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Le programme communiste : notre plan de bataille pour faire la révolution

En préparation de la Conférence sur la voie de la révolution au Canada et pour la construction d'une organisation communiste de combat qui aura lieu cet automne, le groupe Action socialiste soumettra à la discussion dans quelques semaines un projet de programme.

Ce faisant, nous souhaitons mener le débat le plus largement possible sur la stratégie révolutionnaire que le prolétariat devra suivre pour renverser et détruire le pouvoir d'État de la bourgeoisie canadienne et devenir lui-même le maître de la société (i.e. son propre maître).

Nous croyons qu'un tel outil est nécessaire, d'une part pour unifier les militantes et les militants d'avant-garde qui veulent lutter pour un changement révolutionnaire véritable au Canada et qui ont besoin, pour ce faire, de partager à la fois une compréhension commune de la situation qui prévaut et de ce qu'il faut faire pour atteindre tel changement ; d'autre part, pour fonder l'activité d'une éventuelle organisation communiste de combat qui portera à un niveau supérieur l'activité révolutionnaire désespérément locale, dispersée et somme toute bien peu soutenue qui persiste depuis déjà trop longtemps au pays.

Une fois débattu, peaufiné et finalement repris et appliqué par cette nouvelle organisation et par les militantes et militants qui en feront partie, le programme deviendra en outre un puissant outil pour éduquer, rallier et organiser les milliers de prolétaires qui en ont assez de l'exploitation et de l'oppression qu'elles et ils subissent et contre laquelle elles et ils résistent de multiples façons, mais qui ne voient pas toujours le « bout du tunnel », la voie à suivre pour se rendre jusqu'au terme du combat.

Comme l'expliquait Lénine au moment où le mouvement révolutionnaire en était encore à l'étape de l'organisation en Russie, « [les communistes] ont à fournir un immense effort pour satisfaire aux besoins du prolétariat qui s'éveille, pour organiser le mouvement ouvrier, pour renforcer les groupes révolutionnaires et leur liaison réciproque, pour pourvoir les ouvriers d'une littérature de propagande et d'agitation, pour rassembler les cercles ouvriers et les groupes social-démocrates [NDLR - communistes], dispersés à travers toute la Russie, en un même parti [...]. » (Lénine, Les tâches des social-démocrates russes, 1897)

Bien sûr, il n'y a pas, aujourd'hui au Canada, des « centaines de groupes communistes dispersés » à travers le pays, comme c'était le cas en Russie à l'époque de Lénine (bien qu'il y en ait tout de même quelques-uns et qu'il importe de les regrouper). Mais il y a, de toute évidence, un prolétariat qui s'éveille, un besoin pour une littérature de propagande et d'agitation communistes. Des centaines, voire des milliers d'individus-es relativement isolés-es, de prolétaires, aspirent, plus ou moins consciemment, au communisme. Certaines et certains se sont rapprochés-es du communisme ou ont été partie prenante du mouvement révolutionnaire dans les années 70 et au début des années 80, alors que celui-ci avait connu un certain essor. D'autres possèdent déjà une riche expérience de la lutte révolutionnaire anti-impérialiste, qu'ils et elles ont accumulée dans leur pays d'origine, avant de venir grossir et renforcer les rangs du prolétariat canadien. Il y a aussi tous ceux et celles qui, chez les jeunes en particulier, à défaut d'avoir la connaissance des principes du communisme (voire du communisme lui-même), n'en résistent pas moins d'une manière ou d'une autre au capitalisme et expriment souvent bien plus clairement et fortement que bien des porte-parole patentés et expérimentés du « mouvement ouvrier » leur rejet du capitalisme et de l'oppression sous toutes ses formes et leur aspiration à un monde sans classes, sans exploitation et sans domination.

C'est à tous ceux-là et à toutes celles-là que nous nous adresserons au cours des prochains mois. Ce sont eux et elles que nous tenterons de rejoindre et que nous convierons à participer à l'élaboration et à la discussion sur le programme pour la révolution au Canada. Ce sont tous ces individus-es, déjà organisés-es ou pas - les prolétaires révolutionnaires -, qui formeront le noyau solide du futur parti communiste de combat dont nous avons tant besoin.

Quel programme ?

Pour discuter à savoir quel type de programme nous devons élaborer, il est bon de d'abord jeter un coup d'œil sur la conception que notre ennemi en a. Car il existe bel et bien une conception bourgeoise du programme, qui est d'ailleurs celle qui prévaut depuis toujours parmi la gauche institutionnelle.

Les principaux partis bourgeois canadiens (Libéraux, Conservateurs, Réformistes, Néo-démocrates - y compris le PQ au Québec) possèdent chacun leur programme, qu'ils ressortent habituellement en période de campagne électorale. On y retrouve essentiellement la liste des mesures que tel parti « s'engage à mettre en œuvre » (sic) s'il obtient la faveur de l'électorat et réussit à prendre ou à conserver le pouvoir aux élections.

Règle générale, les mesures promises ou annoncées sont déterminées par la « clientèle-cible » visée par chacun de ces partis. Elles apparaîtront plus ou moins progressistes, plus ou moins réactionnaires, de gauche, de droite, souvent au « centre », selon ce que leurs sondeurs et autres spécialistes de la mise en marché auront évalué comme étant le plus « vendeur » afin de remporter le scrutin. On les adaptera, d'ailleurs assez facilement - voire, on les modifiera même carrément -, selon le moment (quitte à les changer du jour au lendemain !), dépendant à qui on s'adresse, dans quelle région du pays on se trouve, etc.

Les partis de la gauche officielle (le NPD, le Parti communiste canadien, le mal-nommé « PCCML » - au Québec, le RAP et le PDS -, les différentes chapelles trotskistes, etc.) agissent tous plus ou moins de la même manière, à la différence près que la plupart d'entre eux ne disposent pas de moyens équivalents à ceux des grands partis bourgeois et qu'ils ne peuvent pas se payer la même qualité d'analyste en marketing, en conséquence de quoi ils font systématiquement chou blanc. Bien sûr, leurs programmes peuvent apparaître comme étant plus radicaux. On y parle facilement « d'investir dans l'éducation et la santé », de « lutter contre la pauvreté », d'établir un quelconque « revenu de citoyenneté » ou revenu minimum garanti pour «;tous les citoyens et toutes les citoyennes » (ça, c'est quand on veut ratisser large... quoiqu'on n'y arrive finalement pas souvent !), etc.

À l'occasion, on parlera même parfois de « socialisme » et de la nécessité de mettre fin à l'exploitation. Mais jamais on n'indiquera comment y arriver ; jamais, on n'expliquera la nécessité de renverser et de détruire l'État bourgeois ; jamais on ne montrera quel secteur de la société, quelle classe, possède à la fois l'intérêt et la capacité pour ce faire.

En définitive, les programmes des partis réformistes et révisionnistes ressemblent comme deux gouttes d'eau à ceux de leurs maîtres - les grands partis bourgeois -, qu'ils tentent d'imiter et de dépasser par la gauche. Le PQ s'engage à réinvestir un milliard de dollars dans l'éducation et quelques centaines de millions dans la santé ? Son adversaire libéral propose, pour faire bonne mesure, d'en ajouter un peu plus ? Alors, le PDS se montre le bout du nez et lance une énième « grande campagne » (qui fera sans doute long feu sans avoir réussi à mobiliser personne ou à peu près) pour que l'État québécois réinvestisse... pas moins de 10 milliards $ dans les programmes sociaux ! Suite à quoi, le PCQ s'engagera à en rallonger quelques-uns de plus, pour ne pas être en reste... quoiqu'à bien y penser, dans le cas de ce parti, il y a vraisemblablement plus de chance qu'il décide de jouer la carte de la « crédibilité » face à la bourgeoisie et qu'il critique plutôt le caractère « exagéré » du programme du PDS.

Mais comment toutes ces mesures pourraient-elles être réellement mises en place (10 milliards $, vraiment !) sans sortir du cadre actuellement imposé par le capitalisme, sans abolir ce système basé sur la recherche du profit maximum, la concurrence exacerbée, etc. ?

Il est évident que tous les programmes des partis bourgeois, y compris ceux de la gauche, et y compris les plus alléchants et les mieux enrobés d'entre eux, ne sont en fait que l'addition de vulgaires promesses qui ne seront finalement jamais réalisées ou appliquées. C'est si vrai qu'il n'y a presque plus personne pour y croire. Tout cela apparaît pour bien des gens comme étant du théâtre, un simple jeu - certains diront un cirque. Alors tant pis pour le PDS, le PCQ et leurs éventuels alliés de la « gauche unie », « plurielle » ou « rassemblée », qui persistent à vouloir y jouer le rôle de clowns de deuxième ordre...

Contrairement aux programmes des partis bourgeois, le programme communiste est par nature fondamentalement différent. On n'y trouve pas de telles promesses, uniquement destinées à séduire l'électorat. On n'y sème pas d'illusions sur ce qu'il est possible de faire dans le cadre du système actuel. On n'y fait pas croire que l'action ou la volonté de politiciens professionnels - fussent-ils « ouvriers » - puisse remplacer l'action des masses exploitées elles-mêmes, qui seules ont la capacité de transformer réellement la société dans le sens de leurs intérêts.

En fait, le programme communiste part d'une prémisse radicalement opposée : à savoir que c'est le capitalisme lui-même qui est à la source de tous les maux, de tous les problèmes que vivent les masses exploitées ; qu'il est impossible et illusoire de vouloir réformer ce système si on veut satisfaire les besoins et réaliser les aspirations à la libération et à l'émancipation des opprimés-es ; et qu'il est donc nécessaire d'organiser et de mener la lutte révolutionnaire pour le renverser et le détruire.

Encore une fois, contrairement aux programmes des partis bourgeois, le programme communiste ne prétend pas représenter les intérêts de « tous les citoyens et toutes les citoyennes », ou ceux de la soi-disant « société civile ». Il part du principe que la société est divisée en classes, dont les intérêts sont diamétralement opposés ; qu'au sommet, trône la bourgeoisie - la classe des capitalistes qui possèdent les moyens de production, qui vivent, directement ou indirectement, de la plus-value extorquée à la classe ouvrière, et de tous ceux et celles qui sont les agents loyaux du système en ce qu'ils participent directement à son maintien ; qu'à la base, on retrouve le prolétariat, qui constitue la grande majorité de la population, composé de tous ceux et celles qui ne possèdent rien d'autre que leur force de travail qu'elles et ils doivent vendre pour subsister.

Le programme communiste n'est donc pas neutre. Il se base sur les intérêts de la classe dominée - du prolétariat - et strictement sur eux.

Voilà pourquoi on n'y retrouve ni promesses, ni recettes toutes faites. Le programme communiste est en quelque sorte le plan de bataille que le prolétariat devra suivre pour mener et gagner la guerre révolutionnaire. C'est un outil de combat qui doit nous permettre, à nous prolétaires, de comprendre qui nous sommes, d'où nous venons, à qui on fait face, vers où on doit aller et surtout, comment on y arrivera.

Ce sont donc les objectifs stratégiques du prolétariat révolutionnaire qui sont exprimés dans le programme. Ce n'est pas là qu'on trouvera les points de vue des communistes sur telle ou telle question précise liée à l'actualité (tel projet de loi, tel conflit de travail, etc.). Comme l'écrivait Lénine, « [le programme] doit embrasser le mouvement tout entier » « On ne saurait guère [y] inclure les problèmes de tactique [...] (à l'exception des questions les plus essentielles, ayant un caractère de principe...). » (Lénine, Projet de programme pour notre parti, 1899)

L'analyse concrète de la situation concrète

Est-ce à dire que le programme ne s'en tient qu'à des généralités, qu'aux grands principes qui sous-tendent l'action des communistes ? Absolument pas. En plus des conceptions fondamentales du communisme qui doivent nécessairement y figurer en bonne place, le programme doit également présenter avec précision la marche à suivre, les tâches politiques et les étapes du combat révolutionnaire. Il doit aussi présenter une analyse minutieuse et détaillée de la situation concrète qui prévaut au pays, du développement du capitalisme, des classes qui s'affrontent, des contradictions qu'on y retrouve ; tout comme il doit analyser laquelle parmi elles constitue la contradiction principale, i.e. celle qui détermine le développement de toutes les autres et dont la résolution est nécessaire pour faire avancer qualitativement la lutte révolutionnaire.

Même si les communistes n'ont pas une conception étroitement nationale de la révolution (en ce sens que nous savons fort bien que le système capitaliste existe à l'échelle de toute la planète, que les différentes luttes menées contre lui s'interpénètrent inextricablement et qu'il ne saurait être question pour une révolution dans un pays donné de progresser jusqu'au communisme sans la victoire du prolétariat révolutionnaire dans la vaste majorité des pays du monde), il n'en reste pas moins que le capitalisme se développe encore aujourd'hui sur des bases nationales, en utilisant évidemment pour ce faire le pouvoir des États nationaux, ce qui détermine la forme, d'abord nationale, que prendra la révolution.

Contrairement à ce que prétendent certains opposants à la « mondialisation », les États nationaux sont loin d'avoir disparu. Ainsi, au Canada, le prolétariat ne fait pas face à un ennemi insaisissable, à une quelconque force occulte qu'on ne saurait trouver et atteindre, du fait de la mondialisation des échanges et de la création de grands monopoles transnationaux encore plus vastes que par le passé. Notre ennemi, ce n'est pas le « néolibéralisme » ; ce n'est pas non plus une force étrangère qui nous dominerait parce que plus puissante à l'échelle du globe (aujourd'hui l'impérialisme américain ; demain, l'impérialisme allemand ou japonais, ou même le social-impérialisme chinois). L'ennemi, ce ne sont pas quelques politiciens retors ou certains secteurs bourgeois particulièrement « traîtres » prêts à « abdiquer » et à vendre notre pays à une puissance (ou une « superpuissance ») étrangère.

Ceux et celles qui défendent de tels points de vue cherchent en fait à détourner la cible de notre combat, de sorte à protéger notre ennemi réel, celui qui est bel et bien devant nous et auquel on doit s'attaquer si nous voulons nous libérer : la bourgeoisie impérialiste canadienne, qui contrôle l'État canadien (un État qui est loin de voir ses pouvoirs diminuer, contrairement encore là à ce que prétendent certains nationalistes qui aimeraient bien que l'on défende l'État plutôt que de viser à le renverser).

Une bourgeoisie qui, comme nous avons commencé à le montrer dans notre dernier numéro [1], est certes « une classe puissante à liquider », qu'on ne saurait réduire juste à son sommet, à la couche des millionnaires ou aux quelques douzaines des grandes familles les plus puissantes.

Le projet de programme que nous ferons circuler bientôt reprendra donc les principaux éléments que nous avons déjà dégagés quant à l'analyse de la bourgeoisie canadienne. Il présentera également une analyse aussi rigoureuse que possible des autres classes de la société canadienne, à commencer bien sûr par le prolétariat, mais aussi des classes intermédiaires, qu'on peut regrouper sous le vocable de petite-bourgeoisie.

On y verra que loin d'être une classe en déclin ou d'avoir « disparu », le prolétariat constitue toujours la classe la plus nombreuse au pays, qu'elle est donc non seulement la force dirigeante, mais aussi la force principale de la révolution. En même temps, il ne s'agit pas d'une classe homogène. Elle se définit comme classe de par la place qu'elle occupe au sein des rapports de production capitaliste. Ainsi, l'ensemble du prolétariat possède un intérêt objectif fondamental au renversement du capitalisme et à la construction du socialisme. C'est lui, et lui seul, qui a la capacité de mener cette lutte et de la rendre à terme. Mais c'est aussi une classe qui est elle-même traversée par de nombreuses contradictions.

Du fait que le Canada soit devenu aujourd'hui un pays impérialiste relativement puissant (même s'il n'est évidemment pas au même niveau que son voisin américain), la bourgeoisie canadienne a pu se permettre, avec le temps, d'utiliser une partie des surprofits qu'elle tire de l'exploitation des peuples des pays dominés pour corrompre, ou pour « coopter » pourrions-nous dire, des secteurs non négligeables du prolétariat, qui forment ce que Lénine appelait déjà l'aristocratie ouvrière, lorsqu'il a commencé à analyser le phénomène naissant de l'impérialisme au début du XXe siècle. Même si la situation de ces couches privilégiées demeure instable, à long terme (parce que liée au caractère lui-même changeant d'un système impérialiste où la concurrence est exacerbée au plus haut point), et qu'elles rejoindront donc possiblement elles aussi le camp de la révolution, il n'en reste pas moins que pour l'instant, et pour un avenir prévisible, ces couches ont encore un intérêt certain à défendre l'existence du système capitaliste. Elles ne peuvent donc constituer le fondement, la base sociale du mouvement révolutionnaire.

Au Canada, ce sont les couches inférieures du prolétariat, les millions de travailleurs et de travailleuses qui n'ont vraiment rien à perdre mais au contraire tout à gagner au renversement du capitalisme, qui constituent le noyau dur du camp de la révolution. Ceci inclut notamment, mais non exclusivement, les prolétaires présentement exclus-es du marché du travail et qui forment l'armée industrielle de réserve des capitalistes ; les travailleurs et travailleuses peu ou pas qualifiés-es, qui sont relégués-es au bas de l'échelle ; les nouvelles couches du prolétariat issues de l'immigration ; les femmes qui continuent à investir massivement le marché du travail et que les capitalistes surexploitent en profitant de la discrimination dont elles sont victimes de façon systémique ; les jeunes qui font face plus que tout autre au travail précaire et sous-payé ; etc.

Ces couches profondes sont peu ou pas rejointes par le mouvement syndical traditionnel, qui organise et s'appuie désormais surtout sur les secteurs privilégiés du prolétariat et sur la petite-bourgeoisie salariée (celle-ci y jouant même le rôle dirigeant), et qui ne représente plus les intérêts fondamentaux du prolétariat. Ce sont vers ces couches qu'il faut nous tourner. Ce sont elles qu'il faut rejoindre, par l'agitation et la propagande communistes. Ce sont elles qu'il faut organiser et mettre en mouvement dans la lutte révolutionnaire pour le socialisme. Ce sont elles, aussi, qui fourniront les meilleurs éléments, ceux qui seront les plus solides, pour l'édification du nouveau parti communiste de combat du prolétariat canadien.

Les trois instruments

Le programme de la révolution au Canada s'appuiera sur l'analyse matérialiste historique développée par Marx et Engels, et qui est au cœur de l'idéologie révolutionnaire du prolétariat. Il montrera comment le capitalisme s'inscrit dans l'histoire des modes de production, et surtout pourquoi on peut dire qu'il a bel et bien fait son temps. Comme l'explique le Manifeste du parti communiste, « la bourgeoisie a joué dans l'histoire un rôle éminemment révolutionnaire », en renversant et en détruisant les vieilles relations féodales. Mais aujourd'hui, comme les anciennes classes exploiteuses qui l'ont précédée, c'est elle qui freine le développement social.

En développant les moyens de production et d'échange sur la base des rapports de production capitalistes, la bourgeoisie, comme Marx et Engels l'ont là aussi démontré, « n'a pas seulement forgé les armes qui la mettront à mort ; elle a produit aussi les hommes qui manieront ces armes - les ouvriers modernes, les prolétaires ». « Avant tout, la bourgeoisie produit ses propres fossoyeurs. Sa chute et la victoire du prolétariat sont également inévitables. »

Mais pour en arriver là, et surtout pour y arriver avant que la bourgeoisie entraîne avec elle la société tout entière dans des crises et des guerres destructrices comme on n'en a encore jamais vues, le prolétariat a besoin de trois grands outils, tout aussi nécessaires l'un que l'autre.

Le premier, c'est un parti communiste révolutionnaire qui regroupe les éléments d'avant-garde du prolétariat.

Certes, le prolétariat existe et constitue une classe en soi, indépendamment de la conscience que les femmes et les hommes qui en font partir en ont, du fait de sa place à l'intérieur des rapports de production capitalistes. Mais pour qu'il agisse enfin comme classe et assume son rôle historique, il lui faut en avoir la conscience, qui ne peut être portée, à tout le moins au départ, que par une minorité : l'avant-garde communiste.

Pour que le prolétariat devienne et agisse collectivement comme classe révolutionnaire, cette minorité doit être organisée ; elle doit s'approprier et s'appuyer sur la théorie révolutionnaire développée et accumulée tout au long des 150 ans d'histoire du mouvement communiste ; elle doit se fonder en toutes circonstances sur l'idéologie prolétarienne, aujourd'hui synthétisée dans ce que nous appelons le marxisme-léninisme-maoïsme.

Le parti communiste, c'est l'organisation de cette minorité consciente et agissante ; c'est un instrument de combat, l'état-major de la révolution, réuni autour d'un programme.

Le deuxième instrument dont le prolétariat a besoin, c'est d'une armée révolutionnaire capable d'affronter la violence réactionnaire de la bourgeoisie et d'imposer les transformations révolutionnaires.

Là encore, Marx et Engels ont bien démontré que « l'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes de classes » ; que les oppresseurs et les opprimés-es se sont toujours mené la guerre jusqu'à ce qu'elle aboutisse à la transformation révolutionnaire, sinon à la destruction des deux classes en lutte.

À l'époque du capitalisme tel que nous le connaissons actuellement, la bourgeoisie - classe ultra-minoritaire - impose sa domination sur toute la société (et principalement sur le prolétariat) par la violence. Cela peut sembler moins évident dans les pays où en l'absence d'une opposition prolétarienne menaçante, la bourgeoisie peut se permettre d'utiliser des formes de pouvoir apparemment démocratiques, comme c'est encore le cas aujourd'hui au Canada. Mais il suffit parfois d'un seul événement, même isolé (comme par exemple, le soulèvement de la nation mohawk à Kahnesatake en 1990), pour que rapidement, le pouvoir bourgeois révèle sa vraie nature.

C'est essentiellement au moyen de l'État - cet appareil politique, idéologique, bureaucratique, judiciaire, mais surtout policier et militaire - que la bourgeoisie maintient sa domination. Pour renverser la bourgeoisie, le prolétariat se heurtera nécessairement à cet appareil. Il devra combattre la violence réactionnaire par la violence révolutionnaire.

La violence révolutionnaire sera non seulement nécessaire pour faire face à la répression exercée par l'ennemi ; elle le sera aussi pour détruire tout le vieil appareil d'État mis en place par la bourgeoisie, et pour établir le pouvoir du prolétariat, exprimé par le nouvel État de dictature du prolétariat.

L'expérience historique a confirmé trop de fois déjà que le « passage pacifique au socialisme » si cher aux révisionnistes n'est qu'une douloureuse et sanglante illusion. Jamais la bourgeoisie monopoliste n'acceptera de céder le pouvoir volontairement et pacifiquement.

Finalement, le troisième instrument nécessaire au triomphe de la révolution prolétarienne, c'est l'action révolutionnaire des masses elles-mêmes, le renforcement et la participation au combat d'un vaste camp de la révolution.

Si la direction et l'organisation de la minorité d'avant-garde - i.e. celle du parti - sont une condition impérative au développement et au triomphe de la lutte révolutionnaire, ceux-ci ne sauraient se produire sans la participation des plus larges masses. Ce sont elles, en définitive, qui font l'histoire. Ce sont elles, et elles seules, qui peuvent réellement transformer et révolutionnariser les rapports sociaux, à défaut de quoi quelque changement est voué à l'échec.

Présentement, comme nous l'avons vu, les masses prolétariennes résistent et mènent la lutte sans avoir nécessairement la conscience qui leur permettrait d'inscrire leur combat dans une stratégie de libération qui soit réellement émancipatrice. De surcroît, elles sont majoritairement organisées (quand elles le sont) par tout un réseau d'organismes et d'instances (mouvement syndical officiel, groupes communautaires, organisations caritatives, tout le réseau des « organisations non-gouvernementales », etc.) qui sont tous, à un degré ou à un autre, intégrés à l'appareil d'État et qui trop souvent contribuent soit à étouffer leur combat, soit à le détourner de la cible, empêchant ainsi le développement de la lutte prolétarienne contre la bourgeoisie et son État.

Le parti communiste révolutionnaire doit donc se lier aux masses, jusqu'au point de faire un avec elles. Il doit partir de leurs besoins et bien connaître leur état d'esprit. Il doit agir systématiquement auprès d'elles, en s'appuyant sur elles en toutes circonstances.

Cela pourra impliquer, éventuellement, la conquête d'organisations de masse déjà existantes qui ne sont pas définitivement inféodées à l'État. Cela passera aussi par la destruction systématique de celles qui le sont. Surtout, le parti devra lui-même générer la création de nouvelles organisations de masse, entièrement autonomes vis-à-vis l'État et les multiples réseaux qu'il organise et contrôle sous le vocable général de « société civile », et qui s'inscriront au cœur même de la lutte pour la révolution prolétarienne.

Le travail de masse mené par le parti servira à éduquer les masses et à les organiser. De la qualité de ce travail dépendra la possibilité de faire la révolution. Car c'est notamment au nom de ces nouvelles organisations, authentiquement prolétariennes et partie intégrante d'un nouveau pouvoir populaire en formation, où elles auront appris à se défendre, à se battre et surtout à se diriger elles-mêmes avec l'aide du parti, que les masses se soulèveront. Ce sont elles - ces organisations -, ainsi que le vaste réseau tissé autour du parti, que les masses tiendront à défendre comme la prunelle de leurs yeux, armes à la main, dès lors que la bourgeoisie, qui aura senti et compris la menace qu'elles représentent, tentera de les saborder et les détruire.

La voie de la révolution au Canada

Il est clair qu'au Canada, comme dans l'ensemble des pays impérialistes, le capitalisme a fait son temps et que la bourgeoisie a depuis longtemps cessé de jouer un rôle positif quelconque dans l'avancement et le progrès de la société.

L'étape actuelle de la révolution au Canada est celle du passage au mode de production socialiste, de la révolution socialiste prolétarienne. L'objectif du mouvement prolétarien est donc de démolir l'État bourgeois et toutes ses institutions, de liquider la propriété privée de la grande bourgeoisie, puis d'organiser la société de sorte à ce que le prolétariat et les larges masses populaires puissent enfin la diriger et aller de l'avant vers le communisme.

Une telle perspective exclut d'emblée, on l'a vu, toute possibilité de transition pacifique. Elle exclut la possibilité d'arriver au socialisme par l'addition de simples réformes et par l'« amélioration graduelle » et le « dépassement » du système capitaliste, comme le proposent (ou comme le proposaient naguère) les réformistes (le NPD, les dirigeantes et dirigeants des grandes centrales syndicales, etc.). Elle exclut également la possibilité d'arracher le pouvoir à la bourgeoisie en se servant de ses propres institutions, par exemple au moyen des élections, comme l'envisagent les révisionnistes du vieux Parti communiste canadien.

Mais il n'y a pas que le réformisme et le révisionnisme « traditionnels » duquel il faut se détacher et contre lequel il faut lutter. Sur toute cette question de la stratégie révolutionnaire visant la conquête du pouvoir politique par le prolétariat, qui constitue l'objectif premier du mouvement révolutionnaire - à défaut duquel aucun changement véritable ne sera possible -, le mouvement communiste canadien a fort peu avancé et fort peu réfléchi, y compris dans ce qu'il a produit de meilleur (à savoir le mouvement marxiste-léniniste des années 1970 né dans la lutte contre le révisionnisme moderne).

La vaste majorité des marxistes-léninistes canadiens (et nous parlons ici uniquement de ceux et celles qui ont accepté et reconnu la nécessité de la violence révolutionnaire, et non des pacifistes) sont néanmoins restés prisonniers de la conception insurrectionnelle de la révolution - qui est aussi celle qui a prévalu et qui continue à prévaloir au sein du mouvement communiste dans la grande majorité des pays impérialistes. Une conception, « tenace et paresseuse » disions-nous dans un premier texte publié dans le dernier numéro de cette revue [2], « qui découpe au couteau deux phases dans la voie de la révolution au sein des pays capitalistes avancés : d'abord une longue lutte légale, ensuite seulement une période de lutte armée (insurrection[s] initiale[s] suivie [s] d'une lutte ouverte/guerre civile) ».

Cette conception a eu et elle a toujours pour effet - et ce, indépendamment des intentions de ceux et celles qui la soutiennent - de laisser prévaloir le mode d'action cher aux réformistes et aux révisionnistes, qui cherchent à maintenir et à encadrer le mouvement prolétarien à l'intérieur de ce que nous avons appelé la discipline imposée par la démocratie bourgeoise. À ce mode d'action privilégié par les révisionnistes (unicité du travail légal et soumission de facto à l'encadrement de la bourgeoisie), nous opposons et proposons pour notre part d'organiser le boycott de l'État, i.e. le boycott de ses institutions, de ses lois, de ses partis politiques, et bien sûr aussi des élections qu'il organise, à quelque niveau que ce soit.

La conception insurrectionnelle contribue en outre à répandre de dangereuses illusions parmi les masses ; elle prépare tout, sauf la révolution, voire l'insurrection elle-même. Car outre les erreurs théoriques fondamentales qui la sous-tendent (comme le fait qu'elle dissocie l'activité légale et illégale et qu'elle en vient à nier le rôle central de la violence dans l'œuvre de transformation sociale - qui ne saurait être réduite à l'acte de la prise du pouvoir), comment peut-on sérieusement croire que dans un pays impérialiste comme le Canada, qui dispose d'un appareil d'État moderne doté de fonctions de surveillance et d'une capacité de répression inégalées, il soit possible d'accumuler nos forces sans que la bourgeoisie s'en aperçoive de façon à ce que soudainement, « lorsque les conditions seront mûres » (comme le veut la formule), on pourra littéralement « prendre l'ennemi par surprise » et le faire tomber, sans même qu'il y ait eu préparation (donc, affrontement) préalable ? Et par préparation, nous n'entendons pas seulement celle d'une petite ou même d'une grande armée professionnelle (nécessaire mais insuffisante en soi), mais surtout celle des masses qui seront les principaux acteurs du processus révolutionnaire.

Nous croyons aujourd'hui que dans tous les pays impérialistes, y compris au Canada, la lutte armée pour le socialisme et le pouvoir prolétarien aura nécessairement un caractère prolongé. La stratégie révolutionnaire qui nous permettra d'atteindre nos objectifs est donc celle de la guerre populaire prolongée.

Celle-ci différera évidemment de celle qui prévaut dans les pays dominés par l'impérialisme, où la paysannerie reste encore le plus souvent la force principale de la révolution. Le cœur de la révolution s'y trouve dans les campagnes, où il est possible d'établir des bases d'appui qui constituent déjà les embryons du nouveau pouvoir, du nouvel État en construction, comme c'est le cas actuellement au Pérou et dans les autres pays où la guerre populaire va de l'avant.

Au Canada, la guerre populaire se déroulera surtout dans les grandes villes et les zones urbaines. C'est là qu'on pourra et devra développer et établir les embryons du nouveau pouvoir, en se basant sur l'appui et la participation des masses prolétariennes.

Il va sans dire que du début jusqu'à la fin du processus révolutionnaire, le parti jouera toujours le rôle dirigeant ; c'est toujours lui qui « commandera au fusil ». Au départ, l'activité légale occupera encore une place plus importante que l'activité illégale. Mais au fur et à mesure que le travail se développera, le rapport entre les deux se modifiera, au profit de la deuxième.

On ne peut pas nécessairement prévoir avec exactitude toutes les étapes que la guerre révolutionnaire suivra au Canada, ni toutes les formes qu'elle prendra. Nous savons qu'il faudra une étape de préparation, politique et militaire ; nous savons aussi qu'elle impliquera éventuellement la formation d'une armée rouge, i.e. d'un groupe de combattants et de combattantes issus-es des masses et liées à elles, qui se consacreront prioritairement à cet aspect du travail.

Ce qui est clair, toutefois, c'est que pour mener la guerre révolutionnaire à terme et la conduire à la victoire, il faudra que le prolétariat révolutionnaire apprenne à combattre... en menant lui-même le combat, ce qui est en fait la meilleure - sinon la seule - façon d'apprendre.

Telle est la voie que la révolution devra suivre au Canada.

De quelques questions brûlantes...

Élaborer un programme pour la révolution au Canada, c'est bien sûr aborder aussi les différentes questions nationales, qui bien qu'elles constituent des contradictions secondaires eu égard à celle qui oppose le prolétariat à la bourgeoisie, n'en demeurent pas moins des questions politiques fort importantes que la révolution devra se charger de régler.

Contrairement à ceux et celles qui craignent d'aborder ces questions (certains courants vont préférer se mettre la tête dans le sable en souhaitant que la vague nationaliste déferle le plus vite possible - même si ça fait déjà quarante ans que ça dure ! - pour qu'on puisse « enfin passer à autre chose » ; d'autres, comme les révisionnistes du PCQ, vont hypocritement invoquer le fait qu'il s'agit justement d'une contradiction secondaire pour justifier la dissimulation de leur opposition à l'indépendance du Québec), notre organisation n'a jamais caché ses positions et elle a toujours souhaité mener le débat le plus largement possible.

De toutes manières, il s'agit là de questions incontournables, liées à la réalité du capitalisme au Canada, qui s'est développé sur la base même de l'oppression des nations autochtones, de la nation québécoise, des minorités nationales francophones hors Québec et des autres communautés minoritaires.

Par principe, et parce que cela correspond aux intérêts fondamentaux du prolétariat, les communistes ont toujours lutté et continueront à lutter contre toute forme d'oppression nationale. Le prolétariat n'a aucun intérêt à maintenir et à perpétuer quelque forme d'oppression que ce soit - une situation qui ne profite de fait qu'à la bourgeoisie, de par les surprofits qu'elle en tire et de par la division qu'elle réussit ainsi à susciter au sein des masses.

Les communistes défendent donc vigoureusement le droit à l'autodétermination des nations opprimées, jusque et y compris le droit à la séparation politique. Tel droit est aujourd'hui nié aux nations autochtones, qui n'ont jamais pu l'exercer librement et dont les aspirations à l'émancipation sont durement réprimées par l'État bourgeois.

Comme l'affirmait la déjà vieille résolution sur la question nationale québécoise adoptée au deuxième congrès du groupe Action socialiste en 1989, « nous ne serons jamais autant libres et égales et égaux, que le jour où le gouvernement sera dans les faits celui des travailleuses et des travailleurs ». En renversant la bourgeoisie et en établissant le nouvel État, le prolétariat révolutionnaire abolira toute forme de discrimination nationale et luttera fermement contre tous les préjugés racistes et chauvins qui continueront pendant encore un certain temps à exister parmi les masses.

Dès aujourd'hui, nous luttons pour l'égalité absolue des langues et des nations. Nous nous opposons à tout privilège et à toute forme d'exclusivisme nationaux, tel l'unilinguisme. Les luttes contre l'oppression nationale et pour l'égalité dirigées contre la bourgeoisie et son État participent au mouvement général de résistance au capitalisme et viennent renforcer le camp de la révolution.

Présentement au Canada, la montée des luttes et du mouvement revendicatif des nations autochtones constitue un fait majeur de la situation politique. Malgré les politiques d'assimilation et de génocide dont ils ont été systématiquement victimes et qui ont permis l'ascension du Canada vers les plus hauts sommets parmi les puissances capitalistes, les peuples autochtones ont toujours continué à se défendre. Depuis une dizaine d'années en particulier, de nouveaux courants sont apparus parmi eux et se renforcent sans cesse, qui tendent à radicaliser leur mouvement de résistance et à le diriger contre la bourgeoisie et son État. Nous défendons et soutenons ces courants. Le prolétariat révolutionnaire doit forger une alliance solide avec les nations autochtones dans un grand mouvement de lutte contre la bourgeoisie impérialiste canadienne.

Défendre les principes communistes sur la question nationale ne nous dispense pas pour autant de procéder à l'analyse concrète de la situation réelle qui prévaut. Sur la question nationale québécoise en particulier, notre organisation s'est distinguée depuis de nombreuses années par son refus des lieux communs et des idées toutes faites propagées par la gauche réformiste et opportuniste. De dire que le Québec a joué historiquement le rôle d'une nation opprimée à l'intérieur du Canada est une chose. Ne pas voir les changements qui se sont produits après quarante de développement - voire d'hégémonie - du mouvement national québécois dirigé par la bourgeoisie en est une autre : il s'agit même d'une grave erreur.

Nous avons déjà dégagé dans quelques articles publiés dans cette revue 4 les grandes lignes de cette évolution, que nous pouvons rapidement résumer ainsi :

• Le Québec ne souffre pas aujourd'hui des contraintes d'un lien colonial ou néo-colonial, ni de la domination impérialiste ; les droits politiques généralement admis sous le régime bourgeois y sont reconnus ; à trois reprises au cours des 20 dernières années, des référendums constitutionnels ont eu lieu, par lesquels les Québécois et les Québécoises ont pu exprimer librement (autant que faire se peut dans un contexte de démocratie bourgeoise) leur droit à l'autodétermination nationale.

• Le mouvement national québécois des 30 à 40 dernières années, regroupé autour de la perspective souverainiste/indépendantiste, a généralement exprimé des intérêts bourgeois hostiles à la classe ouvrière. La perspective nationaliste a non seulement constitué un frein au développement de la lutte de classe contre la bourgeoisie mais elle a servi de marchepied à la construction d'un « État fort » au service de sa fraction québécoise.

• À l'intérieur du système impérialiste mondial, l'État du Québec et la bourgeoisie québécoise sont intégrés non pas du côté des dominés, mais du côté des dominants. L'État québécois, les institutions dites « nationales », le réseau financier québécois, les grands monopoles, la moyenne bourgeoisie, les grands appareils idéologiques, les capitalistes dans les PME, partagent les attributs, les caractéristiques et les aspirations de l'impérialisme. Cela apparaît on ne peut plus clairement dans le rapport qu'entretient la nation québécoise avec les nations autochtones. Du statut de nation opprimée, le Québec est passé aujourd'hui à celui de nation oppressive.

La lutte contre les stigmates de l'oppression nationale historique qui subsistent encore au Québec ne peut désormais être menée que dans le cadre de la lutte plus générale pour l'égalité absolue des langues et des nations. Autrement, elle ne sert que de faire-valoir au nationalisme bourgeois et perd ainsi son caractère démocratique.

Le nationalisme québécois est aujourd'hui le principal instrument qu'utilise la bourgeoisie québécoise pour souder les intérêts du prolétariat aux siens, pour faire prévaloir la collaboration de classes et pour maintenir la paix sociale.

À travers tout le pays, le prolétariat doit rejeter fermement toute forme de nationalisme (québécois ou canadien). C'est là une condition essentielle et nécessaire à la lutte pour son émancipation.

Un défi formidable et enthousiasmant !

Certains sceptiques tenteront sans doute de minimiser l'importance du programme communiste en invoquant le fait que tous les beaux principes qu'il contient ne vaudront finalement pas grand chose si le résultat n'y est pas - et là-dessus, l'expérience du « socialisme réel », particulièrement en Union soviétique et en Europe de l'Est, tend apparemment à leur donner raison.

Il est vrai que le programme communiste, tout comme la lutte révolutionnaire elle-même, n'offre aucune garantie de succès. Le vrai test, l'ultime mesure de la validité du programme, c'est la pratique de la lutte des classes et l'activité communiste que le programme inspire.

L'expérience historique de la révolution et de la construction du socialisme, en URSS et en Chine notamment, même si elle a connu des reculs majeurs, nous donne de formidables leçons, tant positives que négatives, qui nous permettent d'envisager l'avenir avec énormément d'optimisme. Non pas qu'il y ait quelque garantie que ce soit que « tout se passera bien » et que la société évoluera nécessairement, progressivement et sans trop de difficultés, jusqu'au communisme, comme certains l'ont peut-être déjà cru.

Grâce surtout au maoïsme et à l'expérience de la révolution chinoise, nous comprenons beaucoup mieux maintenant que le socialisme, c'est d'abord une période de transition entre le capitalisme et le communisme, qui sera marquée à la fois par l'ancien et le nouveau et qui sera le théâtre d'une lutte constante et titanesque entre les deux. Nous savons désormais que le socialisme, ce n'est pas seulement le changement des formes de propriété, le passage de la propriété privée des moyens de production vers un régime de propriété d'État. Qu'il faudra aussi et surtout transformer la superstructure, les rapports de production, bouleverser constamment les vieilles relations capitalistes qui continueront à exister, et faire progresser toujours plus le rôle dirigeant des masses - à commencer par le prolétariat - dans toutes les sphères de la société, y compris l'État.

Nous savons aussi que la bourgeoisie continuera à exister et nous mènera une lutte à mort tout au long de la période du socialisme. Nous savons que cette classe se développera à nouveau, sur la base même des contradictions qui persisteront dans cette époque de transition, et qu'elle viendra se loger à l'intérieur même des rangs du parti et des organes dirigeants de la révolution.

Alors, certes, il n'y en aura pas de facile ! Mais l'expérience chinoise et la révolution culturelle en particulier nous montrent qu'il est possible et nécessaire de lutter et de remporter des victoires.

De toutes manières, avons-nous le choix ? Ne pas avancer dans la direction du socialisme et du communisme, même si nous savons que nous subirons des reculs et connaîtrons des difficultés de toutes sortes, ce serait adopter une position insoutenable. Accepter la fatalité du capitalisme comme le souhaite si fortement la bourgeoisie, ce serait accepter aussi que se poursuivent le règne de l'exploitation et de l'oppression, les crises, les guerres, les massacres et les famines ; ce serait accepter la domination des vieilles idées réactionnaires, du sexisme, du racisme, de l'obscurantisme, des divisions fictives et insensées qui sont au cœur de ce qui constitue aujourd'hui l'idéologie bourgeoise dominante - une idéologie qui prend de plus en plus la forme d'une pensée unique.

En vérité, la perspective de la lutte révolutionnaire pour le communisme apparaît comme étant un défi exigeant, donc formidable et enthousiasmant.

Voilà pourquoi nous proposons au prolétariat canadien de s'y joindre, d'abord et avant tout en participant à la lutte pour construire et édifier le parti !


1) « La bourgeoisie : une classe puissante à liquider », Socialisme Maintenant!, n° 5, hiver 2000.

2) « Le parti communiste doit mener la guerre révolutionnaire dans les pays impérialistes », Socialisme Maintenant!, n° 5, hiver 2000.

3) « Canada/Québec : un partenariat impérialiste », Socialisme Maintenant!, n° 2, été 1997 ; « La lutte contre le nationalisme est une nécessité absolue », Socialisme Maintenant!, n° 3, automne 1997 ; et « Alliances de classes et projet national au Québec », Socialisme Maintenant!, n° 3, automne 1997.

(paru dans la revue Socialisme Maintenant! n° 6)

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