Actualités Présentation Programme Revue Arsenal Autres documents

Vers une « alternative politique de gauche » au Québec ?

La course folle vers l'électoralisme

Depuis les dernières élections provinciales tenues en novembre 1998, la gauche officielle québécoise n'a cessé d'accélérer sa course vers la création d'une nouvelle « alternative politique de gauche ». C'est à qui, du Parti de la démocratie socialiste (PDS) ou du Rassemblement pour une alternative politique (RAP), arrivera à se positionner à la tête de cette énième « recomposition politique » qui s'opère actuellement dans les milieux de la gauche traditionnelle.

Pour l'instant, le RAP, qui s'apprête à se transformer officiellement en parti, dispose d'une bonne longueur d'avance sur le PDS, qui ne semble pas s'être encore tout à fait remis du résultat désastreux qu'il a enregistré au dernier scrutin. Quant au vieux Parti communiste du Québec (PCQ), qui court pas mal moins vite et qui reste donc loin derrière les deux grandes formations de gauche (si tant est qu'on puisse utiliser ce terme pour qualifier le PDS et le RAP), les héritiers des révisionnistes soviétiques en sont réduits à mener une lamentable opération de séduction pour éventuellement tenter de convaincre les bonzes du PDS et/ou du RAP de leur laisser une petite place auprès d'eux, au point d'envisager mettre en veilleuse leur position traditionnelle sur la question nationale québécoise.

Cela dit, toutes ces organisations foncent actuellement visière baissée ; peu d'entre elles ont pris la peine de se demander s'il y avait réellement place pour un projet tel que le leur. En fait, on semble prendre pour acquis qu'il doit nécessairement y avoir, au Québec, une « alternative de gauche » de type social-démocrate, comme on en retrouve dans la plupart des pays capitalistes industrialisés. Sans toutefois se demander quelle pourrait bien être son utilité réelle, dans le contexte qui est le nôtre.

Mais avant de regarder un peu plus ce qui se trame de ce côté, revenons brièvement sur les résultats du dernier scrutin.

Hausse du taux d'abstention, les deux grands partis nez-à-nez : la bourgeoisie québécoise politiquement désorientée

Les dernières élections ont clairement fait ressortir les difficultés et les divisions politiques que connaît la bourgeoisie québécoise. Ses deux principaux partis, PQ et PLQ, ont en effet terminé pratiquement nez-à-nez, obtenant respectivement 42,4 % et 43,1 % du vote exercé [1]. Par le jeu du système uninominal à un tour, c'est toutefois le Parti québécois qui a remporté le plus grand nombre de sièges, même s'il est arrivé deuxième en terme d'appui populaire.

Le PQ a donc été réélu pour un deuxième mandat. Mais sa légitimité fut d'entrée de jeu entachée par le faible résultat qu'il a obtenu. Un an plus tard, il serait certes encore fort téméraire de sa part de prétendre jouir d'un appui solide parmi la population, non seulement quant à son projet de souveraineté mais même sur quelque question que ce soit.

Malgré une campagne électorale fort démagogique menée de telle sorte à se présenter comme étant plus compatissant que son principal adversaire à l'endroit des démunis-es, et malgré le fait qu'il a pu encore une fois compter sur l'appui de ses alliés dans les mouvements ouvrier et populaire, le PQ est loin d'avoir réussi à obtenir le soutien de la population laborieuse.

Un des faits saillants du scrutin reste plutôt la baisse du taux de participation, qui est passé de 81,6 % en 1994 à 78,3 % et ce, malgré le fait que ces élections aient été présentées comme étant ni plus ni moins que le « combat du siècle » au Québec, mettant aux prises les deux leaders les plus charismatiques que la province ait connus depuis René Lévesque. Si on additionne les votes nuls aux abstentions, ce sont donc près d'1,2 million de personnes qui ont boycotté les partis et les candidats officiels, soit 22,6 % du total des électeurs inscrits.

Cette progression significative du nombre d'abstentions doit être mise en parallèle avec les résultats des dernières élections fédérales, tenues en 1997, où là aussi le nombre de votants-es avait chuté de 3,5 %, s'ajoutant à une baisse antérieure de plus de 5 %, quatre ans plus tôt. Sans vouloir tirer des conclusions trop hâtives, il semble bien qu'on assiste présentement à une certaine tendance à la désaffection d'une partie croissante de l'électorat envers le processus politique vicié contrôlé par la bourgeoisie.

Autre fait intéressant, les comtés où la composition prolétarienne est la plus poussée sont aussi parmi ceux qui ont enregistré les taux d'abstention et d'annulation combinés les plus élevés. Mentionnons, parmi d'autres, les comtés de Sainte-Marie-Saint-Jacques (33,5 %), d'Hochelaga-Maisonneuve (33,1 %), de Saguenay (31,1 %), de Matane (27,9 %) et de Taschereau (27,4 %).

Dans ce contexte, la déconfiture tout à fait spectaculaire, sur laquelle nous reviendrons plus loin, des différentes « alternatives de gauche » qui ont choisi de participer aux élections est encore plus significative. Ceux et celles qui, comme nous, ont maintenu une position de principe et ont appelé à boycotter les élections, sous une forme ou une autre (abstention ou annulation), ont certes eu parfaitement raison de le faire.

Prenant le relais des principaux porte-parole de la gauche officielle, certains commentateurs politiques n'ont d'ailleurs pas manqué de manifester leur inquiétude devant la désaffection d'un nombre toujours croissant de personnes envers la « chose publique ». Mais on ne peut honnêtement prétendre que les gens, et en particulier les travailleuses et les travailleurs, qui refusent de participer plus longtemps au cirque électoral bourgeois se ferment ainsi à toute possibilité de faire de la politique.

De fait, il existe bel et bien un phénomène de rejet d'un certain type de politique - la politique électoraliste, et en particulier la politique bourgeoise corrompue -, qui est loin de signifier le rejet de toute politique. Pour nous, ce phénomène ne constitue pas un recul, mais bien plutôt un pas en avant. Un pas en avant sur lequel il faut d'ailleurs s'appuyer pour faire naître une autre politique - une politique révolutionnaire et anticapitaliste authentique. Ceux qui déplorent cette désaffection sont soit ceux qui ont intérêt à préserver le statu quo ; ou bien il s'agit de gens qui se font encore des illusions sur ce qu'est réellement la démocratie bourgeoise, et qui les propagent.

Alors donc, on se retrouve maintenant au Québec dans une situation où le parti au pouvoir apparaît comme étant drôlement sur la défensive. Depuis sa réélection, le PQ en a arraché plus souvent qu'autrement, comme en témoignent le cafouillage qui s'est produit à Emploi-Québec, sa gestion lamentable du réseau hospitalier, la préparation totalement ratée du Sommet du Québec et de la jeunesse, etc. Tout ça, en dépit du fait qu'il n'a pas eu à faire face à beaucoup d'opposition, le soutien du mouvement syndical et d'une large partie du mouvement populaire lui étant toujours acquis.

Même ses tentatives visant à reconstituer la « grande union nationale » qui lui a si bien servi au référendum de 1995, notamment suite au dépôt du projet de loi fédéral sur la « clarté référendaire » en décembre dernier, se sont avérées vaines. Ses « alliés naturels » (ceux qui lui sont automatiquement gagnés d'avance) ont suivi, mais la grande majorité de la population est restée indifférente au chant des sirènes péquistes.

Depuis plusieurs années, le PQ et le PLQ représentent tous deux les intérêts de la bourgeoisie nationale québécoise qui a cherché et réussi pour une large part à prendre sa place au sein de la bourgeoisie impérialiste canadienne. Le PQ se distingue du PLQ en ce qu'il va jusqu'à soutenir la création d'un nouvel État séparé au Québec, dont il a néanmoins toujours souhaité qu'il demeure « associé », d'une façon ou d'une autre, avec le reste du Canada. Tous deux sont les partis de la « révolution tranquille », i.e. du développement et du renforcement de l'appareil d'État provincial au service de la bourgeoisie « bien de chez nous ». Tous deux ont également joué à tour de rôle la carte du nationalisme, même s'ils l'ont fait à des degrés différents, tant pour augmenter leur rapport de force face à Ottawa que pour domestiquer la population québécoise.

Le problème national québécois étant désormais pour l'essentiel réglé (en ce sens que les principaux facteurs de discrimination à l'endroit des Québécois francophones sont circonscrits et neutralisés et que la bourgeoisie nationale dispose d'à peu près tous les mécanismes dont elle a besoin pour assurer son épanouissement et sa domination), le PQ, tout comme le PLQ dans une certaine mesure, se voit forcément obligé de se réorienter et de trouver une nouvelle raison d'exister. D'autant plus qu'il apparaît maintenant de plus en plus évident qu'il ne réussira jamais à rallier un pourcentage suffisant (une majorité claire !) de la population québécoise qui rendrait possible la réalisation de son projet de création d'un État séparé.

Si on peut parler de « recomposition politique », c'est donc au sein même de la classe dominante que cela se produit. Dans ce contexte, les appels au ralliement derrière tel ou tel parti bourgeois sont appelés à se multiplier. Comme travailleurs et travailleuses, il nous faut donc plus que jamais refuser la collaboration de classes et rejeter toute tentative visant à nous embrigader pour des intérêts qui ne sont pas les nôtres. En particulier, nous devons considérer que comme tous les lieux et les mécanismes de concertation, les élections ne constituent d'aucune manière un moyen par lequel on puisse exprimer nos besoins et faire avancer notre combat.

Un résultat lamentable pour les « petits partis »

Quelques semaines à peine avant la tenue du dernier scrutin, la situation paraissait meilleure que jamais pour tous ceux qui aspirent à l'émergence d'une « alternative de gauche » au Québec. Le PQ au pouvoir souffrait du discrédit lié aux mesures qu'il a mises en place durant son premier mandat (notamment l'infâme politique du « déficit zéro »), l'opposition officielle était pour le moins peu attirante - bref, tout semblait concourir à ce qu'enfin !, la « gauche » puisse atteindre un score respectable.

C'est sans doute ce qui a conduit le PDS, pour un, à présenter des candidates et candidats dans pas moins de 97 circonscriptions (sur un total de 125). Le parti dirigé par l'ex-felquiste Paul Rose tentait ainsi de s'établir comme parti « national », et de prendre de court son frère ennemi du RAP (ce qu'il a de ce fait en partie réussi). Beaucoup plus modeste, ce dernier s'est contenté de seulement sept candidatures, incluant toutefois celle, hautement médiatisée, de l'ancien syndicaliste Michel Chartrand dans le comté de Jonquière. Quant au PCQ et à l'ineffable PCCML (qui se présente aux élections provinciales sous la bannière du « Parti marxiste-léniniste du Québec »), ils ont présenté deux fois plus de candidats qu'à l'habitude, afin de se conformer aux nouvelles dispositions de la loi électorale qui exigent un minimum de 20 candidatures, plutôt que 10 comme c'était le cas par le passé, afin qu'un parti puisse continuer à être légalement reconnu comme tel.

Toutefois, et alors que tous les espoirs leur étaient permis, les petits partis de gauche se sont lamentablement écrasés. Les 97 candidates et candidats du PDS n'ont au total amassé que 24 097 voix, soit 0,73 % du vote exercé dans les circonscriptions où elles et ils se sont présentés-es (ou 248 votes par candidat-e). Quatre ans plus tôt, les 41 candidats et candidates du NPD-Québec (l'ancêtre du PDS) avaient récolté 33 269 votes, soit 811 par candidat-e.

Les quelques « candidats-vedettes » du PDS ont eux aussi enregistré des résultats désastreux. Ce fut le cas de Jacques Rose, dans Bertrand (0,37 %) ; de sa sœur Lise, dans Bellechasse (0,77 %) ; du secrétaire du parti, l'ancien maoïste Marc Bonhomme, dans Hull (0,90 %) ; de Paul Biron - le frère de l'ancien ministre péquiste et chef de l'Union nationale -, dans Lévis (0,62 %) [2] ; et même du sculpteur Armand Vaillancourt, dans Outremont, qui malgré sa grande notoriété n'a pu faire mieux qu'un score de 1,70 %.

De leur côté, et exception faite de la candidature de Michel Chartrand dans Jonquière, les six autres candidate et candidats soutenu-e-s par le RAP n'ont guère fait mieux que leurs camarades du PDS, obtenant 0,90 % du vote exprimé. Quant au PCQ et au PCCML, ils ont tous deux fait le même score (0,35 %), ce qui les place au dernier rang du scrutin, loin derrière le Bloc Pot (le parti favorable à la légalisation de la marijuana) et le « Parti de la loi naturelle » du Mahareshi Mahesh Yogi...

Le tableau suivant montre bien l'ampleur de la déroute de la gauche officielle québécoise :

Évolution du vote des partis de gauche ou apparentés [1]
ÉLECTIONS PROVINCIALES (1985-1998)

Année Nombre de
candidatEs
Nombre de
voix obtenues
Nombre de votes
par candidatE
Pourcentage du vote
total exercé
1985
176
108 317
615
3,1%
1989 182 126 539 695 3,6%
1994 94 46 537 495 1,2%
1998 141 28 957 205 0,7%
1998 [2] 148 35 611 241 0,9%

[1] Partis politiques officiellement enregistrés, excluant les candidats indépendants ou sans désignation : NPD-Québec, PDS, Parti vert, Parti indépendantiste, Parti humaniste, Mouvement socialiste, PCQ, Parti des travailleurs, PMLQ (ou PCCML), Parti de la souveraineté du Québec.

[2] Incluant les sept candidatures indépendantes soutenues par le RAP.

Face à des résultats aussi consternants, on aurait pu penser que les protagonistes de la gauche électorale se seraient livrés à un bilan un tant soit peu sérieux. Mais ce ne fut pas le cas.

Constatant l'échec spectaculaire du PDS, le RAP, qui considère sans doute s'en être mieux tiré (quoiqu'il ne pourra pas compter éternellement sur Chartrand pour remonter sa moyenne), a simplement décidé de faire cavalier seul et de se constituer lui-même en parti politique légalement reconnu, ce qui devrait être chose faite d'ici la fin de l'année.

Le PCQ, de son côté, s'est étonnamment dit satisfait de son ridicule résultat, qu'il juge « très respectable » (La Nouvelle forge, janvier 99). Quant au PDS, sa direction a préféré jeter le blâme sur des facteurs externes (les grands médias nationaux qui l'ont boycotté, ou encore « une absence abyssale de moyens financiers », dixit Marc Bonhomme), sans pour autant expliquer en quoi ces facteurs, qui ne sont pourtant pas nouveaux, ont pu influer cette fois-ci plus que par le passé, ce qui pourrait expliquer la diminution spectaculaire des appuis qu'il a obtenus.

Le PDS a également tenté de mettre son échec sur le compte de « la déprime après référendum » qui affecterait toujours « le Québec » (Marc Bonhomme, « Renforcement de la droite et consolidation de la gauche », article diffusé sur le site web du PDS). Un peu comme le PCCML, qui a quant à lui blâmé nommément la classe ouvrière, qualifiée de « passive face à la situation, jouant un rôle fondamentalement apolitique qui, dans les circonstances actuelles, favorise les Libéraux » (« Déclaration du PMLQ sur le résultat des élections au Québec », 04/12/98).

La même vieille sauce réformiste

On doit certes questionner la pertinence pour des partis et des organisations qui se prétendent « de gauche », voire « marxistes-léninistes », de s'accrocher autant à la bouée électorale, alors même qu'un nombre de plus en plus significatif de travailleurs et de travailleuses commencent à voir clair dans l'hypocrisie de la démocratie bourgeoise et en sont justement à rompre avec le parlementarisme.

Un coup d'œil sur la campagne électorale qu'ils ont menée et sur le type de conceptions politiques qu'ils ont véhiculées nous permet de voir que leur électoralisme éhonté n'est pas une erreur de parcours et qu'il est tout à fait conforme à leurs orientations fondamentales. En fait, ces partis n'arrivent pas à se voir et à situer leur action dans un cadre autre que celui imposé par le système capitaliste.

Leurs programmes, comme tous leurs discours électoraux, n'ont jamais cherché à rompre avec l'idée, erronée, qu'on pourrait faire changer les choses en faisant élire des députés « progressistes » : « Avec le Parti de la démocratie socialiste à l'Assemblée nationale, un développement économique en harmonie avec la protection de l'environnement et de la santé publique est possible » (communiqué du 22/11/98).

Tout comme le RAP, le PDS se veut nostalgique de « l'État-providence », de l'époque où le capitalisme était « moins mauvais », plus réglementé, et où l'État faisait contrepoids aux « forces du marché » : « [Le PDS] se veut l'amorce d'un courant cherchant à replacer l'État au service des citoyens et citoyennes » (communiqué diffusé durant la campagne électorale, non daté). Comme si l'État québécois avait déjà été tel...

Le PDS peut bien prétendre qu'il mettra en place toutes sortes de mesures pour améliorer le sort du peuple, mais il n'est même pas capable de comprendre ce qu'est l'État, et quel rôle il joue dans la société capitaliste. Il ne voit même pas que l'État a toujours été et est encore au service d'une catégorie bien précise de citoyens et de citoyennes, à savoir la classe des capitalistes qui possèdent les moyens de production, et qu'il n'a jamais été et ne sera jamais au service de « tous les citoyens ».

Indépendamment des bonnes intentions d'une certaine couche de militantes et de militants qui gravitent autour de lui, c'est bien là le discours, essentiellement réformiste et social-démocrate, que le PDS a véhiculé tout au long de la dernière campagne électorale - un discours qui en fin de compte n'a pu faire autrement que de renforcer les illusions véhiculées par la bourgeoisie et de ramener vers la politique bourgeoise les travailleurs et les travailleuses qui s'en éloignent.

On pourrait d'autre part penser qu'un parti tel le PCQ, désormais dirigé par un petit noyau d'ex-maoïstes repentis, aurait pu mener une campagne électorale moins bête que celle du PDS. Privément, les dirigeants du PCQ, qui cherchent à impressionner les militants moins aguerris en les assénant de leur docte « science », se plaisent d'ailleurs à répéter que leur participation aux élections n'a rien d'électoraliste mais qu'elle vise simplement à « faire avancer les idées communistes » et à promouvoir la nécessité de la révolution. Mais qu'en est-il réellement ?

Ce que le PCQ a clairement défendu dans sa plate-forme électorale, c'est l'idée que le socialisme pourra être atteint et développé non pas en détruisant l'État bourgeois, mais simplement en l'utilisant à notre avantage. Le PCQ a répandu l'illusion (et le mensonge) qu'on pourra arriver au socialisme en faisant élire une « majorité progressiste » au parlement, incluant une poignée et députés et/ou de ministres « communistes », comme le fait actuellement son organisation-sœur en France (le PCF) qui « construit le socialisme » de Jospin - un « socialisme » qui n'a pas hésité à bombarder le peuple yougoslave et qui n'hésite pas à déporter les immigrés-es en « situation irrégulière » avec la complicité de cette sorte de « communistes » plutôt étranges issus de la mouvance pro-soviétique !

Loin d'être un appel à renverser le capitalisme, à détruire l'État bourgeois et ses institutions (dont le parlementarisme) et à établir la dictature du prolétariat comme le ferait un véritable programme communiste, la plate-forme électorale du PCQ se voulait simplement « une illustration de ce que notre parti prendrait comme mesures initiales s'il était au pouvoir ». Elle s'inscrivait dans une perspective essentiellement étapiste, i.e. réformiste, de « conquête [...] de tous les leviers politiques et économiques dans ce pays ». La « stratégie révolutionnaire » du PCQ, c'est de prendre le contrôle des institutions bourgeoises une par une - syndicats intégrés à l'appareil d'État, coopératives, municipalités, organismes administratifs, parlements -, puis de les amener à implanter sa « liste d'épicerie » de revendications qui amélioreront soi-disant le sort du peuple...

Dans le bref temps d'antenne que les médias ont dû lui concéder (loi électorale oblige), on a même pu entendre un candidat du PCQ, Sylvain Archambault, déclarer, tel un vulgaire politicien bourgeois, « qu'un gouvernement du Parti communiste s'engage... », suivi d'une liste de revendications plus ou moins pertinentes. Mais le même Archambault n'avait rien à dire sur comment ces mesures allaient être appliquées, sur comment le cours des choses allait pouvoir être renversé (autrement qu'en élisant des députés communistes et... en leur faisant confiance). Mais en quoi tout cela diffère-t-il des promesses électorales auxquelles nous ont habitué tous les politicailleurs bourgeois ?

Heureusement, à en juger par les résultats obtenus par le PCQ, on voit bien que les travailleurs et les travailleuses n'y ont pas cru une miette...

Une stratégie vouée à l'échec

La gauche officielle québécoise a déjà les yeux tournés vers les prochaines élections. Elle se refuse à faire le bilan de ses échecs, que certains choisissent même de nier, carrément. [3] Mais réalistement, et même si le RAP semble pour l'instant vouloir faire cavalier seul, elle ne pourra espérer obtenir quelque résultat significatif que ce soit (dans la mesure, évidemment, où pour elle, seul compte le nombre de votes qu'elle récoltera la prochaine fois) sans en arriver à une plus grande unité.

C'est d'ailleurs là le point de vue qu'on retrouve dans le Rapport politique présenté au XIIIe congrès du PCQ, tenu en décembre dernier : « Pris isolément, le score électoral de chaque formation et chaque candidat et candidate de gauche lors des dernières élections provinciales peut paraître décourageant. Par contre, si on combine tous ces scores ensemble, il apparaît alors concevable que les forces de gauche pourraient sortir du carcan de marginalité qui les suit depuis déjà trop longtemps. »

Mais une telle unité, si elle s'impose pour la gauche officielle, ne sera malgré tout jamais suffisante. Là-dessus, les bonzes du PCQ sont encore trop optimistes - ou alors c'est qu'ils sont très faibles en maths ! Car en additionnant simplement les résultats infinitésimaux obtenus par les partis de gauche au dernier scrutin, on n'obtiendra, en fin de compte, qu'un résultat... microscopique, qui ne pèsera d'aucun poids sur la scène politique. À moins que...

À moins que la bourgeoisie québécoise, soudainement, fasse sienne la proposition qui recommence à circuler dans certains milieux, en faveur de l'établissement d'un mode de scrutin proportionnel, grâce auquel les petits partis pourraient jouer un rôle plus actif sur la scène politique, i.e. participer à des alliances, menacer de faire ou de défaire les gouvernements, monnayer leur soutien à tel ou tel parti en échange de quelque strapontin, et ainsi de suite, selon le modèle qu'on connaît déjà dans quelques pays d'Europe. C'est ce que défend notamment un dirigeant du RAP, Paul Cliche, qui vient de faire paraître un livre sur le sujet. [4]

Le problème, c'est qu'on ne voit pas très bien ce qui motiverait la bourgeoisie à mettre en place un tel mécanisme. D'abord parce que pour elle, le mode de scrutin actuel ne fonctionne pas si mal. Mais surtout, parce que la situation sociale et politique qui prévaut actuellement est relativement calme (on peut certes le déplorer, mais c'est tout de même un fait). L'utilité historique de la social-démocratie et des « alternatives de gauche » qui se situent dans le cadre du capitalisme et qui cherchent à en atténuer les « excès », c'est justement de prévenir le développement d'une crise sociale, de servir de soupape à la révolte des masses.

La bourgeoisie ne souhaite pas toujours l'émergence de ce genre d'alternative mais elle sera toujours prête à s'en accommoder, voire à la promouvoir, si cela lui est nécessaire pour maintenir son pouvoir. Peut-on raisonnablement croire que la bourgeoisie ait aujourd'hui besoin, à tout prix, du RAP, du PDS et du PCQ pour maintenir son statut de classe dominante au Québec ? Sans vouloir vexer nos amis de la gauche officielle, nous devons leur dire qu'ils ne sont pas à la veille de voir leurs déclarations largement reprises dans la presse écrite, ni leurs visages apparaître en manchette au téléjournal de Stéphane Bureau ! Leur insignifiance politique actuelle ne le justifierait pas.

Dans ce contexte, on peut penser que leurs tentatives débridées d'obtenir le succès électoral les conduiront nécessairement à se déplacer toujours un peu plus vers la droite. Question d'être plus « crédibles », de ne pas « effrayer les masses », de se « mettre à leur niveau », de franchir un « premier pas », etc. Sauf qu'en suivant cette trajectoire, les partis de la gauche officielle seront quand même toujours perdants. Car règle générale, les masses ont montré qu'elles préféraient toujours l'original à la copie : au PCQ, elles vont préférer le PDS, ou le RAP ; et à ceux-ci, elles vont encore préférer le PQ...

Au moment où des dizaines de milliers de travailleurs et de travailleuses rejettent la politique bourgeoise ; alors que des centaines de milliers de jeunes, de prolétaires exploités-es, ont déjà « décroché » de ces piliers de l'idéologie bourgeoise que sont l'électoralisme et le parlementarisme, nous devons, contrairement à ce que fait la gauche officielle, développer et mettre de l'avant des perspectives qui iront dans le sens d'approfondir cette rupture, et non de l'empêcher. C'est le sens des propositions que le groupe Action socialiste met actuellement de l'avant et des discussions qu'il souhaite initier parmi la classe ouvrière sur la voie de la révolution au Canada. À nous, tous et toutes, d'y participer, et de contribuer ainsi au développement d'une vraie alternative.


1) Règle générale, et contrairement à l'usage en vigueur dans les médias bourgeois, les pourcentages que nous présentons tiennent compte du vote réellement exercé, et non seulement des bulletins valides. On obtient ainsi un portrait plus exact du niveau d'appui reçu par chacun des candidats et partis. Cela est d'autant plus pertinent qu'avec le nouveau modèle de bulletin de vote utilisé, qui réduit presque à néant le risque d'erreurs, la très grande majorité des votes nuls peuvent être considérés comme étant le résultat d'un choix politique délibéré, tout aussi légitime que ceux exprimés par les bulletins valides.

2) À noter que le même Biron a été démasqué, durant la campagne électorale, comme étant un important dirigeant du mouvement « pro-vie » opposé au libre choix des femmes en matière d'avortement !

3) Ainsi, cette déclaration du chef du PDS, Paul Rose, au lendemain du dernier scrutin : « Nous, du PDS, sommes fiers de la campagne que nos candidates et candidats ont menée sur le terrain [...]. Une telle présence de la gauche est un fait marquant de cette élection. » Tellement marquant que personne ne l'a remarqué...

4) Cliche, Paul, Scrutin proportionnel : pour réduire le déficit démocratique, Montréal, Éd. du Renouveau québécois, 1999.

(paru dans la revue Socialisme Maintenant! n° 5)

Site Web du Parti communiste révolutionnaire Contactez-nous Liens ↑ retour en haut ↑