant Marcos, du genre farceur et vantard, qui a rapidement converti l'histoire en fête mexicaine et est devenu un nouvel objet à commercialiser sur les plages, les préservatifs, les casquettes et pour faire fondre les cœurs des esclaves friands de la télévision et des téléromans. À peine 12 jours après avoir commencé les actions armées, les Zapatistes convainquaient le gouvernement de Salinas de Gotari de s'asseoir et discuter d'un cahier de réclamations et de revendications purement locales. Les observateurs qui se sont rendus sur places, histoire de se convertir en zapatologues, n'ont guère trouvé là de projet politique, de quelque couleur que ce soit. Même en les scrutant à la loupe, ces Zapatistes ne s'accrochaient pas aux jupes des révisionnistes classiques de notre Amérique qui a tant souffert.
Et pour clouer le cercueil, voici la déclaration de Julio Moguel, membre de la coordination des conseillers du EZLN qui est un professeur agrégé de la UNAM, alors qu'il accordait une entrevue, dans le numéro 1017 de la revue mexicaine Proceso, le 29 avril 1996 : « Il y a présentement une grande indignation collective, parce que nous sentons que la délégation gouvernementale se moque de la nature et de l'objectif du dialogue. » Plus loin, il ajoute : « Malgré cela, si à ces indications négatives sur le processus de dialogue, nous répondions par la guerre de basse intensité sur le plan politico-militaire, nous verserions dans la même démagogie et les mensonges que le gouvernement. »
Et pour terminer, se démasquant encore plus : « La perspective des Zapatistes n'est pas d'établir une stratégie pour créer une riposte militaire au gouvernement. Je crois qu'il est clair qu'il y a longtemps que les Zapatistes ont placé leurs perspectives sur le terrain de l'action politique, pas militaire. Et s'il y a une force qui recherche la paix au Mexique, c'est bien l'armée zapatiste. »
En clair, et on peut au moins dire qu'ils sont honnêtes à ce sujet, les Zapatistes ne se camouflent pas sous une quelconque bannière pseudo-marxiste-révolutionnaire, comme les révisionnistes classiques que nous connaissons ; ce type de mouvement réjouit d'ailleurs les esprits plus lucides des réactionnaires comme Yvon Le Bot, un expert français des mouvements de guérilla, qui a vécu et analysé le problème du Guatemala depuis 1970 jusqu'en 1992. À sa grande joie, deux années après qu'il ait écrit sur l'expérience guatémaltèque, les Zapatistes faisaient irruption dans le paysage mexicain. Le premier article de Le Bot à ce sujet fut publié dans le quotidien français Libération et était d'abord très sceptique. Cet observateur craignait que ne se répète le drame du Guatemala. Une alliance audacieuse entre la guérilla marxiste-léniniste, les communautés indigènes, les prêtres, et l'échec de cette alliance qui s'ensuivit, c'était de l'histoire connue : de pactes en alliances, de dialogue en processus de paix... Citons Le Bot : « J'ai constaté rapidement toute la modernité du mouvement zapatiste et j'ai commencé à m'intéresser à ce mouvement. En comparant ce qui s'est passé au Guatemala avec ce qui arrive actuellement au Chiapas on comprend ce que les Zapatistes apportent à la réflexion internationale sur la démocratie. »
Et avant de nous en dire plus sur les Zapatistes, on pose la question suivante : Qu'ont fait ces guérilleros post-modernes ? Réponse : ils ont recouru à la violence, mais uniquement pour soulever des questions importantes sur la place publique, des questions qui n'avaient jamais été prises en compte. Ils prirent les armes pour interpeller le pouvoir, la société civile mexicaine, l'opinion publique internationale. Ils n'obéissaient aucunement à une quelconque logique politico-militaire. Cela ne relevait d'ailleurs pas d'une logique militaire. C'était une guerre symbolique... d'idées. En vérité, on ne sait trop comment l'appeler. C'est une guerre qui n'en est pas une. La véritable guerre n'a duré que douze jours... et s'est ensuite transformée en tout autre chose, en une guerre étrange, où les combattants se sont mis à surveiller et contrôler leur propre violence.
Et Le Bot de conclure en disant : « Beaucoup de guérilleros latino-américains furent scandalisés parce que les Zapatistes n'apparurent finalement que 12 jours, et tout le monde était avec eux. Cela résume selon moi parfaitement bien la situation qui était souhaitée par les Zapatistes : prendre les armes pour rompre le silence. Ce qui est certain, c'est que ces Indiens ne sont pas léninistes. Il ne cherchent pas le pouvoir d'État. Ils ne placent pas le pouvoir au-dessus de tout. Ils ne pensent pas que le pouvoir doit s'exercer d'en haut vers le bas, comme le pense la gauche latino-américaine... C'est ce qui a incité les Européens à tant prendre les Zapatistes au sérieux, et c'est ce qui a tant perturbé la gauche latino-américaine. Ainsi, en Europe, ce qui a attiré l'attention, c'est qu'une guérilla dise explicitement qu'elle n'était pas intéressée à prendre le pouvoir, et qu'elle formait un front et empêchait qui que ce soit intégrant ce front, de présenter des candidatures aux élections. » Le Bot il termine en se réjouissant : « En réalité, je crois que dans le contexte de la politique globale actuelle, la stratégie des Zapatistes est des plus intéressantes. »
En conclusion, en ce qui concerne la situation au Mexique [1], les Zapatistes ne visent pas la prise du pouvoir pour construire le socialisme, ils projettent seulement une sortie arrangée et négociée au grand plaisir des pays impérialistes et des groupes locaux au pouvoir, qui ont vu d'un bon œil ce type de mouvement sans tête et sans voie idéologique. À un point tel qu'on les a reconnus comme des « guérilleros », des « combattants », alors qu'ils ne sont ni l'un ni l'autre.
Par contre, on affuble les véritables révolutionnaires du titre de terroristes, de délinquants subversifs, d'assassins, de sectaires polpotistes... Alors pour leur répondre, ne citons que cette phrase immortalisée par le Don Quichotte de Cervantes : « Sancho, laissons aboyer les chiens, c'est la preuve que nous avançons. »
1) Il y a toutefois d'autres mouvements au Mexique qui ont surgi depuis 1996 et qui ne se reconnaissent pas dans le programme zapatiste de lutte autour de revendications locales, notamment l'EPR (Armée populaire révolutionnaire) à Guerrero, Oxaca, Hidalgo et Michoacan ; le FLPMG (Front de libération des peuples marginaux de Guerrero) ; l'EPM (Armée populaire magoniste) ; et l'ERIP (Armée révolutionnaire d'insurrection populaire).
(paru dans la revue Socialisme Maintenant! n° 3)
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