RÉSOLUTION DU GROUPE ACTION SOCIALISTE (AVRIL 1990)
Luttons contre l'oppression des femmes, en avant vers la révolution socialiste !
Il y a 10 ans, le groupe Action socialiste adoptait en congrès une résolution sur la question des femmes, fruit de près de deux ans de discussions, réflexions et débats internes, teintés de l'expérience militante acquise dans les luttes du mouvement des femmes de l'époque, entre autres celles pour le droit à l'avortement.
La position développée alors par l'organisation s'est fondée, à l'inverse des conceptions idéalistes du féminisme bourgeois, sur une analyse matérialiste et marxiste de l'oppression des femmes. En plus de nous permettre de mieux saisir l'origine de cette oppression, une telle démarche nous a permis d'éclairer la seule voie apparaissant porteuse d'espoir pour la libération totale des femmes exploitées et opprimées : remettre clairement à l'ordre du jour la nécessité de la révolution socialiste et la fin de la société de classes.
Nous croyons que 10 ans plus tard, alors que le réformisme a complètement récupéré la totalité des mouvements sociaux et leur théorie (tant écologique que féministe), cette position politique d'Action socialiste a conservé toute sa pertinence. Elle a non seulement résisté à l'épreuve du temps mais y a même trouvé, d'une certaine façon, la consécration des faits : N'y disions-nous pas, en effet, que « (...) les femmes n'échappent pas à la lutte des classes : à travers les réalités vécues par les femmes selon leur appartenance sociale, le terrain commun de revendications, s'il a pu à certaines époques être plus important, s'amenuise inexorablement, à mesure que se développe le capitalisme. L'impérialisme, en accédant à certaines revendications des femmes et en leur accordant un certain nombre de droits démocratiques a donc élargi malgré lui le fossé qui sépare les femmes entre elles, selon leur appartenance de classe. »
À l'âge d'or du mouvement féministe bourgeois, sacralisant l'unité de toutes les femmes, de tels propos faisaient figure d'hérésie, malgré les faits qui déjà, démentaient spectaculairement cette illusoire unité transcendant les classes sociales. Aujourd'hui, qui peut vraiment affirmer qu'une travailleuse dans l'industrie du vêtement, mère de famille monoparentale, a plus d'intérêts communs avec Nycol Pageau-Goyette (la boss des Aéroports de Montréal ayant siégé sur tous les CA capitalistes de la province dont celui d'Hydro-Québec et de la Caisse de dépôt) sous prétexte qu'elle est une femme, qu'avec un camarade immigré tout juste mis à pied de son emploi ?
Du même coup, et bien que les chiffres avancés dans la première partie du texte aient quelque peu vieilli, les conditions de vie qui y sont décrites, et qui rappellent l'oppression et l'exploitation des femmes à l'échelle de la planète y demeurent largement d'actualité.
Mais l'énorme faiblesse de cette résolution, et que nous devons critiquer aujourd'hui (en cela, il s'agit d'abord de notre responsabilité comme organisation), c'est d'avoir failli à réaliser les tâches qu'elle exigeait et auxquelles nous appelions en conclusion.
En n'y consacrant pas tous les efforts qu'il aurait fallu, nous en avons affaibli la véritable portée politique, et en avons fait une critique contemplative du féminisme bourgeois. Bien des raisons objectives peuvent expliquer notre incapacité comme organisation à prendre en mains véritablement les tâches qu'il faut à tout prix mettre en branle pour construire un mouvement des femmes prolétarien et véritablement révolutionnaire. Mais il faut reconnaître que peu importe les raisons, cette faillite dans l'organisation du travail et des tâches à mener pour construire un mouvement des femmes prolétarien, a enlevé bien du tranchant, et beaucoup de résonance à cette résolution.
Qu'à cela ne tienne, à l'aube de la marche mondiale des femmes qui risque surtout de renforcer, ici du moins, l'emprise d'un féminisme essentiellement bourgeois et réformiste sur le mouvement des femmes, cette résolution mérite de faire l'objet de débats et d'une réflexion. Elle le mérite, parce qu'elle jette un regard résolument tourné vers la révolution. Et il est là, le chemin obligé de la lutte contre l'oppression des femmes, si nous voulons un jour y mettre fin !
 - Socialisme Maintenant!
Ce que le capitalisme a réservé aux femmes
Partout à travers le monde, en Amérique Latine, en Afrique, ailleurs dans le tiers-monde, dans les pays industrialisés, le capitalisme et le patriarcat ont scellé le sort de millions de femmes ; l'un servant de caution idéologique à l'autre, ils ont asservi et surexploité les femmes travailleuses aux plus belles heures de l'industrialisation, et ils continuent, aujourd'hui encore, à maintenir les femmes sous le joug de l'oppression.
Avec le développement du capitalisme dans les pays industrialisés, le rôle des femmes sur le marché du travail est devenu de plus en plus important. En 1988, elles constituaient 43 p.cent de la population active au Canada, et ont représenté 73 p.cent de la croissance de l'emploi entre 1980 et 1987. 56 p.cent de toutes les Canadiennes font maintenant partie de la main-d'œuvre contre 48 p.cent en 1978 et 37 p.cent en 1968. Mais elles constituent encore une cible privilégiée pour le cheap labour et le travail précaire.
Au Canada, les femmes travaillant à temps plein ne gagnent que 66 p.cent du salaire des hommes et elles constituent 72 p.cent des travailleurs et travailleuses à temps partiel. De plus, si elles représentent 38 p.cent de la main-d'œuvre syndiquée, cela est surtout dû à la syndicalisation de la fonction publique. Tous les autres secteurs de services où elles sont concentrées sont peu syndiqués, et les milliers de femmes en majorité immigrantes qui travaillent dans les manufactures et dans l'industrie du textile, sont parmi les plus exploitées. Cette entrée des femmes sur le marché du travail, en rendant possible la fin de l'isolement social dans lequel vivaient des millions de femmes à la maison, généralise aussi l'exploitation capitaliste et les souffrances qu'elle occasionne.
Le nombre de titres d'emploi où les femmes sont représentées, encore aujourd'hui, reste un signe infaillible du maintien de la division sexiste du travail. Les femmes représentent 57 p.cent des employés-es dans le secteur des services, 28 p.cent dans le secteur manufacturier, 23 p.cent dans le secteur primaire et 10 p.cent dans la construction. La socialisation d'une partie du travail domestique (soin des malades, restauration, garderies, vente dans les magasins à rayons, etc.) a simplement élargi le rôle traditionnel des femmes, de la maison aux institutions et entreprises, sans pour autant libérer les femmes de la classe ouvrière de leurs tâches domestiques. Ces femmes n'ont tout simplement pas les moyens de se payer les services qu'elles procurent pourtant à d'autres par le type d'emplois qu'elles occupent.
La création de tout un secteur improductif du capital financier (compagnies d'assurances, banques, agences de publicité, firmes de comptabilité) a nécessité un fort contingent de main-d'œuvre où il fallait maintenir les salaires au plus bas pour garantir une certaine rentabilité. Le capitalisme est allé chercher cette main-d'œuvre chez les femmes, source privilégiée de son armée de réserve ; aujourd'hui, elles occupent 80 p.cent des emplois de ce type.
Le capitalisme, acculé aux concessions par la classe ouvrière des pays occidentaux à qui il a accordé plus qu'il n'aurait voulu, et confronté aux luttes des femmes de ces pays pour l'égalité au travail, doit constamment élargir sa domination sur les pays du tiers-monde. Ces économies ayant en commun une grande dépendance envers les capitaux, la technologie, l'aide militaire et les crédits des pays industrialisés, les rapports de domination impérialistes y règnent en maîtres ; structure industrielle très faible, agriculture orientée quasi exclusivement vers l'exportation, exportation également de matières premières, endettement faramineux, etc.
En Amérique Latine, avec le développement de l'industrialisation qui s'appuie entre autre sur le cheap labour des femmes, celles-ci sont soudainement apparues dans les statistiques concernant la population active. Mais en fait, et bien que les statistiques officielles en Colombie par exemple faisaient état d'une participation économique des femmes dans l'agriculture d'à peine 4 p.cent en 1980, une recherche de la Colombian Association for the study of population faisait état, pour la même année, d'un taux se situant déjà entre 44 et 56 p.cent de travail féminin dans le secteur rural. L'industrialisation n'a fait que rendre visible l'exploitation discrète qui sévissait déjà dans les campagnes latino-américaines.
Le même phénomène se retrouve dans les pays d'Afrique, où près de 80 p.cent de la production alimentaire est le résultat du travail des femmes habitant les régions rurales. Pour la plupart des travaux qu'elles exécutent, elles ne reçoivent aucun salaire en raison du caractère « familial » de l'agriculture africaine, où les hommes détiennent majoritairement la propriété des terres.
La surexploitation des femmes du tiers-monde rappelle celle vécue par les femmes en Europe au début du siècle : conditions inférieures de travail, main-d'œuvre très demandée parce que moins coûteuse, donc en compétition perpétuelle avec le travail masculin pour les rares emplois disponibles, conditions d'hygiène désastreuses pour les femmes enceintes, concentration dans les secteurs les moins spécialisés, etc.
Pendant que l'on assiste, d'un côté, à une prolétarisation des couches paysannes et des femmes qui les composent, et de l'autre, à l'expansion de la petite-bourgeoisie, particulièrement dans les pays d'Amérique Latine, les classes dans les pays du tiers-monde se définissent de plus en plus clairement, bouleversant du même coup les rapports sociaux qui y prévalaient jusqu'alors.
Alors qu'en 1960, 3,2 millions de personnes étaient classées par les statistiques brésiliennes dans « la classe moyenne » sur une population de 106 millions, elles représentent maintenant près de 10 p.cent de la population, soit 9.6 millions. Cet état de fait a été accompagné dans un premier temps du confinement des femmes de cette classe à la maison, en échange d'une certaine sécurité matérielle et d'une reconnaissance sociale de leur position de classe. Du même coup, « l'apparition » de cette petite-bourgeoisie a généré une recrudescence de l'emploi des femmes servantes et domestiques.
En 1979 en Amérique Latine, 50 p.cent de la totalité des femmes dans la population active étaient employées au service domestique, principalement de très jeunes femmes provenant des régions rurales et avec une scolarité moyenne de trois ans. Selon les évaluations de l'OIT (Organisation internationale du travail), le travail domestique en Amérique Latine est de plus en plus intégré à la réalité sociale, et loin de disparaître, il fait maintenant partie intégrante du développement des petites bourgeoisies locales.
Dans les pays du tiers-monde, la crise économique mondiale amplifie les écarts de développement et accroît ainsi l'endettement. Au niveau local, le non-emploi touche en priorité les femmes qui, dans le meilleur des cas, se trouvent rejetées dans le travail informel urbain. Dans le pire, ô combien fréquent, les femmes doivent se prostituer pour survivre et nourrir leurs familles. La misère génératrice de prostitution semble y être une loi universelle.
La mise en place d'une nouvelle division internationale du travail, le redéploiement industriel à l'échelle mondiale s'accompagnent de fermetures d'usines, de relocalisations et d'accélération de l'exode rural. Dans les zones franches (de Corée du Sud au Mexique, en passant par Tanger et Singapour), la proportion de femmes sous-payées, employées dans les usines exportatrices est très forte (plus de 70 p.cent en Corée). À Porto-Rico, les femmes forment la majeure partie des secteurs pharmaceutiques et électriques qui sont les principales industries du pays.
L'impérialisme doit entre autres sa survie actuelle à l'exploitation des populations du tiers-monde. Bastion idéal d'une main-d'œuvre à bon marché, le capitalisme reprend d'une main ce qu'il doit concéder de l'autre à la classe ouvrière des pays industrialisés. Il reproduit au tiers-monde, là comme ailleurs, la surexploitation des femmes avec encore plus d'acuité.
Dans les pays coloniaux et semi-coloniaux, les femmes représentent un pourcentage de la population active moins élevé que dans les pays industrialisés. La situation aiguë d'oppression que vivent les femmes du tiers-monde traduit bien le processus d'accumulation impérialiste dans les pays sous-développés. Parce que des relations économiques et sociales de type pré-capitalistes y sont incorporées, les femmes doivent lutter, non seulement contre l'exploitation, mais encore pour l'obtention de leurs droits démocratiques. La tâche est lourde, car la culture machiste, omniprésente, permet d'y maintenir le carcan idéologique de l'infériorité « naturelle » des femmes.
Ici, comme ailleurs, l'oppression des femmes ne se limite donc pas à une question d'inégalité de droits ou de surexploitation au travail, mais est supportée par un appareil idéologique puissant qui veut confiner la femme à son rôle reproducteur et avec celui-ci, à l'esclavage domestique, méprisée comme objet sexuel, victime de la violence, du sexisme et de la pornographie.
Les religions, à toutes les époques, se sont faites complices des classes dominantes dans la perpétuation de ces valeurs sexistes. La théorie marxiste a bien défini le rôle qu'elles jouaient dans les sociétés de classes, comme phénomènes travestissant les processus sociaux réels, et occultant la lutte des classes. Pour cette raison, la séparation de l'Église et de l'État (et donc de l'Éducation), est une des conditions essentielles à la prise de conscience des femmes face à l'oppression que génère l'idéologie patriarcale qui se reproduit, entre autres, grâce aux valeurs véhiculées à l'école par les religions misogynes.
De par son influence dans l'éducation, l'Église ne contribue pas peu à confiner les femmes dans leur rôle reproducteur en perpétuant les différents préjugés dont foisonnent les écrits religieux, qu'ils aient pour nom Bible ou Coran.
Dans les démocraties bourgeoises, la religion est un des multiples masques dont se sert la classe dominante pour occulter la misère de la classe ouvrière. De la même façon, l'Église a occulté l'oppression des femmes et constitue une entrave à l'égalité pleine et entière de leurs droits.
Le recours au bénévolat, essentiellement féminin, n'est qu'un exemple des accointances entre classes dominantes et Églises. On y valorise les qualités historiquement « féminines » telles que charité, don de soi, etc. Mais on masque aussi les véritables causes de la misère que génère le capitalisme au sein de la classe ouvrière. À travers le bénévolat, l'Église veut prétendre que les valeurs humanistes permettront d'adoucir le sort réservé aux plus démunis-es ; les femmes, bénévoles, charitables, patientes, maternelles, généreuses jusqu'au martyr, sont le symbole même de cet humanisme religieux, qui réussit à survivre grâce entre autres à cette image empreinte de sexisme qu'il a de tout temps mythifié.
Dans les pays du tiers-monde et plus spécifiquement en Amérique Latine, le contrôle exercé par l'Église dans les différents mouvements de luttes interdit toute revendication visant à remettre en cause la condition des femmes. Partout, la religion constitue un frein important à l'émancipation des femmes.
Les communistes doivent lutter pour la séparation de l'Église et de l'État, pour la laïcisation des écoles et inscrire ces revendications dans les luttes que mènent les femmes pour leur émancipation.
L'emprise de l'Église et des forces réactionnaires sur l'idéologie dominante s'exprime également dans le contrôle qu'exerce la société capitaliste sur le corps des femmes.
Le contrôle des populations est un enjeu important des politiques bourgeoises, dans la mesure où il influence le bassin de l'armée de réserve. Celle-ci exerce une pression à la baisse sur les salaires par le jeu de la concurrence entre la main-d'œuvre, tout en constituant une force de travail disponible dans les périodes de développement des forces productives. Mais l'expansion démographique a aujourd'hui atteint un seuil critique pour le capitalisme.
Celui-ci, par le développement anarchique qu'il impose à la production, est incapable de donner du travail en quantité suffisante pour la main-d'œuvre disponible, comme le démontrent les taux élevés de chômage dans les pays industrialisés. La bourgeoisie cherche donc à y maintenir le taux de natalité dans des proportions raisonnables. Dans les périodes d'expansion, elle sait qu'elle peut toujours recourir à l'exploitation des immigrantes et immigrants car c'est une main-d'œuvre moins coûteuse et dont elle n'aura pas à assumer les frais d'éducation ou de formation. Pour la grande bourgeoisie, le droit à l'avortement ne constitue donc pas un enjeu fondamental en termes économiques. Mais certaines considérations subjectives influencent le recours aux politiques natalistes et la restriction au droit à l'avortement ; l'oppression et la négation du droit des femmes à disposer de leur corps n'y est pas pour peu. S'y ajoutent les rivalités inter-impérialistes (puissance démographique des pays), le nationalisme, la xénophobie, le sexisme, l'influence plus ou moins grande des couches conservatrices et bien sûr de l'Église, qui ralentissent le développement d'une législation reconnaissant aux femmes le droit inconditionnel à l'avortement.
Dans les pays du tiers-monde, le contrôle des populations par la classe dominante s'exerce actuellement dans le sens d'une limitation des naissances. L'explosion démographique de la population latino-américaine par exemple, qui est passée de 63 à 352 millions de 1900 à 1978 alors que celle de l'Amérique du nord passait de 81 à 244 millions entre les mêmes années, suscite beaucoup d'inquiétudes aux États-Unis ; les mesures en faveur du planning des naissances auprès des populations les plus exploitées sont fortement encouragées par les pays impérialistes.
Ces tentatives pour mettre un frein à l'expansion démographique ont bien sûr pour cible les femmes. On y assiste à de véritables campagnes de stérilisation, ou encore on les empoisonne avec des contraceptifs chimiques rigoureusement interdits chez nous. Les classes dominantes maintiennent les femmes du tiers-monde dans l'ignorance face aux conséquences de ce type de mesure pour mieux contrôler leur reproduction. Dans le même esprit, mais pour d'autres raisons (idéologiques celles-là), l'Église et les États maintiennent l'avortement dans l'illégalité, ce qui n'empêche pas les pays du tiers-monde d'être aux premiers rangs en matière d'avortements pratiqués (le Brésil en compte 2 millions par année), et on se doute dans quelles conditions meurtrières ils se réalisent pour les femmes.
Le droit inconditionnel des femmes à disposer de leur corps est loin d'être reconnu. Partout, les forces réactionnaires se manifestent avec l'énergie du désespoir pour tenter d'enrayer tout gain aussi timide qu'il fut qui permettrait aux femmes d'être maîtresses de leur corps, que ce soit en matière d'avortement ou de contraception.
La lutte des femmes pour le droit à la contraception et à l'avortement libres et gratuits doit continuer à être soutenue comme elle l'est déjà, par les communistes, qui voient dans ce gain une nouvelle défaite des forces réactionnaires face à l'oppression des femmes.
L'oppression a ses assises bien ancrées dans les institutions bourgeoises et c'est pourquoi il nous faut lutter contre elles aussi, et contre l'idéologie qu'elles supportent. Le sexisme, le chauvinisme ont pris pied dans la famille patriarcale, fortifiés ensuite par la société elle-même, qui y a longtemps trouvé divers avantages (retour des femmes à la maison pour abaisser le chômage par exemple). La culture et les valeurs patriarcales ont solidement ancré leur domination dans toutes les sphères de l'activité humaine.
Le sexisme tire son origine d'une des bases matérielles de l'oppression des femmes, soit du rapport entre ses fonctions de reproduction et son rôle dans la production sociale ; la division sexuelle du travail dévalorise le travail des femmes, qui est concentré dans les emplois de services (garderies, restauration, hôpitaux, hôtellerie, etc.), parce qu'il reproduit le rôle traditionnel joué par les femmes dans la sphère domestique, rôle qui fut historiquement exclu de la production sociale, et donc dévalorisé par la société.
Mais le développement des modes de production ne fait qu'exacerber les contradictions existant entre l'idéologie patriarcale et les exigences du capital. Avec le développement du secteur des services qui constituent une proportion de plus en plus importante des emplois crées - au Canada cette proportion atteindra 80 p.cent en l'an 2000 - d'une part, et la montée des luttes des femmes pour le droit au travail d'autre part, ces contradictions sont devenues de plus en plus insolubles pour les classes dominantes. Elles doivent donc concéder aux femmes un accès toujours plus large au marché du travail et ainsi ébranler les bases de la famille patriarcale.
Du même coup, pour la bourgeoisie et surtout pour la petite bourgeoisie, l'emploi des femmes a permis de maintenir le niveau de vie des familles, malgré les crises successives du capital : « Avec la diminution progressive de la richesse des classes moyennes, et donc la polarisation entre riches et pauvres, le travail des femmes compense les pertes de revenus de cette même classe. Aussi, la plupart des ménages de la classe moyenne (62 p.cent) doivent maintenant compter sur deux revenus : très souvent, la femme travaille pour le nécessaire et non pour s'offrir du luxe. En effet, le nombre de familles avec deux revenus a doublé en 20 ans. » [1]
Dans les pays impérialistes où le capitalisme est plus développé, la famille patriarcale perd de plus en plus de terrain : « Les familles canadiennes ont changé au fur et à mesure que le rôle des femmes dans la société a évolué. En 1968, près des 2/3 des familles étaient formées d'un mari soutien de famille et d'une femme au foyer, avec ou sans enfants. De nos jours, moins d'une famille sur six correspond à ce modèle. En fait, 62 p.cent des mères canadiennes ayant des enfants de moins de 16 ans font partie de la population active, y compris 61 p.cent des mères d'enfants de 6 ans et moins. » [2]
Il faut en comprendre que l'entrée des femmes sur le marché du travail est un immense pas en avant pour mener la lutte contre l'oppression des femmes à l'intérieur de la structure familiale. En menant, à long terme, à la disparition de la famille patriarcale comme modèle dominant, le travail salarié des femmes détruit aussi une des bases matérielles de l'oppression, et bien que l'idéologie sexiste peut continuer à se maintenir encore longtemps, elle commence à perdre ses fondements dans la famille.
Mais au sein de la classe ouvrière, les faibles revenus familiaux forçant souvent le choix entre « la femme à la maison » parce que son salaire est généralement plus bas, ou le coût trop élevé des places rarement disponibles dans les garderies, les femmes ont moins accès au marché du travail. Cette situation entraîne souvent le confinement des femmes à la maison. En ce sens, il est essentiel de revendiquer pour les femmes et les familles de la classe ouvrière, la mise sur pied d'un réseau de garderies universel et gratuit et exiger que cette revendication soit prise en charge beaucoup plus largement au sein des syndicats, afin que ces femmes puissent accéder plus facilement au marché du travail car elles n'ont pas les moyens de se payer une quelconque aide à domicile ou le coût élevé des garderies. Et bien que pour les femmes de la classe ouvrière, comme pour leurs confrères de classe, le travail sous le capitalisme, c'est surtout l'exploitation, c'est aussi une conscience de classe qui s'y forge et avec elle, la conscience qu'il faudra en finir avec le capitalisme.
Le capital s'ouvre aux femmes de la bourgeoisie
Les femmes représentent déjà, aujourd'hui et partout à travers le monde, une force sociale avec laquelle le capitalisme doit composer. Mais cette médaille a également son revers : la bourgeoisie peut maintenant compter sur de nouvelles alliées dans sa lutte pour écraser le prolétariat.
Les femmes de la bourgeoisie, déjà bien placées face au capital, ont su consolider leurs privilèges de classe par leur accès à la propriété et sont par le fait même dans le camp des capitalistes qui vivent de l'exploitation des femmes et des hommes de la classe ouvrière.
Les femmes sont aujourd'hui propriétaires du quart des petites entreprises au Canada, et elles occupent 46 p.cent des emplois de gestionnaires et de professionnels-les. Leur accès croissant aux études supérieures laisse entrevoir qu'elles partageront de plus en plus en plus le pouvoir et la propriété de leur confrères de classe dans la bourgeoisie : « De 1981 à 1988, le nombre des femmes gagnant plus de 50 000 $ a doublé. Et ce n'est pas fini. De plus en plus de femmes occuperont des postes décisionnels au cours de la prochaine décennie, car les femmes représentent actuellement 55 p.cent des étudiants universitaires au Canada, comparativement à 33 p.cent il y a dix ans. » [3]
« Les femmes représentent 44 p.cent des étudiants et étudiantes au deuxième et troisième cycle ; elles comptent pour 48 p.cent des inscriptions en droit et 47 p.cent en commerce et administration des affaires, comparativement à 9 et 6 p.cent en 1968, soit il y a 20 ans. » [4]
Au Canada comme dans la plupart des pays occidentaux, la propriété du capital et l'indépendance économique se sont donc ajoutées aux privilèges de classe dont bénéficiaient déjà les femmes de la bourgeoisie.
Dans le tiers-monde, les mariages entre gens de la petite-bourgeoisie constituent des pactes pour le maintien des privilèges de classes, en protégeant ces femmes du travail pénible auquel sont astreintes les femmes les plus pauvres. Même à l'époque, la subordination de la femme petite-bourgeoise ne signifiait pas l'absence de tout pouvoir. Dans la sphère domestique, c'est elle qui régnait, c'est elle qui employait à des salaires de famine des servantes venues des régions rurales. Elle contribuait à l'éducation de ses enfants dans le respect des valeurs traditionnelles et reproduisait ainsi sa position de classe.
Aujourd'hui, les femmes de la petite-bourgeoisie de ces pays sont de plus en plus présentes sur le marché du travail. Au Brésil, par exemple, l'accessibilité croissante de l'éducation de 1960 à 1976 a particulièrement favorisé l'entrée des femmes petite-bourgeoises sur le marché du travail dans les emplois professionnels et dans les techniques, renforçant ainsi leurs positions privilégiées par rapport à la majorité des femmes. Au cours des dernières annnées, la résistance traditionnelle au travail des femmes est disparue chez la petite-bourgeoisie. Entre 1960 et 1976, les femmes ont augmenté de 5 1/2 fois leur nombre dans les emplois professionnels. Du même coup, le nombre de servantes domestiques a augmenté de façon significative, passant de 674 000 en 1950 à 2 millions en 76. C'est le contrecoup des nouveaux succès professionnels de la bourgeoisie féminine.
Cette entrée des femmes de la classe moyenne dans l'économie a favorisé l'émergence d'un féminisme de classe, opérant comme instrument d'insertion des femmes dans la politique et sur le marché du travail, afin d'y remettre en cause le pouvoir mâle, mais n'impliquant pas le moins du monde les femmes moins privilégiées qui leur sont subordonnées à la maison.
Les femmes n'échappent pas à la lutte des classes
En analysant les rapports de production dans la société capitaliste tels qu'ils se manifestent aujourd'hui, et en jetant la lumière sur la condition spécifique des femmes, il faut en tirer les conclusions qui s'imposent : les femmes n'échappent pas à la lutte des classes ; à travers les réalités vécues par les femmes selon leur appartenance sociale, le terrain commun de revendications, s'il a pu à certaines époques être plus important, s'amenuise inexorablement, à mesure que se développe le capitalisme. Les contradictions entre prolétariat et bourgeoisie, en devenant chaque jour plus intolérables, n'épargnent pas les rapports entre les femmes des différentes classes.
La bourgeoisie, en affermissant les intérêts de classe des femmes qui la composent par la concession du droit de propriété, a largement contribué à atténuer chez ces dernières les manifestations les plus criantes de l'oppression.
Que les garderies s'avèrent dispendieuses ne constitue pas un frein pour elles (il existe même des agences de garde à domicile) ; les possibilités de contrôler leur reproduction sont relativement plus grandes que celles des femmes de la classe ouvrière. Les privilèges financiers leur permettent de solutionner le problème des services d'avortement difficilement accessibles. Souvent mieux éduquées et mieux informées, les femmes de la bourgeoisie ont plus facilement recours aux méthodes contraceptives. Quant au travail domestique, la bourgeoisie a su développer tout un marché de services exclusivement accessibles aux femmes de sa classe ; dans ses publications, elle nous vante les mérites de sa « révolution rose » : services d'entretien ménager, de nettoyage, de lessive, de repassage, de livraison à domicile, de traiteurs ; industrie du micro-ondes, plats cuisinés, aliments « minute », tapis et tissus résistant aux taches, et quoi encore... Ce qu'on n'y dit pas, c'est la composition de la main-d'œuvre qui produit de tels services ; gageons que ce sont des femmes, d'autres femmes, pour qui la « révolution rose » signifie bien peu de choses.
L'impérialisme, en accédant à certaines revendications des femmes, et en leur accordant un certain nombre de droits démocratiques a donc élargi malgré lui le fossé qui sépare les femmes selon leur appartenance de classe. Ceci n'est guère surprenant puisqu'à tout égard, l'impérialisme agit ainsi : en se développant, il accentue l'antagonisme entre les classes en lutte dans la société, plutôt que de l'atténuer. Ce que l'impérialisme est prêt à concéder aux femmes s'arrête, plus souvent qu'autrement, aux revendications qui ne remettent pas en cause son existence et sa survie. Celles qui au contraire, menacent le capitalisme, sont l'objet d'oppositions systématiques, appartiennent au domaine de la lutte des classes et ne pourront être gagnées que par la classe ouvrière.
Les femmes de la bourgeoisie ne sont pas des alliées des femmes de la classe ouvrière. Elles ne le seront jamais, parce qu'elles n'ont pas d'intérêts à détruire le capitalisme. Or les communistes ne peuvent envisager la lutte contre l'oppression des femmes, détachée de la lutte contre le capitalisme.
Les féministes bourgeoises tentent de nous faire croire qu'il suffit de changer les mentalités, ou d'inscrire le droit des femmes dans la constitution pour que les femmes soient libérées de l'oppression. En d'autres mots, c'est vouloir nous persuader que sous le capitalisme, il sera possible d'améliorer le sort de toutes les femmes, en agissant sur les superstructures idéologiques et par le biais des droits démocratiques.
Cette conception de la lutte contre l'oppression procède d'une analyse idéaliste qui fait de l'oppression une réalité relevant strictement d'une idéologie, sans fondements matériels sous le capitalisme ; une réalité qui se perpétuerait par la seule force de l'esprit. C'est ainsi que l'on en vient à considérer l'alliance stratégique avec la bourgeoisie comme possible et même souhaitable, puisque la question des classes ne s'appliquerait pas à l'oppression des femmes.
Il ne faut pas commettre cette erreur. Toute idéologie naît d'abord d'une base matérielle : les modes de production, qui déterminent en premier lieu l'ensemble des rapports sociaux ainsi que l'idéologie dominante. Mais en étant des réalités historiques en mouvement, ils se trouvent ensuite en relation interdépendante avec la superstructure idéologique qu'ils mettent en place. L'idéologie n'est donc pas une invention au-dessus de tout, bien qu'elle agisse effectivement sur les bases matérielles qui l'ont déterminée.
C'est donc cette base matérielle qu'il faut nécessairement détruire, c'est le capitalisme qu'il faut tuer, pour pouvoir agir sur son système idéologique, qui ne disparaîtra pas d'un seul coup, comme par magie, mais devra être systématiquement remis en question dans chacune de ses manifestations.
Quant aux femmes de la bourgeoisie, elles ont fait leur choix, et il est chaque jour plus clair. Pour elles, le maintien de l'exploitation, des femmes comme des hommes de la classe ouvrière, est une condition aussi incontournable au maintien de leurs privilèges, qu'elle ne l'est pour les hommes de leur classe.
L'ennemi des femmes opprimées, ce n'est pas le groupe sexuel ou social que constituent les hommes ; c'est la bourgeoisie, classe dominante par excellence, qui règne derrière le capital en contrôlant la vie des femmes et des hommes de la classe ouvrière, en contrôlant les moyens de production, en bénéficiant largement de la propriété privée, en régissant les rapports sociaux et avec eux toutes les formes d'oppression.
Les communistes et l'oppression des femmes
Les communistes luttent contre l'oppression des femmes et contre chacune de ses manifestations. En s'opposant ainsi activement, en principe et en pratique, à toutes les formes de cette oppression, l'avant-garde révolutionnaire confirme que son objectif - de même que le résultat historique de la lutte de classe du prolétariat - est l'émancipation de tous les individus asservis et la victoire définitive contre toutes les formes de l'exploitation et de l'oppression.
Plus l'avant-garde est résolue, mieux elle est postée, aux premiers rangs plutôt qu'aux derniers, dans toutes les luttes, et mieux elle parvient à diriger les larges masses dans les combats menant à la révolution socialiste. Les communistes doivent marcher à la tête des milliers, des dizaines de milliers de travailleuses qui luttent contre leur oppression, et ce faisant, faire de cette lutte une lutte contre le capitalisme lui-même qui est, à l'étape actuelle du développement des sociétés, l'organisateur minutieux et le contrôleur zélé de l'oppression des femmes.
Le marxisme permet à la classe ouvrière, en l'émancipant de la puissante domination de l'idéologie bourgeoise, de comprendre clairement les mécanismes qui déterminent sa propre condition et celle des groupes dans la population dont le sort est marqué par la domination et l'oppression. Il est l'arme des exploités-es pour vaincre l'exploitation. Pour la première fois dans l'histoire des connaissances, il a expliqué rationnellement, en partant des faits matériels plutôt que des idées jusque-là accumulées et souvent condensées les unes dans les autres, les rapports sociaux que les hommes et les femmes nouent entre eux et elles, ainsi que l'évolution de ces rapports à travers les différentes périodes historiques.
En permettant de comprendre qu'à chaque époque, aussi différentes soient-elles, c'est le rapport entre les forces productives, au premier chef desquelles se trouve le travail des hommes et des femmes, et les conditions dans lesquelles la production s'effectue - les formes de la division du travail, l'appropriation de la production, la superstructure juridique et étatique - qui façonne fondamentalement la société et l'organise dans ses différents aspects, le marxisme nous a enseigné par là-même la loi d'airain de l'histoire, à savoir que c'est la lutte des classes qui tranche au moyen des révolutions les contradictions issues de ces rapports.
Dans les sociétés capitalistes comme le Canada, la contradiction sociale fondamentale, résultat du développement des forces productives au fil des siècles et des luttes de classes antérieures, oppose au caractère éminemment social de la production un cadre et des formes privés d'appropriation des forces productives et de la production elle-même. Deux classes sont les agents de cette contradiction : le prolétariat comme facteur de la production, et la bourgeoisie qui s'approprie privément la richesse pourtant produite socialement. Le rapport contradictoire qui s'établit entre ces deux classes antagoniques, s'exprimant dans la lutte des classes, est le rapport dominant, celui qui pèse sur tous les autres, qui les façonne et les détermine.
Certes, tous les rapports sociaux, et à fortiori tous les faits de la vie d'aujourd'hui ne sont pas nés avec le capitalisme. Ces faits et ces rapports ne sont pas dans leur totalité, loin de là, des produits du capital comme rapport social.
Le capitalisme, au Canada comme ailleurs, a hérité des conditions à partir desquelles il a émergé et s'est hissé progressivement au rang de mode de production dominant, ces conditions étant elles-mêmes constituées d'une accumulation d'expériences historiques, de rapports sociaux, d'idéologies et de cultures dominantes. Il n'est pas difficile de reconnaître à cet égard que la division entre le travail intellectuel et le travail manuel, entre la ville et la campagne, la propriété privée, l'État comme forme de domination de classe, la monnaie, la guerre, l'esclavage et la contrainte des peuples conquis, etc., sont autant de réalités largement antérieures au mode de production capitaliste. Toutefois celui-ci, parce qu'il correspond à un degré supérieur de développement des forces productives et qu'il devient rapidement le mode de production dominant à l'échelle de la planète, confère aux rapports nouveaux qu'il introduit, et par-dessus tout, à la contradiction fondamentale entre le prolétariat et la bourgeoisie, un caractère déterminant, pour l'avenir de l'humanité cela va de soi, mais aussi, plus prosaïquement, pour tout ce que le capitalisme trouve sur son chemin, pour ce dont il hérite, pour les anciens rapports entre les individus, entre les classes, pour toutes les croyances et toutes les idéologies, jusqu'aux plus anciennes.
L'antériorité des faits historiques ne fonde donc pas une « hiérarchie » qui expliquerait les sociétés à partir de ce qui est le plus ancien. Au contraire, ce sont les rapports d'exploitation et de domination les plus neufs, les plus jeunes au regard de l'histoire qui jouent un rôle déterminant et auxquels les autres s'articulent et se soumettent dans un certain sens.
C'est ce que le marxisme nous permet de comprendre de toutes les sociétés où les rapports capitalistes dominants s'accaparent pour ainsi dire l'histoire accumulée et les siècles, voire les millénaires de développement des outils, de la production, des connaissances, de la culture et des rapports sociaux, pour ou bien les écraser, les dissoudre et les faire disparaître dans certains cas, ou bien alors les incorporer et les utiliser dans d'autres cas de façon à ancrer davantage et plus profondément la prégnance des nouveaux rapports sur la société.
Par-dessus tout, le marxisme comme théorie révolutionnaire, qui ne se contente pas d'interpréter le monde mais s'emploie à le transformer, dégage sans peine quelle est la force sociale qui peut dénouer toutes les contradictions, vieilles et nouvelles, et libérer l'immense majorité de la population - et ultimement la totalité de celle-ci - de toutes ces petites prisons étroites que constituent les rapports sociaux contraignants. Cette force sociale, c'est la classe des travailleuses et des travailleurs, le prolétariat.
Ainsi, sur le chemin du capitalisme, se croisent et se percutent progrès et archaïsmes, sciences et croyances, se scindent et se fusionnent, en laissant sur la touche des millions d'opprimés-es, petite production artisanale, paysannerie, serfs, métayers, propriétaires terriens ou prolétariat agricole, petite-bourgeoisie déclassée, population rurale qui émigre vers les villes, propriétaires déchus, vagabonds, fonctionnaires civils ou religieux, croyants, croyantes et athés-es, minorités nationales, minorités linguistiques et religieuses, élites intellectuelles, colons et peuples coloniaux, prolétariat et sous-prolétariat composite, croyances ancestrales, obscurantisme ou idéologies progressistes, résidus multiples des modes de productions successifs et classes en progression.
De ce filet de rapports sociaux des plus complexes, certaines des « mailles » remontent à la nuit des temps et semblent être ancrées comme dans du roc. D'autres sont le produit d'époques bien antérieures au capitalisme lui-même. Mais dès lors où les rapports de production dominants sont capitalistes, les heurts, les accrochages entre la production sociale et l'appropriation privée, entre la classe ouvrière et la bourgeoisie, concentrent toutes les autres contradictions, même les plus anciennes, et déterminent fondamentalement la totalité des rapports sociaux, y compris ceux qui paraissent à première vue les plus éloignés de toute détermination de classe liée au capitalisme.
Tout ce que les hommes et les femmes ont successivement perdu au fil des siècles en fait de contrôle direct sur leur propre travail, sur la production de leurs conditions matérielles d'existence, sur leur vie concrète, leur culture, leurs croyances et sur les mécanismes d'affirmation de soi, se concentre maintenant dans la propriété privée des moyens de production et des fruits de la production. De même, tous les efforts que les hommes et les femmes déploient pour regagner ce contrôle perdu, pour redevenir maîtres de leur propre travail, de leurs conditions matérielles d'existence, de leur culture, pour pouvoir affirmer vraiment leur intelligence, se concentrent eux aussi, par la force des choses, dans les efforts du prolétariat pour devenir la classe dominante et abattre l'exploitation capitaliste.
Il n'y a donc pas de classes sociales abstraites, désincarnées. Dans la vie réelle, un tel est ouvrier, canadien francophone, catholique et nationaliste ; telle autre est travailleuse immigrée mère de famille ; un troisième est un capitaliste libéral, universitaire, actif dans les milieux politiques ; telle autre est propriétaire d'une petite entreprise régionale, conservatrice et pratiquante ; tandis qu'un cinquième peut être un agriculteur aisé d'origine ukrainienne, etc.
Chacun et chacune d'entre nous concentre donc un passé et une réalité complexes. Souvent même notre appartenance de classe est dissimulée par nos croyances, notre nationalité, nos relations. Il n'empêche, malgré cette complexité, que comme être social, nous sommes d'abord et avant tout déterminés-es, à quelqu'époque que ce soit, par nos rapports à la production, aux moyens qu'elle met en œuvre et à ses résultats.
Comme l'écrivait Karl Marx : « Dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent en des rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté, rapports de production qui correspondent à un degré de développement déterminé de leurs forces productives matérielles. L'ensemble de ces rapports de production constitue la structure économique de la société, la base concrète sur laquelle s'élève une superstructure juridique et politique et à laquelle correspondent des formes de conscience sociales déterminées. Le mode de production de la vie matérielle conditionne le processus de vie sociale, politique et intellectuel dans son ensemble. Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur être ; c'est inversement leur être social qui détermine leur conscience. »
Cette conception générale est l'arme la plus sûre que possède la classe ouvrière pour comprendre la réalité et développer sa conscience comme classe révolutionnaire. Nous devons nous appuyer sur elle dans toutes nos luttes. Elle constitue l'apport des communistes à l'analyse toujours vivante, toujours en progrès, de la réalité concrète. Dans la lutte contre l'oppression des femmes, la nécessité de cette analyse et de ses conclusions pratiques dans la lutte des classes, pourtant niée plus ou moins franchement par les différents courants féministes, est d'autant plus présente à une époque où le capitalisme vieillissant a depuis longtemps intégré à son propre fonctionnement l'essentiel des rapports d'oppression et de domination, régissant comme un contrôleur universel, la misère économique de millions de femmes, la violence qu'elles subissent et l'idéologie de haine qui cherche à les détruire.
L'oppression et la subordination des femmes étaient là, solidement rivées à la réalité avant que le mode de production capitaliste n'émerge des rapports marchands au coeur de la société féodale et vienne jeter sa griffe sur la production de la vie matérielle, sur les rapports entre les individus et sur la reproduction de la société elle-même.
La division sexuelle du travail, la participation des femmes à la production matérielle, l'organisation de la famille, sanctionnées ô combien pesamment par la superstructure, par l'État, le droit, la religion, la culture et l'idéologie dominantes, avaient déjà, depuis que courait le fil de l'histoire, assigné aux femmes une position subordonnée marquée par les formes les plus diverses de domination et d'oppression.
En fait, les femmes sont opprimées depuis que des institutions nouvelles émergeant des communautés humaines (l'État à ses débuts, la propriété privée, la famille patriarcale) sont devenues nécessaires historiquement pour « imposer » un certain nombre de relations entre individus et de rapports sociaux issus du développement des forces productives.
Dès l'origine, le rapport existant entre les fonctions reproductrices des femmes et leur participation aux tâches de production des moyens de subsistance, à la production sociale, a engendré une division sexuelle du travail, et ce bien avant la naissance des sociétés divisées en classes. Dans les sociétés pré-classistes, cette division du travail s'est établie en fonction directe du développement des forces productives. Que les tâches fussent fortement différenciées ou pas, cela variait d'une communauté à une autre. Par contre, la progression économique des sociétés, le développement des forces productives ont peu à peu transformé cette division des tâches, d'harmonieuse qu'elle était, en une division désavantageuse pour les femmes, et ce à mesure que le contrôle de la reproduction des membres de la communauté, de la force de travail, devenait plus important.
Cette évolution s'est étendue sur des millions d'années et a accompagné les transformations qu'ont connues les sociétés de chasse et de cueillette, le développement de l'agriculture, la progression démographique, l'évolution des territoires devenus trop exigus, l'invention d'outils, qui d'outils sont aussi devenus des armes, etc. Les rapports de production issus de ces développements furent de plus en plus contraignants pour les femmes qui se trouvaient séparées, par les soins consacrés aux enfants et le temps mis à la gestation, des tâches « de pointe » dans le développement des bases économiques de la communauté (l'agriculture à large échelle, l'élevage, l'irrigation, le maniement des outils et des armes nés de la chasse et pouvant conférer un certain rapport de force, etc.).
Cette division primitive du travail entre hommes et femmes est progressivement devenue une subordination des tâches des femmes aux tâches des hommes. Toutefois, pour que cette subordination devienne oppression, pour qu'elle prenne un caractère de plus en plus systématique et contraignant, il fallut qu'elle quitte le simple domaine des rapports entre producteurs et productrices, pour concerner, fait nouveau et lourd de conséquences, les rapports entre les producteurs et productrices d'une part, et le produit de leur travail d'autre part.
La croissance des forces productives, en dégageant un surplus, a sans qu'il n'y paraisse, changé tous les rapports existants. Elle a fait naître dans les faits les premiers vrais rapports sociaux où apparaît pour la première fois une séparation, même très faible, entre les producteurs et productrices, le travail, et le résultat de ce travail. La propriété, bientôt privée, de l'excédent, la famille « patriarcale », l'État, constituent les premières institutions qui permettent d'imposer et déjà de reproduire des rapports qui ne relèvent plus uniquement de la production de la vie matérielle, mais aussi de la production de la société. La division du travail et la subordination des femmes deviennent oppression quand la société commence à se scinder en classes sociales.
Cette oppression des femmes, l'histoire, à travers des siècles de transformations gigantesques, l'a léguée au capitalisme. Qu'en a-t-il fait ? L'a-t-il combattue ? L'a-t-il négligée, en y étant en apparence indifférent ? Ou au contraire se l'est-il incorporée, assimilée ?
Le capitalisme a porté à son paroxysme la séparation entre la masse des individus qui produisent et la minorité à qui appartiennent les moyens de production. Il a généralisé la propriété privée et l'a étendue à presque tout, non seulement à la richesse produite, mais aussi aux moyens de productions et jusqu'à la force de travail elle-même. Jamais dans le passé les producteurs et les productrices ne s'étaient trouvés-es aussi démunis-es et à ce point séparés-es de leur propre travail, de tous les outils, les appareils, les machines, les matières premières utilisées dans leur travail. Il a séparé d'un côté des millions et des millions d'êtres humains, adultes et enfants, ne possédant rien si ce n'est leur force de travail, et de l'autre côté une infime minorité qui possède tout.
Le capitalisme triomphant a constitué par ailleurs une époque fabuleuse de développement des forces productives qui se sont accrues en quantité et en qualité, devenant dans les faits des forces réparties et organisées à l'échelle des sociétés entières, mises en œuvre socialement et non plus individuellement.
Inévitablement, les rapports de production et les rapports sociaux en général imposés par le capitalisme ont surclassé tout ce qui précédait. Ils ont investi les moindres recoins de l'organisation sociale et marqué la totalité des faits concrets de notre existence. Désormais, la contradiction entre les forces productives, sociales, et la propriété, privée, transposée dans la lutte entre le prolétariat et la bourgeoisie, va déterminer et façonner les autres contradictions, les conflits, les heurts sociaux déjà présents ou apparaissant avec le capitalisme. Les femmes, comme groupe opprimé, n'échappent pas à cette emprise des rapports capitalistes. Suivant qu'elles se situent d'un côté ou de l'autre du tranchant social, elles seront soit amenées à se prolétariser et à vivre les conditions imposées à la classe ouvrière, habituellement en pire, soit à développer les attributs et les privilèges dévolus à la classe dominante. Comme groupe opprimé, les femmes ont des intérêts communs qui trouvent progressivement leur expression dans un mouvement de lutte autonome. Mais ces intérêts restent subordonnés aux intérêts de classe des femmes et le mouvement lui-même qui les porte demeure soumis à la classe dominante, jusqu'à ce que la contradiction sociale profonde du capitalisme, en séparant toujours plus nettement les classes sociales et en amenant la classe ouvrière à renverser le pouvoir de la bourgeoisie, sépare aussi les femmes entre elles et les amène à renverser jusque dans leur propre mouvement le pouvoir des femmes de la bourgeoisie.
Présentement, les communistes s'appuient sur cette analyse et font valoir la nécessité pour vaincre l'oppression des femmes, de vaincre le capitalisme lui-même qui est à ce jour la forme la plus achevée de l'aliénation sociale, c'est-à-dire de la séparation de l'immense majorité des femmes et des hommes d'avec les conditions qui déterminent leur existence (le travail, les rapports de production), dans laquelle les femmes trouvent les fondements de leur oppression. C'est la classe ouvrière qui dirige du fait de son nombre, de son rôle prépondérant dans la production et de ses capacités techniques, organisationnelles et politiques, le mouvement des masses exploitées contre le système capitaliste et l'État bourgeois. Pour vaincre le capitalisme et ainsi éliminer les bases de l'oppression des femmes, il faut obligatoirement que les forces politiques et les organisations de combat de la classe ouvrière soient plus imposantes que les forces de la bourgeoisie. On ne pourra abattre le système le plus puissant de l'histoire avec des forces inférieures. De lui-même, le capitalisme va préférer liquider des forces productives et liquider physiquement des hommes, des femmes et des enfants, plutôt que de céder le terrain.
Dans la lutte contre l'oppression des femmes, les communistes font valoir un point de vue alternatif au mouvement autonome des femmes et aux différents courants féministes.
Le mouvement et les organisations de lutte des femmes sont l'expression légitime de l'oppression spécifique qu'elles subissent. Les femmes, comme les hommes, sont progressivement « embrigadées » par les rapports de production capitalistes. Mais elles le sont de manière spécifique, comme groupe dominé, opprimé. Au sein de la bourgeoisie, les femmes ont dû se battre pour pouvoir partager les attributs et les privilèges dévolus à cette classe. Elles ont dû se battre pour être couvertes elles aussi par les droits bourgeois, et pendant des décennies, cette absence de droit a été durement ressentie par la totalité des femmes de toutes les conditions. Les femmes doivent se battre tout autant, au sein des autres classes sociales, contre l'idéologie dominante et les formes spécifiques qu'elle revêt à l'endroit des femmes, contre la discrimination, pour l'accès au travail et à la production, pour leur participation aux organisations démocratiques et aux organisations du prolétariat, etc.
Ces luttes ont pour résultat objectif d'intégrer progressivement les femmes aux classes sociales qui correspondent à leur position dans les rapports de production. Les luttes incessantes des femmes sous le capitalisme précisent la division de la société en classes et confirment les antagonismes sociaux au lieu de les aplanir. Si bien que la situation actuelle, dans un pays comme le Canada, mais aussi presque partout ailleurs, après des décennies de mobilisations, de mouvements revendicatifs et de luttes, oblige à reconnaître que le sort de la majorité des femmes est lié à celui de la classe ouvrière, alors que les femmes, comme les hommes, au sein de la bourgeoisie et des couches sociales qui y sont directement rattachées, sont définitivement gagnées à la défense des privilèges bourgeois et des fortunes redevables au capitalisme.
Or, le mouvement autonome des femmes et les différents courants féministes refusent malgré cette évidence d'organiser de façon conséquente les femmes selon leurs intérêts de classes, ce qui contribue à affaiblir la lutte contre l'oppression en gardant cette lutte prisonnière des illusions voulant que toutes les femmes, indifféremment, sur la base qu'elles sont opprimées, vont parvenir ensemble à vaincre l'idéologie patriarcale et les bases de l'oppression des femmes. Ces illusions confinent les luttes des femmes, dans le meilleur des cas au réformisme militant, dans le pire, à la collaboration de classes ouvertement revendiquée. Le féminisme, comme idéologie du mouvement des femmes - et non cette volonté de lutter des femmes opprimées - c'est la collaboration de classes des femmes entre elles.
Dans les années 70, le mouvement autonome des femmes a cherché à dénoncer le capitalisme comme instrument du patriarcat. Dans certains cas il a repris le vocabulaire marxiste, habituellement de façon purement formelle, pour trouver une articulation du capitalisme au patriarcat avec comme résultat, sous différents habillages théoriques et conceptuels, une séparation du « système des sexes » d'avec le « système des classes ».
Il a cherché à construire l'unité de toutes les femmes - encore là cette unité était illusoire, rappelons-nous au Québec le refus du Front de libération des femmes en 1970 de participer à la caravane nationale pour l'avortement sous prétexte que le gouvernement fédéral n'était pas légitime, ou encore l'expulsion des femmes anglophones du FLF, ou plus récemment les luttes de pouvoir, les rivalités et le sabotage des actions militantes - uniquement pour soustraire le mouvement aux grandes contradictions entre les classes. Nous nous opposons à cette conception de l'autonomie, comme le faisait Alexandra Kollontaï, la révolutionnaire russe, qui s'opposait de toutes ses forces à la conception des bourgeoises qui défendaient le principe d'un mouvement de femmes organisé indépendamment de leurs intérêts de classe.
Dans la lutte, nous avons besoin d'organisations réservées aux femmes. La non-mixité a fait avancer les luttes de toutes les femmes y compris des femmes de la classe ouvrière. Historiquement, la nécessité de s'organiser sur des bases non-mixtes s'est imposée aux femmes de la classe ouvrière, aux travailleuses dans les manufactures et les industries. Les structures syndicales de la fin du XIXe et du début du XXe siècle interdisaient dans certains cas aux femmes d'adhérer aux associations ouvrières. Le corporatisme de métier dominant à cette époque, était particulièrement réticent à l'entrée des femmes dans les corporations. Celles-ci étaient perçues comme une force de travail qui venait concurrencer les travailleurs. Les courants pré-marxistes dominants dans le mouvement ouvrier (comme le proudhonisme) s'opposaient purement et simplement au travail des femmes. Dans certaines branches d'industrie où l'accès au syndicat leur était interdit, les femmes dûrent s'organiser dans des syndicats séparés. La non-mixité a depuis largement favorisé le développement et l'extension des luttes.
S'il faut développer les organisations de femmes comme une méthode de lutte essentielle, il faut être aussi ferme sur le caractère de classe des organisations. Le féminisme néglige de le faire, et cela n'est pas sans conséquences : contestation du marxisme voire même anti-marxisme militant, production de conceptions idéalistes des sources de l'oppression, apolitisme dans la pratique, vulnérabilité face à la récupération par l'État bourgeois. La théorie des mouvements sociaux, qui pendant un temps a présenté le mouvement des femmes comme la force vive de la révolution sociale - curieusement les mêmes personnes ont aujourd'hui remplacé le mouvement des femmes par l'écologie comme nouvelle avant-garde - a alimenté le repli défensif de la classe ouvrière dans la lutte pour la libération des femmes.
Avec le temps, presque toutes les perspectives se sont confondues dans une seule : construire le mouvement autonome des femmes. C'est du bout des lèvres seulement, voire même pas du tout, qu'on propose la construction d'un mouvement de femmes travailleuses, des femmes de la classe ouvrière, un mouvement prolétarien, point d'appui de notre classe dans la lutte contre l'oppression des femmes.
Il faut offrir une alternative dans la lutte contre l'oppression des femmes pour que cette lutte progresse réellement vers sa solution indispensable, la révolution socialiste. Les communistes travaillent à construire cette alternative.
Nos tâches comme organisation communiste
Le troisième congrès du groupe Action Socialiste a fixé dans le cadre de sa résolution, les tâches indispensables à réaliser dans la lutte pour vaincre l'oppression des femmes, et construire le camp de la révolution socialiste :
• Il faut mettre de l'avant la perspective générale d'un mouvement des femmes de la classe ouvrière regroupant les travailleuses syndiquées, les chômeuses, les assistées sociales, les travailleuses non syndiquées, les organisations politiques de la classe ouvrière, les femmes des organisations de jeunes et d'immigrantes qui ont une orientation prolétarienne ;

• Il faut développer une agitation et propagande qui s'adresse prioritairement aux femmes de la classe ouvrière ; dans ce cadre, Action Socialiste produira régulièrement une publication traitant de la question des femmes ;

• Nous continuerons à nous impliquer activement dans les luttes des femmes sur la base de notre analyse de l'oppression, en favorisant dans le cours même des luttes le regroupement des femmes travailleuses dans un mouvement de classe autonome ;

• Il faut proposer régulièrement des actions de la classe ouvrière contre l'oppression faite aux femmes, comme par exemple des manifestations de tout le mouvement ouvrier le 8 mars ;

• Enfin, il faut concentrer toutes nos énergies vers la construction du parti révolutionnaire, en portant une attention particulière au recrutement des femmes de la classe ouvrière comme militantes d'avant-garde, et favoriser les initiatives et débats sur la question des femmes à l'intérieur de notre organisation.
Nous n'avons pas le choix. La bourgeoisie commande. Elle commande d'abord sa propre défense comme classe dominante, travaillant à justifier son joug vieilli, vieilli mais coriace. Elle commande la science, l'idéologie, la culture. Face à sa propre crise, elle rameute à son service toutes les forces autoritaires (armées, polices, alarmistes chauvins, sexistes, natalistes, nationalistes, etc.) pour organiser le redéploiement des forces de la réaction. Nous n'avons pas le choix de faire ou de ne pas faire le travail nécessaire à l'organisation des masses et à la lutte révolutionnaire ; de critiquer ou d'accepter la réalité ; d'en enrichir ou d'en appauvrir notre compréhension ; de proposer ou de taire la voie de la libération ; de construire le parti révolutionnaire ou de l'abandonner aux forces du hasard.
Dans la lutte contre l'oppression des femmes, nous devons offrir une direction aux femmes exploitées et opprimées qui ne soit pas la collaboration de classes, ni le réformisme hésitant, ni les pratiques bureaucratiques des directions des groupes de femmes. Il faut construire notre parti, regrouper les forces des femmes travailleuses et attaquer le capitalisme jusqu'au bout, jusqu'à ce qu'il cède !
1) Revue L'actualité, 1er mars 1990.
2) Les dimensions de l'égalité, Gouvernement du Canada, janvier 1989.
3) Le Devoir économique, mars 1990.
4) Les dimensions de l'égalité, op.cit.
(paru dans la revue Socialisme Maintenant! n° 6)
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