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SÉMINAIRE INTERNATIONAL SUR MAO ET LA GUERRE POPULAIRE

Un pas en avant vers la reconstruction du mouvement communiste international

Au mois de décembre 1998, 22 partis et organisations marxistes-léninistes se sont réunis à l'occasion du 105e anniversaire de naissance de Mao Zedong, afin de discuter de la situation internationale et de faire le point sur les perspectives de lutte révolutionnaire dans leurs pays respectifs. Cette rencontre a été rendue possible grâce à l'initiative de trois partis maoïstes qui mènent actuellement la guerre populaire : le Communist Party of India (Marxist-Leninist) People's War, le Parti communiste des Philippines et le Parti communiste de Turquie/marxiste-léniniste.

Au terme de la rencontre, la majorité des participants ont adopté un communiqué, qui en présente les principaux résultats. Un certain nombre d'organisations ont également endossé le texte d'une déclaration générale qui avait préalablement été soumise par les organisateurs (le communiqué et la déclaration sont reproduits dans les pages qui suivent).

Le groupe Action socialiste, qui a participé à cet événement, en a dressé un bilan fort positif, non seulement parce que cela a été une bonne et trop rare occasion de débattre et d'échanger nos points de vue avec d'autres forces révolutionnaires qui proviennent de différents pays et qui possèdent une expérience variée, mais surtout parce que cela a permis de remettre les principes de la guerre populaire au premier plan sur la scène internationale.

De plus, le Séminaire a été l'occasion d'une défense concrète et vigoureuse du maoïsme, chose qui selon nous est d'une importance cruciale dans un contexte où le révisionnisme et les autres formes d'opportunisme continuent à affaiblir le mouvement communiste international et constituent toujours le danger principal auquel il fait face.

Parce qu'on y a reconnu clairement l'importance primordiale de préparer, de mener et de soutenir la guerre populaire, nous souhaitons que l'initiative prise par les organisateurs du Séminaire se poursuive, et surtout qu'elle permette aux partis qui dirigent la guerre populaire dans les pays où les contradictions sont actuellement les plus aiguës de jouer un rôle beaucoup plus actif dans le processus de reconstruction du mouvement communiste international actuellement en cours. [1]

Ceci dit, et même si nous sommes d'accord avec une bonne partie des points de vue qu'on y retrouve, Action socialiste s'est abstenu de signer la Déclaration générale sur Mao et la guerre populaire, et nous tenons ici à nous en expliquer brièvement :

Comme organisation basée dans un pays impérialiste, nous ne pouvons faire nôtre certaines des formulations utilisées dans la déclaration pour caractériser la situation actuelle dans les pays impérialistes, notamment celles qui fixent les tâches des communistes dans ce type de pays.

La déclaration générale apporte une distinction entre ce qu'elle appelle « la ligne stratégique de la guerre populaire prolongée » et « la théorie générale de la guerre populaire ». Selon la déclaration, seule celle-ci (i.e. la théorie générale) a une portée universelle : la ligne stratégique de la guerre populaire prolongée (GPP) ne s'appliquerait en effet que « là où les masses paysannes constituent la majorité des producteurs et où la lutte pour la réforme agraire est la principale composante de la révolution démocratique ».

Selon nous, la ligne stratégique de la guerre populaire prolongée possède elle aussi un caractère universel : on doit viser à l'appliquer non seulement dans les pays dominés, mais aussi dans les pays impérialistes, en tenant compte des conditions concrètes qui y prévalent. La question spécifique de l'encerclement des villes par les campagnes est selon nous de nature tactique, et non stratégique : elle est liée à la situation concrète qu'on retrouve dans les pays où la paysannerie est la force principale de la révolution. Le fait qu'elle ne s'applique à l'évidence pas dans les pays impérialistes, où la classe ouvrière constitue à la fois la force dirigeante et la force principale de la révolution, n'altère en rien l'universalité et la nécessité de la GPP.

La déclaration soutient la nécessité de la guerre populaire prolongée pour les pays où l'étape de la révolution est celle de la « démocratie nouvelle », mais elle la rejette de manière explicite pour les pays où la révolution socialiste est à l'ordre du jour. Nous comprenons fort bien qu'il y ait encore de nombreuses discussions à mener sur la question de la voie de la révolution dans les pays impérialistes. Les divergences sur cette question étaient d'ailleurs évidentes au séminaire, même si elles n'y ont été qu'effleurées. Le groupe Action socialiste est lui-même en train de mener le débat là-dessus et souhaite d'ailleurs l'élargir avec la publication d'un certain nombre de documents portant sur cette question dans ce numéro de Socialisme Maintenant!

Pour cette raison, nous sommes d'avis que la déclaration générale aurait dû laisser la porte ouverte à la discussion plutôt que de la fermer, comme elle le fait en statuant catégoriquement que la GPP « ne peut s'appliquer dans les pays capitalistes industrialisés ».

Ainsi formulée, la déclaration générale n'aide pas selon nous à combattre le révisionnisme et l'opportunisme de droite, qui constituent encore aujourd'hui le danger principal auquel le mouvement révolutionnaire fait face, spécialement dans les pays impérialistes où la bourgeoisie continue d'entretenir et de s'appuyer sur l'existence d'une aristocratie ouvrière assez large et où le réformisme et l'idéologie pacifiste petite-bourgeoise, notamment, ont des assises solides parmi le prolétariat.

La déclaration générale présente la guerre populaire dans les pays dominés et la lutte de classe dans les pays impérialistes, dont on dit qu'elle requiert, « avant la révolution armée, une lutte légale prolongée », comme étant deux mouvements essentiellement distincts. Mais le fait d'établir ainsi la primauté, et pour une longue période, du travail légal en négligeant d'expliquer ce à quoi il doit servir - à savoir principalement, selon nous, à préparer, idéologiquement, politiquement et organisationnellement, la lutte armée - peut être interprété dans tous les sens. Une telle formulation, sans plus d'explications, ouvre notamment la porte à toutes les déviations qui se sont déjà avérées si néfastes pour le mouvement révolutionnaire dans les pays impérialistes, telles l'électoralisme, le parlementarisme, l'ouvriérisme et l'économisme, et qui toutes proposent de reporter indéfiniment la lutte armée et la révolution socialiste.

Nous ne pouvons être d'accord avec le fait de rejeter par principe toute possibilité ou toute utilité au fait de mener éventuellement certains types d'actions armées et de miser uniquement sur une stratégie insurrectionnelle dont on ne peut certes pas dire par ailleurs qu'elle ait jusqu'à maintenant fait la preuve de sa validité pour conduire les révolutions à la victoire dans les pays impérialistes.

Pour conclure, et malgré nos réserves, nous tenons à réaffirmer notre appui le plus chaleureux et déterminé « aux forces révolutionnaires qui mènent des luttes armées pour la libération nationale, la démocratie populaire et le socialisme », tel que nous la déclaration nous y convie. Nous invitons également les lectrices et lecteurs de Socialisme Maintenant! à étudier et à débattre des résultats du Séminaire avec le plus grand sérieux et de participer ainsi à la tâche de reconstruire des organisations prolétariennes d'avant-garde et de consolider celles qui existent !

- Le Comité central du groupe Action socialiste


1) On peut consulter la version originale anglaise du communiqué et de la déclaration générale ainsi que d'autres contributions présentées à la rencontre de décembre 1998 sur le site web du Séminaire international sur Mao et la guerre populaire.

(paru dans la revue Socialisme Maintenant! n° 5)

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