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[1] Partis politiques officiellement enregistrés, excluant les candidats indépendants ou sans désignation : NPD-Québec, PDS, Parti vert, Parti indépendantiste, Parti humaniste, Mouvement socialiste, PCQ, Parti des travailleurs, PMLQ (ou PCCML), Parti de la souveraineté du Québec. [2] Incluant les sept candidatures indépendantes soutenues par le RAP. Face à des résultats aussi consternants, on aurait pu penser que les protagonistes de la gauche électorale se seraient livrés à un bilan un tant soit peu sérieux. Mais ce ne fut pas le cas. Constatant l'échec spectaculaire du PDS, le RAP, qui considère sans doute s'en être mieux tiré (quoiqu'il ne pourra pas compter éternellement sur Chartrand pour remonter sa moyenne), a simplement décidé de faire cavalier seul et de se constituer lui-même en parti politique légalement reconnu, ce qui devrait être chose faite d'ici la fin de l'année. Le PCQ, de son côté, s'est étonnamment dit satisfait de son ridicule résultat, qu'il juge « très respectable » (La Nouvelle forge, janvier 99). Quant au PDS, sa direction a préféré jeter le blâme sur des facteurs externes (les grands médias nationaux qui l'ont boycotté, ou encore « une absence abyssale de moyens financiers », dixit Marc Bonhomme), sans pour autant expliquer en quoi ces facteurs, qui ne sont pourtant pas nouveaux, ont pu influer cette fois-ci plus que par le passé, ce qui pourrait expliquer la diminution spectaculaire des appuis qu'il a obtenus. Le PDS a également tenté de mettre son échec sur le compte de « la déprime après référendum » qui affecterait toujours « le Québec » (Marc Bonhomme, « Renforcement de la droite et consolidation de la gauche », article diffusé sur le site web du PDS). Un peu comme le PCCML, qui a quant à lui blâmé nommément la classe ouvrière, qualifiée de « passive face à la situation, jouant un rôle fondamentalement apolitique qui, dans les circonstances actuelles, favorise les Libéraux » (« Déclaration du PMLQ sur le résultat des élections au Québec », 04/12/98).
La même vieille sauce réformisteOn doit certes questionner la pertinence pour des partis et des organisations qui se prétendent « de gauche », voire « marxistes-léninistes », de s'accrocher autant à la bouée électorale, alors même qu'un nombre de plus en plus significatif de travailleurs et de travailleuses commencent à voir clair dans l'hypocrisie de la démocratie bourgeoise et en sont justement à rompre avec le parlementarisme.Un coup d'œil sur la campagne électorale qu'ils ont menée et sur le type de conceptions politiques qu'ils ont véhiculées nous permet de voir que leur électoralisme éhonté n'est pas une erreur de parcours et qu'il est tout à fait conforme à leurs orientations fondamentales. En fait, ces partis n'arrivent pas à se voir et à situer leur action dans un cadre autre que celui imposé par le système capitaliste. Leurs programmes, comme tous leurs discours électoraux, n'ont jamais cherché à rompre avec l'idée, erronée, qu'on pourrait faire changer les choses en faisant élire des députés « progressistes » : « Avec le Parti de la démocratie socialiste à l'Assemblée nationale, un développement économique en harmonie avec la protection de l'environnement et de la santé publique est possible » (communiqué du 22/11/98). Tout comme le RAP, le PDS se veut nostalgique de « l'État-providence », de l'époque où le capitalisme était « moins mauvais », plus réglementé, et où l'État faisait contrepoids aux « forces du marché » : « [Le PDS] se veut l'amorce d'un courant cherchant à replacer l'État au service des citoyens et citoyennes » (communiqué diffusé durant la campagne électorale, non daté). Comme si l'État québécois avait déjà été tel... Le PDS peut bien prétendre qu'il mettra en place toutes sortes de mesures pour améliorer le sort du peuple, mais il n'est même pas capable de comprendre ce qu'est l'État, et quel rôle il joue dans la société capitaliste. Il ne voit même pas que l'État a toujours été et est encore au service d'une catégorie bien précise de citoyens et de citoyennes, à savoir la classe des capitalistes qui possèdent les moyens de production, et qu'il n'a jamais été et ne sera jamais au service de « tous les citoyens ». Indépendamment des bonnes intentions d'une certaine couche de militantes et de militants qui gravitent autour de lui, c'est bien là le discours, essentiellement réformiste et social-démocrate, que le PDS a véhiculé tout au long de la dernière campagne électorale - un discours qui en fin de compte n'a pu faire autrement que de renforcer les illusions véhiculées par la bourgeoisie et de ramener vers la politique bourgeoise les travailleurs et les travailleuses qui s'en éloignent. On pourrait d'autre part penser qu'un parti tel le PCQ, désormais dirigé par un petit noyau d'ex-maoïstes repentis, aurait pu mener une campagne électorale moins bête que celle du PDS. Privément, les dirigeants du PCQ, qui cherchent à impressionner les militants moins aguerris en les assénant de leur docte « science », se plaisent d'ailleurs à répéter que leur participation aux élections n'a rien d'électoraliste mais qu'elle vise simplement à « faire avancer les idées communistes » et à promouvoir la nécessité de la révolution. Mais qu'en est-il réellement ? Ce que le PCQ a clairement défendu dans sa plate-forme électorale, c'est l'idée que le socialisme pourra être atteint et développé non pas en détruisant l'État bourgeois, mais simplement en l'utilisant à notre avantage. Le PCQ a répandu l'illusion (et le mensonge) qu'on pourra arriver au socialisme en faisant élire une « majorité progressiste » au parlement, incluant une poignée et députés et/ou de ministres « communistes », comme le fait actuellement son organisation-sœur en France (le PCF) qui « construit le socialisme » de Jospin - un « socialisme » qui n'a pas hésité à bombarder le peuple yougoslave et qui n'hésite pas à déporter les immigrés-es en « situation irrégulière » avec la complicité de cette sorte de « communistes » plutôt étranges issus de la mouvance pro-soviétique ! Loin d'être un appel à renverser le capitalisme, à détruire l'État bourgeois et ses institutions (dont le parlementarisme) et à établir la dictature du prolétariat comme le ferait un véritable programme communiste, la plate-forme électorale du PCQ se voulait simplement « une illustration de ce que notre parti prendrait comme mesures initiales s'il était au pouvoir ». Elle s'inscrivait dans une perspective essentiellement étapiste, i.e. réformiste, de « conquête [...] de tous les leviers politiques et économiques dans ce pays ». La « stratégie révolutionnaire » du PCQ, c'est de prendre le contrôle des institutions bourgeoises une par une - syndicats intégrés à l'appareil d'État, coopératives, municipalités, organismes administratifs, parlements -, puis de les amener à implanter sa « liste d'épicerie » de revendications qui amélioreront soi-disant le sort du peuple... Dans le bref temps d'antenne que les médias ont dû lui concéder (loi électorale oblige), on a même pu entendre un candidat du PCQ, Sylvain Archambault, déclarer, tel un vulgaire politicien bourgeois, « qu'un gouvernement du Parti communiste s'engage... », suivi d'une liste de revendications plus ou moins pertinentes. Mais le même Archambault n'avait rien à dire sur comment ces mesures allaient être appliquées, sur comment le cours des choses allait pouvoir être renversé (autrement qu'en élisant des députés communistes et... en leur faisant confiance). Mais en quoi tout cela diffère-t-il des promesses électorales auxquelles nous ont habitué tous les politicailleurs bourgeois ? Heureusement, à en juger par les résultats obtenus par le PCQ, on voit bien que les travailleurs et les travailleuses n'y ont pas cru une miette...
Une stratégie vouée à l'échecLa gauche officielle québécoise a déjà les yeux tournés vers les prochaines élections. Elle se refuse à faire le bilan de ses échecs, que certains choisissent même de nier, carrément. [3] Mais réalistement, et même si le RAP semble pour l'instant vouloir faire cavalier seul, elle ne pourra espérer obtenir quelque résultat significatif que ce soit (dans la mesure, évidemment, où pour elle, seul compte le nombre de votes qu'elle récoltera la prochaine fois) sans en arriver à une plus grande unité.C'est d'ailleurs là le point de vue qu'on retrouve dans le Rapport politique présenté au XIIIe congrès du PCQ, tenu en décembre dernier : « Pris isolément, le score électoral de chaque formation et chaque candidat et candidate de gauche lors des dernières élections provinciales peut paraître décourageant. Par contre, si on combine tous ces scores ensemble, il apparaît alors concevable que les forces de gauche pourraient sortir du carcan de marginalité qui les suit depuis déjà trop longtemps. » Mais une telle unité, si elle s'impose pour la gauche officielle, ne sera malgré tout jamais suffisante. Là-dessus, les bonzes du PCQ sont encore trop optimistes - ou alors c'est qu'ils sont très faibles en maths ! Car en additionnant simplement les résultats infinitésimaux obtenus par les partis de gauche au dernier scrutin, on n'obtiendra, en fin de compte, qu'un résultat... microscopique, qui ne pèsera d'aucun poids sur la scène politique. À moins que... À moins que la bourgeoisie québécoise, soudainement, fasse sienne la proposition qui recommence à circuler dans certains milieux, en faveur de l'établissement d'un mode de scrutin proportionnel, grâce auquel les petits partis pourraient jouer un rôle plus actif sur la scène politique, i.e. participer à des alliances, menacer de faire ou de défaire les gouvernements, monnayer leur soutien à tel ou tel parti en échange de quelque strapontin, et ainsi de suite, selon le modèle qu'on connaît déjà dans quelques pays d'Europe. C'est ce que défend notamment un dirigeant du RAP, Paul Cliche, qui vient de faire paraître un livre sur le sujet. [4] Le problème, c'est qu'on ne voit pas très bien ce qui motiverait la bourgeoisie à mettre en place un tel mécanisme. D'abord parce que pour elle, le mode de scrutin actuel ne fonctionne pas si mal. Mais surtout, parce que la situation sociale et politique qui prévaut actuellement est relativement calme (on peut certes le déplorer, mais c'est tout de même un fait). L'utilité historique de la social-démocratie et des « alternatives de gauche » qui se situent dans le cadre du capitalisme et qui cherchent à en atténuer les « excès », c'est justement de prévenir le développement d'une crise sociale, de servir de soupape à la révolte des masses. La bourgeoisie ne souhaite pas toujours l'émergence de ce genre d'alternative mais elle sera toujours prête à s'en accommoder, voire à la promouvoir, si cela lui est nécessaire pour maintenir son pouvoir. Peut-on raisonnablement croire que la bourgeoisie ait aujourd'hui besoin, à tout prix, du RAP, du PDS et du PCQ pour maintenir son statut de classe dominante au Québec ? Sans vouloir vexer nos amis de la gauche officielle, nous devons leur dire qu'ils ne sont pas à la veille de voir leurs déclarations largement reprises dans la presse écrite, ni leurs visages apparaître en manchette au téléjournal de Stéphane Bureau ! Leur insignifiance politique actuelle ne le justifierait pas. Dans ce contexte, on peut penser que leurs tentatives débridées d'obtenir le succès électoral les conduiront nécessairement à se déplacer toujours un peu plus vers la droite. Question d'être plus « crédibles », de ne pas « effrayer les masses », de se « mettre à leur niveau », de franchir un « premier pas », etc. Sauf qu'en suivant cette trajectoire, les partis de la gauche officielle seront quand même toujours perdants. Car règle générale, les masses ont montré qu'elles préféraient toujours l'original à la copie : au PCQ, elles vont préférer le PDS, ou le RAP ; et à ceux-ci, elles vont encore préférer le PQ... Au moment où des dizaines de milliers de travailleurs et de travailleuses rejettent la politique bourgeoise ; alors que des centaines de milliers de jeunes, de prolétaires exploités-es, ont déjà « décroché » de ces piliers de l'idéologie bourgeoise que sont l'électoralisme et le parlementarisme, nous devons, contrairement à ce que fait la gauche officielle, développer et mettre de l'avant des perspectives qui iront dans le sens d'approfondir cette rupture, et non de l'empêcher. C'est le sens des propositions que le groupe Action socialiste met actuellement de l'avant et des discussions qu'il souhaite initier parmi la classe ouvrière sur la voie de la révolution au Canada. À nous, tous et toutes, d'y participer, et de contribuer ainsi au développement d'une vraie alternative.
2) À noter que le même Biron a été démasqué, durant la campagne électorale, comme étant un important dirigeant du mouvement « pro-vie » opposé au libre choix des femmes en matière d'avortement ! 3) Ainsi, cette déclaration du chef du PDS, Paul Rose, au lendemain du dernier scrutin : « Nous, du PDS, sommes fiers de la campagne que nos candidates et candidats ont menée sur le terrain [...]. Une telle présence de la gauche est un fait marquant de cette élection. » Tellement marquant que personne ne l'a remarqué... 4) Cliche, Paul, Scrutin proportionnel : pour réduire le déficit démocratique, Montréal, Éd. du Renouveau québécois, 1999. (paru dans la revue Socialisme Maintenant! n° 5) |
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