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INDE

Saluons le trentième anniversaire de la formation du parti !

[...] Aujourd'hui, le CPI (M-L) [PW], désormais unifié [1], mène la lutte armée principalement dans deux zones ; dans cinq autres régions, on en est à l'étape de la préparation à la lutte armée. De plus, des cellules du parti développent une activité de masse et préparent les masses à la lutte révolutionnaire dans sept autres États - le West Bengal, le Tamil Nadu, le Karnataka, le Maharashtra, le Haryana, le Punjab et le Delhi. Le parti publie trois revues centrales, en deux langues (anglais et hindi). Il publie également huit autres revues dans autant d'États, en six langues différentes. Bien que le parti ait réussi à surmonter le recul survenu en 1972 [Ndt - l'écrasement de la révolte de Naxalbari], il n'en demeure pas moins qu'il reste encore aujourd'hui une force politique bien petite pour un si vaste pays. Cependant, en ce trentième anniversaire, on peut dire que non seulement il a réussi à reprendre sa stature d'avant 1972, mais qu'il a même grandi considérablement.

Les zones de guérilla

Le cœur du parti, ce sont les zones de guérilla [...]. Dans ces zones, les organisations de masse au niveau des villages (i.e. les organisations de jeunesse, paysannes et de femmes, et aussi, dans certains cas, les organisations d'enfants) sont apparues en premier. Elles ont été bâties principalement autour de revendications spécifiques des masses, tout en menant simultanément le combat contre le féodalisme et l'autorité de l'État.

Parallèlement à la croissance du mouvement et à l'écrasement de la domination féodale ainsi que l'affaiblissement du contrôle de l'État, des structures administratives alternatives se sont développées, telles les Comités de développement au niveau du village, les comités chargés de l'administration de la justice et de l'éducation de même que diverses sociétés de crédit et de coopération. Ces structures ont été mises en place en dépit des opérations contre-insurrectionnelles menées par la police et l'armée. En réponse à ces attaques, des milices de village et des groupes d'autodéfense, comme les Gram Rakshak Dals, se sont aussi développés.

Avec la consolidation de ces organisations et la croissance de l'influence du parti - qu'on a pu constater par l'apparition de cellules du parti -, les organes de pouvoir parallèle (les Gram Rajya Committees) se sont mis à croître. Ces comités reposent sur un front uni de toutes les classes anti-féodales (anti-impérialistes) au niveau du village. Ils sont dirigés par les paysans sans terre et les paysans pauvres.

Le pôle d'organisation principal dans une région donnée, c'est l'escadron armé, dont la juridiction s'étend sur 40 à 60 villages. C'est un comité du parti organisé au niveau de cette juridiction qui en assure la direction politique et organisationnelle. Le commandement militaire relève du commandant politique et de son adjoint. Bien que jusqu'à maintenant les deux instances aient souvent été quelque peu confondues, l'objectif est de bien distinguer chacune des fonctions (politique et militaire), afin d'assurer une plus grande efficacité.

Les comités du parti au niveau d'un escadron doivent répondre à un comité de district. Celui-ci supervise de quatre à huit escadrons. Au-dessus de lui, on retrouve un comité spécial de zone. Un tel comité existe dans chacune des deux zones de guérilla. Ces comités, qui relèvent directement du Comité central du parti, dirigent entre quatre et cinq comités de district.

Jetons maintenant un coup d'œil sur la croissance du mouvement révolutionnaire en Inde, en prêtant une attention toute particulière aux activités qui ont eu lieu au cours des deux dernières années. [...]

Un mouvement de masse en croissance

Il y a fondamentalement trois types de mouvements de masse : 1) contre les ennemis locaux ; 2) contre l'État ; 3) suivant les campagnes politiques initiées par le parti. Bien souvent, les deux premiers types de luttes se confondent, étant donné que l'État intervient habituellement pour défendre les éléments des classes dominantes à l'échelon local.

Dans les zones rurales, la bataille première est celle qui se livre pour conquérir la terre, i.e. l'expropriation des terres qui appartiennent aux propriétaires fonciers et les occupations de terre, des forêts et des terrains vacants qui appartiennent au gouvernement. En ce qui a trait au premier aspect (la prise des terres appartenant aux propriétaires fonciers), on assiste à une bataille constante avec l'ennemi, qui utilise la police et les milices privées pour les reconquérir, ce qui entraîne inévitablement une nouvelle riposte de notre part. [...] En ce qui concerne les terres forestières du gouvernement, il y a eu occupation de centaines de milliers d'acres, tant dans les zones de guérilla que celles où la lutte armée en est encore au stade de la préparation. Voici quelques exemples parmi les actions qui se sont déroulées au cours de la dernière année.

Dans la région de Nizamabad, entre janvier et mars 1998, 916 acres de terre appartenant à des propriétaires fonciers ont été saisis dans 18 villages et ont été redistribués à plus de 540 familles. [...]

Dans un village de la région de Karimnagar, 200 paysans sans-terre et paysans pauvres ont occupé 16 acres de terre. Un « comité de lutte pour la terre » formé de cinq personnes a été créé pour coordonner l'organisation de la production agricole.

[...] Dans l'État de Tamil Nadu, plusieurs luttes ont été déclenchées pour augmenter les salaires des ouvriers et ouvrières agricoles. Plusieurs centaines d'entre elles et eux ont fait la grève et tenu des réunions de masse. Les propriétaires fonciers et les paysans riches ont dû leur concéder des hausses de traitement et satisfaire à d'autres revendications des grévistes. [...]

Les campagnes politiques

Dans le but de développer la lutte des masses et d'augmenter leur niveau de conscience, le parti mène des campagnes politiques centrales dans toutes les régions où il est actif. [...] Les deux plus importantes parmi elles sont celles qui ont lieu à l'occasion de la semaine des martyrs, en juillet (en l'honneur du camarade Charu Mazumdar qui a été assassiné le 28 juillet 1972), ainsi que le boycott des élections. [...]

Une campagne de boycott a notamment été organisée à l'occasion des dernières élections parlementaires qui ont eu lieu en février 1998 dans l'État de Maharashtra. Les organisations du parti ont alors mené une campagne politique d'envergure dans tout l'État, appelant la population à rejeter les institutions parlementaires anti-peuple et à établir leurs propres organes de pouvoir dans chacun des villages. Dans la région de Gadchiroli, où on retrouve déjà une quarantaine de postes de police, et malgré la présence de renforts supplémentaires (dont 15 compagnies de l'armée), pas un seul candidat n'osa mettre le pied.

Dans la région de South Bastar, une cinquantaine d'équipes de propagande ont fait campagne pendant toute la semaine avant les élections. Le taux de participation n'y a été que de 27 p. 100, soit le plus bas de tout le pays.

La lutte sur les questions sociales

Étant donné les traditions féodales qui sont encore profondément enracinées à la campagne, le parti doit combattre systématiquement les points de vue arriérés ainsi que l'oppression sociale, particulièrement envers les femmes [...].

Les organisations de femmes sont à l'avant-garde du combat contre le patriarcat sous toutes ses formes. Elles participent activement à la vie sociale et politique du village. Nombre d'entre elles se joignent aux unités de la guérilla. Les femmes ont aussi joué un rôle très important dans les campagnes contre l'alcoolisme. De plus, le parti prend régulièrement position contre les superstitions et développe des conceptions scientifiques, en particulier en ce qui a trait à la santé et à l'hygiène. [...]

La lutte armée

[...] Depuis 1972, 3 000 martyrs ont contribué à la construction de ce vaste mouvement. Seulement au cours de deux dernières années, 600 martyrs ont donné leur vie pour la révolution. Durant les neuf premiers mois de 1998, 150 camarades ont été assassinés-es, dans le seul État d'Andhra Pradesh. Du nombre, on compte pas moins de 23 dirigeantes et dirigeants du parti [...] et 24 militantes et militants des organisations de masse.

Le 6 mars 1999, le secrétaire général et le président de la Radical Students Union de l'État d'Andhra Pradesh furent arrêtés dans le district de Kurnool ; le lendemain, leurs corps ont été retrouvés dans le district voisin de Mahaboobnagar, où la police en avait discrètement disposé. De tels assassinats sont de plus en plus courants, surtout depuis l'année dernière.

Arrestations, tortures, harcèlement, meurtres, déportations, destruction de la propriété, etc., sont désormais à l'ordre du jour. Des lois draconiennes, des ordres de plus en plus sévères ainsi que des campagnes et des opérations spéciales comme on en avait jamais vu auparavant sont utilisés pour terroriser les masses et cibler les militantes, les militants et leurs familles.

En plus des forces de répression locales, le gouvernement utilise les troupes spéciales anticommunistes de même que d'importants effectifs paramilitaires. De surcroît, il a mis sur pied des groupes armés composés des pires criminels et éléments lumpenisés. Un vaste réseau d'informateurs et d'espions lui fournit des renseignements. Il s'agit donc véritablement d'une guerre ouverte qui se mène contre le peuple.

Mais ce dernier ne reste pas silencieux, il apprend les principes militaires en menant la guerre révolutionnaire. Pendant que les forces régulières de la guérilla poursuivent la lutte armée, des groupes de défense établis au niveau des villages les soutiennent et harcèlent l'ennemi. Les larges masses résistent aux attaques et aux arrestations. Des actions armées régulières, allant des embuscades jusqu'aux incursions en territoire ennemi, permettent d'accumuler des armes et des munitions et contribuent à décourager l'adversaire. Aussi, des ennemis de classe notoires, des agents de police et certains leaders de gangs armés contre-révolutionnaires sont parfois éliminés. D'autres, dont les crimes ont été moins importants, sont néanmoins soumis au jugement des tribunaux populaires.

Entre février et octobre 1998, dans l'État de Maharashtra, 28 policiers, incluant six officiers, ont été liquidés et 39 policiers (dont trois officiers) ont été blessés lors d'attaques de la guérilla. En décembre 1998, lors de deux raids sur des postes de police de la région d'Orissa, une grande cache d'armes et de munitions fut saisie. Il n'y eut, lors de cette opération, qu'un seul policier de liquidé, les autres ayant capitulé après qu'on leur eût expliqué quelle est la cause du peuple. À la mi-mars 1999, dans la cité d'Adilabad, deux postes de police furent pris d'assaut simultanément.

À Bihar, où la répression policière et celle exercée par les escadrons mis sur pied par les propriétaires fonciers s'est accrue durant les deux dernières années, le peuple a répondu en résistant de façon plus forte encore. Lors d'un massacre survenu récemment à Shankarbigaha (le 25 janvier 1999), 400 villageois en armes se sont vengés-es et ont attaqué l'ennemi. [...]

Parallèlement à ces actions armées, la résistance des masses face à la répression ne cesse de croître. Dans les trois États d'Andhra Pradesh, de Maharashtra et de Bihar, le peuple riposte de multiples façons. La fermeture d'une région pendant une ou deux journées est un des types d'actions que mènent les masses. Souvent, elles attaquent et détruisent ce qui appartient au gouvernement. Quand des jeunes sont arrêtés-es par la police, il n'est pas rare de voir tout un village, en particulier les femmes, encercler le poste de police et obliger les flics à les relâcher.

L'érection de barrages routiers est un autre moyen de lutte fréquemment utilisé. Dans l'État d'Andhra Pradesh, dès qu'on apprend que quelqu'un a « disparu », des milliers de personnes se rendent au poste de police et exigent de récupérer la dépouille - car les policiers essaient habituellement d'en disposer secrètement. Les citoyennes et citoyens défilent alors dans les rues et forment des cortèges funèbres interminables dans lesquels on appelle à la vengeance et on jure de poursuivre la lutte révolutionnaire jusqu'au bout. Des comités de défense des libertés civiles veillent à ce que la lumière soit faite sur chacun de ces incidents.

Ainsi, la guerre de classe s'intensifie en Inde. Au fur et à mesure que la conscience des masses se développe, elles s'impliquent davantage dans la lutte armée. Les organes de pouvoir populaire parallèle se consolident. Les deux camps, celui de la révolution et celui de la contre-révolution, se démarquent et se polarisent de plus en plus.

Le parti, l'élément dirigeant

L'union des deux principales organisations se réclamant du CPI (M-L) a suscité beaucoup d'espoir parmi le peuple indien et encouragé les forces démocratiques et révolutionnaires. Le parti unifié poursuit toujours ses efforts en vue de rallier les révolutionnaires authentiques des autres factions qui s'en réclament, ainsi que les forces révolutionnaires extérieures au parti, notamment celles qui forment le Maoist Communist Centre (MCC).

Le parti est l'élément central, autant pour faire avancer la lutte armée, pour construire l'unité avec d'autres forces démocratiques - dont les nationalités opprimées - que pour développer l'unité avec le prolétariat international, en particulier avec les mouvements armés dirigés par les maoïstes.

La révolution démocratique indienne est une importante composante de la révolution socialiste mondiale. Le renforcement de la lutte anti-impérialiste de par le monde et celui des forces socialistes participent à la croissance de la révolution indienne. En retour, l'intensification de la lutte révolutionnaire en Inde agit positivement sur les forces anti-impérialistes. Avec l'approfondissement de la crise de l'impérialisme, les forces du socialisme et de la révolution vont regagner leur force et leur prestige de jadis. La trahison révisionniste sera balayée par les tempêtes révolutionnaires à venir. [...]

- Communist Party of India (Marxist-Leninist) [People's War]


1) En août 1998, le Communist Party of India (Marxist-Leninist) [People's War] et le Communist Party of India (Marxist-Leninist) [Party Unity] ont annoncé qu'ils s'unifiaient au sein d'une seule et même organisation, qui porte le nom de la première. (Ndt)

(paru dans la revue Socialisme Maintenant! n° 6)

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