L'expérience des Brigades rouges
La lutte révolutionnaire dans les métropoles impérialistes
Ce texte est une modeste contribution à l'amorce d'une analyse historique du combat communiste dans les métropoles impérialistes. Il s'attarde principalement au rôle de la lutte armée, à travers l'expérience pratique de l'organisation révolutionnaire italienne des Brigades rouges.
« Certains pays capitalistes admettent l'existence légale des partis communistes, mais seulement dans la mesure où elle ne lèse pas les intérêts fondamentaux de la bourgeoisie ; au-delà de cette limite, ils ne la tolèrent plus. »
Mao Zedong
De la juste solution des contradictions au sein du peuple, 1957
L'histoire des révolutions, partant de la Commune de Paris, en passant par Lénine et la révolution d'Octobre, la IIIe internationale, puis par Mao Zedong et la révolution chinoise ; l'histoire de la lutte contre le révisionnisme moderne, de même que toute l'expérience des organisations communistes combattantes dans les métropoles impérialistes : tout ce matériel historique a mis en évidence le rôle primordial du parti (communiste et révolutionnaire) et le rôle central de la lutte armée dans le combat du prolétariat pour le pouvoir à l'étape d'accumulation des forces, dans le cadre de la société capitaliste.
La guerre révolutionnaire est la forme suprême de lutte du mouvement prolétarien - « Le pouvoir est au bout du fusil », disait Mao - et la lutte armée en fait partie. La lutte armée est une forme de lutte du mouvement prolétarien à l'époque de l'impérialisme. Sa dimension et son rôle vont s'accroître ou diminuer selon les conditions matérielles dans laquelle elle se développe. Elle s'accroît avec l'extension du mouvement de masse et se réduit invariablement avec le reflux du mouvement des masses. La lutte armée ne surgit pas momentanément lors de la rencontre décisive, mais elle fait partie de toute l'époque d'accumulation des forces qui prépare et conditionne favorablement les succès de la révolution.
La réaction de la bourgeoisie et l'incompatibilité absolue entre les intérêts de l'impérialisme et l'action révolutionnaire des Brigades rouges ont démontré à même la lutte des classes que dans les pays capitalistes, l'existence d'une opposition radicale, voire « communiste », peut être tolérée et même encouragée, en autant que cette opposition ne s'attaque pas aux intérêts fondamentaux de la bourgeoisie et qu'elle demeure à l'intérieur des limites imposées par le capitalisme. Lorsque cette opposition - telle celle des Brigades rouges - dépasse les limites permises par le capitalisme, elle est rapidement réprimée.
Marx nous apprend que la révolution progresse en créant devant elle une contre-réaction tout aussi puissante, qui seule permet au mouvement entier d'acquérir l'expérience nécessaire au saut en avant, à la généralisation et au contrôle de l'expérience révolutionnaire. C'est aussi le bilan qu'en fait Mao lorsqu'il écrit qu'être attaqué par l'ennemi « est une bonne chose ». Mais pour que le mouvement avance, mature, contrôle et généralise l'expérience révolutionnaire, l'avant-garde doit paver la voie, payer d'exemples, et c'est dans ce sens que nous devons contrôler et comprendre l'expérience des Brigades rouges.
Les mouvements révolutionnaires ont souvent dû combattre ceux qui ne comprennent pas cette évolution ou qui la refusent, lors des moments historiques où les formes de combat se modifient pour faire émerger des formes supérieures. Au début de la révolution en Chine, dans sa célèbre « enquête sur le Hounan », Mao écrit à propos du mouvement paysan (et c'est assurément valable pour nous) : « Ils mettront [les paysans, NDLR] à l'épreuve tous les partis révolutionnaires, tous les camarades révolutionnaires, qui auront à prendre leur parti. Nous mettre à la tête des paysans et les diriger ? Rester derrière eux en nous contentant de les critiquer avec force gestes autoritaires ? Ou nous dresser devant eux pour les combattre ? Tout Chinois est libre de choisir une des ces trois voies, mais les événements obligent chacun à faire rapidement ce choix ». (Mao Zedong, Rapport sur l'enquête menée dans le Hounan à propos du mouvement paysan)
En Chine, la victoire de la révolution a donné raison à Mao qui a choisi d'appliquer le marxisme-léninisme dans les conditions objectives de la Chine, et d'ainsi « se mettre à la tête des paysans » et de diriger la révolution. Le PCC a remporté la victoire, il a payé d'exemples, il a pavé la voie.
Les Brigades rouges (BR) se placèrent durant des années à l'avant-garde, comme les représentantes les plus conséquentes des luttes et des revendications prolétariennes, alors que les révisionnistes, eux, parlaient de plus en plus d'économie nationale, de coexistence pacifique et autres théories anti-prolétariennes. L'initiative des BR a contraint les forces ennemies (la bourgeoisie capitaliste mais aussi, les réformistes et les révisionnistes) à réagir. Le prolétariat, en prenant l'initiative et en plaçant la question vitale du pouvoir politique au centre de ses combats, a clarifié l'ensemble de la lutte : ou bien on poussait pour renverser l'État bourgeois et faire la révolution pour transformer durablement les rapports de production capitalistes, ou bien on pliait l'échine et on refluait inévitablement dans la tendance capitularde face à la bourgeoisie et au parlementarisme bourgeois.
La lutte armée communiste naît dans les pays impérialistes à la fois comme développement historique des luttes du prolétariat (les révolutionnaires s'instruisent à l'école des masses) et comme acte formel, où le parti assume toutes les formes de lutte permettant d'accomplir les tâches que la révolution impose dans le cadre de l'impérialisme. La lutte armée surgit impétueusement de la faillite et de la démonstration d'impuissance des organisations révolutionnaires passées et présentes, condamnées à disparaître de ne pouvoir ou de ne pas vouloir assumer tous les instruments de leur combat pour l'affirmation d'une politique révolutionnaire autonome, en dehors du cadre imposé par la bourgeoisie.
Que le parcours des BR comporte sa part d'erreurs et de contradictions non résolues, on ne peut le nier ; mais cela n'enlève en rien la validité des nouvelles pratiques communistes généralisées par les BR, dont l'utilisation des armes dans la période d'accumulation des forces. Le développement de la révolution n'est pas linéaire, il y aura des reculs et des avancées ; l'important est que, dans toute l'activité révolutionnaire, la politique révolutionnaire soit au poste de commande, que le parti dirige toute l'activité communiste, y compris l'utilisation de la lutte armée.
Le chemin qui nous mène du capitalisme au communisme nous est indiqué par le maoïsme et sa forme fondamentale et applicable partout : la guerre populaire prolongée (GPP). Même si nous n'avons pas encore une idée parfaite de la forme que la GPP prendra, nous pouvons déjà affirmer - comme nous le faisons dans le Projet de programme du PCR(co) -, de façon générale, que « la révolution socialiste, ce n'est pas seulement l'acte de la prise du pouvoir par le prolétariat. C'est d'abord la lutte pour renverser la bourgeoisie, suivie de son renversement effectif, puis la construction d'une société nouvelle - chacune de ces étapes préparant la suivante. Il s'agit donc d'un processus historique "long et prolongé", dont la violence constitue non seulement un moment précis et rigoureusement défini dans le temps, mais une donnée incontournable et permanente. »
La guerre révolutionnaire est incontournable et doit faire partie de la stratégie et de la pratique visant à mener les masses prolétariennes vers la lutte révolutionnaire. Les principes mêmes du marxisme exigent des révolutionnaires de ne pas esquiver l'analyse des conditions et du développement de la guerre révolutionnaire dans les pays impérialistes. On peut dire que pour avancer, le mouvement révolutionnaire contemporain doit dépasser l'analyse petite-bourgeoise (clichés sur l'anarchisme, l'aventurisme, le gauchisme, voire le terrorisme), car tant que les luttes prolétariennes, dans notre pays comme dans les autres, n'intégreront pas un projet global visant à liquider le système capitaliste et débuter la construction du socialisme, c'est à dire appliquer le maoïsme aux conditions concrètes de la lutte des classes de notre pays, et tant que ce projet ne se matérialisera pas dans un affrontement avec la bourgeoisie, le prolétariat demeurera soumis à la bourgeoisie et ne rejoindra pas le camp de la révolution.
Les masses à l'assaut !
1967 est une année de bouleversements sociaux profonds, dont les effets en Italie se feront sentir sur la lutte des classes pendant les 20 années suivantes. Les étudiants et étudiantes sont les premiers à s'activer. Le mouvement est déclenché à l'automne 1967, alors que les étudiants-es occupent les universités des principales villes du centre et du nord, à l'exception de Rome. La critique exprimée par le mouvement étudiant, dont les principaux manifestes ont été élaborés dans les universités de Pise, Turin et Trente, est dirigée contre le système capitaliste, mais aussi contre les partis de gauche, tels entre autres le PCI (Parti communiste italien), accusés d'avoir renoncé à toute tentative de transformation radicale du système existant.
Face à l'expansion du mouvement d'occupation des étudiants-es, la bourgeoisie est forcée d'intervenir, ce qu'elle fait avec force. Les émeutes et les batailles de rues vont succéder aux occupations. À Turin, un bras de fer sans merci oppose les étudiants et étudiantes et la police au sein du siège des facultés de sciences humaines. Le 2 février, l'université de Rome, la plus grande d'Italie, est à son tour occupée. Le 28 février, la police intervient.
Au cours de l'été 1968, le mouvement ouvrier prend le relais du mouvement étudiant qui s'essouffle et amorce son réveil, alors qu'éclate un premier conflit de travail à la Petrolchimico de Porto Marghera. Le conflit de travail est le prélude à un événement significatif : pour la première fois depuis des années, une grève générale proclamée par les syndicats recueille l'adhésion massive des ouvriers de la Fiat, qui est la plus importante industrie du pays.
Mars 1968, 100 000 ouvriers des différentes usines Fiat se mettent en grève. Le mouvement s'étend aux différentes villes industrielles italiennes et déborde rapidement les institutions de la bourgeoisie et ses appendices dans le mouvement ouvrier : les syndicats réformistes. Les décisions sont prises en assemblées, on refuse de déléguer de façon permanente, le sabotage s'intensifie, etc. C'est dans cette atmosphère de contestation ouverte qui ne semble pas vouloir s'apaiser, que commencent à se développer des structures nouvelles : les comités unitaires de base (CUB). C'est au sein de l'entreprise milanaise Pirelli que se constitue la première structure ouvrière autonome libérée de la tutelle des syndicats et en opposition au réformisme et au révisionnisme du PCI.
Le conflit reprend à une large échelle en automne, alors que les contrats de travail de cinq millions d'ouvriers arrivent à terme, et marque l'apogée de la tension sociale dans l'Italie de l'après-guerre. Les ouvriers rejettent le système de subdivision des travailleurs en catégories de qualification et demandent un salaire indépendant du taux de productivité. C'est au cours de cette période que se constituent les principaux groupes de la gauche extraparlementaire et que les syndicats mettent au point, une fois passé le moment de surprise initial, une structure unitaire de base, les conseils d'usines.
Le « Mai rampant » de 1968 laisse place à « l'Automne chaud » de 1969, alors que de véritables émeutes éclatent à la Fiat de Turin et se propagent dans d'autres villes industrialisées. C'est le prolétariat qui poursuit le mouvement alors qu'une série de grèves spontanées et imprévues (tant par les patrons que les syndicats), proclamées par les ouvriers de la Fiat en dehors de tout contrôle syndical, paralyse la production pendant plus d'un mois. En première ligne du mouvement, on trouve les ouvriers les moins qualifiés et les moins syndiqués, souvent immigrés de l'Italie méridionale. À l'occasion d'une grève générale le 3 juillet à Turin, les ouvriers s'opposent pendant 24 heures aux forces de police.
La lutte des prolétaires et de la jeunesse prend de nouvelles formes qui déconcertent bourgeois et bonzes syndicaux : luttes anti-hiérarchiques, entre autres, la revendication d'une grille unique de salaire ; luttes dans les quartiers (occupations et auto-réductions) ; luttes dans les usines (entre autres contre les syndicats vendus). C'est dans une atmosphère de tension sans précédent qu'une bombe placée par les fascistes explose à Milan le 12 décembre 1969, à la Banque nationale de l'agriculture, faisant 12 victimes.
Même si la bourgeoisie accepte en grande partie les revendications ouvrières, rien ne semble y faire. Pas moins de 7,5 millions d'ouvriers vont faire la grève durant l'année, pour un total de 303 millions d'heures. L'année 1970 débute de façon semblable et on voit apparaître des formes de luttes encore plus dures. À l'usine Alfa Romeo de Milan, qui avec ses 20 000 ouvriers est le véritable centre de la contestation, les blocages de routes, les cortèges internes - véritables manifestations à l'intérieur de l'usine accomplies le visage masqué de foulards rouges -, les attaques contre les contremaîtres et le sabotage se multiplient, sur le modèle que proposent les CUBs, court-circuitant le PCI.
Celui-ci, même s'il donne son appui aux étudiants et aux ouvriers, est de plus en plus hostile au mouvement, qui refuse de reconnaître sa direction. Le PCI de 1969 est loin d'être le PCI qui avait mené la lutte contre le fascisme 25 ans plus tôt. On peut affirmer qu'en 1969, ce parti était devenu sclérosé et fondamentalement transformé par les années d'après-guerre et la position du parti sur le socialisme. Cette position s'était développée en présupposant que la lutte armée pour le communisme, la révolution violente, était impraticable. Cet abandon des principes marxistes avait amené la direction du PCI à désarmer, une fois la guerre finie, ses organisations militaires communistes constituées pour lutter contre le fascisme. Elle considérait désormais la collaboration avec la « fraction progressiste » de la bourgeoisie comme une nécessité objective et ne souhaitait pas trop s'aliéner l'Église. C'est en suivant cette logique que le PCI avait participé, d'avril 1944 à mai 1947, au gouvernement (même que Togliatti, le secrétaire général du PCI, sera nommé ministre de la Justice).
Lénine a clairement démontré que l'impérialisme suscitait, voire finançait à l'intérieur du prolétariat, des mouvements qui perpétuent et maintiennent la croyance qu'il est possible d'aménager l'exploitation capitaliste, de la doter de lois « sociales », de l'humaniser. Ces organisations et individus, véritables appendices de la bourgeoisie dans le mouvement ouvrier, ont totalement soumis et intégré les organisations de combat du prolétariat (syndicats et partis politiques) à l'intérieur de la démocratie bourgeoise.
Si le révisionnisme moderne a réussi à reprendre le contrôle du mouvement ouvrier, c'est principalement parce que le mouvement communiste, de par sa conception insurrectionnelle de la révolution - qui identifie et fixe deux étapes distinctes dont la première (le long travail légal d'agitation et propagande) doit mener à la seconde (l'insurrection) - était mal préparé à se défendre contre ce même révisionnisme, pour qui cette insertion dans la légalité bourgeoise, même si elle se veut guidée et provisoire, débouche inévitablement sur l'abandon de la lutte révolutionnaire.
L'expérience de la IIIe Internationale, et comme on le verra, de l'extrême-gauche dans les années 70, est à la fois éloquente et on ne peut plus claire quant aux illusions de la stratégie « du grand soir ». Le plus souvent, la première étape cesse dans la pratique d'être considérée comme étant préparatoire à la seconde. En dissociant les deux phases (travail légal et insurrection), l'ensemble du mouvement, sans exception ou presque, en est venu à abandonner dans les faits la préparation de l'insurrection. Plus la séparation est marquée entre le travail légal et le travail insurrectionnel, et plus on peut voir cohabiter le programme révolutionnaire avec une pratique parfaitement opportuniste, pacifiste et légaliste, qui dans son propre développement, devant son propre succès, repousse le moment de l'insurrection plutôt qu'il ne le rapproche.
Le mouvement communiste issu de la IIIe Internationale dans les pays impérialistes, dont faisait partie le PCI, n'a pas su comprendre les conditions nouvelles de la révolution (ou s'il l'a compris, le mouvement n'a pas su le traduire en action politique). Dans sa majorité, le mouvement communiste dans les pays impérialistes n'a pas saisi que la lutte de classe entre la bourgeoisie et le prolétariat prenait sous l'impérialisme, principalement la forme d'une guerre civile permanente.
À la fin des années 60, l'énorme influence du révisionnisme du PCI sur le prolétariat italien amène sa complète désagrégation (qui culmine avec la chute des pays de l'Est). Les révisionnistes modernes avaient réussi durant des années à développer une politique qui, dans l'immédiat, garantissait une défense de la négociation réformiste des conditions matérielles du prolétariat. Ils maintenaient ainsi l'illusion auprès de leur base, qu'il était possible de transformer le capitalisme par les réformes et le parlement. Confronté au Parti communiste chinois dirigé par Mao Zedong et à l'activité autonome des masses italiennes, le PCI devait choisir : soit abandonner totalement sa politique et rompre avec le révisionnisme en s'élançant de nouveau sur le chemin de la révolution ; soit accepter comme horizon stratégique le capitalisme et plonger encore plus profondément dans le réformisme.
En 1973-1974, alors que la crise du pétrole et les premières contre-offensives capitalistes se développent, le PCI rompt ouvertement son alliance « obligée » avec les nouvelles forces sociales, et propose le « compromis historique » à l'adversaire de toujours, le parti de la Démocratie chrétienne (DC).
S'appuyant sur la force électorale croissante que lui offre le développement des luttes ouvrières, le PCI décide de participer plus activement au parlementarisme bourgeois. À partir de 1973-1974, le Parlement va travailler dans une unanimité de fait. En 1978, le PCI ira jusqu'à appuyer le nouveau gouvernement. De 1974 à 1978, l'alliance entre DC et PCI s'approfondit progressivement. Partie du gouvernement et du Parlement, celle-ci s'étend désormais à tout le système de pouvoir, de l'administration centrale à la périphérie, aux syndicats, à la gestion des moyens de communication, etc.
Parallèlement aux luttes étudiantes et ouvrières, parmi les masses prolétariennes sans parti et à l'intérieur même du PCI se développe une opposition ouverte, justement parce que les militants et militantes font les frais des effets de l'abandon de la lutte révolutionnaire (licenciements, chômage, vie chère, guerre) et ils voient l'impossibilité dans le cadre de l'État bourgeois de transformer de façon permanente la société dans le sens des intérêts du prolétariat. Au début des années 70, le mouvement prolétarien se voit lui aussi confronté à deux hypothèses diamétralement opposées de transformation de la société. L'une, l'hypothèse révisionniste, la voie pacifique au socialisme, a démontré dans les faits son incapacité à régler la crise du capitalisme et s'est révélée une voie ne menant nulle part.
L'autre hypothèse stratégique - la lutte révolutionnaire - a démontré dans les faits qu'elle représentait une alternative positive pour les communistes. Même avec ses limites et ses erreurs, en posant clairement la question du pouvoir et du communisme, la lutte armée des Brigades rouges et des autres organisations combattantes a ouvert toute une nouvelle dimension du travail révolutionnaire dans les pays impérialistes.
Voie pacifique au socialisme, réformes via un parcours obligatoire au parlement bourgeois ; ou travailler à faire vaincre la révolution : seules les BR, à travers la lutte armée pour le communisme - et même si ce fut de façon contradictoire - parvinrent objectivement à formuler aux masses une réponse claire. Elles ont tracé une ligne de démarcation précise entre le mouvement révolutionnaire et l'opportunisme, entre la politique révolutionnaire, incluant les armes, et la politique bourgeoise.
Comme l'écrivit un membre des BR, Vittorio Antonini : « Le mérite indiscutable de la lutte armée menée par les Brigades rouges, durant ses premières années d'existence, a sûrement été celui de se mêler, de se fondre jusqu'à un certain point avec l'action des masses des plus importantes réalités ouvrières du nord du pays. En opérant ainsi, elles démontrèrent, dans une certaine mesure, que la possibilité d'une nouvelle configuration de l'activité communiste n'était pas une invention. Cela a permis aux meilleures avant-gardes révolutionnaires de commencer à regarder avec confiance par delà les murs du réformisme parlementaire et de l'opposition insuffisante et aventuriste des groupes extraparlementaires légaux. » (Correspondances révolutionnaires, numéro 6)
La deuxième vague
Au début des années 70, des centaines d'organisations se constituent à la gauche du PCI. Certaines adhèrent aux thèses du Parti communiste chinois et aux modèles tiers-mondistes, entre autres celui des Tupamaros et de Che Guevara. Ces nouvelles organisations tendent à se fondre avec les CUBs (comités unitaires de base). À Milan, cette fusion entre « nouvelle gauche » et groupes d'ouvriers (en particulier les CUBs de Sit-Siemens, IBM, Pirelli...) se fait à l'intérieur du Collectif politique métropolitain (CPM), d'où sortira, après plusieurs scissions et regroupements, une autre organisation, Gauche prolétarienne. Celle-ci va publier un journal du même nom et qui mènera dans un temps assez bref à la formation des Brigades rouges.
Lors de sa formation, le CPM entend mener la lutte sociale dans la métropole, en organisant l'autonomie ouvrière et la rupture totale avec les institutions. Le CPM, même s'il est un regroupement de CUBs, de groupes étudiants et de collectifs ouvriers, ne prône pas la fédération de groupes de base sur la base d'« associations spontanées, sporadiques et apolitiques », mais bien la construction d'une organisation révolutionnaire avec des structures illégales, selon le principe léniniste, et visant le renversement de l'État.
À ce moment, il y a à la fois continuité et rupture à l'intérieur du mouvement révolutionnaire. Continuité parce qu'une partie importante du mouvement adhère à la critique du révisionnisme du Parti communiste italien, tout en demeurant totalement inséré à l'intérieur du cadre restreint des revendications immédiates ; rupture aussi, car par-delà les premières mobilisations, on voit poindre une deuxième vague d'organisations révolutionnaires, qui se constituent en dehors de la légalité bourgeoise. Elles amènent une contestation ouverte de l'impérialisme en posant clairement la question du pouvoir politique. Par leur élaboration théorique de la stratégie de l'action communiste combattante dans les pays impérialistes, par le lien important qu'elles entretiennent avec les masses, par leur adhésion au marxisme-léninisme et à la Révolution culturelle chinoise et la rupture objective qu'elles effectuent d'avec le réformisme et le révisionnisme, les Brigades rouges sont la partie la plus avancée de cette deuxième vague qui se met à contester l'impérialisme.
Dire d'une organisation qu'elle est la plus avancée, cela signifie la placer à un moment donné de l'histoire comme la représentation objective d'une direction politique. L'organisation des BR a été l'expression d'une direction politique dans la période d'accumulation des forces. Ces forces qui s'accumulent posent concrètement la question du pouvoir et de sa conquête pour transformer la société, une nécessité qui empreint même les combats revendicatifs du prolétariat et des masses populaires, provoquant leur soutien et leur adhésion. Dans la phase de propagande armée, la lutte armée et l'activité des BR en particulier ont représenté le sommet d'un mouvement, lequel à la base était constitué de millions d'ouvriers, de jeunes, d'étudiants, de femmes qui ont de diverses façons participé aux combats et aux aspirations à un monde meilleur.
Les Brigades rouges
Tout au long de leur histoire, les BR ont organisé et participé à des milliers d'actions alors que des centaines d'autres organisations faisaient de même. Mais, à la différence des autres, les BR ont commencé par faire le compte des erreurs et des limites qui avaient empêché et qui empêchaient toujours les partis communistes des pays impérialistes de mener victorieusement la lutte révolutionnaire pour le communisme. D'une part, les limites du modèle insurrectionnel comme stratégie de la révolution dans les pays impérialistes et d'autre part, la possibilité d'une nouvelle voie, de lutter armes à la main pour le communisme. D'où la richesse des instructions qui peuvent être dégagées de leur activité politique. Le combat qu'elles ont mené contre le révisionnisme moderne a permis de développer un tout nouveau travail révolutionnaire dans les pays impérialistes, lorsque le combat revendicatif de la classe ouvrière et des masses populaires a évolué de la lutte économique avec ses limites propres, vers la lutte révolutionnaire ouverte.
Les BR naissent de l'activité du CPM et ne forment au départ qu'un petit groupe avec lequel les membres des plus grandes organisations sympathisent. Le groupe Lotta continua, l'une des plus importantes organisations de l'époque, ira jusqu'à proposer aux BR de devenir son bras armé. Mais les BR développent d'autres conceptions, entre autres le maintien de l'unité entre le politique et le militaire au sein d'une même organisation.
L'activité révolutionnaire des BR est modeste au début. Elles mènent ainsi de 1970 à 1973 des actions de propagande armée, se concentrant sur les grandes usines de Milan. À partir de l'automne 70, les BR multiplient les actions qui auront pendant plusieurs années le même modus operandi : une action révolutionnaire de propagande armée (par exemple, la destruction de la voiture d'un dirigeant de l'entreprise ou la destruction du matériel d'une usine), puis la distribution de documents pour revendiquer l'action et en expliquer les motifs. Derrière ce travail se cache la première élaboration théorique des BR : le patronat, l'État bourgeois et les fascistes militarisent leur confrontation avec le prolétariat et la seule réponse à ce niveau de confrontation est de développer de nouvelles formes de destruction de la production et de lutte contre la bourgeoisie qui causeront plus de dommages aux « maîtres qu'aux prolétaires ».
En novembre 1970, à l'usine Pirelli de Milan, les BR distribuent des listes d'indicateurs qui doivent être « frappés de la vengeance prolétarienne ». Les BR systématisent les actions que les ouvriers développent : bastonnade des contremaîtres, sabotages, etc. En parallèle, les BR mènent des actions contre les fascistes et les provocateurs dans les usines, contre les cadences et pour la remise en cause du lien entre hausse de la productivité et hausse des salaires. Elles incendient la voiture d'un surveillant de la Pirelli et du chef du personnel, elles incendient huit poids lourds de chez Pirelli afin de « présenter la facture » aux patrons pour les licenciements.
Les actions culminent par l'enlèvement, le 3 mars 1972, d'Idalgo Macchiarini, responsable de l'organisation du travail chez Siemens, qui sera libéré après un procès symbolique. L'action est très populaire chez les ouvriers et rapidement, les BR font l'objet de la répression bourgeoise qui leur impose la clandestinité. « Ce fut l'offensive du pouvoir menée le 2 mai contre l'organisation qui enleva tout doute au fait que la clandestinité soit une condition sine qua non à la survie d'une organisation politico-militaire opérant à l'intérieur des métropoles impérialistes. » Les BR attaquent alors des banques pour financer l'organisation et constituent de nouvelles colonnes dans la clandestinité.
Les BR se retrouvent ainsi à mener la guerre sous une forme imposée par la bourgeoisie, alors que le maoïsme nous enseigne qu'une organisation révolutionnaire qui veut subsister et se développer doit mener la lutte pour la révolution en prenant l'initiative sur la bourgeoisie, et forcer cette dernière à se battre sur le terrain des forces de la révolution. La conception de l'organisation unique totalement clandestine, qui assure le rôle du parti tout en assumant les actions de lutte armée, a démontré dans les faits ses limites. En dernière analyse, c'est une forme organisationnelle inadéquate dans un pays impérialiste. Les BR, qui développent un travail quasi exclusivement clandestin, même si elles donnent des coups à la bourgeoisie et au révisionnisme, vont se retrouver sans aucun moyen d'évaluer leur relation avec le prolétariat. Lorsque le cycle économique s'inversera et que la crise et la contre-offensive de la bourgeoisie vont prendre de l'ampleur, les BR seront obligées de baser leurs actions sur des présuppositions théoriques et idéologiques issues du mouvement qui déclinait et non de celui qui émergeait.
Nous sommes à l'été 1971. Afin de palier à la répression et développer plus largement la propagande armée, les Brigades rouges décident, suivant le modèle des Tupamaros, « de se diviser pour se multiplier » et débutent leur implantation à Turin. Comme à Milan, les BR vont incendier les voitures des responsables bourgeois, entre autres chez Fiat, principal employeur de la ville. Le 11 janvier 1973, elles pillent le bureau du syndicat fasciste CISNAL à Turin et celui d'une union d'entreprises liée au gouvernement, à Milan. Sous l'effet de l'implantation, l'organisation se transforme et fonctionne en colonnes (une par ville) et en brigades (plusieurs brigades - groupes de quatre ou cinq ouvriers - par colonne). Les colonnes sont composées d'un petit noyau de militants clandestins et d'une large composante non clandestine. Suite aux développements de leurs activités, les colonnes des BR de Turin et Milan décident d'articuler le travail de chaque colonne dans trois secteurs : les grandes usines/la lutte à la contre-révolution/la logistique.
Les BR sont à l'avant-garde du mouvement revendicatif qui va bientôt s'activer à la Fiat de Turin. En février 1973, les BR enlèvent Bruno Labate, secrétaire de la CISNAL, qui sera enchaîné devant l'usine Fiat après un procès symbolique de quatre heures. Pas un seul ouvrier rentrant dans l'usine ne le libérera !
En mars 1973, à la Fiat de Mirafiori, l'usine est occupée et défendue une semaine par les travailleurs contre la police et les fascistes. Le « parti de Mirafiori », comme on l'a appelé, est le fruit du mouvement spontané des travailleurs, alors que se succèdent affrontements très violents entre manifestants et policiers et licenciements massifs. Pas moins de 200 000 travailleurs se mettent en grève, mais les syndicats réformistes et le PCI réussissent à s'entendre avec la bourgeoisie et le mouvement offensif des travailleurs est rapidement muselé.
Incapables de pousser plus loin le mouvement à l'intérieur des usines, les colonnes de Turin et de Milan décident alors de réorienter leur travail. La lutte sur le terrain de l'usine cède la place à l'attaque contre l'État. Les BR décident de « porter l'attaque au cœur de l'État », c'est-à-dire de s'attaquer aux personnes et aux choses qui concrétisent les équilibres politiques de la bourgeoisie : cadres politiques, dirigeants concrets dans lesquels les forces contradictoires de la bourgeoisie trouvent des équilibres et connivences provisoires.
Pour les BR, les prolétaires veulent mettre à bas la bourgeoisie mais ils ne savent pas comment. Pour y arriver, les BR proposent de développer l'offensive sur trois fronts consistant à organiser « la guerre au fascisme ; la résistance dans les usines ; la résistance contre la militarisation du régime ». Pour réaliser leur stratégie, les BR constituent deux fronts de lutte : le front de lutte à la contre-révolution et le front de lutte des grandes usines. Durant l'été, un troisième front sera ouvert, celui de la logistique. Au moment même où les BR amorcent leur offensive, l'extrême-gauche, entre autres les organisations nationales de grande envergure comme Lotta Continua et Potere Operaio, vont disparaître, traversées par des contradictions internes générées par leur incapacité à développer une réelle alternative au PCI.
L'attaque au cœur de l'État
Alors que les BR entament l'assaut contre l'État, la police procède à de nombreuses arrestations, dont celle des deux principaux dirigeants (Renato Curcio et Alberto Francheschini). Cette répression force les BR au cours de l'année à se réorganiser et à ne mener que de petites actions. En 1975, Renato Curcio est libéré de la prison de Casale suite à un assaut des Brigades rouges (il sera de nouveau arrêté en 1976).
Le 15 mai 1975, à Mestre près de Venise, les BR pillent le bureau de la Démocratie chrétienne (DC) ; à Turin, elles mettent le feu à plusieurs voitures de syndicalistes de la CISNAL ; à Milan, elles attaquent un bureau de l'Iniziativa democratica (organisation de l'aile droite de la DC), où un responsable de ce groupe est jambisé (tir au genou). Les BR préviennent : elles liquideront la DC et vont « serrer la vis » à la DC, qui est le moteur de la contre-révolution.
Suite à l'arrestation de nombreux membres et dirigeants à la fin de l'année 1975, l'organisation prend la décision militaire et stratégique de faire la guerre à l'État et durant l'année 1976, l'implantation des BR subit une transformation radicale. Le front des grandes usines est englobé par le front de lutte à la contre-révolution, qui verra à articuler les divers secteurs d'interventions : c'est la naissance des nouvelles BR et parallèlement, du militarisme dans l'organisation, ou comme le dira Curcio, de « l'inquiétant déclin de la ligne ouvrière ». Le 8 juin 1976, les BR exécutent Francesco Coco, qui dirige le premier procès contre les BR ainsi que la répression dans les prisons. Cette exécution est considérée comme « un saut dans la guerre de classe ».
De 1976 à 1977, affrontements avec la police, attaques contre le gouvernement, incendies de voitures de politiciens et jambisations de chefs d'entreprises se succèdent (1 806 actions en 1977, 2 725 en 1978). Le 28 avril 1977, le président de la chambre des procureurs Croce est exécuté. Durant l'été, les BR s'attaquent aux médias bourgeois : le vice-directeur du journal de Gênes Il secolo XIX est jambisé ; le lendemain, c'est au tour du fondateur d'Il Giornale à Milan, Indro Montanelli ; et enfin le 3 juin à Rome, d'Emilio Rossi, directeur de la rédaction des informations à la RAI.
Le mouvement de 1977
Tandis que les BR se réorganisent en fonction de mener la guerre à l'État bourgeois, un autre mouvement va connaître un développement important : le mouvement autonomiste.
En 1977, à Bologne, petite ville du nord de l'Italie sous contrôle du PCI, un militant est tué par la police suite à une manifestation de rue. Une émeute éclate. Le maire communiste et le gouvernement organisent la répression. On fait venir l'armée et les tanks pour « nettoyer » les rues des émeutiers. À l'université de Rome, le secrétaire national du syndicat communiste est expulsé après de très violents accrochages. Le mouvement s'élargit aux principales villes du nord, Milan, Turin, Naples, Padoue où défilent d'énormes cortèges dans lesquels, de plus en plus fréquemment, apparaissent des groupes armés, qui s'affirment comme une des composantes du mouvement. La résistance ouvrière et les mouvements prolétariens urbains contre les restructurations grandissent irrésistiblement dans la rancune à l'égard de la trahison de la gauche. S'ensuit une quasi-guerre civile qui va se terminer par une défaite.
Au centre du mouvement autonomiste se trouve Autonomia, qui prône entre autres le refus du travail salarié et la réappropriation du capital par les plus démunis sous diverses formes. Les principaux dirigeants et théoriciens du mouvement sont des universitaires tels Toni Negri et Oreste Scalzone. Le mouvement des autonomes se présente à la fois comme libertaire et marxiste, sans véritable périmètre ni centre de gravité. Il endossera l'identité de différents groupes politiques : Manifesto, Potere Operaio, Lotta Continua, Autonomia, Autonomia Operaio.
Le groupe Autonomia entend favoriser la lutte de masse en s'attaquant directement à leurs conditions de vie, par le biais de campagnes d'auto-réduction où les ouvriers sont invités à ne pas payer leurs factures et paiements de loyer, ne pas payer les prix de passage, etc., ou simplement à en diminuer le montant, jusqu'à un niveau jugé acceptable. Dans les usines, les militants sont invités à améliorer leurs conditions de travail en s'absentant du travail et à développer le sabotage de la production sur une base individuelle.
Après les révoltes des étudiants et des étudiantes des universités en 1977, l'approche des autonomes va s'essouffler. La ligne politique d'Autonomia, tout en contenant sa part de contenu valable, a des défauts insurmontables, dont une stratégie de lutte spontanée et individualiste. Plus dommageable encore, les autonomes, tout en favorisant l'utilisation de la force, n'ont développé aucune structure clandestine pour contrer la répression : ils se sont retrouvés à vouloir développer un travail illégal, en partant des libertés accordées par la bourgeoise. Lorsque cette dernière s'est mise à adopter des lois sévères pour contrer les militants révolutionnaires, Autonomia a disparu.
À l'époque, les autonomistes recherchent une alternative aux Brigades rouges et au Parti communiste italien. Face à la politique de répression de l'État, les autonomistes sont poussés vers des formes d'action de plus en plus radicales : occupations d'usines, expropriations prolétariennes, prises d'otages. Mais les autonomes, qui excluent le parlementarisme bourgeois et la lutte armée, sont incapables de donner une forme politique adéquate à l'expression du contre-pouvoir qu'ils veulent instaurer. Ils vont disparaître lorsque dépassés par le reflux des luttes ouvrières, la crise économique et les actions de Prima Linea et des BR. L'Autonomie ouvrière sera définitivement écrasée à la fin des années 70 par la bourgeoisie italienne. Bilan : plus de 60 000 incarcérations et 6 400 condamnations.
La campagne du printemps
Alors que le mouvement des autonomes semble s'essouffler, les BR débutent la Campagne du printemps qui culmine, en mars, avec l'enlèvement d'Aldo Moro, président de la Démocratie chrétienne, par la colonne de Rome. Suite à un retentissant procès prolétarien, il est exécuté 55 jours plus tard, le 9 mai 1978. On retrouve le cadavre d'Aldo Moro dans le coffre d'une voiture et, cela est symbolique, à mi-chemin entre le siège social de la DC et celui du PCI. Au moment de son enlèvement, le 16 mars, le président de la Démocratie chrétienne (DC) négociait avec la direction du PCI le « compromis historique » grâce auquel le Parti communiste italien aurait pu prendre place au gouvernement. Les BR font l'analyse de la lutte des classes en Italie et évaluent que « la situation politique présente se trouve entre deux phases : nous ne sommes plus dans la phase de propagande armée, et pas encore dans celle de la guerre civile ». Il s'agit désormais d'effectuer la tâche de « destruction des forces politico-militaires de l'ennemi et de la conquête du pouvoir » (Brigades rouges, Résolution stratégique, février 1978).
Sous l'effet conjugué de la répression et plus fondamentalement de la lutte politique interne, les BR commencent à décliner, alors même que les actions se multiplient. La crise politique interne est donc le facteur dominant pour expliquer l'affaiblissement des Brigades rouges. À partir de la Campagne du printemps, les positions qui avaient cohabité dans l'organisation vont maintenant s'affronter. D'une part, le gros des BR s'empêtre de plus en plus dans le militarisme et va poursuivre son activité et d'autre part, une ligne qui veut développer les liens avec les masses et s'insérer dans les luttes sociales en jouant sur la spontanéité des masses (tout comme le mouvement autonome). Les représentants de cette ligne vont quitter l'organisation et se faire arrêter peu de temps après.
En 1979, les prisonniers des BR, dont le noyau historique emprisonné à la prison d'Asinara, font parvenir à la direction stratégique un document qui critique le travail des Brigades rouges depuis l'enlèvement d'Aldo Moro. En octobre, ce même groupe exige la démission de l'exécutif tout comme le demande la colonne ouvrière Walter Alesia de Milan. La question ouvrière et celle des militants emprisonnés sont au centre des divergences. Deux ans plus tard, ces divergences forceront l'exécutif à décréter officiellement la séparation de la colonne Walter Alesia d'avec le reste de l'organisation.
Durant l'année 1981, les campagnes se multiplient : exécution à Milan, par la colonne Walter Alesia, du directeur d'un grand hôpital ; exécution par la colonne de Rome, du général de gendarmerie Enrico Galvaligi. Au printemps 1981 s'ouvrent les campagnes Cirillo, Talierco et Pecci, qui sont encore décidées unitairement, mais conduites selon des logiques différentes : la fracture se dessine entre les colonnes de Rome, de Naples et la majeure partie du « Front des prisons » d'une part, et le reste des BR de l'autre. La colonne de Naples procède à l'enlèvement de Ciro Cirillo, conseiller DC de Campanie. L'action a pour objectif de « greffer la lutte armée » sur le mouvement des chômeurs et des sans-logis de Naples. Cirillo est libéré en juillet contre une rançon et l'attribution de logements aux victimes du séisme. Même si les BR existent encore, la scission sera bientôt consommée, alors que se fonde le 16 décembre 1981 le Parti-guérilla du prolétariat métropolitain (PGPM).
Leur théoricien, Giovanni Senzani, considère que la classe ouvrière s'est intégrée au système et qu'il faut s'appuyer sur le « proletariato extralegale » (les marginaux et les prisonniers) pour former la guérilla, qui est vue comme seule force libératrice dans les métropoles. La tendance qui constitue le PGPM n'est pas une nouveauté au sein de BR. Dès le début, une fraction importante de l'organisation considère que les jeunes marginaux des villes, les chômeurs, les délinquants sont des sujets révolutionnaires de choix, sinon LE sujet révolutionnaire. Cette tendance est très forte dans la colonne romaine et celle de Naples.
La caractéristique essentielle de ce courant appelé « mouvementiste » a été de substituer au marxisme-léninisme (matérialisme historique, matérialisme dialectique, classes sociales, centralité du parti) toute une série de concepts idéalistes et subjectivistes. En orientant leur stratégie sur une ligne militariste, leur action s'est maintenue dans le cadre du radical-réformisme.
En juillet, la colonne Walter Alesia publie un document où elle critique les différentes déviations au sein des BR. La colonne WA se caractérise par une prédominance de jeunes ouvriers (80 %), par des liens étroits dans les organisations syndicales et l'importance qu'elle accorde à la concordance des actions avec les actions de masses.
À la fin de 1981, le général américain Dozier est enlevé à Vérone, puis libéré par la police en janvier 1982. Cette action est menée par ce qui reste des BR, désormais appelé BR-Parti communiste combattant (BR-PCC). L'action est dirigée contre le « projet de guerre réalisé par l'OTAN, le plan économico-politico-militaire de la bourgeoisie impérialiste de préparation d'une troisième guerre mondiale ». L'échec de l'Opération Dozier entraîne des arrestations massives au sein des structures des BR-PCC et incite le PGPM à rompre les derniers contacts et à agir de lui-même. La scission est désormais totale.
Deux mois après la libération de Dozier, les BR-PCC publient une résolution qui sonne le début de la « retraite stratégique ». On peut y lire que « l'avant-garde doit apprendre à pratiquer la retraite stratégique, à se retirer au sein des masses et construire parmi elles le système de pouvoir prolétaire armé ». Pour les BR-PCC, la défaite lors de l'affaire Dozier provient d'un « écart entre les contenus des luttes », c'est-à-dire entre le niveau réel de l'affrontement et le subjectivisme de l'organisation, qui a porté cet affrontement à un niveau trop élevé pour elle. Cette autocritique est violemment rejetée par le PGPM qui va, à l'inverse se lancer dans l'activisme armé.
Entre la fin avril et le début mai, la scission entre les BR-PCC et le PGPM éclate au grand jour, lors du procès Moro. Le 26 avril, les tenants du PGPM parmi les inculpés publient un « Communiqué numéro 1 » signé « Des militants du PGPM ». Selon eux, il faut reprendre l'offensive en se développant à partir de trois lignes directrices à travers lesquelles se réalise le « programme politique général de la conjoncture ». Ces trois lignes sont :
- « L'attaque au cœur de l'État », c'est-à-dire l'attaque au projet stratégique de la bourgeoisie impérialiste, dans sa dimension conjoncturelle. Cela voulait dire alors, désarticuler et détruire le projet de refondation de l'État impérialiste des multinationales en liquidant et en dispersant la Démocratie chrétienne au pouvoir.
- « La recomposition du prolétariat métropolitain dans la construction du système du pouvoir rouge », c'est-à-dire construire les organisations de masse révolutionnaires (OMR), pièce manquante du « pouvoir rouge ».
- « La redéfinition d'un authentique internationalisme prolétarien à partir du développement de la révolution dans notre pays. Ce qui signifie aujourd'hui, contre les asphyxiantes théorisations de l'internationalisme combattant, développer la dialectique entre le Parti et le mouvement de masse qui lutte contre l'impérialisme et le social-impérialisme. Construire l'unité des guérillas qui luttent au cœur des métropoles pour le communisme. Soutenir la lutte des peuples et pays qui luttent contre l'impérialisme et le social-impérialisme. » (Ligne Rouge, octobre 1983)
Pour les BR-PCC, la tâche de l'avant-garde révolutionnaire est de se rapporter à la lutte des masses, d'en faire émerger les éléments qui réunifient les diverses strates du « prolétariat métropolitain » - les prolétaires des villes - et qui, nécessairement, se situent sur le terrain de la conquête du pouvoir. « C'est le saut que nous devons faire accomplir à la lutte des masses, le seul qui rende possible la victoire du prolétariat sur l'unique terrain où elle puisse être conquise. Ne pas faire cela, s'attarder à la vieille phase de la propagande armée, où "l'attaque au cœur de l'État" par rapport à l'organisation des masses, se limitait, en désarticulant le pouvoir, à parcourir la piste du mouvement prolétaire de résistance offensive, à travers le recrutement des avant-gardes d'un côté, et la propagande de l'idée-force de la guérilla de l'autre, signifierait aujourd'hui opérer une réduction militariste de l'agir en parti. Ces erreurs se sont aussi manifestées dans notre organisation, en tant que partie vivante et active du mouvement révolutionnaire. Elles tournent autour d'une conception qui conçoit l'attaque au cœur de l'État comme une simple désarticulation de ses appareils centraux et non, au contraire, comme une ligne politique qui, s'articulant en des formes d'organisations et de luttes adéquates, traverse des niveaux de conscience prolétarienne différents ; et non comme l'indication stratégique essentielle pour l'organisation des masses dans le système de pouvoir révolutionnaire. » (Ligne Rouge, octobre 1983)
Durant l'été, le PGPM lance une violente offensive, mais il sera démantelé entre octobre et décembre de la même année. Au début janvier, la colonne Walter Alesia, alors en cours de reconstitution, est également décimée. Devant cette hécatombe, les cadres des BR, toutes tendances confondues, qu'ils soient en liberté ou détenus, entament le débat politique. Il s'ensuit une intense production théorique, alors que l'activité « militaire » s'arrête à peu près totalement.
En janvier 1983, les BR-PCC publient une résolution stratégique qui fait le bilan des dernières années, « Replacer l'activité générale des masses au centre de l'initiative ». Il y est écrit entre autres qu'« à partir de 1980, chaque colonne de l'organisation située dans les pôles métropolitains a affronté le problème de l'enracinement en assumant certaines contradictions qui s'exprimaient localement, contradictions différentes d'une ville à l'autre. Un plus grand enracinement et la désagrégation de la ligne politique sont allés de pair. Privée d'une ligne politique qui saisisse la contradiction principale (celle entre le mouvement de classe et les pratiques de la bourgeoisie) et l'aspect principal de cette contradiction, c'est-à-dire le projet politique dominant dans une conjoncture donnée, privée donc d'une identité de ligne, de stratégie générale, mesurée sur la situation concrète, l'organisation des Brigades rouges a fini par assumer autant d'identités qu'il y avait de pôles principaux d'intervention. Les scissions de 1981 sont le couronnement organisationnel d'un processus de fragmentation politique en œuvre depuis longtemps.... » (Correspondances internationales, janvier 1983)
La colonne Walter Alesia diffuse aussi un important texte très critique à l'endroit du défunt PGPM, mais qui comporte également sa part d'autocritique : « Il est au contraire nécessaire de faire une critique politique, dure, serrée, de la praxis organisationnelle de la colonne : la tendance acquise vers le saut au parti et à une pratique sociale qui y corresponde, n'a pas réglé ses comptes avec la situation logistico-organisationnelle de la colonne, assez précaire, assez faible, provoquant une incroyable inadéquation entre la "volonté de faire" et la "capacité de faire" dans cette situation. On a aussi privilégié le politique sur le logistico-militaire, alors qu'une organisation communiste combattante clandestine doit savoir équilibrer tous les aspects politico-militaires et organisationnels de sa vie, non pour survivre, mais pour croître, se renforcer, contribuer effectivement au saut vers le parti. »
Certains éléments du noyau historique emprisonné à Palmi (sous la plume de Renato Curcio) dressent un constat d'échec des vieilles BR. Pour eux, « le cycle de lutte révolutionnaire armée commencé en 1978 est achevé ».
La lutte entre les deux lignes
Le 3 mai 1983, les BR jambisent Gino Giugni, professeur d'université et cadre de l'État (il a notamment plaidé le gel des salaires et est très proche de Craxi). Cette action forme, selon les BR-PCC, « le premier moment de reformation de l'initiative révolutionnaire ». Dans ce premier communiqué depuis la débâcle de 1982, la thèse du parti-guérilla est vivement critiquée. Pour le parti-guérilla, l'antagonisme dans les rapports sociaux est spontané, suinte de lui-même, et amène des mouvements de masse toujours plus grands à lutter contre la réalité métropolitaine. Les BR-PCC se considèrent seulement comme étant une composante de « l'avant-garde dont la direction peut et doit permettre au prolétariat de se former comme classe dominante » (Résolution stratégique numéro 19, in Ligne Rouge). Les BR-PCC proposent une ligne générale double, se voulant dialectique et interdépendante : « l'attaque au cœur de l'État » et « le front anti-impérialiste ».
Cette ligne est contestée et à la fin 1984-début 1985, une nouvelle scission s'amorce au sein des BR. Le débat initié dès 1982 n'a fait que s'aggraver. La scission formelle entre les deux courants se définissant comme première position (majoritaires) et seconde position (minoritaires) date de décembre 1984 et se serait consommé à Paris.
La première position défend l'héritage des BR et surtout, elle reprend et maintient leur déviation militariste. Elle s'oriente selon une option de guerre révolutionnaire de longue durée qui comporte des éléments justes, entre autres l'utilisation des armes du début à la fin du processus révolutionnaire, mais aussi de graves erreurs.
Cette tendance, représentée par les BR-PCC, estime que la crise économique est sur le point de chanceler, que les luttes économiques sont dépassées et doivent être remplacées par des luttes politiques pour le pouvoir. Il s'agit désormais d'effectuer la tâche de « destruction des forces politico-militaires de l'ennemi et de la conquête du pouvoir ». De même, la conception de la contre-révolution préventive développée au point de rendre impossible la lutte prolétarienne, sinon sur le terrain de la lutte armée, où l'on se fixe l'objectif d'organiser les masses sur le terrain de la lutte armée, confond les nombreux sympathisants et combattants de la lutte armée et les larges masses prolétariennes.
Cette conception a fait en sorte de diminuer, voire de faire disparaître le rôle des masses en ne tenant plus compte de leur niveau politique, ni des formes organisationnelles que produit l'autonomie ouvrière face à la bourgeoisie et au révisionnisme. Le propre de cette conception, c'est d'avoir de plus en plus de soldats pour mener la guerre alors qu'en réalité, la disponibilité des masses à la lute armée n'est pas donnée par la conviction individuelle (ce qui est le propre de la conception subjectiviste) mais vient des moments de lutte contre la bourgeoisie où existent les conditions générales permettant la participation des masses pour la conquête du pouvoir.
Les BR-PCC ont développé une analyse erronée de l'étape dans laquelle se situait la lutte armée à ce moment-là, c'est-à-dire l'étape d'accumulation des forces et de propagande armée. Ils ont plutôt laissé toute la place aux seules actions armées visant à détruire les forces de l'adversaire. En termes maoïstes, cette étape correspond à la défensive stratégique. Or, le mouvement prolétarien n'avait pas encore atteint la maturité nécessaire pour permettre sa réalisation.
Pour la seconde position, qui va prendre le nom d'Union communiste combattante (UCC), la conquête des masses sur le terrain de la lutte armée doit se faire à partir des besoins immédiats. Il s'agit de faire de la propagande semi-légale ; la lutte armée n'est plus une stratégie mais devient une « méthode décisive ». Il n'y a pas de « guerre populaire prolongée », seulement une connexion tactique avec les masses à organiser et ce, dans le but de la révolution. À la guérilla des BR-PCC, l'UCC oppose la « ligne de masse », reliée à l'utilisation tactique de la lutte armée.
Dans la Résolution stratégique numéro 20 publiée par les BR-PCC et déposée près du corps d'Ezio Tarantelli, on souligne un rapprochement avec le « Front » européen, voulu par la RAF. Significativement, dans plusieurs villes d'Italie, ce texte circulera un mois plus tard agrafé avec le communiqué de fusion RAF-Action directe : « Les Brigades rouges ont l'intention de travailler au renforcement et à la consolidation du Front de lutte contre l'impérialisme occidental qui a trouvé ces derniers temps une vigueur renouvelée [...] par une campagne unitaire contre l'OTAN de la guérilla européenne, en liaison dialectique avec l'exceptionnelle mobilisation de masse contre les missiles américains dans les métropoles européennes. »
En 1986, un important travail de clarification et de renforcement idéologique se constate au sein des BR. Dans les premiers mois de 1986, deux ouvrages paraissent, signés collectivement par un groupe de détenus : Politique et Révolution, une version complétée du texte de juillet 1983 condamnant les divers « déviationnismes dans la ligne des BR-PCC » ; puis, Le prolétariat ne s'est pas repenti, un recueil de 214 documents sur le problème des repentis, également de « sensibilité » BR-PCC.
En octobre de la même année, l'UCC publie une résolution stratégique où elle déclare être « l'avant-garde consciente de la classe ouvrière [...] le détachement d'assaut de l'insurrection armée ». Pour l'UCC, la violence est un moyen et non plus une stratégie. Le but de la manœuvre n'est plus de provoquer la révolution par la guérilla urbaine, mais d'exploiter les contradictions socio-économiques. Les BR sont critiquées comme n'ayant pas su, après 1978, construire une forte direction interne, pour ne pas être suffisamment marxistes, et pour avoir eu de graves manquements idéologiques et pratiques. Il s'agit pour l'UCC de « se placer à la pointe du prolétariat et de mener la lutte jusqu'à la prise du pouvoir ». Au cours de l'année 1987, la plupart des membres de l'UCC sont arrêtés.
Alors qu'en avril 1984, quatre des chefs historiques des BR, Renato Curcio, Mario Moretti, Maurizio Janelli et Piero Bertolazzi publiaient dans Il Manifesto une lettre ouverte où ils prennent leurs distances avec une lutte armée désormais inutile (« les conditions internationales qui avaient favorisé cette lutte sont désormais dépassées »), ils demandent maintenant une large amnistie.
En octobre 1987, c'est au tour des chefs « irréductibles » des BR-PCC de publier un document qui constitue une renonciation de facto à la lutte armée. Balzerani, Novelli, Scirocco, Vanzi sont très clairs : « Les transformations politiques et sociales à l'intérieur du pays, tout comme l'évolution des relations internationales, rendent caduques notre projet révolutionnaire et la stratégie qui l'appuyait. » Ils vont même jusqu'à dire que : « Là où la révolution ne triomphe pas, c'est la bourgeoisie qui résout en sa faveur les contradictions de la société et ce d'autant plus aisément quand il en découle un quelconque développement social. »
De 1987 à 1999, il y aura des actions combattantes (principalement des BR-PCC), mais aucune n'aura de réel impact ni de suite.
Amorce d'un bilan maoïste des Brigades rouges
Comprendre le maoïsme est une nécessité incontournable pour qui veut faire la révolution sous l'impérialisme. Mao Zedong a développé le marxisme-léninisme jusqu'à un niveau jamais connu auparavant. La théorie révolutionnaire qui mène à la victoire est en bout de ligne l'unité entre des principes universels et une pratique qui corresponde aux conditions objectives : c'est le reflet de tout ce qui est juste et applicable partout, mais appliqué dans des conditions particulières. Le maoïsme est la somme théorique des expériences accumulées par le mouvement communiste partout dans le monde, la synthèse vivante où se fondent les expériences positives de millions de communistes. C'est pour cela qu'il doit être utilisé pour comprendre la lutte armée développée par les organisations combattantes et le rôle particulier des Brigades rouges.
Les BR ont remporté des victoires significatives et elles ont aussi subi des pertes importantes ; elles se sont construites dans les masses et elles ont mené le combat courageusement pendant plus de 17 années, alors que tombaient autour d'elles toutes les autres organisations révolutionnaires, détruites par les forces conjuguées de la répression et de la confusion politique menant au parlementarisme, au révisionnisme et au réformisme. Puisque les BR ont été défaites, et que cette défaite a des causes objectives et subjectives, il importe d'en faire le bilan et de voir quelles ont été les erreurs qui ont fait en sorte qu'elles n'ont pu s'adapter à la conjoncture du moment et n'ont pas réussi à répondre au besoin de direction politique exprimé par de larges couches du prolétariat.
Dans les années 70 en Italie, le mouvement révolutionnaire fut suffisamment fort et large pour permettre de dépasser le révisionnisme, tout en faisant émerger une nouvelle avant-garde. On ne peut ignorer que les BR entreprirent la lutte armée sur une connaissance théorique confuse et sans programme communiste clair quant à la stratégie menant à la prise du pouvoir par le prolétariat. Dans la phase de propagande armée, les BR ont pu éviter d'affronter immédiatement le problème de la conception stratégique de la lutte pour le pouvoir ; elles marquaient d'abord, en premier lieu, la rupture définitive avec l'héritage du révisionnisme moderne qui avait pourri la plupart des partis communistes dans les pays impérialistes. En indiquant une direction générale, elles devenaient le véritable centre de l'avant-garde, la direction objective permettant au prolétariat de reprendre la voie révolutionnaire. Dans l'étape d'accumulation des forces, les BR ont indubitablement clarifié les camps, entre qui était dans le camp révolutionnaire et qui, même révolutionnaire, tournait petit à petit au parlementarisme et au pacifisme.
Le mouvement prolétarien naît des contradictions de la société qui l'engendre. Les premières tentatives du prolétariat de trouver les formes de combat appropriées sous l'impérialisme sont donc teintées par ces conditions. Les organisations marxistes-léninistes des pays impérialistes d'hier et d'aujourd'hui qui sont des « abonnées » de la théorie stratégique de l'insurrection ont, pour la grande majorité d'entre elles, participé objectivement avec la bourgeoisie, à dénigrer l'activité des BR et on pourrait dire, du nouveau mouvement communiste.
Ces organisations n'ont pas assimilé les avancées du maoïsme. Pour subsister, elles ont été contraintes de développer différentes déviations aux principes révolutionnaires, soit en développant un sectarisme vis-à-vis les masses (« le prolétariat n'est plus révolutionnaire dans les pays impérialistes »), soit en étant à la remorque des masses - attendre que les masses se révoltent spontanément sur la base du seul travail d'agitation - en se refusant d'assumer un rôle d'avant-garde. Ce qui revient à ne pas développer l'autonomie prolétarienne, propre à diriger ces moments d'explosions qui assurément viendront. Toutes ces organisations ont en commun, en dehors d'un radicalisme verbal aguicheur, de ne pas, comme il le faudrait, partir des masses pour ensuite revenir vers elles en se basant sur les principes révolutionnaires, et en appliquant une stratégie cohérente qui dès aujourd'hui matérialise un affrontement avec la bourgeoisie.
Les conditions matérielles d'existence, l'intensification de l'exploitation du prolétariat et l'opposition à cette exploitation qui est générée, créent des formes de luttes nouvelles. Ces formes de lutte, à un moment déterminé, se transforment et deviennent principales ; toutes les autres devront se soumettre à elles. Lénine et Mao ont clairement établi que l'avant-garde doit généraliser et organiser, donner un caractère conscient aux nouvelles formes de luttes. C'est une obligation. L'ancien mouvement marxiste-léniniste présupposait que, suite à un long travail d'agitation combiné à une situation révolutionnaire, les masses se mettraient en mouvement, acceptant d'emblée la direction des communistes. Encore aujourd'hui et même dans des organisations qui se réclament du maoïsme, cette conception stratégique subsiste. Pourtant, elle dépend beaucoup plus d'une hypothétique situation révolutionnaire, que d'un travail scientifique et d'une pratique révolutionnaire correspondante, qui permettraient d'assumer les tâches de la révolution dans toutes les situations, y compris les situations révolutionnaires.
Les communistes n'inventent pas les formes de luttes, ils systématisent les formes déjà existantes. Les communistes ne font pas la leçon aux masses, ils apprécient au contraire les formes de lutte, par rapport au point précis où se situe le mouvement (aller à l'école des masses). Les communistes retournent donc vers les masses avec une stratégie qui tient compte de ces deux éléments. Au fur et à mesure que ce processus gagne en ampleur, acquiert en maturité, il se rapproche de son objectif véritable qui est la prise du pouvoir et la destruction de la bourgeoisie. La raison de l'action armée devient alors principalement militaire et par le fait même, elle devient aussi l'activité principale du parti.
Sous le capitalisme, le prolétariat a expérimenté différentes formes de luttes : grèves économiques, grèves politiques, parlementarisme, insurrections, etc. Il s'agit maintenant pour nous de systématiser ces expériences et de ramener dans les masses les formes de luttes émergentes, celles qui sont porteuses d'avenir. À ce sujet, Lénine était très clair : « Le marxisme ne répudie de façon absolue aucune forme de lutte. En aucun cas, il n'entend se limiter aux formes de luttes possibles et existantes dans un moment donné ; il reconnaît qu'un changement de la conjoncture sociale entraînera inévitablement l'apparition de nouvelles formes de luttes... Le marxisme, sous ce rapport, s'instruit si l'on peut dire, à l'école pratique des masses. » (Lénine, La guerre des partisans)
1. Les Brigades rouges ont amorcé la rupture d'avec le révisionnisme
L'opportunisme et le révisionnisme dans les pays impérialistes après la Seconde Guerre mondiale ont désarmé le prolétariat. Les organismes et les structures militaires des partis communistes ont été liquidés et parallèlement, les organisations de combat du prolétariat ont été poussées vers le parlementarisme. Le révisionnisme est efficace pour la bourgeoisie parce qu'il conserve une étiquette ouvriériste, malgré l'idéologie bourgeoise qu'il propage dans le prolétariat. Le mouvement réellement révolutionnaire doit déchirer le voile, non seulement au niveau politique mais dans l'activité pratique.
Le révisionnisme moderne sert objectivement la bourgeoisie à deux niveaux différents. Celui qui est le plus aisément perceptible est d'assurer, à la place de la bourgeoisie, la gestion des luttes des masses et des conquêtes qui en découlent. Il sert ainsi à semer l'illusion que la prolétariat peut gagner durablement dans le cadre du capitalisme ; il gonfle la puissance des capitalistes (et de diminue par le fait même celle des masses) ; il donne une base matérielle et une base théorique à sa politique dans le cadre du capitalisme (sous le socialisme, les révisionnistes œuvrent principalement dans l'État et le parti du prolétariat) et finalement, le révisionnisme empêche le développement révolutionnaire des masses.
En Italie, le révisionnisme moderne s'est pleinement développé. Les révisionnistes ont pu s'emparer du parti communiste et des organisations de masse du prolétariat, pendant la lutte contre le fascisme et pendant la résistance, et les ont progressivement transformés en rouages au service de la bourgeoisie.
En attaquant le révisionnisme, les Brigades rouges ont mis en lumière le rôle de récupération et de contrôle des luttes des révisionnistes et leur rôle historique de conciliation de classe. En matérialisant la lutte pour le communisme, les BR ont offert aux masses une direction objective en rupture avec le révisionnisme. La lutte armée des BR devenait la principale démarcation sur laquelle les masses révolutionnaires se rassemblaient, obligeant les révisionnistes à révéler leur caractère réactionnaire. À titre d'exemple, après l'enlèvement d'Aldo Moro, le PCI a organisé dans les usines une grande campagne de délation contres les ouvriers suspectés d'être membres ou sympathisants des BR. Ella a, en passant, connu très peu de succès.
À un autre niveau, le révisionnisme est aussi la distorsion des conceptions et des principes qui doivent guider l'avant-garde dans la lutte révolutionnaire. Pour les maoïstes, la lutte armée, bien que nécessaire, est insuffisante en soi pour guider les masses dans une stratégie révolutionnaire cohérente. Le révisionnisme moderne, ce n'est pas seulement comme les BR le disaient, l'abandon et le rejet de la révolution ; le révisionnisme moderne - Mao l'a clairement démontré lors de la Grande révolution culturelle prolétarienne - est une conception bourgeoise du monde à la base de toute l'activité pratique et théorique, contre laquelle les révolutionnaires doivent lutter. Pour les révolutionnaires, « l'objectif, c'est de résoudre le problème de la conception du monde ; c'est d'éradiquer les racines du révisionnisme » (Mao Zedong).
Le révisionnisme moderne se manifeste dans la forme organisationnelle bureaucratique et légaliste ; dans la crainte des masses et le rejet de la ligne de masse comme méthode principale pour se lier aux masses ; philosophiquement, il développe et propage l'idéalisme et l'individualisme ; au niveau stratégique, le révisionnisme moderne propose entre autres le passage pacifique au socialisme (légalisme et parlementarisme) et la théorie des forces productives.
On peut dire que les BR ont échoué à atteindre un niveau d'autonomie suffisant, par rapport au mouvement dont elles étaient issues. Cela leur aurait permis d'élaborer à un niveau supérieur la synthèse de l'expérience des masses (permettant de faire un bond en avant ) que les masses auraient ensuite transformé en actions révolutionnaires. Le maoïsme constitue une réponse aux principales faiblesses des BR et de l'ensemble des organisations combattantes.
La faiblesse idéologique initiale des BR, c'est-à-dire leur conception du monde à la base de la lutte pour le communisme, les a empêché de mener le combat pour imposer les perspectives prolétariennes. Elle les a condamnées à construire une organisation de plus en plus isolée des masses, et sombrant dans le subjectivisme et le militarisme. Les BR ont échoué à se libérer des conceptions subjectivistes et bourgeoises sur la lutte des classes, conception principalement héritées de la « nouvelle gauche » et de l'école de Francfort. Cela a eu pour conséquence que, durant toute leur période d'implantation, les BR n'ont pas su et ne pouvaient corriger les erreurs qu'elles développaient, entre autres sur l'impérialisme et sur le processus révolutionnaire. C'est ce qui les a menées à ne plus comprendre dans quelle étape se situait la lutte révolutionnaire. Elles n'ont pas su, en conséquence, développer correctement la ligne de masse vers le prolétariat et s'opposer aux conceptions dominantes dans la classe ouvrière, qui sont le reflet des conceptions bourgeoises dans la société : le réformisme ouvrier, le nationalisme, l'esprit d'entreprise, la fétichisation de la légalité bourgeoise.
2. Les Brigades rouges ont démontré que la lutte armée faisait partie de l'activité communiste révolutionnaire dans la période d'accumulation des forces, dans les conditions imposées par l'impérialisme.
On peut le constater aisément, renverser la bourgeoise n'est pas chose facile. La bourgeoise réactionnaire n'entend pas se laisser déposséder de ses privilèges. La bourgeoisie dispose d'un État et d'un appareil répressif fort et elle exerce une contre-révolution préventive dans tous les domaines : économique, politique, idéologique et culturel. C'est ainsi qu'elle maintient le prolétariat sous sa domination. En ce sens, la bourgeoisie est forte et le prolétariat ne peut espérer inverser le rapport de force sans développer une longue et dure lutte dans laquelle il accumulera l'expérience et la puissance nécessaire au renversement de l'ennemi de classe.
C'est une période d'apprentissage qui se développe à partir d'un « déséquilibre de forces à la faveur de la réaction », où le prolétariat révolutionnaire et son avant-garde font l'apprentissage des succès et des défaites dans l'art de combattre le grand par le petit, de vaincre le grand nombre par le petit nombre, de vaincre la quantité par la qualité, de savoir limiter l'adversaire dans la lutte, tout en développant au maximum ses propres forces politiques et militaires. Cela doit inévitablement se traduire en un affrontement ouvert, tranché au couteau entre le monde nouveau, le communisme et le monde ancien, celui des exploiteurs et oppresseurs. C'est cet affrontement qui oblige les communistes à incorporer la lutte armée dans leur stratégie révolutionnaire, en la concevant comme quelque chose qui découle de tout le développement historique et des conditions matérielles objectives dans lesquelles se livre aujourd'hui la lutte des classes au sein des États impérialistes.
3. Les BR ont aussi rompu avec la théorie insurrectionnelle issue de la Troisième Internationale
Les communistes regroupés autour de la Troisième internationale ont aussi démontré leurs limites, entre autres en développant et instruisant les nouvelles générations de communistes à la thèse du long travail pacifique d'agitation-propagande dans les pays impérialistes, où la lutte armée pour le communisme était certes possible et nécessaire, mais uniquement dans le contexte d'une guerre impérialiste ou d'un soulèvement populaire.
Les expériences successives ont démontré que pour les partis communistes dans les pays impérialistes, la théorie insurrectionnelle est loin d'avoir été concluante ; au contraire, alors que les échecs se sont additionnés et qu'aucune guerre impérialiste ne semblait poindre à l'horizon, le capitalisme concédait des améliorations. Les opportunistes ont pu profiter des quelques améliorations concédées par le capitalisme pour développer dans les organisations du prolétariat le réformisme, l'économisme et le révisionnisme.
Le fait de ne pas accumuler de forces révolutionnaires, de ne pas accomplir consciemment le processus durant lequel la classe ouvrière guidée par son avant-garde, prépare jusqu'à un certain point à l'intérieur même de la société bourgeoise les instruments et les conditions de son pouvoir, processus qui correspond à ce que nous appelons guerre populaire prolongée, aura comme résultat évident la défaite des révolutions, partout où elle se manifestera sous la forme insurrectionnelle. Le manque de préparation à l'activité militaire, tout comme la dispersion et le spontanéisme des masses vis-à-vis l'action révolutionnaire armée n'est qu'une suite d'échecs. Défaite à Hambourg (1923), Tallin (1924), Canton (1926), Shanghai (1926-1727) : partout, la révolution est arrêtée par la réaction ou alors, elle tombe sous la provocation de la bourgeoisie (Allemagne - Hongrie en 1919, Italie en 1920, Autriche en 1934, Espagne en 1936-1937).
Le défaut majeur de toutes les théories qui ne se basent pas sur la guerre populaire prolongée (entre autres, la stratégie insurrectionnelle), c'est qu'elles ne tiennent pas compte de l'évolution des conditions objectives du monde moderne. Engels, dans la préface aux Luttes de classes en France de 1848 à 1850 (1895) a démontré clairement que le développement du capitalisme en Europe était tel que la bourgeoisie, pour contrecarrer la conquête pacifique du pouvoir par la classe ouvrière, aurait sûrement brisé elle-même la légalité des démocraties bourgeoises de l'époque. Lénine dans L'État et la révolution a démontré la militarisation accomplie dans les principaux pays impérialistes.
Même si elles ont cédé un peu, les différentes bourgeoisies sont demeurées solidement en place et ont transformé les vieux États bourgeois. Elles ont procédé à la modernisation de leurs armées et elles sont de nouveau prêtes à se faire la guerre. Quels sont les développements qu'ont connu la grande majorité des partis communistes dans les pays impérialistes durant ce temps ? Rien, sinon un cantonnement exclusif dans le travail légal (ou paralégal) en préparation d'une insurrection... toujours reportée.
4. Les Brigades rouges ont échoué à constituer le Parti communiste
Les déviations idéologiques des BR se sont naturellement traduites entre autres dans la conception du Parti communiste combattant, conception qui a amené les BR à « oublier » ou à réduire au maximum le travail d'agitation et propagande politique en dehors de la propagande armée, alors que pour conserver l'initiative révolutionnaire, le parti communiste doit pouvoir compter sur tous les instruments de son combat.
La lutte pour le communisme est indissociable de la lutte pour constituer une organisation révolutionnaire. « Pour faire la révolution, il faut qu'il y ait un parti révolutionnaire. Sans un parti révolutionnaire, sans un parti fondé sur la théorie révolutionnaire marxiste-léniniste et le style révolutionnaire marxiste-léniniste, il est impossible de conduire la classe ouvrière et les grandes masses populaires à la victoire contre l'impérialisme et ses valets. » (Mao Zedong)
Pour ne pas être semblable au parti révisionniste, ce parti à construire doit aussi organiser, soutenir et développer la direction du prolétariat, en particulier du prolétariat le plus exploité dans la lutte révolutionnaire. Il doit se lier sans réserve aux masses dans l'action révolutionnaire, en adoptant comme méthode principale de travail et de direction la ligne de masse - partir des masses pour revenir aux masses - et comme principes stratégiques, la nécessité de la direction prolétarienne et une ligne politique juste.
Un parti en rupture complète avec le révisionnisme dans les pays impérialistes doit, à partir du marxisme-léninisme-maoïsme appliqué aux conditions concrètes de son pays, susciter et conduire la lutte révolutionnaire des masses prolétariennes, incluant la lutte armée pour le renversement du capitalisme, pour l'abolition de l'État bourgeois et l'instauration de la dictature du prolétariat. À travers un mouvement prolétarien profond et continu de révolutions culturelles, les masses pourront aller jusqu'à la victoire du communisme et développer, à chacune des étapes, un authentique internationalisme prolétarien.
5. Les BR ont échoué à développer une stratégie de la révolution
On peut dire que le prolétariat en Italie a appuyé les BR lorsque celles-ci ont combattu pour la reconstruction d'un parti communiste, d'une direction révolutionnaire et pour les intérêts de la classe ouvrière. Lorsque les BR ont évolué vers le militarisme, et que « tirer pour exister » est devenu l'objectif principal de l'organisation, le prolétariat s'est détaché des BR, comme celles-ci l'ont fait du prolétariat. Ceci est important pour qui veut comprendre la défaite des BR. Ce n'est pas la lutte armée en soi qui est la cause de leur défaite, ni le manque de liens avec la classe ouvrière. Les BR disposaient d'un soutien beaucoup plus important que la plupart des organisations révolutionnaires de l'époque. C'est plutôt l'absence d'une stratégie révolutionnaire claire vers la prise du pouvoir, se basant sur les principes du marxisme révolutionnaire et pouvant être validée par la pratique en liaison avec les masses.
Il est clairement établi qu'un parti communiste révolutionnaire qui veut se construire pour faire la révolution et pénétrer les larges masses du prolétariat le plus exploité, devra se livrer à une intense lutte idéologique contre la bourgeoisie et les conceptions erronées au sein du parti et dans les masses. Bref, il doit appliquer le principe formulé par Mao Zedong d'oser aller à contre-courant.
Diverses limites théoriques et déviations au marxisme-léninisme existaient au sein des BR. Celles-ci n'étaient pas étrangères à l'influence non négligeable des différentes théories et composantes du mécontentement social des années 60 : les groupes catholiques contestataires ; l'école de Francfort et Herbert Marcuse ; les influences internationales qu'ont été le combat de libération du Vietnam, le guévarisme et les Tupamaros, de même que l'influence de l'ouvriérisme et la forte présence de l'aristocratie ouvrière prélude aux nombreuses dégénérescences futures. On peut y ajouter le subjectivisme, le syndicalisme et le réformisme armé, de même que l'économisme, qui a mené à la surévaluation générale des luttes ouvrières de l'époque. Celles-ci, même radicales et massives, étaient encore des expressions d'un cycle capitaliste en expansion et donc d'une autonomie ouvrière toute relative. Mais lorsque les conditions matérielles se sont transformées et que la crise a surgi, faisant perdre l'initiative au prolétariat en faveur de la bourgeoisie, et que celle-ci s'est mise à contre-attaquer, les communistes ont été défaits, mal préparés qu'ils étaient à adapter leur stratégie à cette nouvelle situation.
Dans les pays impérialistes, la guerre populaire prolongée s'impose
En tirant le bilan de l'expérience des Brigades rouges, on peut défendre que pour faire la révolution dans les pays impérialistes, les organisations communistes devront :
- Partir du marxisme-léninisme-maoïsme, appliqué aux conditions concrètes de leur pays, pour susciter et conduire la lutte révolutionnaire des masses prolétariennes en incluant la lutte armée, pour le renversement du capitalisme, pour l'abolition de l'État bourgeois et l'instauration de la dictature du prolétariat. Enfin, à travers un profond mouvement prolétarien de révolutions culturelles, aller jusqu'à la victoire du communisme.
- Construire l'organisation de combat du prolétariat, le parti communiste révolutionnaire.
- Disposer des forces selon une combinaison juste et réfléchie de luttes légales et illégales, entre autres par des actions de propagande armée, et ce dans toutes les phases du développement du parti et de la lutte révolutionnaire.
- Organiser, soutenir et développer la direction du prolétariat, en particulier du prolétariat le plus exploité, dans la lutte révolutionnaire.
- Lutter contre les idées erronées, entre autres contre les trois montagnes qui écrasent le prolétariat : l'opportunisme, le révisionnisme et le réformisme. Dans le parti, il faut lutter contre subjectivisme, le dogmatisme, le style stéréotypé et l'opportunisme. Dans tous les cas, il nous faut appliquer le principe courageux et maoïste d'oser aller à contre-courant.
- Se lier sans réserve aux masses dans l'action révolutionnaire, en adoptant comme méthode principale de travail et de direction la ligne de masse (partir des masses pour revenir aux masses) et comme principe stratégique, la nécessité de la direction prolétarienne.
- Matérialiser l'affrontement entre le prolétariat et la bourgeoise (apprendre en combattant) en développant toutes les formes de combat qui correspondent aux conditions objectives et en mettant de l'avant l'action révolutionnaire des masses.
- Organiser la lutte et la rupture d'avec la domestication imposée par le capitalisme aux mouvements revendicatifs du prolétariat (organiser le boycott de l'État bourgeois) et en construisant le contre-pouvoir prolétarien.
- Développer un authentique internationalisme prolétarien.
- Construire une armée rouge qui s'appuie idéologiquement sur le parti communiste révolutionnaire (le parti dirige le fusil) mais qui en est séparée au niveau organisationnel et qui doit assumer son propre développement.
Toute organisation communiste qui cherche à construire la stratégie de la révolution dans un pays impérialiste doit réfléchir à l'expérience précieuse des groupes combattants et des groupes de résistance armée en Europe. Leur expérience fait partie de l'histoire révolutionnaire dont les masses doivent s'emparer aujourd'hui pour mieux affronter la bourgeoisie et surtout, mener le prolétariat à la victoire.
(paru dans la revue Socialisme Maintenant! n° 7)
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