Extraits du Manifeste-programme du Parti communiste d'Espagne (reconstitué)
Le Parti communiste d'Espagne (reconstitué), une organisation marxiste-léniniste connue pour sa défense et sa pratique de la lutte armée, a publié il y a deux ans son programme, qui précise notamment ses conceptions à ce sujet. Nous en avons traduit et en présentons ici quelques extraits, qui expliquent à la fois pourquoi ce parti défend la nécessité de la lutte armée et pourquoi il s'inscrit dans une stratégie de guerre populaire prolongée.
 - Socialisme Maintenant!
Il est évident que la classe ouvrière préférerait conquérir le pouvoir de manière pacifique. Mais l'expérience historique nous prouve que tant que la bourgeoisie n'aura pas été renversée dans les principaux pays impérialistes, le processus de transition du capitalisme au socialisme ne pourra se réaliser de façon légale ou pacifique, comme par la voie parlementaire. Cela est dû au fait que la bourgeoisie monopoliste n'acceptera jamais de céder le pouvoir volontairement et pacifiquement.
Étant donné l'expérience qu'ils ont accumulée, les États capitalistes de notre époque ne laisseront pas le mouvement révolutionnaire de la classe ouvrière accumuler et concentrer ses forces de manière pacifique. Ces États représentent en fait la contre-révolution organisée et permanente. Nous ne sommes plus aujourd'hui à l'époque de la libre concurrence et de la démocratie bourgeoise, alors qu'il était encore possible pour la classe ouvrière - pour paraphraser Engels - de s'organiser et d'utiliser les institutions bourgeoises pour « lutter contre ces institutions elles-mêmes ». La mise en place de formes de pouvoir de type fasciste et policier dans la quasi totalité des pays capitalistes a rendu caduques et inutiles les vieilles méthodes de la lutte parlementaire et pacifique ; d'autre part, elle n'a pu empêcher l'apparition et l'introduction progressives de nouvelles méthodes de lutte.
En Espagne, [...] la combinaison des actions armées de la guérilla avec les grèves, les manifestations, les actes de sabotage, etc. est devenue la principale forme de lutte de la classe ouvrière et du mouvement populaire.
À l'intérieur de ce mouvement, la lutte des masses et l'activité du Parti jouent le rôle principal. La lutte armée de la guérilla et l'organisation militaire doivent être subordonnées aux autres formes de lutte et d'organisation. En Espagne, la guérilla ne sera pas capable par elle-même d'accumuler la force militaire nécessaire au renversement et à la destruction de l'armée fasciste. En temps et lieu, l'insurrection générale des masses combinée à la lutte de la guérilla armée renverseront l'État capitaliste. D'ici là, les tâches principales que la guérilla doit accomplir sont les suivantes : continuer à soutenir le mouvement des masses et leurs organisations ; contribuer à créer les conditions (aux niveaux politique, économique, militaire, organisationnel...) pour que les larges masses puissent participer pleinement à la lutte pour le pouvoir ; et finalement, assurer son propre développement.
Le rôle de la lutte armée et de l'organisation de la guérilla n'est pas déterminé ou limité par des conditions temporaires, insurrectionnelles ou locales ; il n'est donc pas de nature tactique, mais bien permanent. Ceci découle des conditions du régime politique et économique de l'impérialisme, de la crise et du développement de la lutte de classe. Ainsi, la lutte armée de la guérilla est désormais une composante essentielle de la stratégie révolutionnaire du prolétariat.
[...] La lutte de résistance aura nécessairement un caractère prolongé, étant donné que nous faisons face à un ennemi qui compte sur une machine d'État étendue et centralisée, disposant de moyens relativement puissants et du soutien non négligeable de l'impérialisme international. En outre, nous devons écarter toute possibilité d'organiser les larges masses à travers les moyens légaux, espérant qu'à un moment donné, elles seraient amenées à confronter la réaction et à renverser l'État capitaliste par une insurrection armée. Cette perspective est tout à fait désuète. [...] La seule alternative est donc la résistance politique et la lutte armée, de sorte à ce que lorsque l'insurrection se posera, elle aura été précédée par plusieurs années de résistance de la part du mouvement populaire - une période lors de laquelle il y aura eu des avancées et des reculs, les masses auront appris à utiliser toutes les méthodes de lutte et on aura également appris à combiner adéquatement les aspects politiques et militaires.
Décembre 1998 (traduit de l'édition anglaise parue en juillet 1999)
(paru dans la revue Socialisme Maintenant! n° 6)
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