DOSSIER SPÉCIAL - NÉPAL
Appuyons la guerre populaire au Népal !
Avec l'assassinat à la fin mai du roi Birendra et des principaux membres de sa famille (présumément par le prince héritier), le Népal s'est exceptionnellement retrouvé pendant quelques jours sous les feux de la rampe. Il est vrai qu'on n'entend généralement fort peu parler de ce pays, sinon pour évoquer quelques voyages mythiques dans les Himalayas... Dans les reportages qu'on a pu lire ou entendre suite au massacre de la famille royale, les médias ont aussi souligné, à plusieurs reprises, l'existence d'une guerre populaire maoïste, qui ne cesse de prendre de l'ampleur et qui y constitue même le fait politique majeur.
De fait, avant même ces événements hautement médiatisés, l'action révolutionnaire dirigée par le Parti communiste du Népal (maoïste) (PCN[M]) avait déjà commencé, tranquillement, à percer le mur du silence et à obtenir un certain retentissement sur la scène internationale. Spécialement depuis le début de cette année, alors que les actions initiées par les maoïstes se sont avérées plus intenses. Au point où même Le Journal de Montréal de Pierre-Karl Péladeau - qui n'est pourtant pas réputé pour sa grande couverture de l'actualité internationale... - n'a pu s'empêcher de rapporter, photo à l'appui, le nouvel « accès de violence » qui a secoué le pays lorsque les maoïstes ont attaqué plusieurs commissariats de police, début avril. Plus récemment, en juillet, les médias ont évoqué à nouveau une recrudescence des actions du PCN(M).
Le fait est qu'aujourd'hui, la guérilla maoïste, qu'on disait pourtant sous-équipée et forte d'à peine quelques milliers de combattantes et de combattants (entre 3 000 et 5 000, selon les sources officielles), contrôle à peu près exclusivement un territoire où vivent environ 2 millions de Népalaises et de Népalais. Un rapport produit par le Centre des études internationales et stratégiques (un organisme du gouvernement américain) affirme même que « la guérilla affecte aujourd'hui le quotidien de plus des deux tiers des 24 millions de Népalais » (South Asia Monitor, no 31, 01/03/2001). Nous avons déjà publié, dans notre dernier numéro, un premier article qui rapportait brièvement quelques actions menées par la guérilla [1]. Cette fois-ci, nous y allons d'un dossier plus complet, dont nous souhaitons qu'il serve d'une part à développer la solidarité avec les révolutionnaires du Népal, d'autre part à inspirer le plus grand nombre possible de prolétaires à s'engager ici même au Canada dans la préparation et l'initiation de la guerre populaire prolongée.
Les origines de la guerre populaire
La guerre populaire népalaise a été officiellement déclenchée il y a un peu plus de cinq ans, le 13 février 1996. Après plusieurs années de préparation, tant aux plans idéologique, politique qu'organisationnel, les premières unités de guérilla dirigées par le PCN(M) ont initié une première vague d'actions révolutionnaires. Pendant à peine deux semaines, pas moins de 5 000 actions ont alors été menées, s'étendant dans 60 des quelque 75 districts que compte le Népal : assauts contre des commissariats de police, saisie d'armes et de munitions dans des dépôts militaires, confiscation des biens de grands propriétaires terriens, diffusion de plusieurs centaines de milliers de tracts, pose de 50 000 affiches annonçant le début de la guerre populaire, etc.
Dans un appel adressé aux masses populaires et intitulé « Prendre le sentier de la guerre populaire pour détruire l'État réactionnaire et instaurer un État de démocratie nouvelle ! », le PCN(M) expliquait ainsi les raisons qui ont fondé l'initiation de la lutte armée :
« Aujourd'hui, la société népalaise traverse une crise grave sur les plans économique, politique et culturel. Où l'actuel État, qui depuis 50 ans ne cesse de pavoiser et de se rengorger sur l'essor et la construction du pays, a-t-il conduit le Népal dans le domaine économique ? Il l'a amené à la position de pays le plus pauvre du monde après l'Éthiopie. Ce même État qui, incapable de produire une simple aiguille au nom de l'économie nationale autosuffisante, a remis l'économie entière du pays à une douzaine de familles de capitalistes bureaucratiques et compradores étrangers. Bien que cette poignée de voleurs soit devenue multimilliardaires et les véritables maîtres de ce pays et de la propriété nationale, les masses travailleuses mènent une vie de privations et de pauvreté.
« Les enfants des paysans et travailleurs, soumis à un chantage croissant et à la misère, sont destinés à vivre dans la pauvreté et la honte en Inde et ailleurs dans le monde pour gagner leur vie quotidienne. Après avoir fait grossir d'une façon gigantesque la dette extérieure qui pèse sur nos épaules et aussi sur celles des générations népalaises à venir, les gouvernants féodaux et capitalistes bureaucratiques et compradores s'en réjouissent. Au nom des privatisations et des politiques néolibérales aux ordres et bénéfices des capitalistes étrangers et bureaucratiques, le processus qui vise à hypothéquer le pays entier au profit des capitalistes compradores fonctionne à toute vapeur.
« La charge de cette dégradation économique a été supportée principalement par les paysans qui forment 90% de la population. [...] Qu'ils soient ouvriers, paysans, petits propriétaires, petits fonctionnaires, docteurs, professeurs ou membres d'autres classes, y compris la bourgeoisie nationale, tous sont victimes de cet État de féodaux et capitalistes compradores et bureaucratiques. À moins de changements radicaux dans toutes les sphères de la société, toute possibilité d'amélioration est, pour l'instant, pure illusion. [...]
« Le Parti communiste du Népal (maoïste) [...] a pris la décision d'enclencher le processus qui détruira par la force cet État réactionnaire et d'instaurer un État de démocratie nouvelle. [...] Nous sommes parfaitement conscients que cette guerre sera une tâche très dure, avec des avancées et des revers, une guerre prolongée. Mais c'est là l'unique chemin pour la libération du peuple et un avenir radieux. »
À partir d'une analyse scientifique de ce qu'est aujourd'hui le Népal - qu'il caractérise comme étant un pays semi-féodal et semi-colonial -, le PCN(M) a établi clairement quels sont les objectifs de la lutte armée : la construction d'un nouvel État, dit de démocratie nouvelle, comme première étape vers le socialisme et le communisme.
Depuis cinq ans maintenant qu'elle a été déclenchée, on rapporte que la guerre populaire a causé plus de 2 000 morts, dont les deux tiers seraient des maoïstes - le dernier tiers se divisant à peu près également entre civils et membres des forces de l'ordre. Jusqu'à maintenant, malgré une répression sévère, le régime au pouvoir n'a pas su trouver le moyen d'en freiner le développement. La police, à qui a incombé jusqu'ici la charge de mener la lutte contre la guérilla, n'arrive pas à défendre adéquatement l'État et ses institutions ; et le gouvernement hésite encore à faire intervenir l'armée, au risque de plonger le pays tout entier dans une guerre civile qui sera nécessairement sanglante et coûteuse. Résultat : la guérilla contrôle maintenant plusieurs zones, surtout dans l'ouest du pays ; de nouvelles formes de pouvoir sont apparues dans de nombreux villages ; et le PCN(M) planifie à très court terme la mise sur pied des premières bases d'appui, qui formeront l'ossature du nouvel État révolutionnaire.
Idéologiquement, le PCN(M) se définit comme étant un parti marxiste-léniniste-maoïste. En préparant la guerre populaire, il s'est inspiré ouvertement de l'expérience péruvienne, où le PCP (Parti communiste du Pérou, que la bourgeoisie appelle parfois le « Sentier lumineux ») mène également la lutte armée, depuis plus de 21 ans déjà. Issu du mouvement anti-révisionniste qui s'est développé dans les années 60 dans la foulée de la Révolution culturelle en Chine, le PCN(M) a également été fortement influencé par la révolte paysanne qui a eu lieu dans la province de Naxalbari en Inde au début des années 70. Sa ligne politique se démarque en tous points des nombreux autres partis communistes qui existent toujours au Népal, qui forment encore aujourd'hui l'opposition officielle et dont certains ont fait partie du premier gouvernement issu de la transition démocratique au début des années 90.
Étant donné la forte influence de la révolution chinoise au Népal, plusieurs de ces partis, même s'ils sont issus de la mouvance pro-soviétique, continuent malgré tout à se réclamer de l'héritage de Mao Zedong. Certains, comme celui qu'on connaît sous le nom de Mashal, vont même jusqu'à se dire maoïstes et à rejeter la voie parlementaire, mais ils s'opposent tous à la stratégie de la guerre populaire prolongée, certains privilégiant la voie insurrectionnelle. La décision du PCN(M) de déclencher la guerre populaire fut donc le résultat d'une âpre lutte de lignes et d'un processus de rupture, non seulement avec les autres composantes du mouvement communiste népalais, mais à l'intérieur même de ses rangs.
Dans une entrevue accordée à une correspondante de l'hebdomadaire Revolutionary Worker (publié aux États-Unis), le président du PCN(M) - le camarade Prachanda - explique ainsi quel type de débats ont eu lieu au sein du parti :
« Lorsqu'on a élaboré le plan en vue d'initier la guerre populaire, il y a eu un débat quant à savoir comment on devait procéder. Notre parti était tellement influencé par les tendances droitières ! À ce moment-là, nous avions participé indirectement aux élections, nous avions même 11 membres au parlement - 9 à la chambre basse et 2 à la chambre haute. [...] Beaucoup de gens étaient influencés par la lutte "pacifique", le travail au parlement, les sentiments droitiers et petits-bourgeois, et une longue tradition du mouvement réformiste. Alors, nous nous sommes dit que le seul processus correct devait être de porter un grand coup, d'effectuer un bond - et non pas un changement graduel. Il y avait des réflexions de différentes personnes au sein du parti, qui considéraient que nous devions d'abord faire quelques actions, sans déclarer la guerre populaire, pour ensuite voir ce qui allait se passer. [...] Nous avons dit : non, ce ne serait pas révolutionnaire d'agir ainsi, ce serait encore du réformisme. C'était en fait une approche conspirative. Et la lutte armée n'est pas une conspiration, la guerre populaire n'est pas une conspiration, elle est ouverte, ouverte politiquement et déclarée ouvertement. [...]
« Certaines sections étaient en outre d'accord pour commencer la guerre mais elles entendaient néanmoins continuer à participer au système parlementaire, de manière indépendante. On argumentait que certains devaient rester au parlement, que cela allait nous "aider". Par la suite, certaines des personnes qui défendaient cette idée n'ont pas exactement dégénéré, mais elles ont pris leur retraite politique, une fois la guerre populaire déclenchée. [...] Nous avons condamné toute cette logique, affirmant qu'elle était contraire au marxisme-léninisme-maoïsme, qu'elle n'était pas en accord avec la situation objective et subjective du Népal. Notre point de vue était que nous devions déclarer librement et franchement que nous avions initié la guerre populaire et que c'était là la seule alternative laissée au peuple, pour son émancipation, pour son indépendance vis-à-vis des brutes impérialistes. [...]
« Il y avait des doutes quant à cette ligne, certains pensaient que cela pouvait être "ultra-gauchiste"; ou "aventuriste". [...] Mais un mois à peine après l'initiation de la guerre populaire, il y avait déjà un grand débat national. Chaque journal, chaque radio, chaque personne dans le pays se demandait : qu'est-ce que c'est que cette guerre populaire ; quel est donc ce parti maoïste qui est soudainement apparu ? Du coup, le parti était établi à l'échelle nationale et s'est retrouvé au centre des débats politiques. » [2]
Suivant les premiers succès remportés dès le début de la lutte, la direction du PCN(M) a tout de suite élaboré un deuxième plan, pour prolonger et élargir l'activité de la guérilla, dont le développement s'est avéré spectaculaire.
Quelques faits marquants plus récents
Comme nous l'avons mentionné plus haut, la guerre populaire maoïste a connu une progression remarquable au cours de la dernière année. Des actions extrêmement bien ciblées ont fortement ébranlé les forces de l'ordre, leur infligeant plusieurs douzaines de pertes. Les médias officiels népalais rapportent d'ailleurs que des flics en sont venus à déserter leurs postes, bien souvent avant même d'avoir été attaqués... Il suffit simplement que la rumeur annonce l'arrivée prochaine des maoïstes pour qu'ils s'enfuient, abandonnant sur place armes et munitions, que les maoïstes n'ont plus alors qu'à recueillir !
Voici quelques-unes des actions les plus spectaculaires parmi celles qui ont été rapportées depuis le début de l'année :
• Le 4 février, un commando de la guérilla a embusqué un convoi de véhicules qui accompagnaient le président de la Haute Cour de justice, Keshav Prasad Upadhaya. Celui-ci a réussi à s'échapper, mais six de ses gardes du corps ont perdu la vie.

• Le 22 février, les maoïstes ont attaqué le domicile de deux députés du district de Dandeldhura, membres du Parti du Congrès (le parti au pouvoir), y saisissant armes et argent.

• Le 31 mars, six combattantes de la guérilla ont réalisé une première en s'échappant de la prison ultra-moderne de Gorkha, où elles étaient détenues depuis deux ans. Elles avaient commencé à creuser un tunnel de quinze mètres de long le 26 décembre 2000 - pour marquer l'anniversaire de naissance de Mao Zedong -, qu'elles ont finalement utilisé pour s'évader. Quelques jours plus tard, le Comité du parti du district de Gorkha a organisé un rassemblement monstre dans le village de Baguwa, lors duquel les six combattantes ont été acclamées par une foule en liesse de plusieurs milliers de personnes.

• Le 1er avril, au moins 32 flics qui ont refusé de se rendre ont été liquidés lors d'un assaut au nouveau poste fortifié de Rukumkot, situé dans le district de Rukum (dans l'ouest du pays), tandis que 14 autres ont été blessés et 22 ont été faits prisonniers. Le lendemain, sept autres policiers étaient exécutés dans le district de Dolakha, situé à l'est de la capitale. Au même moment, deux bombes explosaient à Katmandou - l'une chez un ancien député du Parti du Congrès, et l'autre au domicile de l'ex-Inspecteur général de la police. Au cours de cette seule et unique semaine, ce sont pas moins de 81 policiers qui ont ainsi été liquidés par la guérilla.

• Dans son édition du 18 avril, le quotidien The Kathmandu Post rapportait que 14 des 16 postes de police du district de Kalirot ont été désertés et ne sont plus en opération.

• Plus récemment, suivant l'assassinat du roi Birendra, la guérilla a à nouveau frappé avec force, notamment le 7 juillet - la veille de l'anniversaire de naissance du nouveau roi. Trois raids ont été menés contre des commissariats de police, faisant au moins 41 morts du côté des forces de l'ordre.
Fait significatif, la guérilla maoïste a fait la preuve au cours des derniers mois de sa capacité à agir de façon coordonnée et ce, à l'échelle de tout le pays, et non plus seulement dans les districts de l'ouest où ses principales forces restent encore concentrées. Aux attentats à la bombe contre des édifices gouvernementaux et aux attaques contre des postes de police, la guérilla a en outre ajouté à son arsenal le déclenchement de plusieurs journées de grève armée qui ont remporté un succès considérable. Un journal britannique rapportait ainsi que le vendredi 6 avril dernier, la journée de grève appelée par les maoïstes a « paralysé le pays entier, alors que les rues de la capitale sont restées vides et les commerces fermés » (London Observer, 09/04/2001). Une autre grève de ce genre vient également d'avoir lieu, le 12 juillet, pour protester contre les nouvelles mesures de sécurité annoncées par le gouvernement.
Parallèlement au développement de ces actions dont le caractère spectaculaire n'a pas échappé aux médias internationaux, la guérilla maoïste a surtout réussi à consolider et à étendre le réseau des comités populaires révolutionnaires qu'elle met en place systématiquement dans les campagnes, dès que la situation le permet. Alors que certains d'entre eux opèrent dans la clandestinité sur la base d'une alliance entre différentes organisations de masse, plusieurs de ces comités exercent maintenant ouvertement leur activité, en particulier dans l'ouest du pays. Des élections ont même été organisées récemment dans quatre de ces comités, à Rukum, Rolpa, Jajarkot et Sallyan. Les masses ont alors pu procéder à la nomination de centaines de représentantes et représentants qui prennent désormais en charge l'administration des affaires, y compris de la justice, et supervisent la production agricole. Ces comités constituent l'embryon du nouvel État de démocratie nouvelle qui se forme au fur et à mesure que se développe la guerre populaire.
Un défi au capitalisme et à l'impérialisme
Mao Zedong disait qu'« être attaqué par l'ennemi est une bonne et non une mauvaise chose », « car cela prouve que nous avons tracé une ligne de démarcation bien nette entre l'ennemi et nous ». Il va sans dire que face à la progression et au succès remporté par les maoïstes, le gouvernement népalais et les forces qui le soutiennent (notamment, le gouvernement indien) ne sont pas restés indifférents et ont sorti leur arsenal pour écraser non seulement les maoïstes elles-mêmes et eux-mêmes, mais aussi tous ceux et celles qui les appuient.
Au départ, les autorités népalaises avaient choisi de minimiser le défi posé par la guérilla, prétendant qu'elles arriveraient sans problème à la contenir, voire à la mettre en déroute. Cinq ans plus tard, elles ne peuvent toutefois plus cacher le fait qu'elles sont incapables de l'arrêter. Une source proche du haut commandement des forces armées déclarait ainsi il y a quelques mois : « À chaque fois que Kapthandu [le ministre de l'Intérieur] prétend que le gouvernement a remporté une nouvelle victoire, vous pouvez être sûr et certain qu'en réalité, ce sont les rebelles qui ont remporté le round. La démoralisation prend place peu à peu, jusqu'aux échelons les plus élevés de l'armée et de la police nationale. » (AFX World News Update, 14/02/2001)
Le problème du gouvernement népalais, c'est qu'en attaquant les maoïstes et surtout les masses populaires qui les soutiennent, il ne fait qu'élargir le camp de ceux et celles qui s'opposent à lui et jeter de nouvelles forces dans les rangs de la guérilla. Évidemment, cela ne l'empêche pas, ne serait-ce que parce qu'il n'a pas le choix s'il veut survivre, de sortir l'artillerie lourde contre la population suspectée de sympathie envers la guérilla.
De fait, on admet généralement que plus de 75 % des quelque 2 000 morts qui ont été officiellement recensés depuis le début de la guerre populaire sont tombés sous les balles des policiers, et non celles des maoïstes. De nombreux témoignages rapportés par des organisations non-gouvernementales peu susceptibles d'être accusées de sympathie à l'endroit des maoïstes, font état de centaines d'exécutions extra-judiciaires. Le porte-parole de la Human Rights and Peace Society affirme ainsi : « Si la police suspecte quelqu'un d'être maoïste, elle le liquide, tout simplement. » (The Guardian, 03/07/2000) L'ancien Premier ministre lui-même, Krishna Bhattarai, a dû admettre quant à lui que plusieurs détenus-es ont bel et bien été assassinés-es, avant même d'avoir eu droit à un procès. Une quarantaine de cas au moins de prisonniers ayant tout bonnement « disparus » ont d'ailleurs été recensés par des organisations comme Amnistie internationale.
Dans leurs opérations de contre-guérilla, les forces de l'ordre attaquent et frappent indistinctement. Ainsi, le 22 février 2000, une trentaine de policiers ont investi le village de Kumcheri, dans le district de Rukum, et y ont systématiquement incendié maisons et bâtiments de ferme, tuant plus d'une quinzaine de personnes, y compris cinq sympathisants du Parti du Congrès qu'ils ont erronément pris pour des maoïstes.
Une autre pratique de plus en plus courante voit les forces de l'ordre mettre le feu à leurs casernes avant de les abandonner (lorsqu'ils craignent une attaque des maoïstes)... non sans y avoir laissé les prisonniers, qui sont alors brûlés vifs. Cela s'est notamment produit à l'hiver 2000, alors que trois corps ont été découverts dans les ruines du commissariat de Simrudu, qui avait ainsi été déserté. Parmi les victimes, on y trouva deux sœurs, Sita et Sirjana Pun, âgées respectivement de 13 et de 16 ans, qui avaient été arrêtées et étaient en attente de procès pour avoir supposément participé à un rassemblement maoïste (London Observer, 09/04/2000).
Plusieurs témoignages font aussi état du développement de certaines pratiques que les flics et les militaires utilisent souvent en pareilles circonstances, comme le viol systématique des femmes qui se joignent nombreuses à la guérilla maoïste, y voyant là une formidable occasion de se libérer du joug de l'oppression, au grand dam des réactionnaires et des partisans des « valeurs traditionnelles » promues par les classes dirigeantes qui ne peuvent tolérer pareil « défi ».
Pour le gouvernement népalais, la prochaine étape sera désormais l'entrée en scène de l'armée, liée au gouvernement indien et dont une partie est encore sous tutelle britannique, qui avait été exclue jusqu'ici des opérations de contre-guérilla. La rumeur veut que le roi Birendra, assassiné en mai, s'était opposé à l'implication de l'armée et qu'il avait même refusé de signer un décret en ce sens ; certains voient d'ailleurs là la véritable raison pour laquelle le massacre de la famille royale a été commis. Chose certaine, la probable entrée en scène de l'armée aura des conséquences dramatiques sur la suite des choses. Elle portera l'affrontement à une échelle encore jamais vue jusqu'à maintenant : la guerre civile s'étendra vraisemblablement à l'échelle de tout le pays.
En même temps, le gouvernement pourrait aussi vouloir jouer la carte des « négociations de paix » comme moyen de contenir et éventuellement désarmer les maoïstes. Suivant la démission-surprise du Premier ministre Koirala le 19 juillet dernier, les porte-parole du gouvernement se sont d'ailleurs dits disposés à entreprendre de tels pourparlers. Les partis révisionnistes, qui forment toujours l'opposition officielle, ont quant à eux déjà offert leurs services pour agir d'intermédiaires auprès de la guérilla. Celle-ci maintient toutefois ses objectifs, à savoir la destruction du vieil État réactionnaire et l'instauration d'un nouvel État de démocratie nouvelle dirigé par le prolétariat et la paysannerie pauvre.
La guerre populaire au Népal est une composante étincelante de la nouvelle vague de la révolution prolétarienne mondiale qui se développe à travers le monde, notamment en Inde, au Bangladesh, aux Philippines et en Turquie, suivant l'exemple de la guerre populaire dirigée depuis maintenant 21 ans par le Parti communiste du Pérou. Les révolutionnaires népalaises et népalais souhaitent ardemment et travaillent à ce que la révolution se développe, non seulement dans leur propre pays, mais partout à travers le monde, y compris dans les pays capitalistes avancés, de sorte à ce que l'impérialisme et le capitalisme soient enfin balayés de la surface de la planète.
À nous d'étudier la révolution au Népal, de nous en inspirer, de nous solidariser avec elle, et surtout d'entreprendre concrètement ici même au Canada la lutte révolutionnaire véritable qui seule permettra de renverser le pouvoir bourgeois !
1) « Népal : Après 40 mois, la guerre populaire atteint de nouveaux sommets », Socialisme Maintenant! numéro 6, hiver 2000.
2) Le texte intégral de l'entrevue avec le camarade Prachanda est disponible sur Internet à l'adresse suivante : www.revcom.us/a/v21/1040-049/1043/interv.htm. Une version française a également été mise en ligne par les camarades de la revue Front social : http://perso.magic.fr/nac/international/pcnm/intervprachanda.html.
(paru dans la revue Socialisme Maintenant! n° 7)
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