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PHILIPPINES

Combattons l'ennemi jusqu'à la victoire complète de la révolution de démocratie nouvelle

[...] La Nouvelle armée populaire (New People's Army, NPA) a remporté de grandes batailles en combattant héroïquement pour les droits nationaux et démocratiques, et les intérêts et les aspirations du peuple philippin. Elle est la principale arme aux mains du Parti communiste des Philippines et du peuple philippin pour mener à la fois la lutte révolutionnaire et pour inspirer d'autres formes de lutte. Sa place dans l'histoire des Philippines est d'ores et déjà assurée.

La révolution armée que mène la Nouvelle armée populaire sous la direction du parti s'inscrit dans la continuité de la longue lutte du peuple philippin pour la libération nationale et la démocratie. Toutefois, elle est qualitativement supérieure aux autres soulèvements armés qui ont eu lieu depuis un siècle contre l'impérialisme yankee et les réactionnaires locaux.

Il faut dire premièrement que la NPA mène une guerre populaire prolongée en appliquant la ligne de la révolution dite de « démocratie nouvelle », dans une perspective socialiste. De plus, la NPA a étendu son influence dans tout le pays. La NPA a réussi là où avait échoué l'armée révolutionnaire qui avait combattu dans le cadre de l'ancienne révolution démocratique [...].

Construite à partir de zéro, la Nouvelle armée populaire a réussi à accumuler une force significative depuis sa fondation il y a 30 ans, le 29 mars 1969, grâce à la direction absolue du parti révolutionnaire du prolétariat. Elle a surmonté des obstacles de taille et réussi à conquérir victoire après victoire. Notre lutte armée révolutionnaire se poursuivra jusqu'à la victoire complète.

Glorieux triomphes de la Nouvelle armée populaire

Depuis sa remise sur pied, le parti a démontré qu'il était tout ce qu'il y a de plus sérieux en terme de formation politique révolutionnaire prolétarienne. Il l'a notamment démontré en créant en à peine trois mois la Nouvelle armée populaire, dont l'existence est d'ailleurs inscrite dans sa constitution. La NPA est issue de la Première grande campagne de rectification contre la dynastie des Lava et la clique de gangsters du Taruc-Sumulong. Elle a su récupérer les éléments honnêtes de la vieille armée populaire et tirer profit de leur expérience révolutionnaire parmi les masses.

Depuis 1969, elle a été mise à l'épreuve à de nombreuses reprises et a dû subir de violentes attaques de la part de l'ennemi. Elle a néanmoins su tirer son épingle du jeu, y compris durant la période de la dictature fasciste de Marcos. Au cours de ces années, faites de terreur et de violence extrême, elle a réussi à s'établir à l'échelle nationale et elle s'est aguerrie au combat. Les commandants et les combattants rouges ont remporté d'éminentes batailles politiques et d'importantes campagnes militaires. Le succès de la NPA ne peut s'expliquer autrement que par son adhésion à la ligne de la révolution de démocratie nouvelle et de la guerre populaire prolongée. La guerre de guérilla menée par la NPA a toujours reposé sur l'élargissement et l'approfondissement de sa base de masse.

Mais vers la fin des années 70, des lignes opportunistes de « gauche » et de droite ont commencé à altérer la juste ligne du parti et ont affecté le développement de la révolution armée. Les opportunistes ont introduit des conceptions erronées telles que celles de la « contre-offensive stratégique » et de la « recomposition des zones blanche et rouge ». Par moment, ces conceptions ont contribué à déstabiliser fortement certaines régions qui avaient été conquises et ce, à partir du début des années 80 jusqu'au début des années 90.

Depuis 1992, le Comité central du parti a lancé et dirigé la Seconde grande campagne de rectification afin de réaffirmer les principes révolutionnaires fondamentaux, de dresser le bilan de nos luttes et de bien identifier les tâches à accomplir. Le parti et l'armée populaire se sont livrés à une analyse et à une critique sérieuses des erreurs qui avaient nui à la cause révolutionnaire [...].

Nous avons désormais une base solide qui nous permettra de porter la lutte révolutionnaire à un plus haut niveau, jusqu'à la victoire complète. La campagne de rectification a donné un nouveau souffle à tout le parti de même qu'à ses organisations au sein de la NPA. La conscience révolutionnaire et le degré de militantisme, tant chez les commandants que parmi les combattants, ont aussi atteint un degré supérieur.

La NPA est plus forte maintenant qu'elle ne l'a jamais été depuis 1992. Elle compte parmi ses rangs plusieurs régiments. Du fait qu'elle a été réorientée, réorganisée et redéployée pour améliorer le travail parmi les masses, elle a été en mesure d'augmenter à 81 le nombre des fronts de guérilla qui agissent à l'échelle de tout le pays.

Le front de guérilla typique est de l'ordre d'une compagnie. Son point d'appui principal repose sur un peloton, ses autres unités s'étendant sur un large rayon d'action. Dans certaines régions, des unités plus importantes de la guérilla sont en mesure de soutenir plusieurs fronts. Elles manœuvrent alors sur un territoire plus vaste. Aux milliers d'hommes et de femmes qui servent à temps plein au sein de la NPA s'ajoutent des dizaines de milliers d'autres combattantes et combattants qui grossissent les rangs des milices et des groupes d'autodéfense. Tout comme la NPA, ceux-ci reçoivent le soutien des organes du pouvoir politique, des organisations de masse et des larges masses populaires.

Il y a de très grandes opportunités actuellement pour l'expansion et la consolidation du travail politique, et pour l'intensification et l'élargissement de la guerre de guérilla, en allant toujours chercher l'appui des masses populaires. Chaque pas fait en avant en terme d'offensives tactiques doit être lié à un élargissement de la base de masse, que ce soit au niveau d'un front de guérilla, d'une région ou à l'échelle nationale.

La NPA est en mesure de mener des offensives tactiques telles des incursions et des embuscades, ainsi que d'autres types d'actions visant à faire respecter les lois et les politiques du gouvernement démocratique populaire. En déterminant les cibles de ces offensives, la NPA tient toujours compte des faiblesses de l'ennemi. Elle essaie en outre d'amener l'ennemi à commettre des erreurs qui permettront de dévoiler ses faiblesses.

Les offensives tactiques de la NPA se sont accrues progressivement, si bien que l'ennemi a été forcé d'en reconnaître l'intensité. Les officiels du gouvernement et les médias bourgeois ont notamment beaucoup parlé de la capture d'officiers de hauts rangs et d'officiers de police réalisée par la NPA depuis 1997. Fidèles à eux-mêmes, ils ont aussi fait couler beaucoup d'encre à propos de la capture d'un général et de plusieurs autres officiers. La propagande qu'ils font quant à la déconfiture et la disparition de la lutte révolutionnaire se voit donc contredite par les faits.

La NPA a pour tâche principale de combattre et de vaincre l'ennemi. Elle n'entreprend que les batailles qu'elle estime être capable de remporter. Pendant une longue période encore, elle livrera surtout des batailles-éclair dans le but de s'emparer des armes de l'ennemi. Elle continuera à se fortifier à la campagne et passera par plusieurs stades et phases de développement jusqu'au jour où elle pourra conquérir le pouvoir dans les villes dans tout le pays.

Mais ces tâches de combat ne pourraient être menées à bien si la NPA ne jouissait pas d'un appui populaire vaste et profond. La NPA est l'organisation principale du parti non seulement pour vaincre l'adversaire, mais aussi pour organiser, éveiller et mobiliser les masses. Son travail de masse lui permet d'obtenir un large soutien populaire, qui est une source de force inépuisable.

La NPA mène constamment des campagnes d'éducation populaire. Elle contribue à la mise sur pied d'organisations ouvrières, paysannes, ainsi que des collectifs de travailleurs agricoles, de pêcheurs, etc. Elle aide aussi à former des groupes de femmes, de jeunes, d'enfants et d'artistes militants. Elle contribue à la réalisation des campagnes politiques initiées par le parti. La plus importante d'entre elles est celle qui porte sur la réforme agraire, car elle répond à un besoin pressant de la paysannerie. Cette tâche est aussi centrale dans le cadre de la révolution démocratique. [...]

En menant la guerre populaire, la NPA applique le principe d'autosuffisance. Elle recrute ses combattantes et combattants parmi le peuple. Elle organise la production pour soutenir les besoins de l'armée et ceux des familles des combattants. Elle reçoit des contributions de la part des masses. Elle s'empare d'armes qu'elle saisit à l'ennemi. La NPA perçoit également les impôts qu'acceptent de lui verser certaines élites conscientes et les entreprises qui respectent les lois du gouvernement populaire démocratique. Les ressources ainsi obtenues servent autant à assurer la survie et la croissance du parti et de la NPA qu'à répondre aux besoins du peuple.

Des conditions plus que favorables pour la guerre populaire

Les conditions objectives pour mener la guerre populaire sont plus favorables que jamais aux Philippines. Le système semi-colonial et semi-féodal traverse une crise profonde. Les factions et les cliques des grands compradores et des propriétaires terriens, y compris même parmi les cercles dirigeants du régime pro-États-Unis d'Estrada, se livrent une lutte acharnée et se disputent ce qui reste d'une économie en lambeaux. La souffrance des larges masses est de plus en plus intolérable, en raison de l'état pitoyable de l'économie et de la crise sociale. Les masses sont indignées du retour au pouvoir de la famille Marcos et des pires suppôts de cette clique pourrie réunis autour de Joseph Estrada, l'ex-acteur de cinéma. Ces chenapans ont recouvré leurs biens illicites et sont à nouveau en train de piller le pays.

Dans les années qui viennent, il sera impossible pour le régime Estrada de surmonter la crise de surproduction des matières premières qui se prolonge et l'actuelle crise de surproduction des produits semi-manufacturés. L'épuisement du crédit international qui servait au financement du déficit commercial rend plus évident l'écrasant fardeau de la dette publique locale et étrangère. Il fait également ressortir le caractère arriéré et semi-féodal de l'économie.

En vendant au plus offrant le patrimoine national et en abdiquant la souveraineté économique aux monopoles étrangers, le régime ne fait qu'aggraver la crise économique et sociale. Il s'oppose au développement de l'industrie nationale et à la réforme agraire et va jusqu'à offrir aux monopoles étrangers l'ensemble de nos terres, des banques, des manufactures, des services publics et sociaux, des télécommunications, des médias, du commerce de détail et de toutes les autres entreprises.

Le chômage devient de plus en plus massif, la monnaie perd abruptement de sa valeur, le prix de la nourriture et des produits de première nécessité ne cesse d'augmenter. En même temps, le peuple est de plus en plus lourdement grevé de taxes alors que les services sociaux sont de moins en moins accessibles. Et comme si cela n'était pas assez, le gouvernement essaie d'abolir le droit de grève ainsi que le salaire minimum et offre la terre aux monopoles étrangers et aux accapareurs de tout acabit.

À la tête d'une économie épuisée et malmenée par les impérialistes et leurs valets, le gouvernement est maintenant prêt à tout leur donner. Cela ne comprend pas seulement la pleine jouissance de notre économie, mais aussi le privilège d'y installer leurs armées et de leur accorder l'immunité complète eu égard aux crimes qu'ils pourraient commettre. Des amendements constitutionnels sont en voie d'être adoptés qui autoriseront encore plus le viol des droits nationaux et démocratiques du peuple philippin.

Tentant en vain de stopper la révolte populaire grandissante, le gouvernement mène une politique de répression tous azimuts, sans pour autant avoir déclaré formellement la loi martiale. Elle cible surtout les travailleuses, les travailleurs et les membres des communautés ethniques. Le gouvernement encourage les militaires, la police et les forces paramilitaires à commettre des exécutions sommaires et des rapts, à se livrer à la torture et à mener les actions les plus brutales qui soient pour forcer les gens à quitter leurs maisons et leurs fermes. [...]

Ce n'est finalement pas une mauvaise chose qu'un régime isolé, qui subit les assauts d'une crise économique et politique sévère, mette les forces révolutionnaires au défi d'intensifier la guerre populaire. Au lieu de chercher à s'entendre avec l'ennemi au moyen d'accords de paix, les forces révolutionnaires doivent plutôt chercher à tisser des liens avec toutes les autres forces qui s'opposent au régime dans le but de l'isoler davantage, et éventuellement de le détruire. Il est parfaitement envisageable de penser qu'un vaste front uni pourra venir à bout du régime Estrada avant même la fin de son présent mandat. [...]

Parallèlement à la lutte armée révolutionnaire, le parti consacre énormément d'énergies à bâtir le front uni. Ceci inclut des alliances à différents niveaux, dont celle, fondamentale, entre les ouvriers et la paysannerie, l'alliance des forces progressistes (incluant la petite bourgeoisie urbaine), celle des forces patriotiques (incluant les classes moyennes) et l'alliance temporaire avec certains secteurs réactionnaires qui s'opposent au régime actuel.

L'aggravation de la crise du système capitaliste mondial

L'actuelle crise du système capitaliste mondial ne permet plus aux pays impérialistes de faire couler à flot les prêts et les investissements directs aux Philippines, comme c'était le cas dans les années de la dictature fasciste de Marcos (1972-1979), ou encore lors de la période du régime Ramos, de 1993 à 1997.

Conséquemment, il est évident que la crise socio-économique et politique de la classe dirigeante ne pourra que s'approfondir et que tout l'appareil de domination ne pourra que s'affaiblir face au mouvement grandissant des masses et aux offensives tactiques de la Nouvelle armée populaire.

Le monde entier connaît une crise chronique de surproduction. Le marché mondial rétrécit. Les prétendues économies émergeantes ont perdu de la vitesse et en perdront encore, à l'instar des pays producteurs de matières premières dont les économies sont en dépression depuis la fin des années 70. Avec les politiques de « laissez-faire » et de « libre-échange » regroupées sous le vocable de la « mondialisation » et du « néolibéralisme », la bourgeoisie monopoliste a accéléré le processus de concentration et de centralisation du capital, et elle a hâté la destruction des forces productives et le rétrécissement du marché mondial.

L'aggravation de la crise mondiale du capitalisme rend toutes ses contradictions fondamentales encore plus aiguës : celle entre les pays impérialistes et les peuples opprimés, celle entre la bourgeoisie monopoliste et le prolétariat et celles entre les pays impérialistes eux-mêmes. Le monde entier est en ébullition.

La turbulence sociale est extrêmement aiguë et étendue en Asie, en Afrique, en Amérique latine et dans la plupart des pays de l'ancien bloc soviétique. Utilisant le nationalisme bourgeois, le fascisme, le racisme, l'ethnocentrisme et la religion, les forces réactionnaires, qui se guerroient entre elles, sont en train de générer un désordre à grande échelle. Ce désordre peut favoriser l'émergence de nouvelles forces révolutionnaires parmi le peuple, dès lors qu'il s'y trouve des partis marxistes-léninistes résolus et courageux pour en prendre la direction. [...]

La concurrence acharnée et le protectionnisme qui se cache sous toutes sortes de déguisements viennent aiguiser les contradictions entre les pays impérialistes. Ceux-ci semblent pour l'instant pouvoir les surmonter uniquement parce qu'ils s'entendent pour exploiter et opprimer toujours davantage le prolétariat et les peuples opprimés. Les guerres d'agression et les « actions de police » menées sous le couvert de « missions de paix » et de missions humanitaires se développent à différents endroits, surtout dans les Balkans, au Moyen-Orient, dans le Caucase, l'Asie centrale et l'Afrique.

Les pays impérialistes se font concurrence pour conquérir les marchés, les champs d'investissement, les sources d'approvisionnement de matières premières, et pour occuper les positions les plus stratégiques. Sous la direction des États-Unis, les impérialistes occidentaux ont réussi à élargir l'OTAN jusqu'aux frontières de la Russie. Le partenariat de sécurité États-Unis-Japon est prêt au combat en Asie de l'Est. Les pays impérialistes sèment partout la pagaille et préparent les conditions à la guerre. [...]

Les tâches militaires de la Nouvelle armée populaire

La tâche principale de la Nouvelle armée populaire est de détruire l'État contre-révolutionnaire de la grande bourgeoisie compradore et des propriétaires fonciers afin de permettre à la classe ouvrière et à la paysannerie d'établir un État de démocratie populaire. Une telle tâche ne peut être accomplie que sur une longue période, suivant la ligne générale de la révolution de démocratie nouvelle.

Maintenant, grâce à l'armée populaire, des organes locaux de pouvoir politique ont été établis, qui sont partie intégrante du gouvernement démocratique populaire [...]. Deux gouvernements cohabitent désormais aux Philippines. Le gouvernement révolutionnaire se prépare à succéder au gouvernement réactionnaire. Sans armée populaire, le peuple n'aurait rien. Il serait soumis à l'exploitation et à l'oppression la plus impitoyable, sans aucun espoir de pouvoir créer son propre pouvoir politique et d'avancer vers la libération nationale et sociale [...].

La révolution de démocratie nouvelle est menée dans la perspective du socialisme. Nous visons à renverser l'État contre-révolutionnaire et à en finir avec les relations semi-coloniales et semi-féodales de façon à pouvoir procéder à la révolution socialiste, qui sera la prochaine étape de la révolution philippine.

La révolution de démocratie nouvelle qui a lieu dans notre pays est présentement une des révolutions les plus remarquables parmi celles qui se déroulent aujourd'hui. La raison en est que notre armée populaire adhère à la stratégie de la guerre populaire prolongée.

D'ores et déjà et pour l'avenir, la révolution philippine servira non seulement à réaliser la libération nationale et sociale du peuple philippin ; elle contribuera aussi à l'avancement de la révolution prolétarienne mondiale ainsi qu'à celui de la lutte anti-impérialiste de tous les peuples.

Vive la Nouvelle armée populaire !
Développons la révolution de démocratie nouvelle
au moyen de la guerre populaire prolongée !
Combattons jusqu'à la victoire finale !
Vive le Parti communiste des Philippines !
Vive le peuple philippin !

Armando Liwanag
Président du Comité central
Parti communiste des Philippines
Le 29 mars 1999

(paru dans la revue Socialisme Maintenant! n° 6)

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