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La bourgeoisie : une classe puissante à liquider

Le texte qui suit a été présenté en décembre 1999 lors d'un séminaire portant sur l'analyse des classes de la société canadienne, organisé par le groupe Action socialiste et l'équipe du Drapeau rouge. En le publiant, nous souhaitons poursuivre et élargir la discussion au sein du prolétariat sur la voie de la révolution socialiste au Canada, et aider ainsi à jeter les bases à la création d'une organisation communiste combattante à l'échelle du pays.
- Socialisme Maintenant!

Il y a 2 500 ans, un des penseurs parmi les plus incisifs et les plus pénétrants de toute l'histoire politique écrivait avec une assurance de fer et une justesse irréprochable toute l'importance que revêt la connaissance dans l'action. Le chinois Sun Tzu, dans son traité L'art de la guerre, écrivait ceci : « Connais ton ennemi et connais-toi toi même ; eussiez-vous cent guerres à soutenir, cent fois vous serez victorieux. Si tu ignores ton ennemi, et que tu te connais toi-même, tes chances de perdre et de gagner seront égales. Si tu ignores à la fois ton ennemi et toi-même, tu ne compteras tes combats que par tes défaites. »

De Marx à Mao Zedong, toute la science de la révolution s'est construite sur cette nécessité méthodologique de parvenir à une connaissance juste de la réalité pour pouvoir, cela va de soi, changer cette réalité. C'est toute la différence entre le socialisme scientifique de Marx et d'Engels et le socialisme utopique (ainsi que le socialisme vulgaire) qu'ils ont combattu ; entre le marxisme-léninisme et le révisionnisme ; entre le maoïsme et le révolutionnarisme petit-bourgeois.

Mao Zedong, en particulier, a insisté des dizaines de fois sur l'importance, dans toutes les circonstances de la lutte des classes, de ne jamais agir aveuglément, sans une connaissance préalable de la réalité. Son principe fameux : « Sans enquête, pas de droit à la parole » n'est pas qu'un aphorisme plaisant. C'est une commande impérative à tous les communistes et à toutes les communistes. Mao reprochait à nombre de communistes dans son parti d'agir comme « l'homme qui tente d'attraper un oiseau les yeux bandés ou comme l'aveugle qui cherche à saisir un poisson » (Réformons notre étude, 1941).

Ces erreurs et ces faiblesses, à corriger quand elles sont le fait d'individus, sont d'autant plus lourdes de conséquences et d'autant plus négatives lorsqu'elles définissent le programme, la ligne politique ou la stratégie de tout un parti.

« Le parti révolutionnaire est le guide des masses, et jamais révolution n'a pu éviter l'échec quand ce parti a orienté les masses sur une voie fausse. Pour être sûrs de ne pas les conduire sur la voie fausse et de remporter la victoire dans la révolution, nous devons absolument veiller à nous unir avec nos vrais amis pour porter des coups à nos vrais ennemis. Et pour distinguer nos vrais amis de nos vrais ennemis, nous devons entreprendre une analyse générale des conditions économiques des diverses classes de la société chinoise et de leur attitude respective envers la révolution. » (Mao, Analyse des classes de la société chinoise, 1926)

Ce ne serait pas abusif de dire que beaucoup de partis ouvriers dans l'histoire ont subi des revers répétés et ont conduit les masses à de lourdes défaites par défaut d'avoir su apprécié correctement les classes dans la société, et conséquemment d'avoir pu mener une politique correcte tant en direction de l'ennemi de classe, qu'à l'intérieur du camp de la révolution.

Ne pas s'ignorer soi-même, ni ignorer son ennemi (Sun Tzu), sous peine que tous les combats se soldent par des défaites (Salvador, Guatemala, Nicaragua, Palestine, Kurdistan, etc.). Donc, ne pas s'ignorer soi-même, en tant que prolétariat, ni ignorer son ennemi, la bourgeoisie, voilà une chose capitale pour la révolution.

Ignorer, on peut dire que c'est un défaut de connaissance. Mais on peut tout aussi bien dire que c'est une action subjective qui consiste à ne pas voir ; à détourner le regard ; à ne pas considérer les faits matériels, soit dans leur totalité, soit en partie. Mentionnons, à titre d'exemple, que le nationalisme dans les pays impérialistes, et nous sommes bien placés pour le savoir au Canada, constitue peut-être la quintessence même de cette action subjective d'ignorer, qui induit après coup une action politique à l'aveugle, les yeux bandés.

Une autre façon d'ignorer disons sciemment, c'est quand on refuse de reconnaître les faits objectifs qui fondent l'existence des grandes classes sous le capitalisme avancé, la bourgeoisie et le prolétariat. On peut segmenter toute société à partir d'une variété presque infinie de données empiriques et ainsi déterminer tout un nombre de « structures » sociales desquelles les grandes classes au sens du Manifeste de Marx en Engels ont pratiquement disparues.

La bourgeoisie, comme grande classe dominante actuelle, n'est pas réductible juste à son sommet, ni juste à la couche des millionnaires, ni à sa fraction la plus « aristocratique » qui charrie à tous vents un luxe ostentatoire, ni à ses dix ou vingt conglomérats, ni à ses huit, trente ou deux cent familles. Ignorer (ne pas voir) ce qui unit objectivement les différentes couches de la bourgeoisie (le noyau dur monopoliste, les petits et moyens capitalistes, tout l'appareil bureaucratique privé ou public qui regroupe les innombrables « fonctionnaires » du capital), c'est faire reposer sur une base totalement friable la lutte pour le communisme.

On peut surmonter notre défaut de connaissance par l'étude, par l'enquête, par le débat politique, par la liaison avec les masses. C'est le propre de chaque individu de pouvoir passer, par un travail acharné, de l'ignorance à la connaissance.

Mais l'action subjective d'ignorer, quant à elle, doit être combattue politiquement pour ce qu'elle est, c'est-à-dire une intervention de l'idéologie bourgeoise dans - et contre - le processus d'émancipation du prolétariat. Cette action subjective d'ignorer, est commune à la fois à ce que Marx appelait le socialisme vulgaire (le réformisme) ainsi qu'au révisionnisme actuel le plus courant. Il s'agit donc en l'espèce d'une cible prioritaire pour tout travail idéologique visant à dégager le prolétariat actuel de l'emprise politique qu'exerce sur lui la bourgeoisie.

Donnons un seul exemple de ce qui précède. Dans les années 60 au Canada et au Québec, avec la Commission Laurendeau-Dunton, l'étude de John Porter (The Vertical Mosaic, 1965) et d'autres travaux, une grande partie des milieux nationalistes a soutenu que la distribution des classes au Canada suivait à peu de choses près une trame ethnolinguistique, les Canadiens-français figurant avec les autochtones au bas de la « mosaïque verticale » telle que dessinée par Porter. Plusieurs ont parlé des francophones comme d'une nation-prolétaire (dans ces termes ou des termes approchants).

Une quarantaine d'années après, des universitaires de Colombie-Britannique ont revu et corrigé la « Vertical Mosaic » de Porter. Leur étude Does the Vertical Mosaic Still Exist? (Jason Lian et David Ralph Matthews, Canadian Review of Sociology and Anthropology, Vol. 35, n° 4, 1998) en vient à la conclusion, à partir d'une vaste étude statistique, que les Canadiens et Canadiennes d'origine francophone sont maintenant situés au-dessus des Anglo-canadiens et des autres groupes ethniques en terme de revenus. Les autochtones, les noirs, les latino-américains et d'autres groupes d'origines asiatiques figurent quant à eux loin au bas du tableau des revenus.

Faut-il en déduire que la structure de classes au Canada a été complètement renversée en 40 ans ? Bien sûr que non. Dans les années 60, c'est manifestement le courant nationaliste bourgeois qui a utilisé cette illusion empirique (illusion quant à la division des classes dans une société comme la société canadienne) pour promouvoir la priorité à la lutte nationale et ainsi se gagner une hégémonie sur la classe ouvrière du Québec.

Compte tenu d'un tel exemple, nous posons comme question centrale de ce séminaire : quels sont les courants politiques actuels coupables d'ignorer tant l'ennemi (la bourgeoisie) que notre propre classe (le prolétariat), et qui, ce faisant, ...orientent les masses sur une voie fausse (Mao), de telle sorte que nous ne comptions ...nos combats que par des défaites (Sun Tzu) ?

Société civile et lutte démocratique, ou classes sociales et lutte des classes ?

Des secteurs entiers de la sociologie actuelle, ainsi que leurs nombreux succédanés politiques, présentent maintenant les mouvements internes qui agitent chaque société comme étant un face à face entre la société civile et l'État. Il n'est plus rare d'entendre commenter une situation politique ou une autre, une lutte, un mouvement de masse ou une crise quelconque, comme étant l'expression de la société civile. Il est même devenu à la mode de professer des aberrations aussi grotesques que : la société civile pense ceci... ou encore la société civile a dit Non ! Comme si subitement (depuis une quinzaine d'années), un concept chargé de qualifier la réalité pouvait du seul fait d'être prononcé, gommer toute la complexité et toutes les contradictions de cette réalité.

Ainsi, par exemple, dans la dernière année, à propos des manifestations pour la paix en Colombie, il n'a pas été rare d'entendre commenter savamment que toute la société civile était contre la violence, contre la guérilla et la répression, et pour la paix. Quand un journaliste, peut-être un peu trop curieux demandait : oui mais encore, qui organise ces marches à Bogota et ailleurs ? Généralement la réponse était péremptoire : Mais c'est toute la société civile ! En grattant un tant soit peu, on pouvait constater que des groupes de presse, des syndicats, des associations professionnelles, des Églises, des groupes d'entrepreneurs, des partis, des mouvements populaires divers, etc., étaient à un titre ou à un autre réunis dans de telles manifestations.

Ce que le concept de société civile fait, c'est de présenter comme une diversité associative et une pluralité de mouvements, ce qui est d'abord une diversité d'intérêts et une pluralité de classes. Le discours sur la société civile fait disparaître les contradictions entre les classes sociales ; il les gomme, les efface, et introduit à la place un égalitarisme abstrait entre toutes les composantes de la sphère privé (par opposition à l'État). Une Église vaut un syndicat ; une Chambre de commerce, un groupe de citoyens, une association écologique ou un grand journal privé seraient tous au même titre des segments de la dite société civile. Dans les faits, cette manière de voir tend à faire disparaître la question des classes sociales dans la lutte politique, et ultimement dans la conscience qu'ont d'eux-mêmes et d'elles-mêmes les classes exploitées.

Le discours sur la société civile va de pair avec les conceptions selon lesquelles la définition des classes sociales fondée sur des rapports contradictoires aux moyens de productions et à la richesse sociale n'a plus court, et qu'il faut voir et repérer dans la société des structures identitaires multiples : de sexe, ethniques, régionalistes, environnementalistes, Noirs, anti-fumeurs, végétariens, etc. (J. Pakulski et M. Waters, The Death of Class, 1996).

Tout le travail de Marx a consisté à décortiquer justement la société civile et à montrer que le pouvoir politique pouvait être oppresseur parce qu'il reflétait lui-même les antagonismes de la société civile : « La classe laborieuse substituera, dans le cours de son développement, à l'ancienne société civile une association qui exclura les classes et leur antagonisme, et il n'y aura plus de pouvoir politique proprement dit, puisque le pouvoir politique est précisément le résumé officielle de l'antagonisme dans la société civile. » (Karl Marx, Misère de la philosophie, 1848)

Ce concept, que Marx a largement dépassé, existait depuis longtemps et exprimait la montée sociale du libéralisme et de la propriété privée de la bourgeoisie. L'usage a toujours été, dans le marxisme, de montrer la lutte existante dans la société civile, et non pas de revenir à la simple opposition entre société civile et État, puisque le second, même dans ses formes historiques changeantes, est la réalisation de la première.

À trop vouloir utiliser ce concept dans son usage le plus simple et le moins intéressant, on en vient tout simplement à légitimer et à assurer la pérennité du caractère dominant dans chacun des deux termes de cette supposée contradiction société civile/État ; à savoir d'un côté la propriété privée et les rapports de production capitalistes, et de l'autre côté la démocratie bourgeoise limitée.

Il existe bel et bien une unité des deux termes (société civile et État bourgeois) qui est fondée sur l'antagonisme de classe entre le prolétariat et la bourgeoisie, antagonisme (ou contradiction) qui se retrouve dans la sphère dite privée et qui est résumé de la même façon par l'État. Cette contradiction dans la société civile ne se résout que par la conquête par le prolétariat du pouvoir d'État et la destruction de l'État bourgeois, donc par la lutte des classes, qui est fondamentalement une lutte politique.

La lutte sociale profonde

La lutte politique du prolétariat, c'est le long processus historique par lequel le prolétariat devient - ou se réalise en tant que - classe dominante. On ne doit pas chercher à échapper à cette détermination politique qui fait que le prolétariat, tout comme la bourgeoisie le fut longtemps avant lui, est sans cesse une classe en mouvement, une classe qui se réalise, et qui ne sera donc pas à l'arrivée identique à ce qu'elle était au départ. Il ne faut pas se surprendre quand des empiristes, en fixant le prolétariat dans un moment isolé et en le sortant littéralement de son histoire et de son expérience politique, en viennent à considérer qu'il ne correspond décidément pas au profil d'une future classe dominante, comme on dit d'un candidat qui postule pour un emploi donné mais qui ne possède pas les qualifications requises.

Pour le prolétariat, devenir signifie lutter politiquement. Cette lutte se déroule dans des conditions qui ne sont jamais idéales, ni non plus jamais les mêmes d'un pays à l'autre ni d'une période à l'autre. Cette lutte existe du fait de la place qu'occupent les hommes et les femmes à l'intérieur des rapports de production. Lénine a ainsi définit les classes sociales :

« Les classes sont des vastes groupes d'hommes (et de femmes, NDLR) qui se distinguent par la place qu'ils tiennent dans un système historiquement défini de la production sociale, par leur rapport (la plupart du temps fixé et consacré par la loi) aux moyens de production, par leur rôle dans l'organisation sociale du travail et donc, par les moyens d'obtention et la grandeur de la part des richesses sociales dont ils disposent. Les classes sont des groupes d'hommes (et de femmes, NDLR) dont l'un peut s'approprier le travail de l'autre, par suite de la différence de la place qu'ils tiennent dans un régime déterminé d'économie sociale. » (Lénine, La grande initiative, 1919)

Le noyau dur de cette définition, c'est le rapport aux moyens de production. Le revenu (la part des richesses sociales réparties entre les classes) est pour l'essentiel (quoique pas totalement) déterminé par ce rapport aux moyens de production. C'est pourquoi les marxistes-léninistes ne conçoivent la disparition des classes sociales qu'en autant qu'auront été abolies toutes les formes de la propriété privée des moyens de production.

Toutefois, cette appropriation privée des moyens de production n'est pas immédiatement perçue sous le capitalisme, du fait de l'idéologie dominante et du droit en vigueur, comme un facteur d'exploitation, donc d'injustices et d'inégalités.

Dans les périodes où la société bourgeoise est assez forte pour maintenir vivante et solide l'illusion que les travailleurs et les travailleuses reçoivent un salaire qui correspond à la valeur de leur travail (en vérité, le salaire n'est pas le prix du travail, mais celui de la force de travail), elle peut parvenir à atténuer, sinon à faire disparaître la notion même de classes sociales antagoniques, pour plutôt laisser la place dans le discours courant à une ou à des échelles de revenus plus ou moins variables et plus ou moins contraignantes.

Même quand des crises surgissent, quand le chômage augmente et que les salaires chutent, les travailleurs et les travailleuses ne vont pas spontanément accuser le régime de la propriété privée des moyens de production pour le sort misérable qui est généralement le leur. Ils et elles peuvent être amenés-es à croire que c'est uniquement la répartition des revenus qui pose problème, comme si cette répartition de la richesse créée était distincte et séparée du mode sous lequel cette richesse est elle-même produite.

Pour illustrer la première de ces deux situations, on peut mentionner le constat devenu célèbre du sociologue John Porter dans son livre The Vertical Mosaic. Comme on l'a vu précédemment, cette étude sur la société canadienne cherchait à répondre à la question suivante : qui exerce le pouvoir au Canada ? Indépendamment de ses conclusions, Porter trouva remarquable ce qui suit : « One of the most persistent images that Canadians have of their society is that it has no classes. » (John Porter, The Vertical Mosaic, 1965)

Sans doute son propre aveuglement de sociologue non marxiste lui fit-il grossir un peu trop l'illusion qu'il repéra dans la société à l'effet qu'il n'y aurait pas de classes sociales au Canada. Cela est vraisemblable, mais ce n'est pas en soi antinomique de dire que la société est divisée en classes sociales dont les intérêts sont opposés, et que cela constitue un fait objectif, et constater d'autre part, que la majorité des individus répartis dans ces classes n'ont pas la conscience précise de cette division.

Par contre, 35 ans après The Vertical Mosaic, après la crise du milieu des années 70, après les dures récessions du début des décennies 80 et 90 et l'appauvrissement continu des travailleurs et des travailleuses, il y a peu de chance maintenant, quand vous posez la question autour de vous : existe-t-il des classes sociales au Canada ? pour qu'on vous réponde : Non ! le Canada est une société sans classes. C'est un changement significatif qui s'explique par la situation objective de crise du capitalisme.

Pourtant, même alors, la tendance est puissante, le mouvement est spontané qui voit dans la répartition des revenus l'instance qui fonde les classes. C'est ce que Marx a critiqué sous le vocable de socialisme vulgaire : « Le socialisme vulgaire a hérité des économistes bourgeois l'habitude de considérer et de traiter la répartition comme une chose indépendante du mode de production et de représenter pour cette raison le socialisme comme tournant essentiellement autour de la répartition. » (Marx, Critique du programme de Gotha, 1875)

Ce socialisme vulgaire, ou socialisme bourgeois, ou réformisme, est le véhicule des multiples plans de réforme qui foisonnent quand la classe ouvrière est malmenée par la crise : réforme de la fiscalité, allocation universelle, loi anti-pauvreté (l'actualité au Québec est pleine de ces propositions - Michel Chartrand, Vivianne Labrie, RAP, etc.) - qui tournent toutes autour de la répartition, une manière de ne pas porter le combat contre le capitalisme lui-même.

Il faut bien sûr aller au-delà de ce premier muret protecteur qui atténue déjà l'analyse des classes de la société dans ce qu'elle peut avoir de plus dangereux pour l'État lui-même et pour la bourgeoisie. Il faut tirer jusqu'aux racines de l'exploitation si on ne veut pas être pris tout le temps avec de nouvelles repousses.

Tirer jusqu'aux racines, ce n'est pas, peu sans faut, quelque chose de simple. De plus en plus, le discours économique tend à faire disparaître les classes qui sont en lutte sous le capitalisme. Faire disparaître le prolétariat, ça c'est assez classique merci ; et faire disparaître aussi la bourgeoisie, pourquoi pas ? Où est-elle cachée ? Derrière quelles formes juridiques de propriété ? Dans l'État ? Dans les grands monopoles seulement ? Et sous quelles fonctions sociales ?

À la fin des années 70, l'Organisation marxiste-léniniste En Lutte ! avait produit un tableau synthèse sur la répartition des classes sociales au Canada. Pour une population active de 8 639 000 en 1971, En Lutte ! obtenait, à partir de la classification des professions, 2,5 % des actifs dans la bourgeoisie, 31,3 % dans la petite-bourgeoisie et 64 % dans le prolétariat.

Récemment, dans son livre The Canadian Class Structure, Denis Forcese de l'Université Carleton s'appuyait principalement sur la distribution des revenus pour obtenir les grands groupes suivants : une upper class - 1,1 %, une middle class - 26,5 %, une working class - 63,7 % à laquelle il ajoute une lower class - 8,7 % (Denis Forcese, The Canadian Class Structure, 1997).

Une autre étude, plus pertinente que la précédente, est celle de Clement et Myles (Wallace Clement et John Myles, Relations of Ruling : Class and Gender in Post-industrial Societies, 1994). Leur objectif, ont-ils écrit, était d'analyser les formes particulières des rapports sociaux de production dans cinq pays capitalistes avancés (dont le Canada) à la fin du vingtième siècle. Ils n'ont pas a priori examiné les questions relatives aux diverses formes de propriété des moyens de production, mais plutôt la direction (le commandement) des moyens de productions et de la force de travail d'autrui.

Ils définissent les classes sociales de la façon suivante :

La classe des capitalistes et dirigeants (the capitalist-executive class) :

« Capitalists-executives are defined as those who employ on a regular basis three or more people or who command the means of production (make decisions) concerning the number of persons employed, the products made, their amount, methods of production, budget, or distribution, with binding decision-making authority either themselves or as a voting member of a group. Executives must also be located within the top, upper, or at least middle-management levels of their organisations. (...) The capitalist-executive class, then, includes two groups of people. Capitalists are self-employed with three or more employees. Executives are senior managers who make direct decisions about the products or services delivered, the numbers of employes, and budgets. »

La nouvelle petite-bourgeoisie (the new middle class) :

« The new middle class includes those who exercice "control and surveillance" over other employees or play a role in the lower-level management of people and budgets. Control and surveillance is operationalized in terms of the ability to affect the promotion of subordinates, prevent their gaining rises, cause them to be fired or suspended, or issue formal warnings. Lower-level management includes employees below the executive class who make decisions about products or services, numbers of employed, budgets, policies on work performance, or procedures as part of a group or subject to approval. In short, the new middle class includes non executive employees who can impose sanctions on other employees or have some policy-setting authority. »

L'ancienne petite-bourgeoisie (the old middle class) :

« The old middle class is the self-employed with two or fewer employees. »

La classe ouvrière (the working class) :

« The working class has an absence of command over the means of production, labour power of others, or its own means of realizing its labour. »

Cette méthode, centrée sur l'entreprise (ou pour mieux dire, sur la division technique du travail plutôt que sur la division sociale du travail), laisse dans l'ombre certaines autres fonctions qui doivent nécessairement être rattachées à la bourgeoisie ou encore à la petite-bourgeoisie, mais qui ne relèvent pas de façon immédiate de cette division technique du travail (ex. : la direction politique dans l'État et ses appareils, la répression, l'idéologie). On peut présumer aussi qu'elle laisse de côté des groupes entiers du prolétariat qui ne sont pas inscrits de manière relativement stable dans cette division technique.

Par contre, cette étude nous aide à cerner de très près l'ensemble des fonctions (à l'exception, comme on l'a dit, des fonctions politiques et idéologiques) qui commandent l'exploitation de la force de travail, donc qui dirigent l'extorsion de la plus-value et sa répartition.

Les résultats obtenus sont les suivants :

Pour le Canada :
a) la classe des capitalistes et dirigeants 6,2 %
b) la nouvelle petite-bourgeoisie 24,9 %
c) l'ancienne petite-bourgeoisie 11,3 %
d) la classe ouvrière 57,6 %

Pour la Norvège :
a) la classe des capitalistes et dirigeants 6,8 %
b) la nouvelle petite-bourgeoisie 24,8 %
c) l'ancienne petite-bourgeoisie 9,2 %
d) la classe ouvrière 59,3 %

Pour la Suède :
a) la classe des capitalistes et dirigeants 6,6 %
b) la nouvelle petite-bourgeoisie 19,2 %
c) l'ancienne petite-bourgeoisie 6,0 %
d) la classe ouvrière 68,2 %

Pour la Finlande :
a) la classe des capitalistes et dirigeants 7,4 %
b) la nouvelle petite-bourgeoisie 16,3 %
c) l'ancienne petite-bourgeoisie 12,9 %
d) la classe ouvrière 63,3 %

Pour les USA :
a) la classe des capitalistes et dirigeants 10,2 %
b) la nouvelle petite-bourgeoisie 28,3 %
c) l'ancienne petite-bourgeoisie 7,8 %
d) la classe ouvrière 53,7 %

Aux États-Unis, un passage du programme du Revolutionary Communist Party (1981) nous donne une idée assez juste des sections de la bourgeoisie prise dans son ensemble (...as a whole).

Le RCP place au sommet les capitalistes financiers et les grands monopoles : « A small handful who hold the controlling interest in huge monopolies and financial institutions - bank, insurance companies and the large industrial corporations - which completely dominate the economy of the country... » Ils parlent alors de 1 % de la population qui contrôle la moitié des avoirs totaux.

S'ajoutent à ce noyau dur tous les autres capitalistes petits et moyens qui vivent du produit du travail de leurs employés. Le RCP écrit alors : « The bourgeoisie as a whole - including the numerically greater but less dominant and less significant capitalists who do not have controlling interests in monopolies and large financial institutions or major international investments, but who depend for their income on the labor of their employees and accumulate very large sums in the process - will ruthlessly attack any attempt to abolish the system that is based on the exploitation of labor by capital and will tirelessly attempt to restore this system once it has been overthrown ; this class must be violently overthrown and forcefully suppressed by the proletarian revolution and the proletarian dictatorship. »

À cela, le RCP ajoute tout le groupe des agents loyaux de la bourgeoisie (the loyal political agents and enforcers of the bourgeoisie and its dictatorship) : les politiciens bourgeois, les hauts-officiers de l'armée, le sommet de la bureaucratie gouvernementale, les juges, les dirigeants de la police et des prisons ainsi que le sommet des grands syndicats (the labor lieutenants of the capitalist class).

Une organisation marxiste-léniniste italienne, les CARC (Comitati di Appoggio alla Resistenza - per il Comunismo), qui travaille à constituer un nouveau parti communiste révolutionnaire en Italie, a présenté à l'intérieur de son manifeste publié en 1998 une analyse sommaire des classes sociales dans ce pays. Selon elle, l'Italie compterait (sur la population totale du pays et non pas seulement sur la population active) : a) un prolétariat de 36 millions de personnes composé d'une classe ouvrière - ou prolétariat industriel - de 17 millions et d'un prolétariat non industriel de 19 millions ; b) des couches populaires non-prolétariennes (travailleurs autonomes, petits propriétaires, cadres de niveaux inférieurs) de 15 millions de personnes ; c) d'une bourgeoisie de 6 millions. En termes relatifs cela donne pour a) 62 % ; pour b) 25,5 % ; et pour c) 13,5 %.

Il est impossible de juxtaposer tous ces travaux sur les différentes structures de classes à cause bien sûr des méthodes différentes utilisées, et aussi des conceptions politiques qui sont loin d'être toutes les mêmes. À vrai dire, ce n'est pas non plus de la plus haute importance, dans une première étape de discussion, d'obtenir une distribution précise des classes en termes d'effectifs et ce, au centième de point près, car elle pourrait très bien être précise... mais sur le papier seulement.

Dans les faits, à partir de ce qu'on sait déjà, on peut pour l'instant avancer une distribution-type des classes, applicable avec les corrections nécessaires à la plupart des pays impérialistes d'Europe et d'Amérique :

+ ou - 65 % pour le prolétariat ;

+ ou - 30 %

pour la petite-bourgeoisie, artisans, semi-prolétaires, cadres inférieurs, employés professionnels et scientifiques ;

+ ou - 5 %

pour la bourgeoisie ;

Il faut noter que la concentration du capital n'est pas synonyme d'attrition de la bourgeoisie. Celle-ci est une classe plus nombreuse qu'il y a 30 ou 50 ans. Son appareil est plus vaste et plus tentaculaire. Son développement comme classe dominante (donc comme classe parasitaire avec tout ce que cela comporte) continue.

Ce qu'il faut mettre au premier plan à cette étape-ci, ce sont surtout les questions qui surgissent dès lors qu'on veut approfondir notre compréhension des rapports en présence, et ce dans le but bien sûr de balayer un jour toute cette structure de classes imposée à la majorité des hommes et des femmes.

Dans le Manifeste du parti communiste de 1848, Marx et Engels avaient résumé en un bref paragraphe la dynamique des classes sous le capitalisme : « ...le caractère distinctif de notre époque, de l'époque de la bourgeoisie, est d'avoir simplifié les antagonismes de classes. La société entière se scinde de plus en plus en deux vastes camp ennemis, en deux grandes classes qui s'affrontent directement : la bourgeoisie et le prolétariat. »

On pourrait objecter, et certains le font, qu'il n'y a rien de simple dans les rapports entre les classes actuellement, et que de toute façon on ne retrouve pas tel que mentionnées, deux grandes classes s'affrontant directement. Certaines apparences semblent en effet donner tort au Manifeste. Mais quand on gratte un peu, on est amené à adhérer au point de vue du Manifeste.

Marx et Engels n'ont jamais prétendu que les luttes sous le capitalisme, ni les luttes économiques ni les luttes politiques, seraient dorénavant simples et faciles. Ils n'ont pas extrapolé sur les circonstances et les conditions à venir de manière à laisser entendre que les choses seraient aussi simples et agréables que, disons ... un dîner de gala, pour reprendre l'expression bien connue.

Le fait que le déroulement de l'histoire et la lutte du prolétariat soient drôlement compliqués, nul n'étaient mieux placés qu'eux pour le savoir puisqu'ils y ont participé de près, et furent rarement du côté des vainqueurs. Ils réussissaient en même temps à avoir de ces situations immédiates une vue générale suffisamment élevée pour pouvoir arriver aux positions théoriques qui furent les leurs.

Ce que le capitalisme a simplifié, selon Marx et Engels, c'est l'antagonisme entre la classe qui possède les moyens de production et celle qui en est dépossédée, un antagonisme qui est beaucoup plus franc, plus tranché que sous le féodalisme. C'est cet antagonisme à travers les rapports de production qui est plus simple, et non pas les circonstances concrètes de la lutte des uns contre les autres.

Quarante ans après le Manifeste, Engels y a ajouté une note portant sur les classes sociales. Cette note dit : « Par bourgeoisie on entend la classe des capitalistes modernes qui possèdent les moyens sociaux de production et utilisent du travail salarié. Par prolétariat, la classe des ouvriers salariés modernes qui ne possèdent pas de moyens de production et en sont donc réduits à vendre leur force de travail pour pouvoir subsister. » (note à l'édition anglaise de 1888)

Engels montrait fort bien le lieu où se constitue la bourgeoisie moderne, et aussi celui où se constitue le prolétariat moderne. Et on voit tout de suite que c'est au sens strict le même lieu, mais inversé. On ne peut pas avoir plus simple comme contradiction. Beaucoup diront que non. Que Marx et Engels ne pouvaient pas alors envisager que 80 ou 100 ans plus tard, posséder ce ne serait plus vraiment posséder ; qu'il y aurait des sociétés par actions, des entreprises d'État, des Caisses de dépôt, des caisses de retraite qui investissent des milliards $, des Fonds de Solidarité, etc. Or justement, ils ne réduisaient aucunement la possession des moyens de production à la propriété simple.

Dix ans avant d'ajouter la petite note au Manifeste, Engels écrivait dans l'Anti-Dühring (1878) : « L'État moderne, quelle qu'en soit la forme, est une machine essentiellement capitaliste ; l'État des capitalistes, le capitaliste collectif en idée (ce que sont la SGF, la Caisse de dépôt, le Fonds de solidarité, etc.). Plus il fait passer de forces productives dans sa propriété, et plus il devient capitaliste collectif en fait, plus il exploite de citoyens. Les ouvriers restent des salariés, des prolétaires. Le rapport capitaliste n'est pas supprimé, il est au contraire poussé à son comble. »

C'est ce qui a amené les marxistes-léninistes dans les années 70 et 80, en faisant la critique du révisionnisme, à reconnaître que la bourgeoisie se retrouvait à l'extérieur et dans l'État, souvent comme fonctionnaire du capital. L'organisation française Voie prolétarienne a bien décrit cette situation : « Quand les ouvriers d'une entreprise en liquidation se rendent au ministère de l'industrie, ils trouvent en face d'eux des experts du Parti socialiste en cravates. Ces messieurs-là ne sont pas des patrons au sens du XIXe siècle. Mais il se trouve que ce sont eux qui préparent les dossiers et qui décideront en dernière analyse du sort des ouvriers. Dans le sens, bien sûr, de ce qui est rentable et viable dans une économie capitaliste. Les intérêts de tous ces gens-là sont directement ceux de l'impérialisme français. Ce sont des bourgeois, en effet. » (Critique de Lutte ouvrière, 1989)

On a là, rendu à ce niveau de socialisation des forces productives, toute une pléthore d'agents, de fonctionnaires et de loyaux serviteurs du capital, qui peuvent tout aussi bien être dans l'État ou dans d'autres institutions publiques. Ils font partie de la bourgeoisie d'un pays comme la France, les États-Unis ou le Canada.

Pour schématiser, disons qu'ils constituent un troisième groupe au sein de la bourgeoisie. Le premier groupe - le noyau dur - c'est la grande bourgeoisie des monopoles, le capital financier, les « grandes familles » et les conglomérats. Le deuxième groupe, c'est l'ensemble des petits et des moyens capitalistes qui emploient des prolétaires dans la production, les services ou le commerce.

Marx a bien montré qu'il existe une unité entre les capitalistes, peu importe leur taille, une unité qui ne relève pas de leur volonté individuelle. Ils se bouffent entre eux, ils se comportent en faux frères, mais ils n'en constituent pas moins une « franc-maçonnerie vis-à-vis de l'ensemble de la classe ouvrière ». Et ce qui détermine les classes, ce n'est pas l'hostilité des capitalistes entre eux, c'est leur rapport à la classe ouvrière.

Marx écrit : « Chaque capitaliste individuel, tout comme l'ensemble des capitalistes dans chaque sphère de production particulière, participe à l'exploitation de toute la classe ouvrière par l'ensemble du capital et au degré de cette exploitation non seulement par sympathie générale de classe, mais par intérêt économique direct, parce que le taux moyen du profit dépend du degré d'exploitation du travail total par le capital total » (Le Capital, livre 3)

Attaquons le sommet !

Au Canada, la bourgeoisie est une puissante classe dominante.

Elle est constituée par un noyau solide de grands bourgeois impérialistes qui concentrent entre leurs mains la plus grosse part du capital financier. Celui-ci est un des plus concentré au monde. Les cinq plus grandes banques à charte canadiennes contrôlent 77,2 % du marché. Un pour cent des compagnies au Canada (à peu près 930 compagnies sur les 936 900 que comptait le Canada en 1996 - The Globe & Mail, 08/02/99) contrôle 80 % des avoirs.

42 groupes multinationaux sur les 988 multinationales canadiennes (Paul Gorecki, Les multinationales au Canada : caractéristiques et facteurs déterminants, 1992) contrôlent 67,7 % de tous les investissements directs du Canada à l'étranger. Ceux-ci s'élevaient en 1998 à 240 milliards de $ (La Presse, 31/03/99). Cette année-là, pour une sixième année consécutive, en raison d'un grand nombre d'acquisitions, l'actif net des multinationales canadiennes à l'étranger a été supérieur au passif (i.e. aux investissements étrangers au Canada). D'ailleurs, au cours des 25 dernières années, la bourgeoisie monopoliste canadienne s'est considérablement fortifiée. Sur les 250 plus grosses compagnies au Canada, 70 % sont sous contrôle canadien, 19 % sous contrôle américain et 10 % sous contrôle européen ou asiatique (Canadian Review of Sociology & Anthropology, août 1999).

Au noyau principal de la bourgeoisie, se greffent : l'ensemble des petits et moyens capitalistes qui possèdent les moyens de production et utilisent une main-d'œuvre salariée ; les cadres supérieurs ; les propriétaires, les directeurs et les administrateurs des firmes de professionnels dans les services administratifs ; les avocats associés au sein des gros bureaux ; les firmes privées d'ingénieurs ; les juges ; les administrateurs des grands appareils de communication ; les administrateurs et les cadres supérieurs des entreprises d'État (Loto-Québec, Hydro-Ontario, Hydro-Québec, SGF, Société des ports nationaux, Énergie atomique du Canada, etc.) ; la haute fonction publique au niveau fédéral, provincial et municipal ; les officiers supérieurs dans l'armée et la police ; les diplomates ; les dirigeants et organisateurs politiques.

Dans son livre Les classes sociales au Québec, Anne Légaré attribuait à la bourgeoisie une part de 4,9 % des places au sein de la division sociale du travail. Un tel taux, calculé à l'échelle du Canada, aurait sans doute été assez semblable, à quelques dixièmes de point près.

Depuis ce temps, le caractère impérialiste de la bourgeoisie s'est accentué, sa bureaucratie privée et publique également, la « couche immense des rentiers » (Lénine) qui vivent de l'impérialisme s'en est trouvée consolidée, voire même accrue.

Pour Attaquer le sommet !, pour renverser les bases mêmes du système capitaliste, il faut mettre en œuvre une politique qui tirera sa force et sa cohérence, son fondement et sa finalité, de la classe même qui a le plus intérêt à arracher ce renversement, à savoir le prolétariat, et en particulier le prolétariat industriel.

Seul un parti communiste révolutionnaire peut amener le prolétariat, qui existe en soi comme une grande classe en face de la bourgeoisie de par les rapports de production capitalistes, à acquérir aussi une existence politique propre, à agir jusqu'au bout, tel un immense collectif politique prolétarien, dressé contre l'immense capital collectif que représente la bourgeoisie moderne, sa bureaucratie et son État. C'est ce que le Manifeste du parti communiste disait : « ...deux grandes classes qui s'affrontent directement : la bourgeoisie et le prolétariat. »

Vive la révolution communiste !

(paru dans la revue Socialisme Maintenant! n° 5)

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