Contre la récupération, le légalisme bourgeois, l'électoralisme et le capitalisme :
Pour un jour, donner le pouvoir aux masses, un parti communiste révolutionnaire, aujourd'hui !
« Le XXIe siècle sera celui des insurrections », avaient déclaré avec crainte les maîtres bourgeois lors d'une réunion de l'OTAN tenue peu avant le passage à l'an 2000.
Jusqu'à présent, le siècle ne leur a pas donné tort. Sur tous les continents, des centaines de milliers de personnes écrasées sous le poids de la misère, du despotisme, des famines, de l'exploitation, manifestent spontanément leur désespoir et de plus en plus, leur colère. Pour un Seattle, un Québec, un Gênes, combien d'émeutes et de confrontations en Indonésie, au Guatemala, en Corée, en Algérie, en Colombie, au Népal, en Grande-Bretagne ? Le capitalisme est devenu le système dominant à l'échelle du monde ; aucun pays, même ceux où existent encore des rapports de production féodaux, n'est laissé de côté par l'impérialisme et partant, tous subissent son joug. De la Chine à l'Amérique latine, en passant par l'Europe de l'Est et l'Afrique, cette domination hégémonique dessine de plus en plus précisément les camps. D'un côté, les peuples dominés par l'impérialisme, le prolétariat en développement dans les nouvelles économies en « émergence » ; celui, exploité qui vit dans le ventre même des pays riches et de l'autre côté, minoritaires mais formidablement protégées, les bourgeoisies impérialistes et leurs laquais au pouvoir, qui hégémonisent à la fois la richesse et le développement économique et social de la planète, à leur seul profit.
Pour des millions d'exploités-es sur la planète qui vivent aujourd'hui sous la botte des capitalistes, envisager le siècle qui s'entame comme celui des révoltes, c'est plutôt une lueur d'espoir, une secousse qui jette un peu de désordre sur un système qui nous apparaît si puissant, si oppresseur, et si bien gardé que lorsqu'on se jette spontanément dans la lutte, on a vite le souffle coupé.
Mais au fond, pourquoi veut-on se révolter ? Pourquoi ces millions de personnes descendent-elles dans la rue ? Et pourquoi y allons-nous, nous aussi ?
La révolte, c'est la manifestation spontanée de notre rejet d'un système injuste, exploiteur. C'est le signe, bien réel, de la lutte des classes et des masses dans le cours de l'histoire. Cette lutte s'est exprimée à toutes les époques, de différentes façons. Plusieurs ont été réprimées dans le sang en provoquant une fascisation du pouvoir, comme en Espagne avant la Seconde guerre ; d'autres ont permis quelques avancées démocratiques et fragiles : mais la révolte, seule, n'a pu mener au renversement du pouvoir de la classe dominante.
La révolte, en soi, ne suffit pas à changer profondément la société dans laquelle nous vivons. Dans une société divisée en classes - comme le capitalisme et les systèmes économiques qui l'ont précédé -, elle ne peut modifier les rapports dominants d'une classe sur une autre, elle ne transforme pas fondamentalement les rapports de forces. En un mot, la révolte ne suffit pas à renverser le pouvoir d'une classe dominante, au bénéfice de la classe opprimée. Or, seul ce renversement effectif de pouvoir, ce qu'on appelle la révolution, peut véritablement jeter les bases d'une nouvelle organisation de la société.
Le défi de ce siècle, pour nous et pour tous les communistes révolutionnaires, sera de transformer les révoltes spontanées, en révoltes conscientes et concentrées vers le seul objectif capable de résoudre l'exploitation, l'injustice, la domination de la bourgeoisie capitaliste : celui de la révolution, c'est-à-dire le renversement de la classe dominante et la transformation du système qui la perpétue. Ce défi historique, à l'époque de la domination généralisée du capitalisme, il se pose aujourd'hui à la classe des prolétaires. Ce sera elle, la force dirigeante, la plus révolutionnaire, celle qui ira jusqu'au bout parce qu'elle y a tout à gagner et rien à perdre.
L'histoire a démontré que ces renversements qui ont constitué des bouleversements déterminants pour le développement des sociétés, ont mis en scène à toutes époques des luttes spontanées, mais surtout, en dernière instance, une lutte consciente sur tous les fronts, un affrontement armé avec le pouvoir et une force politique née de l'aspiration des couches sociales opprimées. La révolution française, fruit de l'étouffement de toutes les couches sociales d'alors par le pouvoir féodal, fut l'œuvre des masses, qui ont combattu courageusement, armes à la main, un régime réactionnaire et étouffant. Le renversement effectif du pouvoir fut cependant le résultat d'une force consciente, armée et organisée, munie d'une stratégie révolutionnaire (à l'époque) dirigée alors par la bourgeoisie. Ces forces politiques étaient le reflet conscient et organisateur de la lutte et ont permis la prise de pouvoir effective et la transformation radicale vers de nouveaux rapports économiques et sociaux.
La bourgeoisie a dû s'organiser, créer ses propres « ligues », « confréries », « sociétés secrètes », en un mot, ses propres instruments politiques, ses journaux, ses tracts, ses milices, afin de préparer la défaite du féodalisme et ainsi remplacer le pouvoir monarchique par ses propres institutions, sa propre armée, utiliser les parlements naissants - qui ont constitué la base de son pouvoir - et développer la démocratie bourgeoise.
Aujourd'hui, cette « démocratie » bourgeoise est vieillissante, elle s'est corrompue, elle est en pleine décadence. Elle ne maintient même plus l'illusion de la démocratie ; elle révèle chaque jour plus clairement sa direction, son caractère de classe. Les États capitalistes décident au nom de leur bourgeoisie, que ce soit dans leur propre gestion interne ou à l'échelle du monde, grâce aux mécanismes de concertation qu'ils se sont donnés (OMC, FMI, ALÉNA, ZLÉA, etc.).
Le caractère pourrissant de la société capitaliste, la crise qu'elle génère avec son lot d'injustices et de laissés-pour-compte, est donc à l'origine de l'éclosion en ce siècle naissant, d'une série d'émeutes, de révoltes spontanées, de grands rassemblements anti-mondialisation.
C'est un bouillon de culture formidable, un symptôme qui redonne espoir. Devant cette éclosion de luttes, émeutes et révoltes, une foule de réactions, de courants critiques, de mouvements de toutes sortes se manifestent soudainement, puis retombent à leurs petites affaires. À y regarder de plus près, en s'appuyant sur la théorie révolutionnaire et l'analyse des classes léguées par Marx et Engels et qui sont toujours aussi justes aujourd'hui, on constate qu'il y a dans les faits deux politiques qui s'affrontent et se développent au sein de la société capitaliste : une politique bourgeoise solidement aux commandes et relayée dans le mouvement ouvrier par la gauche réformiste et révisionniste ; et une autre, prolétarienne, marginale, très embryonnaire, mais résolument tournée vers l'avenir et dont le seul objectif doit être la destruction du pouvoir bourgeois et du système capitaliste.
Devant leur impuissance à retenir les colères spontanées des masses qui se manifestent bien malgré elle, la gauche réformiste cherche désespérément à récupérer, à banaliser et surtout, à pacifier la révolte (particulièrement celle qui se manifeste chez les jeunes et les courants petits-bourgeois du mouvement anti-mondialisation), en la ramenant à l'intérieur de la politique bourgeoise.
Au Canada, que ce soit l'Union des forces progressistes au Québec dirigée par le RAP avec les éléments « de gauche » du mouvement syndical et, de façon marginale, avec le PCQ ; que ce soit le nouveau « Ralliement de la gauche canadienne » initié par le néo-démocrate Svend Robinson et la féministe Judy Rebick, ou encore le nouveau parti féministe dont rêve la FFQ, toutes les tendances de la gauche officielle sont en ébullition. Ces tendances sont toutes dépassées, déconnectées de la portion radicale du mouvement « anti-mondialisation » qui les déborde largement dans la rue et qui souhaite ignorer (voilà l'aspect positif) les mécanismes de type « société civile » et de la négociation, pour plutôt clamer son anti-capitalisme. Quand la gauche officielle courtise les éléments les plus radicaux, elle n'a pas mieux à leur proposer qu'un parti un peu plus à gauche, un peu plus radical, un peu plus féministe, un peu plus humaniste... et toujours aussi électoraliste. Elle n'entrevoit l'horizon politique ou l'idée du pouvoir qu'à travers la démocratie parlementaire et les élections. Elle ne sait faire que de la politique bourgeoise.
Alors que le parlement bourgeois, inventé et créé sur mesure pour satisfaire la politique capitaliste et le règne de la propriété privée, est aujourd'hui en pleine décrépitude, la gauche voudrait non seulement lui redonner de la force, mais elle n'imagine pas un pouvoir en dehors des parlements et de l'électoralisme. Aujourd'hui, cette gauche révisionniste et embourgeoisée ne voit d'autre issue que dans un enlisement encore plus profond DANS la politique bourgeoise, plutôt que de construire la lutte EN DEHORS de la politique bourgeoise.
Or, le prolétariat et les couches les plus exploitées, ont besoin d'un tout autre programme, d'une toute autre stratégie pour mettre fin à l'exploitation capitaliste et transformer la société pour répondre aux aspirations de l'immense majorité. Ils ont besoin d'une stratégie révolutionnaire, et non d'une nouvelle recette pour gagner des élections bidon.
Cette responsabilité de développer la stratégie, elle échoit aux éléments les plus conscients, les plus avancés politiquement et qui s'appuient sur la théorie et l'expérience révolutionnaires à l'époque de l'impérialisme. Cette expérience, synthétisée dans le marxisme-léninisme-maoïsme, concentre déjà une stratégie de la révolution que nous devons aujourd'hui développer, actualiser et adapter aux conditions concrètes du pays dans lequel nous vivons.
Cette expérience révolutionnaire nous démontre également que pour passer de la lutte spontanée à la lutte consciente pour le renversement du pouvoir, le prolétariat doit se donner un instrument politique, c'est-à-dire son propre parti communiste. Un parti qui se liera profondément avec les masses, qui vérifiera auprès de celles-ci, jour après jour, la justesse de sa ligne politique ; un parti qui créera l'unité idéologique, politique et militaire absolument nécessaire pour mener au renversement de la bourgeoisie. Un parti qui pourra organiser, éduquer, agiter et préparer la révolution, soit le renversement violent - il ne peut en être autrement - de la bourgeoisie et le développement d'un nouveau pouvoir assumé par les masses.
C'est pour répondre à cette nécessité de construire l'unité autour d'une stratégie révolutionnaire, et pour le prolétariat de se doter d'un instrument indépendant de la bourgeoisie, que s'est tenue en novembre dernier la Conférence communiste révolutionnaire de Montréal, à l'initiative du groupe Action socialiste, du journal Le Drapeau rouge, de travailleurs, travailleuses communistes et de militants issus-es de différents milieux prolétariens.
Au terme de cette conférence, les participants et participantes ont adopté un projet de programme qui jette les bases de la ligne stratégique à développer et dont le premier pas - on pourrait dire, la première offensive - s'est avérée la création d'une nouvelle organisation, le Parti communiste révolutionnaire (comités d'organisation). Ce projet de programme et la résolution pour la création du PCR(co) ont été publiés et sont aujourd'hui activement diffusés dans différents milieux et villes à travers le Canada.
Cette initiative marque le début d'une vaste campagne vers la tenue du premier congrès du Parti communiste révolutionnaire. L'objectif est de créer, de multiplier des comités d'organisation dans le plus de villes possible à travers le pays, qui seront autant de foyers révolutionnaires, que nous souhaitons unifier dans un but commun : développer la révolution prolétarienne, préparer le renversement du pouvoir réactionnaire bourgeois, détruire le système capitaliste et donner le pouvoir aux masses.
Pour y arriver dans 5, 10, 15 ou 20 ans, il faut que toutes les forces révolutionnaires se concentrent, se regroupent et travaillent à organiser la révolution car « l'unité de la pensée et de l'action est nécessaire pour assurer le triomphe de la révolution », comme l'ont si bien dit Marx et Engels.
Plus que jamais, la stratégie et la théorie révolutionnaires doivent être diffusées, expliquées, développées, afin de transformer la lutte spontanée des masses en lutte consciente pour la révolution.
Lorsque les réformistes, les pacifistes, les féministes bourgeoises, les syndicalistes et tous ces « istes » qui dominent la gauche officielle invitent la jeunesse anti-mondialisation, les travailleurs et travailleuses déçues et en colère, les femmes révoltées, au « party électoral » - peu importe sous quelle bannière -, c'est parce qu'ils ont peur, exactement comme la bourgeoisie a peur, que le XXIe siècle soit « le siècle des insurrections ».
Devant le courage des masses elles-mêmes, qui y laissent parfois leur vie comme à Gênes, à Séoul, à Djakarta, ou devant la colère contre le système capitaliste, comme on l'a vue à Québec ou Toronto, les éléments d'avant-garde doivent assumer pleinement leur rôle révolutionnaire.
Les forces les plus conscientes n'ont pas le droit de refuser ce rôle, cette responsabilité dans la construction d'une stratégie de la révolution, dans le « comment » révolutionnaire qui permettra de renverser dans les faits le pouvoir dominant et de construire une nouvelle société. À moins bien sûr de n'aspirer qu'à transformer les choses pour soi-même, à moins de refuser la lutte politique, de ne vouloir établir que sa propre petite « zone libérée » et une fois cela fait, se foutre un peu du reste.
Cette prise en charge consciente, cette organisation de la lutte, de l'armement des masses, ne peut se faire spontanément. Elle ne peut être que le résultat d'un travail d'éducation, d'agitation, de propagande, d'organisation des tâches vers un seul et même but : gagner la révolution et donner le pouvoir aux masses !
Dehors la politique bourgeoise !
Mettons la politique prolétarienne au poste de commande !
Joignons les comités du PCR(co) !
(paru dans la revue Socialisme Maintenant! n° 7)
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